‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 16 sur 364 · LYON ADHÉBE A LA LIGUE. — XV!** SIÈCLE · texte numérisé non relu

LYON ADHÉBE A LA LIGUE. — XV!** SIÈCLE

de Lyon croyaient à la prochaine arrivée d'une armée et du duc de Mayenne ; ils attendaient le duc de Parme et ses Espa^ gnols; toutes leurs espérances reposaient sur l'intervention étrangère.

Nemours était le maître dans Lyon; tout lui obéissait , tout se feisait en son nom , et l'autorité du consulat n'était plus que nominale. Tous les points fortifiés dans la ville avaient reçu des soldats aux ordres du duc ; ses troupes occupaient les châteaux et les villes des environs ; il levait lui-même sur les citoyens les subsides destinés à les payer, et ne rendait pas de comptes; il épuisait Lyon d'impôts, et demandait toujours. Sous son gouvernement, aucun des privilèges de la ville n'était respecté; elle avait perdu complètement ses franchises et ses privilèges ; jamais la domination temporelle des archevêques n'avait été si absolue : c'est ce que les bourgeois se disaient les uns aux autres. Nemours avait fonné depuis longtemps le projet de faire de Lyon la capitale d'un état indépendant dont il serait le souverain, sous la protection du roi d'Espagne; c/était pour servir son ambition personnelle qu'il voulait démembrer la France : peu lui importaient les prétentions des ligueurs , le droit du roi de France , les vœux des Lyonnais et le bien du pays. Il espérait, non sans quelque probabilité, réunir au. Lyonnais le Dauphiné et une grande partie de la Provence; ses troupes étaient nombreuses : il avait dans le marquis de» Saint-Sorlin , son frère, un lieutenant habile et dévoué.

Mais de tels projets ne pouvaient être cachés longtemps aux yeux clairvoyants qui l'obscr^'aient. Nemours devint fort suspect an roi, à Mayenne, chef de la Ligue, et surtout aux bourgeois de Lyon. Détruire complètement les libertés de la ville , tel était le premier pas qu'il avait à faire ; il se croyait fort avancé à cet égard : un commandant à ses ordres occupait Pierre-Scisc , et ce château-fort lui répondait de la tranquillité de l'intérieur. Comme tous les partis à cette époque, il rechercha l'intervention de Tétranger; il comptait sur le concours du duc de Savoie : ses plans, fort mal conçus, et exécutés plus mal encore, devaient bientôt amener sa chute.

Nemours était devenu fort impopulaire parmi les Lyonnais; on le haïssait, on n'avait en lui aucune confiance, mais on le

redoutait. Une opposition sourde se fornoia dans le consulat contre son administration; les vieux ligueurs, qui s'étaient emparés des affaires , avaient accepté un protecteur, mais ils n avaient jamais entendu se donner un maître : une circonstance de peu d'importance fut l'occasion du commencement de la lutte. Nemours voulut faire percevoir directement par ses agents la solde deslinée à quatre compagnies suisses; il y eut opposition obstinée de la part du consulat. Quelques autres actes d'administration arbitraire envenimèrent le différend : on accusait Nemours de projets alarmants , entre autres de vouloir reconstruire cette citadelle de Saint-Sébastien dont la démolition avait coûté tant de peine ; on affirmait qu'il avait appelé les troupes campées dans le voisinage, pour occuper militairement Lyon et y établir le pouvoir absolu. Benoît du Troncy se fit en plein conseil l'organe des doléances des citoyens : il révéla courageusement ce qu'il savait de l'entreprise du gouverneur. Présent à cette dénonciation , Nemours , furieux , se précipita sur du Troncy : il le fit arrêter et conduire en prison ; mais le consulat , qui commençait à sentir sa force , protesta contre cette violence illégale : il se disposait à faire mettre en liberté son secrétaire, lorsque Nefnours ordonna l'élargissement du prisonnier. Peu de semailles après, Pierre de Montconis, seigneur de Liergues , peignit avec énergie aux échevins la profonde détresse du peuple : il leur montra les campagnes désolées , le commerce détruit , la famine imminente et l'indépendance de la ville menacée par les troupes suspectes dont Lyon était environné. Montconis renouvela toutes les accusations que du Troncy avait portées contre le gouverneur ; la situation du prince devenait extrêmement difficile.

Elle se compliquait du côté de la Ligue. Mayenne, qui se défiait à juste titre des projets ambitieux de Nemours, avait envoyé à Lyon l'archevêque Pierre d'Epinac tout exprès pour surveiller ce qui se passait et contenir le gouverneur. D'Epinac fut bientôt d'intelligence avec les mécontents. CependantNemours, qui voyait grossir l'orage, résolut de prévenir ses adversaires : il donna Tordre à Dizimieu, son lieutenant à Vienne, de se rendre à Lyon avec toutes ses troupes. Informé de ce dessein, l'archevêque s'empressa de le communiquer aux membres du consulat; d'éner-

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