LE DUC DE NEMOURS. XVI® SIÈCLE
Jaques mesures furent prises aussitôt : le moment d'agir était venu. Des compagnies de Lyonnais armés marchèrent à la rencontre de Dizimieu, l'assaillirent avec vigueur , dispersèrent sa troupe et le firent prisonnier. En même temps les bourgeois se mirent en pleine insurrection dans la ville, élevèrent des barricades, tendirent des chaînes et s'emparèrent des portes *. Averti par le bruit et par les rapports qui lui étaient adressés, Nemours sentit qu'il n'avait pas uninstant à perdre : il monta à cheval, et se rendit au lieu où se formait le principal rassemblement ; mais, chemin faisant, le gouverneur rencontra un détachement de la police municipale , commande par un gentilhomme lyonnais , Alexandre Revcroni, qui l'arrêta de la part des échevins , et le ramena dans son palais. Un grand conseil eut lieu le lendemain à l'Hôtel-de-Ville ; l'assemblée fut nombreuse : elle se composait non-seulement des échevins et des officiers de la ville, mais encore d'un bon nombre de bourgeois notables et des délégués du clergé. Aucune voix ne se fit entendre en faveur du gouverneur dépossédé; les orateurs déclarèrent qu'ils n'entendaient nullement se départir de leur serment de fidélité à la sainte Union , à la couronne de France et au représentant de l'autorité royale , le duc de Mayenne. Ils annoncèrent que la ville de Lyon se mettait expressément sous la garde de son archevêque, messire Pierre d'Epinac , et que le lieutenant-général du royaume serait supplié de licencier immédiatement des troupes dont Lyon n'avait nul besoin. On décida que, jusqu'à l'exécution de cette mesure , les portes et les chaînes de la ville resteraient fermées, et que tous les étrangers suspects recevraient l'ordre de s'éloigner. Il s'agissait de prendre un parti envers le duc de Nemours ; on lui ôta ses gardes , on congédia ses officiers; on révoqua le commandant de Picrre-Scise. Aidés par les intelligences qu'ils s'étaient ménagées , les bourgeois se rendirent maîtres de cette place forte; ils y conduisirent bientôt après le duc de Nemours que menaçait trop l'exaspération populaire, et le firent garder à vue. Tout ce mouvement avait clé préparé et dirigé par le duc (le Mayenne. Quelques ligueurs cependant furent destitués de leurs fonctions, entre autres Claude Rubys : l'archevêque devint
1. --- f.c 18 sepU^mbre 1593. Ce fii! le 21 que le duc He Nemours jMTdil sa liberté.
le maître de la ville '. Anne d'Esté aimait tendrement son fils , le duc de Nemours ; elle apprit son emprisonnement avec une douleur extrême , et mit aussi toute son influence en œuvre pour obtenir qu'il fut délivré ; mais le consulat avait intérêt à retenir son prisonnier , il résista à toutes les sollicitations.
Les états-généraux étaient demandés avec instance depuis plusieurs années par les ligueurs , qui espéraient gouverner ces assemblées , et s'en servir pour détruire à jamais l'autorité du roi légitime. Il y eut, à différentes reprises, des tentatives de convocation ; mais les chances de la guerre , et d'autres circonstances qui tenaient à la marche des événements, les avaient fait avorter. Désignée pour être le siège des Etats, la ville de Reims n'avait vu arriver qu'un nombre insuffisant de députés; elle fut bientôt après assiégée par Henri IV, qui s'en serait infailliblement rendu maître si le duc de Parme et ses Espagnols ne l'avaient contraint à la retraite. Paris fut choisi par la Ligue comme un lieu plus sur; les états-généraux s'y rassemblèrent dans la grande salle du Louvre le 26 janvier 1593. La députation du gouvernement du Lyonnais était composée ainsi : bail^ liage et sénéchaussée de Lyon; l'archevêque Pierre d'Epinac; Marc de Saconay; de Pravieux, chanoine; Guillaume de Villars, avocat ; Guillaume Gelas, bourgeois et échevin , et Jacques Grolier de l'Arbresle, pour la campagne. D'Urfé, marquis de Bagé, et Claude Le Brun, avocat au bailliage de Roanne , complétèrent la cléputation pour le Forez et pour le Beaujolais.
