MUSÉE TUBIULAIRE. — XIX^ SIÈCLE
mieux connue. Je ne dois point oublier le cabinet de géologie et d'histoire naturelle , créalion récente et d'un vif intérêt : tout le règne animai y est représenté par ses genres les plus saillants, disposés selon une classification nouvelle; la collection des roches du département est fort considérable , en fossiles surtout. Au-dessous des galeries qu'occupent ces cabinets au Palais des Arts, se trouve le Musée tumulaire, dont les richesses ont triplé depuis M. Artaud: on ne comptait guère que soixante-six inscriptions latines dans le livret publié en 1808 par cet archéologue» il n'y en a pas plus de cent cinquante dans le Musée lapidaire du même savant.
Cette collection si nombreuse de pierres et d^inscriptions tumulaires attira beaucoup l'attention des membres du Congrès scientifique , ouvert à Lyon le 2 septembre 18/!i4 , réunion imposante et dont je dois parler. Douze cents membres la composaient; ils se distribuèrent en sept sections, et commencèrent leurs travaux après avoir assisté a une messe solennelle. La cathédrale avait été décorée d'une manière fort ingénieuse pour les recevoir : on y voyait des bannières aux armes et aux couleurs de toutes les nations lettrées de l'Europe. Un épisode curieux donna un attrait particulier à la neuvième session du Congrès scientifique : ce fut une excursion à Vienne. Le 7 septembre , à sept heures du matin , huit cents membres du Congrès s'embarquèrent sur le Sirius et sur un autre bateau à vapeur, accompagnés d'une musique militaire qui ne cessait de faire entendre des fanfares; ils débarquèrent sur le quai de Vienne aux acclamations de toute la ville, et se rendirent au Champ-de-Mars où les attendaient un arc de triomphe en verdure et un déjeuner. Ils visitèrent à midi les précieuses curiosités de l'antique cité , sa cathédrale et Ses principaux établissements industriels, et, après un diner en plein air au Champ-de-Mars, autour de grandes tables d'un aspect singulièrement pittoresque , ils remontèrent sur les Sirius qui les ramenèrent à huit heures du soir sur le quai de la Charité , qu'encombrait une multitude de curieux. Les séances du Congrès présentèrent beaucoup d'intérêt, et furent très suivies; les questions étaient bien posées, et discutées avec une convenance parfaite. « Nulle part, dit le président dans son discours d'adieu prononce le 1 2 scplembre , la pensée de l'institution des Congrès
Ij:12 XIX* SIECLE. SOCIÉTÉS SAVAKTES.
de France n'avait été si bien comprise et n'avait rencontré autant de sympathie. »
$ V. La plupart des sociétés savantes de Lyon existaient avant la révolution de Juillet ; elles ont continué à marcher dans une bonne voie, et quelques-unes ont redoublé de zèle et publié d'utiles travaux : ainsi , la Société de médecine a ^t paraître un joiu-nal; on doit à sa jeune émule, la Société médicale d'émulation, plusieurs volumes de mémoires, et à la Société d'agriculture un recueil de mémoires sous le titre d'Annales , qui lui procure en échange une partie des travaux des sociétés savantes étrangères. Aux études de la Société d'agriculture se rattache la création, en 1856, de quatre Comices agricoles, deux pour chacun des deux arrondissements du département: ils siègent à Givors, à Vaugneray, à Villefranche et à Beaujeu. Je n'ai point encore parlé du Conseil de salubrité , institution créée en 1822 par M. de Tournon , et qui s'est rendue fort recommandable , depuis 1830, par l'activité de SCS travaux. La Société littéraire a continué à être très fréquentée par les amis des lettres ; on lui doit, je l'ai dit, le catalogue des Lyonnais dignes de mémoire; elle va faire paraître le recueil de ses actes. L'Académie a maintenu le rang distingué qu'eUe occupait; elle a élargi son cadre, et commencé la publication de ses mémoires. En i SU5 (c'était le 31 mars) le P. Lacordaire fut reçu à l'Académie dans une solennité qui eut beaucoup d'éclat; un banquet splendidefut offert à l'illustre orateur, dont la parole entraînante et la physionomie spirituelle eurent un beau succès. Le P. Lacordaire accepta la grande médaille d'or dont le président lui fit l'hommage au nom de la compagnie : m II espérait , dit-il, que les statuts de son ordre lui permettraient de conserver ce gage précieux de la bienveillance de ses confrères. L'admission d'un religieux dans l'une des premières sociétés savantes du pays , ajouta-t-il, prouvait les progrès de l'esprit de liberté; il se félicitait de recevoir cette distinction à Lyon,rancienne capitale du royaume de Bourgogne , dans une ville qu'il considérerait désormais comme sa seconde patrie. » '
I — Des ouvrage» «Ku i mériie fort distingué cl de genres dirers ont été pobliés , depuis ISÔO, par des membres de la classe des sciences et de la classe des lettres de rAcadémie ; il ne m*est pas permis d'en parler : des convenances qu'on apppréciera m'interdisent l'appréciation des travaQi des hommes vivants.
