LA DUOIIKSSE DE NEMOURS A LYON. • XIX^ SIÈCLE
au port de la Nouvelle-Douane. Des salves d'artillerie annoncèrent l'approche de la petite flottille; elle arriva à une heure : LL. ÂÂ. RR. furent complimentées par le maire et conduites à l'hôtel de la Préfecture, le duc à cheval entre le lieutenantgénéral commandant et le préfet, et la duchesse en calèche découverte. Les réceptions des autorités constituées commencèrent aussitôt; elles furent suivies d'un banquet, auquel avaient été invités les chefs d'administration et autres notabilités officielles. La duchesse de Nemours plut extrêmement; on remarqua beaucoup l'élégance de sa taille, la finesse et la beauté de sa figure , la mobiUté de sa physionomie et la douce mélancolie de son regard. La première visite de LL. AA. RR. fiit pour les Hôpitaux; à leur approche on découvrit le groupe de statues que M. Elschoët a sculpté au haut de l'avant -corps de l'aile méridionale de l'Hôtel-Dieu, et qui représente l'indigence et la maternité. Le duc s'était rendu dans la matinée au camp des manœuvres, qui commencèrent le 22. LL. AA. RR. avaient témoigné le désir de visiter quelques-uns des ateliers de la Groix-Rousse ; elles s'y rendirent sans escorte , et furent reçues à la porte des Bernardines par le maire , M. Cabias. Quelques femmes de chefs d'atelier, parées de leurs plus beaux atours, complimentèrent la princesse qui les embrassa , et reçut gracieusement les bouquets qu'elles lui présentaient. On la conduisit dans les ateliers de MM. Aubertier , Martinon , Dufour , Dangle et Gringlet : il fallut plusieurs fois gravir quatre ou cinq étages par des escaliers obscurs et étroits ; la duchesse examina avec un vif intérêt les procédés de fabrication du tissage des étoftes, et reçut l'hommage de douze robes superbes. Vingt à vingtcinq mille ouvriers étaient descendus dans la rue pour voir la princesse , qu'ils accueillirent parfaitement. Au sortir du faubourg de la Croix-Rousse , LL. AA. RR. visitèrent les forts de Montessuy , de Cuire , et la hgne bastionnée du faubourg. Elles se rendirent le 2û septembre , à midi , au palais Saint-Pierre , et visitèrent d'abord sous les galeries l'exposition de fleurs faite par la Société d'agriculture. Celle de l'industrie lyonnaise avait été disposée avec beaucoup de goût : au fond de la grande salle du Musée était une estrade à laquelle on avait suspendu de riches étoffes, de manière à former un hémicycle; en avant et jusqu'au
salon qui forme le péristyle , des banquettes et des chaises avaient été échelonnées pour les spectateurs. La duchesse fit le tour de l'hémicycle , examinant avec grande attention les différentes étoffes qui composaient cette exhibition , étoffes non moins remarquables par la beauté du tissu et par l'éclat des couleurs que par l'art merveilleux avec lequel se trouvaient combinés les éléments divers employés dans leur Ëd)rication. On remarquait auprès de ces tissus précieux un Christ de Rubens, et la Vierge à la Chaise de Raphaël, tissés au métier. Douze robes, des écharpes et des châles dirent offerts à la princesse par la Chambre de conmierce de Lyon. Du Palais des Arts,LL. AA. RR. se rendirent dans les magasins de MM. Grillet , Grand et Mathevon , et virent avec beaucoup d'intérêt les produits de la fabrique lyonnaise.
Le lendemain , dans la matinée, eut lieu la pose de la première pierre du pont qui devait remplacer le vieux pont sur la Saône. Une tente s'élevait au centre de l'antique monument; le petit bâtiment qui servait de vigie avait été transformé en boudoir élégant pour la princesse, et une double rampe tapissée conduisait au-dessous du pont sur une plate-forme supportée par les roches , et entourée d'une double ceinture d'embarcations et de bateaux élégamment pavoises. LL. AA. RR. arrivèrent à midi et demi , conduites par le maire ; l'ingénieur en chef, M. Cailloux , prononça un discours et demanda au prince la permission de donner au nouveau pont le nom de pont de Nemours. M. Jayr, préfet, mit ensuite aux mains du duc la double boîte en cèdre et en plomb remplie des médailles qui devaient être scellées dans la première pierre : des ouvriers plombiers la placèrent aussitôt, et la fermèrent hermétiquement. Armé d'une petite truelle en vermeil, le duc prit deux pelletées de mortier dans une caisse que lui présenta l'ingénieur Jordan, chargé de la construction du pont, et la première pierre fut posée. Mgr le cardinal-archevêque avait béni les travaux et prononcé les prières d'usage.