Il y eut peu de députés à la première séance des Etats ; leur nombre ne dépassa pas cent trente. La Ligue dominait surtout ^ans la partie de la France située au Nord de la Loire , puis elle
I. Je couliiiue l'iiiJicalioii des principaux pamphlets relatifs à l'histoire de ces temps :
Discours véritable et sans pi^ssioii sur ta prinse des armes y et changemens advenus en la ville de L^on pour la conservation d'icelle sous l'obéissance de la sainte Union et de la corone de France. Lyony 1595 , ïn-99, — Advis des causes et raisons de la prinse des armes en la ville de Lyon... Lyon , 1593, in-8°. — Réponse h la lettre contenant le Discours véritable sur la prinse des armes et changemens advtiius en la ville de Lyon. Lyon^ 1593 , in-8**. — Syllogismes en quatrains sur l'élection d'un roy. Lt,on ^ Jean PiUehoUe , 1593, in-8*». — Les Paraboles do Cicquot , en forme d'advis, sur l'eslal du roy de Navarre. Paris , jouxte la copie imprimée à Lyon, 1.593, petit in-8».
D'OrUans (Ai«/oi?icM5). Expostulalio... Lugduni, J,-li. Buisson , 1593, in-8°.Dans ce pamphlet, d'Orléans appi'lle Ilo.iri IV : - fœtiduin Satan;e slercus. »
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s'avançait le long du Rhône jusqu'à la Provence qui lui était dévouée ". Henri était maître d'une partie considérable du royaume, mais il-n'avait point Paris. Les Etats avaient une tâche immense à remplir : convoqués en vertu du principe de la souveraineté du peuple que professait la Ligue, ils se présentaient à la France comme les dépositaires des droits de la nation et comme Torgane de sa volonté. Il s'agissait de reconstituer la monarchie et de faire le plus grand acte de la puissance du peuple , de nommer un roi. L'assemblée des Etats , disait Jean Boucher dans ses fougueuses prédications, possède le pouvoir public et « la majesté suprême , « le droit de lier et de délier, et la souveraineté inaliénable; le « prince procède du peuple , non par nécessité et par violence , « mais par élection libre. » Le temps de ces doctrines démocratiques n'était pas encore venu : la Ligue s'appuyait , pour les fiiire prévaloir, sur le monarque le plus absolu de l'Europe , sur ce Philippe II, roi d'Espagne, qui entretenait avec tant de soin les discordes civiles en France , et qui se fit représenter auprès des Etats par une ambassade extraordinaire , dont le duc de Féria était le chef. Philippe II avait des troupes nombreuses en Provence, en Languedoc, en Bretagne, en Picardie, et des agents partout : tout-puissant à Paris, il avait une grande influence sur l'assemblée dont il attendait la couronne de France pour sa fille, promise à un archiduc d'Autriche.
On sait combien d'intrigues se nouèrent, en dehors des Etats et au sein de l'assemblée , pour ou contre le projet du prince espagnol. Mayenne, qui avait convoque les députés de mauvaise grâce et le plus tard possible , voulait la couronne pour lui ; les ducs de Nemours , de Guise , de Savoie et de Lorraine avaient leurs vues particulières, et manœuvraient pour leur propre compte. Personne ne prenait garde à l'intérêt national , et surtout aux Etats dont la lenteur, la timidité et les irrésolutions Êitiguaient tous les partis. L'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac , agissait aussi dans son intérêt particulier : il voulait le chapeau de cardinal et une grande part aux affaires. -
I. — Procès-Tcrbaux des Etats-généraux »lc 1593 , recueillis el publiés par Auguste Bcroanl. Pariât imprimait royale^ 1842, in-4".
