‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 30 sur 364 · ÉMEUTE DE 1744. XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMEUTE DE 1744. XVIII* SIÈCLE

ment définitif de la fabrique, en date du 19 juin 17/i(i, fut rétabli seloti sa forme et teneur. ^

Toutes les mesures avaient été prises pour assurer l'exécution de la volonté du roi ; le vicomte de Lautrec était entré dans Lyon avec des troupes nombreuses , qu'il logea militairement chez les bourgeois. Il rendit de sa seule autorité des ordonnances qui défendaient aux ouvriers de se réunir au nombre de plus de quatre , soit dans un café , soit dans tout autre lieu public. Il commanda d'une manière expresse à tous les artisans et gens travaillant de la main, nommément aux ouvriers en soie, compagnons et apprentis, teinturiers , chapeliers, porte-faix, et généralement à tous les ouvriers , de remettre leurs armes , dans le délai de vingt-quatre heures , aux capitaines de quartier, et prononça la peine de mort contre ceux qui n'obéiraient point. Les poursuites judiciaires commencèrent : un arrêt de la cour des Monnaies condamna le crocheteur Gaspard Jacquet à se rendre nu en chemise devant le péristyle du palais et la principale porte de l'Hôtel-de- Ville , pour y faire amende honorable ; puis à être appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, enfin

• 1. — • « Veul néanmoins S. M. que jusqu'à ce qu'il en ait rlé par elle auinMnenl ordonné , les marchands-fabricants pour leur compte, appelés communément petits marchands ou petits iabricanls , puissent avoir chez eux et continuer de faire travailler chacun quatre métiers, et faire des apprentis , et que eeux des maîtres-ouvriers è façon qui voudront dans la suite parvenir à la qualité de marchands , paient, au lieu des droits fîxés par le nouvcciu règlement , la somme de trois cents livres , et les fils de maîtres -ouvriers deux cents livres , conformément aux dispositions de l'arrêt du conseil et lettres-patentes des l«r et 31 octobre 1712, dérogeant pour cet erfet aux articles IV, VI, VII et VIII du titre sept , et autres articles dudit règlement du 19 juin 1744 , en ce qui peut être contraire au présent arrêt.

« Veut aussi S. H. que ceux desdits marchands-fabricants , et ceux faisant fabriquer pour leur compte , qui, ayant été reçus marchands depuis ledit règlement de 1737, n'ont payé aucuns droits pour passer de l'étal de maîtres-ouvriers à celui de maîtres-marchands , soient tenus de payer chacun ladite somme de trois cents livres , ou de deux cents livres s'ils sont Gis de maîtres , et ce , dans le délai de trois mois , et en observant , par rapport â leur enregistrement au bureau de la communauté , les formalités prescrites par lesdits articles VI et VII du titre sept dudit règlement de 1744 , le tout sous les peines y portées; et sera le présent ari^t lu , publié et afTiché partout où besoin sera , et enregistré sur les livres du bureau de ladite communauté , et pour sou exécution seront toutes lettres nécessaires expédiées. Car tel est notre plaisir.

• Fait au Conseil d'Etat du roi, S. H. y étant , teuu à Versailles le 2» février 1745.

« Signé Loois. ••

LifoUf de Vimpr, de Paul Falfray^ 174.^ , grand in-4".

à être étranglé jusqu'à ce que mort s'en suivît, et pendu à une potence dressée sur la place des Terreaux. Un autre (contumax) fiit aussi condamné à la peine de mort, après avoir Êiit amende honorable , tenant à la main une torche ardente du poids de deux livres, et portant un écriteau sur lequel on lisait ces mots : ce Ouvrier en soie séditieux. » L'arrêt prononçait la peine des galères à perpétuité contre François Exartier, et à temps contre Fleury Parra, Jean -Pierre Masson, Barthélemi Gand , ouvriers en soie , et contre Jean Gany dit Quinton et Claude Soubry, crocheteurs.

Ces jugements rendus , des lettres-patentes du roi , donnée» à Versailles le 1*^ avril et le 22 mai 1745 , maintinrent les condamnations qui avaient été prononcées , et proclamèrent une amnistie générale *. Maîtres, à peu près, de la ville pendant plus de huit jours, les ouvriers en soie n'avaient commis aucun acte de violence, soit contre les personnes, soit contre les propriétés ; frappés d'un châtiment sévère, ils se soumirent à la force. L'extrême rigueur de la justice n'était pas un moyen propre à rétablir l'harmom'e dans la fabrique; une irritation profonde anima les maîtres-ouvriers contre les marchands, dont le joug leur parut plus pesant que jamais : ce malaise durait encore, lorsque , quinze jours plus tard, un nouveau règlement supprima le droit de réception, et établit des lettres de maîtrise au profit du trésor royal, impôt onéreux que ne pouvaient payer le plus grand nombre des ouvriers à façon.