Après cette fête qui fut très bien ordonnée , LL. AA. RR. virent des joutes sur la Saône de la terrasse de l'Archevêché, et se rendirent à l'Hippodrome : des courses de chevaux eurent lieu en leur présence par les soins des membres du Jockey-Club. Ce genre de spectacle a toujours eu beaucoup d'attraits pour la
LE DUC DE NEMOURS; CAMP DE DESSINE.— HIX^ SIÈCLE. il 99
population lyonnaise ; soixante mille personnes couronnaient les talus y dont elles n'étaient pas le moindre ornement.
Le bal que la ville offrit à LL. ÂA. RR. dans Fenceinte du Grand-Théâtre fut vraiment magnifique ; on avait adopté pour la décoration de la salle les dispositions prises pour la fête splendide qu'on avait donnée au même lieu , par souscription , au profit des victimes du tremblement de terre de la Guadeloupe. Des fauteuils sur une élégante estrade avaient été préparés pour LL. ÂA. RR. ; la princesse avait autour d'elle et sous ses pieds un jardin d'hiver , formé des fleurs les plus belles et les plus rares: elle dansa quatre quadrilles avec les représentants du Conseil municipal, de l'armée, de la magistrature et du commerce. Sa toilette avait une grande élégance et était d'un goût parfait; ses traits charmants paraissaient exprimer le bonheur. Malgré le nombre immense des dames invitées, il n'y eut point d'encombrement , et tout se passa dans un ordre parfait. La duchesse fit le tour de la vaste enceinte, conduite par le maire, M. Terme. Une grande manœuvre militaire termina les opérations des troupes du camp de Dessine; elles exécutèrent, sur un pont de bateaux , le passage du Rhône , à la hauteur du Grand-Camp , aux Broteaux, entre le barrage récemment construit et le fourà-chaux. Des myriades de spectateurs couvraient tous les monticules et tous les points culminants de la rive droite du Rhône : ces collines étaient littéralement noircies par les tètes des curieux , on eût dit une immense fourmilière. Sur une d'elles , un belvéder élégant avait été élevé pour la duchesse de Nemours, dont les yeux embrassèrent tout le magnifique panorama du bassin du Rhône jusqu'à la chaîne des Alpes. Le duc de Nemours fit ses adieux au camp dans une dernière revue ; et , le soir , dans une brillante soirée à l'hôtel de la Préfecture, LL. AA. RR. prirent congé de la population lyonnaise qui les avait si cordialement accueillies. La gracieuse duchesse fit deux fois le tour des salons , conduite par Madame Matliilde Jayr qui lui présentait les dames. Le camp fut levé le 1*' octobre , après avoir reçu dans un ordre du jour les félicitations du conunandant en chef
Lyon reçut l'année suivante (le 10 décembre 1844) le duc et la duchesse d'Aumale; il y eut aussi de nombreuses présentations oflicielles et beaucoup de discours, dont un des plus
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remarqués fut celui du jeune Roux-Lupin , élève de la classe de philosophie au Collège royal , que S. A. R. visita. Le duc et la duchesse parcoururent les salles principales des Hôpitaux, et se rendirent au Musée. Une corbeille de riches étofies , semblable à celle qu'avait acceptée la duchesse de Nemours , fut présentée à la duchesse d'Âumale; la ville y joignit, avec beaucoup d'àpropos , une vue des environs de Naples peinte par M. Ponthus- Ginier, qui rappela la patrie absente à la princesse napolitaine. Depuis 1841 , le jeune colonel du 17® avait fait un chemin rapide ; c'était, trois années plus tard, un fort beau militaire , à la physionomie énergique et mâle , et de manières franches et cordiales. U y eut une grande revue et bal au théâtre, offert au nom de la ville. D une taille petite , mais gracieuse , la duchesse se fit remarquer par sa distinction parfaite; elle portait une toilette d'une grande simplicité et d'un goût exquis.
Les Lyonnais faisaient successivement connaissance avec les princes et princesses de cette famille d'Orléans qui gagne tant à être vue de près. Us eurent, le 19 juillet ISûS, la visite de don Carlos et de sa femme la princesse de Beira, nobles exilés auxquels on ne pouvait faire de réception officielle, mais qui n'en furent pas moins très bien accueiUis. ^
I. — Quelques jours avaut l'arrivée du duc et de la duchesse d'Aumale, Lyon avait reçu la visite des chefs arabes, Sid-Ali-Ben-Ba-Axmed , kalifa de Coiislauline ; El-Akdar-Ben- Ouaiii, caïd des Aramer; El-Bouzoubi-Ben-eUUedji-Cherugui , officier de spahis; Sid-Mohammed-eUChadli , jurisconsulte distingué , et quelques autres. Ces chefis furent constamment Pohjet de la curiosité la plus empressée ; ils visitèrent la plupart des monuments publics , et firent dans plusieurs magasins des acquisitions assez considérables. On les conduisit deux fois au Grand-Théâtre ; ils y virent l'opéra de la Juive et un ballet oriental. Les chefs arabes partirent de Lyon le l«r décembre 1841.
CBAPITRK X.
MARCHE DE LA CIVILISATION A LYON