S. — La satire Ménippée fait allusion à ces prétentions de l'archevêque do Lyon , dans ce
Henri ^e Béarn savait parfaitement tout le danger que Tas* sen^blée des Etats faisait courir à ses droits légitimes; il était fatigué de sa vie aventureuse et des exigences incessantes de ses indociles partisans. Plusieurs années d'une lutte dangereuse l'avaient convaincu de l'impossibilité de faire prévaloir , en France , la foi protestante; il était évident que la nation |i*accepterait jamais qu'un roi catholique. Après une longue hésitation y Henri se décida enfin à satisfaire la volonté nationale : des conférences s'ouvrirent à Suréne, avec l'assentiment des fltats. La Ligue repoussait dans Henri le roi protestant. Henri convoqua une réunion d'évêques et de docteurs pour l'instruire dans la religion catholique : cette détermination lui ramena aussitôt une multitude immense de partisans; elle ruina le parti des ligueurs, et porta un coup mortel aux prétentions du roi d'Espagne. Le sentiment national se réveilla tout-à-coup avec une grande force; il se révolta contre les vues intéressées des chefs de la Ligue et contre les projets du monarque espa^ gnol. Quoique sous l'influence du parti qui les avait convoqués, les Etats eux-mêmes déclarèrent « qu'ils n'avaient pas de procu- « ration pour reconnaître un roi étranger. » Ce fut en vain que le duc de Féria , à bout d'expédients , proposa le mariage de la fille de Philippe JI avec le duc de Guise ; il était trop tard. Un arrêt célèbre du parlement, rendu à l'instigation du duc de Mayenne, renversa cette nouvelle intrigue : « Remontrances se- « roient fuites, disait cet arrêt, à ce qu'aucun traité ne se fasse « pour transférer la couronne en la main des princesses et « princes étrangers. » Henri avait une vive intelligence de sqn temps et de son pays : « Paris , disait-il , vaut bien une messe j » le roi abjura , et , après avoir notifié sa conversion à toute la France , il envoya le duc de Ncvers en ambassade à Rome pour obtenir son absolution. Une trêve générale fut proclamée, et les états-généraux se séparèrent après avoir renouvelé le serment de l'Union et ordonné la publication des décrets du concile de Trente.
passage : « M. le primai de Ljon , inrailliblo , fulur cardioai de rUoion , pair cl chancelier « de la lieutenancc , laissez In votre sœur et vciioz prendre rolre rang. ■ ( Edition Dalibon , 1824, I, 51.)
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Rien n'était terminé , et le gouvernement de l'Union restait organisé et puissant dans les provinces. A Lyon, tout avait prospéré aux hommes de la Ligue; ils s'étaient délivrés du duc de Nemours, mais un autre ennemi se présentait, assez puissant déjà pour qu'il y eût nécessité de compter avec lui. Ce parti des politiques, qu'on avait jusqu'alors traité avec si peu de considération , gagnait de la force et s'organisait : tout annonçait qu'il prendrait bientôt l'ofi'ensive. Tavanes amena quelques soldats au secours des ligueurs ; de leur côté , les royalistes se mirent en rapport avec Bellièvre et d'Ornano dont les troupes , réunies à celles que Chevrières commandait , vinrent camper aux environs de Lyon. Le colonel d'Ornano aurait pu entrer dans Lyon , mais les bourgeois ne se fiaient point encore complètement à lui. Nemours de sa prison fomentait , autant qu'il le pouvait , la résistance des siens ; il n'avait pas encore perdu tout espoir : son frère tenait la campagne avec des troupes nombreuses, flxaspéré par Temprisonnement de son frère, et mal contenu par la petite armée royaliste , Saint-Sorlin fit beaucoup de mai aux Lyonnais ; ses coureurs s'avançaient jusqu'aux portes de la ville ; constamment à cheval, il pillait les villages , attaquait les châteaux, et tenait Lyon dans de continuelles alarmes. C'était un ennemi insaisissable ; environné plusieurs fois par les forces rsupérieures du colonel d'Ornano, il leur échappait toujours.
Telle était la situation , lorsqu'une nouvelle inattendue vint hâter la crise. Des bourgeois dévoués au roi surprirent des lettres adressées aux ligueurs de Lyon par Charles d'Aragon , duc de Terra-Nova et gouverneur du Milanais; elles annonçaient l'arrivée d'un corps nombreux de troupes et d'une compagnies uisse Si ces étrangers entraient dans Lyon , ils occuperaient bien certainement la ville pour leur propre compte et perpétueraient indéfiniment la guerre civile. Emus par cette crainte , les royalistes se résolurent à un parti décisif; trop faibles encore pour se passer d'appui, leurs chefs ( c'étaient l'cchevin Jacquet, de Sève et Pierre de Montconis, seigneur de Liergues) envoyèrent une députation au commandant des forces royales , Alphonse d'Ornano , qui prit rengagement de se trouver sous les murs de la Giiillotière au jour fixé pour l'insurrection.
