‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 147 sur 364 · BEAUX-ARTS. XIX® SIÈCLE · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS. XIX® SIÈCLE

de remarque , c'est rintroduction de renseignement de la musique vocale dans les écoles pour Tinstruction primaire et au Collège royal; c'est la création d'écoles supérieures pour le chant. Ce qui manque à Lyon aux artistes sculpteurs et peintres , ce n'est pas le talent , c'est l'occasion de le produire avec avantage. Il faut vivre, et l'on achète fort peu aujourd'hui de statues et de tableaux d'histoire ; les fabriques de paroisses , dont plusieurs sont riches, ne commandent pas de tableaux d'église. Assailli de demandes par des hommes que servent l'intrigue et le crédit , le Gouvernement confie ses travaux aux artistes de la capitale, hommes bien placés pour solliciter, et d'ailleurs en nombre considérable : il n'arrive même pas toujours que l'administration locale s'adresse, quand elle a besoin de quelque œuvre d'art, aux hommes qu'elle a sous sa main. Nos peintres feraient bien certainement encore avec succès des tableaux d'histoire, s'ils avaient l'espoir de les placer convenablement; mais cette chance, ils ne l'ont point , et dès-lors il y a pour eux obligation à se borner aux tableaux de genre et aux portraits. La situation de l'art , à Lyon, était plus désavantageuse encore avant l'institution d'une Société qui a été établie , il y a peu d'années , tout exprès pour l'améliorer. C'est un grand pas de fait : chaque année la Société des Amis des Arts ouvre dans la salle du Musée une exposition très fréquentée; elle achète ceux des tableaux qui ont été remarqués , et les distribue aux souscripteurs par la voie du sort. Une grande affluence se porte au salon; ouvriers, gens des campagnes voisines et Lyonnais de toutes les conditions s'y rendent en foule chaque jour pendant la durée de son ouverture. Ce n'est pas tout : la Société des Amis des Arts met chaque année au concours des prix d'encouragement pour le dessin des ornements et de la fleur. Ici encore , il y a donc eu progrès. Chaque année l'administration municipale consacre une somme de dix mille francs à l'acquisition de tableaux et de dessins par des maîtres habiles, et ce crédit est dépassé quelquefois. Notre Musée de peinture est un des plus remarquables de la province; il a pris une extension considérable. Une des salles du Musée de sculpture s'enrichit des bustes de Lyonnais célèbres, que la ville fait exécuter avec les fonds qu'un bon citoyen , Grognard, a laissés pour cette destination. Dix mille francs ont été

volés par la ville pour la statue de Kléberg; un sculpteur lyonnais, habile et fécond artiste que l'école des Beaux-Arls a compté parmi ses professeurs, décore maintenant de bas-reliefs le Palais de Justice. L'art n'est donc point condamné à mourir à Lyon; il parait , au contraire , appelé à y fleurir d'un nouvel éclat : ce n'est plus qu'une question de temps.

J'ai achevé le tableau du développement matériel et moral de Lyon, depuis l'origine de cette cité jusqu'au milieu de l'année 1847; mon but est atteint : ce que j'avais annoncé, fidèle en tout point à ma parole , je l'ai accompli , sinon avec talent^ dû moins avec exactitude et conscience. Pour ne point trop demeurer au-dessous de ma tache , je m'y suis dévoué sans partage : enfermé avec les matériaux du monument que je me proposais d'élever, j'ai vécu avec mon livre comme avec un ami qui suffit à toutes les pensées : du moins ai-je senti tout ce qu'il y avait de grand et de poétique dans les annales de mon pays. Une des considérations principales qui me déterminèrent à les écrire (j'avouerai ma présomption ) , ce fut le désir de relever Thistoire de Lyon de l'injuste discrédit dont elle était l'objet. Attaché à ce riche sujet par les jouissances qu'il me donnait, épris pour ma ville natale de la pieuse affection d'un fils pour sa mère, je voyais, à mesure que j'avançais , un horizon plus beau se déployer sous mes yeux , et je rencontrais à chaque pas de nouveaux motifs pour aimer mon pays et pour en être fier. Ce livre a été écrit d'un seul jet , sans interruption , sans un moment de relâche; chaque jour ajoutait régulièrement une page au labeur de la veille. Très fatigante pour l'écrivain , qu'elle a condamné à un isolement presque absolu , cette manière de travailler me présentait du moins ^ comme compensation, l'avantage de pro* mettre à cette histoire plus d'homogénéité , d'unité et de vie. Une sorte de mouvement fébrile , dont je ne pouvais me défendre, me ramenait sans cesse à mes travaux historiques, et m'interdisait toule autre occupation.

Cependant la nécessité de ne pas demander à mes forces plus qu'elles ne pouvaient supporter m'ayant déterminé à essayer de reposer ma pensée dans les distractions d'un voyage.

je partis pour Tltalie , en quête de quelques chartes lyonnaises dont on m'avait indiqué Texislence. Vains projets! je in étais bien séparé de mes livres et de mes manuscrits , mais Tétais-je aussi de mon idée fixe ? chemin faisant , je continuais. C'est, assis sous un mélèze y dans une des vallées les plus sauvages du Tyrol, au pied du mont Brenner , et à quelques pas des froides eaux de la Sill, que je me suis délassé des fatigues d'une longue marche en adressant aux femmes de Lyon les pages qui terminent mon discours préliminaire : c'est à Venise, et pendant une magnifique soirée du mois de mai , que , seul avec mes souvenirs, j'ai raconté un des plus intéressants épisodes de la vie d'une cité qui peut aussi se dire la belle et la fille des eaux : la journée avait été brûlante; couché sur la pelouse du joli jardin de la ville des doges , sous un ciel d'une admirable pureté , et en face des flots de l'Adriatique scintillant dans les lagunes , je racontai comment le jeune Lugdunum avait reçu la foi chrétienne, et je ne m'arrêtai que lorsque la nuit , enveloppant d'ombres épaisses la mer, les palais et la tour de Saint-Marc , ne me permit plus de laisser courir sur le papier mon crayon inutile. Cette obsession continuelle ne me quitta que lorsque je fus enfin parvenu à la dernière page du dernier chapitre de cet ouvrage.

Arrivé au point culminant que je m'étais proposé d'atteindre, je déposerai mon bâton de voyageur, et, me retournant pour la première fois , j'embrasserai d'un seul regard ce monde historique dont mes pas ont successivement mesuré les régions diverses. Ce n'est pas sans une impression de satisfaction intérieure que je considère ce vaste ensemble de faits arrangés en groupes, qu'une même pensée a coordonnés pour montrer le doigt de Dieu toujours présent, à Lyon , dans l'œuvre des temps et des hommes. Il n'est pas interdit à un écrivain d'apprécier lui-même son travail, et de dire, à ses périls et risques, ce qu'il en pense soit en bien, soit en mal; un grand poète n'a-t-il pas fait suivre chacune de ses tragédies d'un examen dont la franchise l'honore? On pardonne à un historien de se mettre en scène , pourvu qu'il n'en abuse pas ; parler de soi n'est pas toujours un ridicule : quelque danger qu'il y ait , surtout pour moi , à le faire , je l'oserai.

Les pages dans lesquelles j'ai tracé , il y a plusieurs années , l'esquisse de celte histoire, sont sous mes yeux; elles devaient

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