§111. Cependant la lutte continue entre la Prusse et la France, d'une part, et l'Angleterre aUiée à l'Autriche, de l'autre: le maréchal de Saxe est vainqueur à Fontenoy , et l'armée française obtient en Belgique de grands succès compenses par des revers en Italie. Des troupes autrichiennes envahissent la Provence ; mais enfin l'inepte traité de paix signé à Aix-la-Chapelle , en 1748 , termine une guerre sans objet. En position d'obtenir beaucoup, la France déclare qu'elle ne veut rien; elle restitue

1. — Lettre«-patentcs Ha roj portant amnistie an sujet de In séililioii excitée à Ljon .tu mois d'aoust dernier, données à Versailles le I avril 1745. (.yon , Paul Falfray , 1745 , iii-4".

ses conquêtes, et ne reçoit aucane indemnité comme compensation de la ruine de sa marine, du sacrifice de douze cent millions et du sang français versé à flots. Louis XV avait hâte de se replonger dans Tinfamie de sa vie privée : profondément avilie par cet homme sans entrailles et sans pudeur , la royauté perdait tout son pouvoir et s'en allait déchue de tout son prestige, tandis que les classes moyennes grandissaient de tout ce que perdait en considération ime cour cupide et corrompue. Déclarée incapable de parvenir à aucun grade supérieur dans Farmée, dans Téglise et dans Tadministration civile , écartée des affaires , et accablée d'impôts dont un insolent privilège exemptait la noblesse , la bourgeoisie commençait cependant à sentir sa force , et s'apprêtait à recueillir ce qu'avaient semé l'impéritie et Timmoralité du gouvernement.

La honte de défaites inouïes pendant le cours d'une guerre nouvelle qui éclata avec l'Angleterre compléta la déconsidéra* tion du pouvoir royal ; rarement les armes de la France avaient subi de tels désastres. Alliées à celles de l'Autriche , elles furent accablées par le génie de Frédéric II, un des plus grands honmies de ce temps. Ce roi d'un petit pays se tira d'une position désespérée en apparence, par son courage et ses talents militaires; il termina par une paix glorieuse cette guerre de sept ans , qui couvrit de tant d'ignominie les généraux de Louis XV.

A l'intérieur , l'administration n'avait ni force ni dignité ; les idées philosophiques se développaient avec énergie : elles attaquaient les abus, sapaient jusque dans ses fondements l'organisation civile et religieuse de l'Etat , et étendaient leur oeuvre de destruction jusque sur ces principes sans lesquels il n'y a pas de société possible. Institués depuis deux siècles pour contenir la réforme et pour raffermir le christianisme ébranlé, les Jésuites, qui avaient glorieusement accompli cette œuvre, se voyaient débordés par la marche des idées et déchus de leur puissance. Blessés au cœur par les coups qu'ils avaient portés aux jansénistes, déconsidérés par leurs violences contre leurs adversaires, dépossédés de leurs florissantes missions en Chine et au Paraguay , haïs des parlements , perdus dans l'opinion pubhque par leur ennemie irréconciliable, la philosophie, ces rehgieux n'en étaient pas moins encore le dernier et le plus ferme appui du

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christianisme et de la royauté. Us tombèrent renversés par la coalition des ministres de la France, de TËspagne et du Portugal, et ne laissèrent après eux que d'immenses ruines.

Us avaient à Lyon un établissement important, le collège royal ; avant de leur signifier Tordre qui les expulsait , le consulat s'occupa préalablement du choix de leurs successeurs : à qui confierait-il Téducation de la jeunesse? U s'adressa successivement, et sans succès, aux directeurs des séminaires de Saint- Irénée et de Saint-Charles et aux congrégations de Saint-Joseph et de Saint-Lazare. Quelques chefs d'institutions particulières firent des propositions, qui ne furent pas trouvées satisfaisantes; enfin lès Oratoriens parurent disposés à accepter. Le 30 mars 1762, les PP. Jésuites, recteurs du collège de la Trinité, de Vertrieux, principal de l'établissement, et Cochard, recteur du Çetit collège de Notre-Dame , reçurent communication de l'arrêt du parlement qui supprimait leur ordre. Les Jésuites protestèrent : ils prétendirent qu'ils étaient les propriétaires des bâtiments ;du collège , et ne consentirent qu'à évacuer la partie de l'édifice qu'occupaient les classes ; mais le consulat n'admit pas cette réclamation; il eut peu de peine à prouver le droit de la ville à la propriété entière de cette institution communale. Les Jésuites dépossédés revendiquèrent inutilement quelques collections, celle, entre autres, des médailles; ils partirent enfin, et cédèrent la place aux Oratoriens. Le P. d'Anglade prit, au nom de cette congrégation, la direction du collège de la Trinité: il eut bientôt à lutter contre la sénéchaussée, qui fit quelques tentatives pour s'emparer de l'établissement; mais les prétentions de la magistrature furent repoussées. U y eut bientôt une raésin* telligence marquée entre le consulat et les Oratoriens, qui s'obstinèrent à ne point recevoir dans les vastes bâtiments du collège la bibliothèque léguée à l'Académie par Âdamoli, le collège de médecine et l'école de peinture.