Elle éclata le 7 février 159^i; tout avait été prévu, et le mou-
vement était bien ordonné. Avant qu'il fut jour , Féchevin Jacquet, suivi d'une troupe de royalistes déterminés, attaqua la tète du pont du Rhône , du côté de la ville où se trouvait Téchevin Thierri , ligueur zélé , et s'en rendit maître après un combat opiniâtre. La première chose à faire, c'était d'établir une libre communication entre l'armée du roi et les Lyonnais de son parti. Eveillés par le bruit, les bourgeois coururent aux armes, et en peu d'instants des barricades s'élevèrent dans les rues principales; de forts détachements s'emparèrent des corps-de-garde dans l'intérieur de la ville , et de l'arsenal ; d'autres coururent aux portes. Aucun combat sérieux n'eut lieu cependant ; on entendait de toutes parts retentir ces cris : Vive la liberté ! à bas la tyrannie ! mais on n'osait encore y joindre celui de : Vive le roi!
Une assemblée générale des notables et des corps de métiers eut lieu à l'Hôtel-de- Ville; l'archevêque d'Epinac, qui s'y était rendu, non sans peine, au travers des barricades , fit tout son possible pour entraver cette grande manifestation royaliste. 11 disait qu'avant de se livrer à l'autorité royale, les citoyens devaient avoir au moins la prudence de stipuler leurs conditions ; il les engageait surtout à ne rien conclure avant de connaître les résultats de l'ambassade du duc de Nevers auprès du Saint-Père. Mais on ne l'écouta point ; bien loin de là , on le ramena dans son palais , et il y fut retenu jusqu'à ce que tout fut terminé.
Le lendemain (c'est la seconde journée), toutes les positions sont au pouvoir des royalistes ; leur enthousiasme s'est accru; ils se rassemblent en foule aux cris mille fois répétés de : Vive le roi! On arrache de la façade de l'hôtel du gouverneur les armes du duc de Nemours ; le peuple les traîne ignominieusenient dans la boue ; il livre aux flammes un mannequin hideux qui représente la Ligue. On voit paraître de tous côtés l'écharpe et le panache blanc : l'empressement des bourgeois à s'en revêtir est tel, qu'avant la fin de la journée il n'y a plus chez les marchands un seul morceau d'étoile de soie de la couleur royaUste. Des feux de joie s'allument sur toutes les places pubUques; les bourgeois s'abordent, s'embrassent, s'asseyent autour des tables qu'on a dressées dans les rues; ils mettent les armes du roi sur tous les monuments pubUcs , et exposent un
SOUMISSION DE LYON A HËNBl IV. — XVI® 81ÊCLB. 746
portrait de Henri IV au-devant de la grande galerie de l'Hôtelde-ViUe. Les enfants de Lyon dressent une pyramide de fagots sur la place du Change, ils y mettent le feu, et, se tenant par la main , hommes et femmes dansent à la lueur des flammes.
Les troupes royales n'occupaient point encore la ville. D'Ornano , tout botté , fit son entrée au travers des barricades , accompagné d'une suite nombreuse d'officiers et de gentilshommes, parmi lesquels on remarquait Chevriéres, Bothéon, de Liergaes, d'Andelot, Jacques de Miolans , Muret etLabaume '. L'armée royale prend possession de Lyon au nom de Henri IV; tout était dit pour la Ligue. Jamais population n'avait montré tant de joie; les Lyonnais voyaient avec raison, dans la restauration de l'autorité royale , celle de leur commerce et de leurs libertés. Sept échevins, ligueurs dangereux, furent destitués et remplacés : le baron de Vaux, Platel, Tourvéon , Austrain, de Bourg , Pigners , Malleval , Antoine Teste et Balbani reçurent l'ordre de quitter la ville ; plusieurs bourgeois compromis par l'exagération de leur dévouement à l'Union catholique prirent la fuite, et nombre d'étrangers, entre autres les deux Poggio, lucquois , suivirent leur exemple. Claude Rubys , si exalté dans son attachement à la Ligue , se retira prudemment à Avignon , qu'il habita pendant quelques années. Cependant l'administration royaliste ne sévit point contre les ligueurs; il n'y eut pas de réaction : on se borna à remplacer par des hommes sûrs les magistrats et les fonctionnaires suspects. Convoqués au Palais de Justice, les avocats, les procureurs et les notaires prêtèrent serment de fidélité à Henri IV, après avoir entendu une belle harangue que publia le lieutenant-général de la sénéchaussée.
