III. Agents MUNICIPAUX À LuGDUHVM
— Les institutions de Lugdunum , colonie romaine , étaient entièrement modelées sur celles de Rome : on y rencontrait tous les fonctionnaires de la nière-patrie , avec les mêmes attributions.
Cependant on ne voit pas de consuls dans les municipes qui avaient des duumvirs, et il est certain qu'il n'y en a pas eu à Lugdunum. On dit bien avoir vu les lettres C 0 S sur quelques inscriptions de colonies ou de villes municipes; mais il est possible qu'on ait mal lu : c'est l'opinion d'Orelli, Les personnages dont la qualité paraît désignée par ce signe , ne sont point mentionnés dans les fastes consulaires : Reinesius et Marini affirment que les colonies et les municipes n'ont jamais eu de consuls , quoique plur sieurs aient eu un dictateur.
Mais Lugdunum avait un vrai sénat dans le conseil de ses décurions (principes civifatiSf principales viri , caria ou collegium decurionum). Il ne se composait point de dix membres .
sous LES ROMAINS.
comme on pourrait le présumer d'après une interprétation trop littérale du mot ; il ne représentait pas exactement , comme on Ta dit, le dixième de la population électorale. On voyait, en effet , parmi les décurions , nonseulement des citoyens à qui étaient confiés de hauts emplois (^honores et munera) fmais encore d'autres citoyens qu'appelaient h ce titre leur rang et leurs dignités {honorât i) *. Formé des premiers magistrats de la cité , ce corps avait , en très grande partie, les attributions du conseil municipal de nos jours. Ses membres , comme les sénateurs romains , portaient la robe bordée de pourpre , tandis que les magistrats ordinaires n'étaient revêtus que de la robe prétexte.
On conférait par Télection les fonctions de décurions à des citoyens :
si l'on avait V Album de Lugdunum au temps d'Auguste ou de Claude , on aurait , approximativement , celui de la population électorale. Tous les emplois municipaux importants étaient occupés par les membres du conseil des décurions. Ce conseil avait pour attribution principale le recouvrement des impôts , d'après le cadastre qui avait été exécuté sous Auguste. On distinguait parmi les décurions les decemprimi : c'étaient les dix premiers , et ceux à qui étaient confiées les fonctions les plus importantes; venaient ensuite des décurions pourvus d'emplois moins élevés. Ce corps avait l'administration des finances de Lugdunum : il était chargé de la voirie et de l'entretien des édifices publics. C'était lui qui désignait, par la voie de l'élection , le patronus civitatis ou délégué de Lugdunum à Rome. Il y avait un ordre d'inscrip-
tion sur V Album ou liste des décurions. Le voici : d*abord les patroni (clarissimi viri^ sénateurs romains) ; les patroni (équités romani) : c'étaient des décurions honoraires. Venaient ensuite les décurions en exercice :
d'abord les anciens fonctionnaires par ordre de rang, ceux du même rang par ordre d'ancienneté ; ceux qui n'ont encore rempli aucunes fonctions par ordre d'ancienneté dans la curie (Savigny). Après avoir fait mention des patroni , Y Album de la cité de Canusium nomme les quinquennalicii , fonctionnaires qui avaient occupé des fonctions quinquennales; les adlecti , ou adjoints aux magistrats quinquennaux ; les duumviralicii , magistrats qui avaient été duumvirs; les œdi licii j les tfuœstoricii , les pedanii, les prœtcxtati. Le premier des décurions qui était inscrit sur V Album présidait la curie *. Membres du corps des décurions , les duumvirs ( iiviri.
duumviri juri dicundo) étaient deux magistrats de Lugdunum investis du droit de rendre la justice dans certaines affaires de peu d'importance , jusqu'à une somme déterminée ; ils n'avaient point à connaître des causes criminelles. Souvent annuelles, leurs fonctions pouvaient être prolongées jusqu'à la cinquième année. Ces duumvirs quinquennaux étaient d'un rang supérieur aux antres : quelques-uns de ces magistrats n'étaient nommés que pour une circonstance déterminée , et ne possédaient qu'un mandat temporaire; d'autres avaient l'administration des revenus de Lugdunum (duumviri œrarii). Le citoyen qui avait exercé les fonctions de duumvir prenait la qualité de duumviralis ; des vicedunmvirs remplaçaient par intérim les
1 . — On appelait honoruti les citoyens qui avaient rempli de grandes charges, on que n*coinmandait une grande distinction personnelle : les honorati formaient une classe à part , supérieure par le rang à celle des nvrialet.
