‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 29 sur 364 · ÉMEUTE DE 47&&. XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMEUTE DE 47&&. XVIII* SIÈCLE

quantc-dcox dimanches et dix-sept fêtes obligées *. Rédaits à une extrême détresse, les ouvriers réclamèrent une augmentation d'un sou par aune : on la leur promit, et on ne laccorda point. Cette déception porta au plus haut degré Texaspération, déjà grande , de la classe ouvrière.

Une sédition éclata pendant les premiers jours du mois d'août; on en tint d'abord peu de compte. Claret de la Tourette , prévôt des marchands , rendit une ordonnance par laquelle il défendait tout attroupement dans les places publiques, rues, carrefours et maisons particulières de la ville , sous peine de prison pour les contrevenants , sans distinction d'âge ni de sexe ; mais l'autorité n'avait pas les moyens de faire respecter cette mesure , et le peuple n'y eut aucun égard. Bien loin de là , taffetatiers et satinaires , réunis en longues bandes, annoncèrent l'intention d'attaquer les agents de l'administration et d'obtenir à main armée le redressement de leurs griefs. Teinturiers, charpentiers, fabricants de bas, porte-faix et gens de tous les corps de métiers, non-seulement s'associèrent au mouvement des ouvriers en soie , mais encore firent des réclamations pour leur propre compte. Le 5 août, l'insurrection, composée déplus de quinze mille ouvriers, était maîtresse de la ville : intimidée par ses démonstrations, et redoutant les plus grands malheurs, l'autorité consulaire céda; elle rapporta l'arrêté de 1744 , et rétablit celui de 1737. -

Le lendemain, ce fut le tour de la communauté des teinturiers en soie d'imposer ses volontés au consulat : elle obtint la révocation de l'ordonnance du 1 0 juin qui la concernait , et le rétabUssement des statuts du règlement de l'année 1716. Puis vinrent les requêtes des mattres-gardes de la communauté des char-

I. -. Voyez le budget détaillé d*un ouvrier en soie, en 1744 , daot les archiva du Rhône, V. 161.

S. — J'ai sons les yeux un exemplaire des affiches que le préfet des marchands fit poser dans la yille durant les troubles. Voici l'ordonnance que les ouvriers en soie lui arrachèrent le 6 août : « n est ordonné que les règlements de la fabrique de 1737 seront exécutés ainsi « qu'iU étoient avant ceux de 1744 , qui sont regardés comme non avenus et demeurent m supprimés; le tout sans appel. Enjoint aux mattrcs-marchands de s*y conformer H est

■ ordonné aux maîtres-gardes , marchands , petits marchands et ouvriers , savoir : les sieurs m Benoit , de Pravicux , Girardon , Guy , Madinier, Desfarges et antres requis , de signer au

■ bas de notre ordonnance , pour l'approuver et y donner plein consentement. »

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pcnliers et des fabricants en draps d'or , d'argent et de soie , demandant le rappel des arrêtés qui les concernaient. Le^crocheteurs des ports de la ville voulurent la suppression de l'ordonnance qui cassait les bandes de ces porte-faix , établies pour le déchargement et le transport des menues denrées^ en différents lieux de la ville : une fois entré dans la voie des concessions , le prévôt des marchands ne s'arrêta plus.

Restait à savoir comment la cour prendrait ces manifestations : inquiets de leur pouvoir , trois cents taffetatiers et satinaires se rendirent auprès du chapitre des comtes de Saint-Jean et sollicitèrent son intervention auprès du gouvernement du roi. Il était également dangereux d'accepter ou de refuser. Après une longue délibération, le chanoine-comte Dortan promit beaucoup au nom du chapitre , et renvoya contents les ouvriers , qui disaient en se retirant : « Nous le voulons pour échevin , il réglera bien les contraventions. » Ce même chanoine adressa, quelques jours après, aux corps de métiers une lettre aussi vague , quant au fond , qu'elle était triviale dans la forme. ^

Six mois se passèrent sans bruit: trop faible encore, le pouvoir avait laissé aux ouvriers les concessions qu'ils avaient extorquées * ; mais le 25 février 1745 , le Conseil d'Etat du roi cassa et annula les ordonnances du consulat de Lyon des 7 , 8 et 10 août ilUby et prescrivit l'exécution dés arrêts et ordonnances du 16 février 1741, du 18 juin 17^3, et du 12 août 1744. Le règle-

1.— >Lcs chanoines de SainlWean étaient peu populaires à cette époque. Ils avaient obtenu , à la demande du cardinal de Tcncin , la permission de porter un large cordon rouge bordé d'un petit ruban bleu, et auquel était suspendue une grosse croix : c'est , disaille peuple, la livrée de l'archevêque.

2. — Une clianson populaire , celle des taffetatiers , eut une grande vogue à cetle époque ; en voici le premier couplet :

As-lu ren tù passa per yquy

Lo posa de papj ,

Que met de grands paneardes

Den tôt los earreforU?

Ce sont nos maitres-gardf s ,

Que ne joïont le tort.

Un recueil ms. de Pieire Adamoli contient plusieurs pièces de vers satiriques écrius contre le prévôt des marchands Claret de la Tourrette et contre le chapitre , à l'occasion do l'insurrection de 1744.

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