STATUK ÉQUESTRE DE LOUIS XIV; LEMOT. XIX® SIÈCLE. 11/Ï
battirent aux champs y el la statue parut , radieuse , aux acclamations répétées de : « Vive le roi! vivent les Bourbons!» Des salves d'artillerie se firent entendre ; les régiments présentèrent les armes : deux discours furent adressés au préfet y Vixn par M, de Saint -Trivier, président de la commission , l'autre par M. le maire Rambaud. M. de Brosses répondit ; puis toutes les troupes défilèrent devant la statue ^ drapeaux déployés et mu* sicpe en tête. Le soir , il y eut danses publiques , illuminations^ et un combat simulé exécuté par les soldats de la garnison , du quai Saint -Antoine au coteau de Fourvière, qu'éclairaient de leurs clartés rougeàtres les feux du Bengale >. Enfin, le samedi 49 novembre , trois membres de la commission renfermèrent dans Tintérieur du cheval une boite de plomb qui contenait les discours prononcés à l'occasion de cette solennité et le procèsverbal de l'inauguration de la statue. Deux médailles furent frappées à cette occasion : Tune, d'un petit modèle, est de M. Barre; l'antre, de grandes dimensions, est d'un artiste, lyonnais en quelque sorte, M. Galle-; elle représente d'un côté les tètes conjuguées de Charles X et de Louis XVIII, et de l'autre la statue équestre. Une députation lyonnaise se rendit à Paris et offrit cette médaille , de la part de la ville , au roi Charles X. ^
$ VI. Le dernier mois de l'année 1825 fiit marqué par un désastre causé par un débordement du Rhône , bien plus considérable que ne l'avait été celui de l'année 1820. Des pluies continuelles et abondantes étaient tombées pendant les nuits du 18 et du 19 octobre; une crue rapide du Rhône commença à minuit. Quelques radeaux étaient amarrés sur la rive gauche du Rhône , près de la Tête-d'Or ; entrainés par la force des eaux , ils vinrent
1. —Les inscriptions suivantes ont été gravées sur le piédestal :
LVDOTICO MAGNO — REGI PATRI HBROI — ▲RHO M. D. CCXIII.
LTDOTICI MAORI — STATVAM EQVE8TREM — IRIQVI8 TBMPORIBTS — DISiECTAM — CITITAS
LVGDVNtRSlVM — REGIOQVB RHOOARICA — IHSTATRATBRVRT ARHO M. O- C0C1.XV.
1. —M. Galle est né à Saint- Etienne , mais il a habité Lyon plusieurs années.
3. — Lemot ne survécut que deux années à l'érection de la statue de Louis XIV ; ses restes , ainsi qu'il en avait témoigné le désir , furent transportés en Vendée , dans le hoi»n, château de Clissoii qu'il avait restauré.
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se briser sur le pont Morand. Les poutres et les troncs d'arbres dont ils étaient formés obstruèrent huit arches ;, soulevés verticalement , ils s'entre-croisèrent de diverses manières avec les piles du pont, et luttèrent de tout leur poids et de toute la violence du courant contre l'obstacle qui les retenait. Telle était la puissance du choc , que le pont s'inclina sensiblement ; de hardis ouvriers descendirent sur cet amas de pièces de bois enchevêtrées , et firent de grands efforts , mais sans succès , pour dégager les arches embarrassées. On travailla toute la nuit du il au 22 pour prévenir une catastrophe imminente ; un ingénieur proposa de sacrifier trois arches , et ne fut pas écouté. Déjà , malgré la solidité de l'asphalte qui les unissait , toutes les pierres du trot« toir étaient disjointes; on attendait de moment en moment une catastrophe : elle eut lieu le 2^ , à quatre heures et demie du matin. Le Rhône emporta quatre arches de ce pont qui avait si bien résisté à la débâcle des glaces en 1789. Quoique le fleuve débordé restât dans sa plus considérable hauteur, à quarante centimètres au-dessous des grandes eaux de 1812, il causa cependant des dommages assez graves. Toute la plaine des Broteaux et les parties basses de la Guillotière sur la rive gauche , et le quartier de la Basse ville sur la rive droite, furent submergés pendant vingt-quatre heures. Deux maisons récemment construites aux Petits -Broteaux s'entr'ouvrirent : leurs habitants, surpris par la rapidité de l'inondation , eurent beaucoup de peine à s'échapper dans un batelet. Quelques cabanes en terre et en bois s'affaissèrent ; les deux baraques qui servaient au pont Morand de bureaux de péage , du côté de l'Est, fléchirent et s'écroulèrent; il y eut enfin d'assez graves avaries aux piles du pont de la Guillotière : celles que le pont Morand avait éprouvées furent réparées en moins de vingt-quatre jours.