La soumission de Lyon fit grand plaisir à Henri IV; il ne s'attendait pas si tùt à cet heureux événement. A peine l'eut-il appris , qu'il se hâta d'écrire une lettre de félicitation aux éche-
1. — Lettres patentes du roj , coiitonans le pouvoir donne en In fille de Ijon , etc. , h M. d*0mano. Lyon , Cuichard Jiilliéron et 7'hibuud JnceUn ^ imprimcura dit roi/ , 1594, in 8". Elle» sont ilatées de Sainl-Gcrmnin-cn-Lnyc , le 12 mai 1594. Par ces lettres Henri IV nommait d'Oniano général en chef de tontes les forces (|iii étaient cl seraient « eu sa bonne ville de Ljon , et es dicls pays de Lyonuois , Forest et Beaujulois , tant cavalerie qu'infaulerie , estant en la campagne et aux garnisons des villes et places d'iceux. »
716 XTl" 8IÈGLB. GUERRES DE RELIGION A LYON.
vins : Heori ne fait aucune récrimination , et ne parle du passé que pour Texcuser; il exhorte les Lyonnais à persévérer dans leurs bons sentiments , il les encourage en leur promettant pour l'avenir toute sa bienveillance. Dans d'autres lettres qui suivirent la première de près , le roi raconte la marche des affaires , ses espérances , ses succès , la prise si désirée de Paris ; il avait confiance dans les Lyonnais , et se plaisait à le leur témoigner : « Entre les bonnes villes du royaume , dit-il dans son édit du « mois de mai 159^, la ville de Lyon s'est acquis une gloire « et une louange qui passeront .à toute la postérité, et parois- « tront entre toutes celles qu'elle a jamais méritées, ayant esté « la première en cet acte de recoignoissance de notre authorité, « comme elle l'est en rang , opulence et grandeur. » Les nombreuses lettres de Henri aux Lyonnais font honneur au roi qui les a écrites et à la ville qui les a reçues. '
Des bourgeois donnèrent au roi des témoignages d'un attachement bien peu commun : un imprimeur, Guichard Julliéron, apprend que la garnison suisse est au moment de se retirer, faute de paie ; il vend à l'instant sa maison, et porte aux soldats étrangers les soixante mille livres qu'il a reçues. Ce n'est point tout encore : il prend les Suisses à sa charge pendant tout le temps qu'ils passent dans la ville ; Julliéron n'accepte pas son remboursement, et se contente du titre d'imprimeur du roi. Un banquier italien, Orlandini, prêta à Henri, alors fort obéré, la somme énorme de quatre cent cinquante mille livres.
Il y eut bien encore quelque agitation dans la ville , quelques tentatives , soit de la part du marquis de Saint-Sorlin , soit du côté des ligueurs de l'intérieur , mais elles ne compromirent pas sérieusement la tranquillité publique. Une petite conspiration fut organisée par des hommes sans influence pour remettre Lyon aux mains des étrangers , à l'instigation du roi d'Espagne , des ducs de Savoie et de Nemours. Elle avait eu à peine un commencement d'exécution, lorsque la police, avertie des menées des conjurés, s'assura de leurs personnes : c'étaient un contrô-
1. — Elles ont été imprimées cians les Documents de M. Péricaud ; on les truuYe aussi dans rpuvrage suivant : Recueil des lettres missives de Henri IV, publiées par Berger de Xivrey. Parig, imprimerie roi/nie^ 184 — 184 , tomes I à IV , in-4".