2. .^ Ces renseignements et ceux qui vont suivre rectifient cette assertion inexacte dans sa formule, qu'on lisait dans quelques exemplaires de ce livre : « Lugdunum avait un conseil « de sénateurs (curionêt), ses chevaliers, ses consuls reprcsentés par les duumvirs; les t* sénateurs étaient les décurions. »
duuinvirs , soit annuels, soit quinquennaux. *
Les triumvirs (iiiviai) étaient des magistrats municipaux char;;és de certaines fonctions de l'édiiité , de la surveillance des jeux et des fêtes, etc. Les quatuorvirs (imai) avaient Tinspection des routes et des rues ; ils étaient préposés à la voirie.
Beaucoup d'inscriptions sont relatives k des sévirs (viviai , IiiitIviri au- GD8TALBS ) ; OU y lit les noms suivants : G. Secundus Ruso , Sextus Attius Januarius, Sextuâ Julius Heliaa , Q. Ca* pito Probatius , Salvius Mereurius , Titus Glaudius Amandus , Q. Ignius Silvinus, P. Sextius Florus, Q. Vircius Laarentinus, G. Vrogenius, Q.Gonnius, M. Primus Secundianus , L. Gavius Fronto, G. Donalus Quartus, etc. Je pourrais allonger beaucoup cette liste.
Les sévirs au gustaux étaient desfonc»
tionnaires d'une condition inférieure , à qui étaient confiés Tentretien et la conservation des lares d'Auguste dans les carrefours et dans les rues de Lugdunum ; ils formaient une corporation d*un rang éminent (amplissimus ordo, splendidissimus or do ). Ge corps des augustaux ou sévirs était intermédiaire entre le conseil des décurions et les corporations d'ouvriers : il remplaçait, dans les provinces , l'ordre des chevaliers ; quelques emplois secondaires étaient confiés à ses membres. Beaucoup de ces augustaux étaient tirés de la classe des affranchis ; quoique leurs fonctions n'eussent rien de très relevé, elles étaient cependant fort recher- "chées. Les sévirs prenaient divers titres (^sexyiri augustaies, magistri^ ministri) : plus tard, ils furent chargés d'un culte autre que celui d'Auguste ( sacns faciundis) ; ceux - là prr si-
ADMINISTRATION DU LYONNAIS
daient aux approvisionnements des subsistances ; ceux-ci avaient un emploi dans les finances , qu'il n'est pas facile de déterminer avec précision. Il ne faut pas confondre les sévirs avec les sexprimi.
Je renvoie aux ouvrages sur ces matières peu connues , pour des renseignements sur des magistrats municipaux dont les inscriptions parlent peu ou ne parlent pas : les octoviri municipales , les decemviri , les duodecimviri , les quindecimviri sacris faciundis ^; mais je dirai quelques mots de fonctionnaires d'ordres divers, appelés prœfecti. Il y avait les prœfecti, magistrats qu'il ne faut pas confondre avec les duumvirs, dont ils tenaient lieu dans les préfectures ; il y avait les prœfecti fabrum, ceux*lh pour les travaux militaires, et ceux-ci pour les travaux civils : Tiberius Antistius était préfet de la seconde cohorte espagnole. Il y avait encore des prœfecti coloniœ^ des prœfecti du trésor public.
Patinius était préfet de la colonie , (iuumvir du trésor pour poursuivre en justice , et flamine augustal. Lucius Aurelius prend le titre de prœfectus œrarii Saiurnif et de prœfectus frumenti; il était en même temps curateur des voies Glodia, Annia , Gassia , etc.
Le curator, censor ou quinquennalis était un magistrat municipal pourvu de la charge du censeur à Rome.
D'autres curateurs avaient les attributions de gardes ou de surveillants : il y avait les curatores œrarii , annonœ, et viarum.
Parmi les fonctionnaires de condition inférieure , on peut citer les apparitores , ordonnateurs des fêtes publiques et commissaires chargés de la police dans les grandes réunions , et
t. — Dans les cités le sénat fui d'abord appelé ordo decttHoiium f puis simplemeiil ordo, puis enfin curia ; ses membres étaient cnruUet ou decurinneê. C'est pourquoi curia et genatus sont souvent opposés Tun à l'autre : curia s'applique à une cité ; seuatus , sans désignation particulière, «i Rome ou au sénat de l'Empire. — Satiory ( de ). Histoire du droit romain au moyen-âge , 1 , 40.
S. — On sait qu'il existait k Lugdunum un collège de quindécimvirs, prêtres de Cybèle , k qui étaient confiés les litres sibyllins. Les grands-prétres portaient le tUre iVarchigaUt; les simples prêtres , celui de galli»
sous LES ROMAINS.
les tahularii , greffiers atlachés à divers services dont ils tenaient les registres. Peut-être me reprocherait-on d'oublier le joueur de flûte Çlibicen) : invité aux jeux scéniques et à plusieurs cérémonies religieuses du culte de Cybèie , cet artiste était un personnage indispensable. Flavius Kestitutus figura plusieurs fois , en cette qualité , dans les sacrifices tauroboliques , à Lugducum.