Aucune trace de ce désastre ne subsistait lorsque la famille d'Orléans vint à Lyon, le 13 juillet de l'année suivante. Mgr le duc , Madame la duchesse , Mademoiselle d'Orléans , le duc de Chartres et les jeunes princesses ses soeurs se firent conduire dans les riches magasins de soieries de MM. Didier-Petit , Grand frères et Yéméniz ; ils admirèrent, chez ce dernier, les velours façonnés et les magnifiques étoffes que demande à Lyon le luxe de l'Orient. L'illustre famille se rendit ensuite dans la fabrique de
LA DUCHESSE DE BEUKl A LYON EN 18!29. XIX"* SIÈCLE. l\U5
dorures de MM. Gharmy et Jaillard , cl examina avec intérêt les procédés du tirage d'or; elle visita les deux grands Hôpitaux et les collections du Palais des Arts y entre autres les cabinets curieux de Revoil et d'Artaud : le prince fit l'acquisition d'un tableau de M. Genod. Il désirait connaître le tissage des étoffes de soie et voir des ouvriers sur leurs métiers ; on le mena à la Sauvagèro , immense atelier dont l'activité parut le frapper. Le duc d'Orléans quitta Lyon y le lendemain matin, à six heures; il se rendit à Giambéry.
Une autre royale famille fut reçue à Lyon trois années plus tard : Madame la duchesse de Berri annonça, en traversant la ville le 17 octobre 18^29, qu'elle reviendrait dans quelques jours; elle tint parole. Un avis de la mairie annonça sa prochaine arrivée , ainsi que celle de l'infant d'Espagne , don Francisco , et de la princesse Charlotte de Naples, sa fenmie. Ces nobles voyageurs descendirent à l'hôtel de l'Europe ; pour être plus libres , ib avaient décliné les honneurs des réceptions e( des fêtes officielles. On les conduisit, le jour même de leur arrivée, '20 octobre , à l'établissement de la Sauvagère : ils y virent deux cents métiers battants ; au sortir de cette belle fabrique , la duchesse de Berri et ses parents se rendirent à l'invitation que leur avait faite M. Anginieur , et admirèrent le beau panorama qui se déploie sous les yeux , du balcon d'une des plus remarquables maisons de campagne de la rive gauche de la Saône. L'air était pur, et un chaud soleil d'automne animait le paysage. Le lendemain , à une heure , Madame de Berri se rendit au palais Saint-Pierre; chemin faisant , elle entra dans plusieurs magasins de soieries et acheta une quantité considérable d'étoffes. Arrivée au palais, la duchesse et les infants visitèrent le Musée, la collection des antiques et le cabinet d'histoire naturelle. Une exposition des tableaux récemment terminés par les peintres de l'école lyonnaise avait été improvisée pour eux : Madame de Berri fit l'acquisition de plusieurs ouvrages remarquables exécutés par MM. Genod , Thierriat , Guindrand et Biard ; elle se reposa quelques instants dans le salon de la Chambre de commerce , et accueillit par de gracieuses paroles , dans le cabinet de Revoil , une députation des Jeunes-Economes. Au retour du palais , la royale famille se rendit à l'Hôtel-Dieu , dont elle parcourut les principales salles ,
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arcoiiipagiiée d'une partie des membres de radministradon. Le soir, Madame de Berri alla au théâtre; elle avait désigné elle-même la composition du spectacle, ce qu'elle fit aussi le jour suivant. Le temps était attreux le 22; cependant Finfant et les princesses, accompagnés par le maire et par le préfet , allèrent visiter, dans la grande salle de la Bibliothèque , ime exhibition des produits des principales fabriques de soieries. Ils remarquèrent la belle tenture exécutée , pour l'Hôtel-de- Ville , par MM. Grand frères , le meuble tissé pour la même destination dans les ateliers de M. Didier-Petit , el la tenture , dans le genre gothique , par le même manufacturier-artiste ; des velours splendides , fabriqués par M. Guérin-Pbilippon pour le garde-meuble de la couronne; les tentures de MM. Corderier et Lemire ; des étoffes relevées d'or, soit brochées, soit unies, et un portrait du roi, sortis des ateliers de MM. Mathevon et Bouvard ; enfin, dans des genres très variés, une multitude d'étoffes de goût dont la duchesse fit une ample provision '. Celte séance dura plus de deux heures. De la Bibliothèque les princesses et l'infant se firent conduire à la cathédrale; ils y étaient attendus par l'archevêque entouré de son clergé. Leur départ eut lieu le lendemain 23 , après un déjeuner à la Préfecture ; malgré une pluie battante , une foule considérable salua les voyageurs de ses acclamations. Après avoir accompagné ses augustes parents jusqu'à la frontière. Madame de Berri revint à Lyon , mais elle n'y fit qu'un court séjour : des pots à feu de flammes du Bengale , échelonnés sur la route , s'allumèrent spontanément sur son passage et produisirent un effet très pittoresque. La musique militaire se faisait entendre, et la place de Bellecour ainsi que l'Hôtel-de-Ville étaient illuminés. S. A. R. le duc d'Orléans , accompagné du duc de Chartres, avait traversé la ville le 29 octobre de la même année , et ne s'y était arrêté que quelques heures.
$ Vil. Ces visites officielles , dont le récit occupe une place si considérable dans l'histoire des villes de province , ne produisent
1. — Je n'oublierai point an des cliefs-d'œavre de Timluslrie lyonnaise sous la Restauration, le testament de Louis XVI , admirablement tissé en soie sur le métier par M. Maizial. Les li;ttres sont d'un excellent type ; elles ont la régularité et la perfection des caractères lj|>ographiques de Dodoni et dcDidol. Celle grande pnge en étofîe.est une menreille de bonne cl belle exécution.