ART DRAMATIOUB. XIX* Sl6CLB. 1273
S VI. L*ex tension du goût des beaux-arls, à Lyon, n'est pas moins digne d'observation que le succès qu'ont obtenu dans cette ville les sciences et les lettres. Il en est un cependant dont la décadence est visible, c'est l'art dramatique. Longtemps en honneur, et très fréquentée, notre scène fournissait à celle de Paris une parlie de ses sujets d'élite ; elle a vu plus d'une fois le succès de pièces de théâtre qui avaient été composées pour elle. Il n'en est plus ainsi aujourd'hui; l'ancien répertoire n'éveille pas les sympathies du public : Corneille , Racine et Molière n'ont plus, en province, de dignes interprèles, et l'opéra comique y est à peu près abandonné. Huit ou dix chefs-d'œuvre lyriques, vieillis par un trop fréquent usage, et quelques ballets, sont la ressource unique des directeurs de nos théâtres; il n'y a plus de grands compositeurs, et les prétentions, déjà exagérées, des premiers sujets de l'opéra et du ballet paraissent augmenter en proportion de la décadence du talent. Si l'on fait abstraction de quelques circonstances exceptionnelles , le public lyonnais va peu au Grand-Théâtre, et trop souvent il y apporte , à l'occasion des débuts d'artistes, des habitudes qui ont occupé, a plusieurs reprises , l'attention de l'administration municipale. Depuis quarante ans, tous les directeurs des théâtres de Lyon, à une exception près, ont successivement fermé leur exploitation par une faillite; les frais sont toujours allés croissant, tandis que les recettes diminuent d'année en année. Pendant la belle saison , la salle est à peu près vide; cependant l'administration municipale accorde à la direction des théâtres une subvention considérable qui a dépassé quelquefois le chiffre de quatre-vingt mille francs: ainsi les plaisirs de quelques-uns sont payés par tous , c'est-à-dire par une multitude de citoyens qui n'en profitent jamais. Depuis quinze années surtout on s'occupe de la décadence rapide de l'art dramatique, sans qu'on ait pu trouver encore un moyen de la ralentir : à Lyon , comme dans toutes les grandes villes de France, le goût du théâtre s'en va.
Une combinaison nouvelle, approuvée le H mars <8i7 par le Conseil*municipal, est essayée cette année. Le directeur ne reçoit plus la subvention annuelle de 55,000 francs; il ne fait représenter ni opéras ni ballets depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'août : pendant ces quatre mois, le Grand-Théâtre n'est ouvert
que trois fois chaque semaine ; on y voit la tragédie, la comédie , le drame et le vaudeville. Au 4*' septembre , le directeur présentera ses quatre troupes complètes de grand opéra , d*opéra comique , de comédie et de ballet. Très avantageux pour le budget de la ville, ce traité paraît servir les intérèrs si compromis de la direction des théâtres.
Un autre art autrefois florissant à Lyon, le plus beau et le plus important de tous, l'imprimerie, n'a pas conservé sa vieille renommée; elle n'est guère aujourd'hui qu'un métier. Il ne faut plus demander à la province des émules des Crapelet , des Baskerville , des Ibarra, des Didot, grands artistes que la plupart de nos typographes ne connaissent pas même de nom , et dont ils n'ont jamais vu les chefs-d'œuvre. Les successeurs des de Tournes , des Dolet et des Gryphe n'écrivent plus en latin les préfaces des livres qu'ils publient, comme faisaient leurs illustres devanciers, et n'ambitionnent point une place parmi les hommes de lettres : ils savent pour la plupart leur état, mais ce qui fait l'artiste, mais le goût, mais le désir de la renommée manquent au plus grand nombre. On a imprimé à Lyon de beaux livres depuis Ballanche; j'ai hâte de le répéter , quelques hommes encore rappellent ces typographes lyonnais dont j'ai loué autre part le mérite éminent : peut-êlre serait-il juste d'ajouter que l'occasion de publier de beaux livres est peu commune en province, et que la centralisation attire tout à Paris , savants , hommes de lettres et artistes. Mes réflexions n'ont donc rien d'absolu; des temps meilleurs pour l'imprimerie lyonnaise viendront sans doute.
L'art musical aussi paraissait avoir dégénéré, mais depuis quelques années il a été cultivé avec succès et a trouvé de nombreux amis. Un Cercle a été institué pour le diriger et pour en répandre le goût. Fondée par quelques amateurs en ISftO, cette Société a pris bientôt une extension remarquable; elle s'est donné une salle fort bien décorée , qu'encombrent des auditeurs en nombre immense les jours de concert. Toutes les représentations des grands artistes de passage sont suivies avec empressement, nulle part le talent n'excite plus d'enthousiasme qu'à Lyon et ne reçoit plus d'honneurs ; des exemples récents encore en sont la preuve Plusieurs sociétés musicales se sont organisées sous divers titres; elles réussissent fort bien. Un progrès digne