Deux années après l'expulsion des Jésuites, des lettres-patentes du roi , données le 31 août 176&, modifièrent l'organisation du consulat, et la constituèrent ainsi : un prévôt des marchands à la nomination du roi, sur une présentation de trois candidats par l'assemblée des notables; quatre échevins, douze conseillers, le procureur du roi, le secrétaire de la ville, le receveur et le

secrétaire: ces trois derniers fonctionnaires n'avaient pas voix délibérative. C'était par la voie de l'élection que les nominations avaient lieu , mais il y avait obligation de prendre les échcvins parmi les conseillers. Ces lettres réglaient la composition de rassemblée des notables d'après les proportions suivantes : les membres du consulat , moins le secrétaire , le receveur et le procureur du roi ; dix-sept membres élus dans les divers ordres de TEtat , cinq parmi les négociants et quatre dans la communauté des arts et métiers. Chaque ordre ou communauté élisait un député à l'assemblée. Le gouvernement du roi fit aussi un règlement pour les finances : il distingua les dépenses en fixes et en facultative», et fixa les pensions des hauts fonctionnaires. Il fut décidé que la ville vendrait ses biens communaux pour payer ses dettes , et pourvoirait à ses dépenses avec le produit de ses octrois.

Trois années de disette, depuis 1748 jusqu'en 1751 , avaient beaucoup accru la misère publique ; le commerce languissait, les capitaux se cachaient , le pain et tous les objets d'indispensable consommation avaient atteint un prix fort élevé : il fallut recourir à un emprunt de six millions , établi sur l'octroi du vin qu'on mit en régie. C'est à la ville qu'appartenait , depuis le commeucemeat du siècle , la nomination de vingt-huit courtiers et agents de change sur quarante; elle avait acquis ce droit: en 1753, un édit réduisit ce chittre à trente-deux, et réserva au roi les nominations. Lyon perdit, bientôt après, la jouissance de l'impôt sur les soies indigènes et étrangères : c'était une branche considérable de son revenu. Il fallut veiser au trésor six millions huit cent mille livres pour obtenir le rétablissement du subside , qui fut prorogé jusqu'en 1781 , et établi exclusivement sur les soies étrangères. On ne pouvait nier l'état déplorable des finances, l'épuisement du crédit, l'augmentation du déficit et le défaut d'équilibre entre la dépense et la recette; mais le consulat se justifiait en prouvant que de 1722 à 1762 la ville avait versé au trésor royal près de vingt-liuit millions en dons gratuits , et que la gestion la meilleure était bientôt compromise par les exigences incessantes du pouvoir ro3;al. Des édits bursaux fort onéreux se succédaient sans relâche ; un arrêt du Conseil d'Etat soumit à la taille toutes les propriétés des bourgeois, soit de la ville , soit de

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la campagne , et tous les échevins anoblis depuis 1715. Tantôt le gouvernement supprimait des ofEices tout exprès pour en vendre à haut prix le rétablissement , tantôt il s'emparait des octrois dont il avait concédé l'exploitation, après avoir exigé pour le trésor des sommes considérables ; il n'avait ni pudeur ni boime foi. Après des démarches longtemps infructueuses , la ville parvint à recouvrer, en 1772, la jouissance de ses octrois , et le rétablissement de l'impôt sur les soies indigènes : toutes les exemptions accordées abusivement aux couvents et aux abbayes furent supprimées; on créa des offices nouveaux, et on assujettit à un droit les marchandises exportées de la ville sur d'autres points du royaume ou envoyées à l'étranger; enfin , on soumit les faubourgs à l'octroi. Ces mesures financières produisirent de grandes ressources , soit pour subvenir aux dépenses , soit pour établir un fonds d'amortissement de la dette publique.

Le consulat qui les avait provoquées ne gouvernait pas tranquillement ; son administration était au contraire fort orageuse. On l'accusait ouvertement d'ignorance et dimpéritie dans la gestion des revenus de la ville ; on lui reprochait de Êiusses spéculations et la mauvaise direction des travaux publics , une grande prodigaUté, et un système de comptabilité qui ne présentait aucune garantie. Attaqué par l'opinion publique , il l'était aussi par la sénéchaussée , et se défendait avec peine contre les empiétements incessants de la magistrature. Il y avait eu de si fortes clameurs , que le gouvernement s'était vu forcé d'ordon* ner une enquête sur la situation financière de la ville^ À Lyon comme à Paris, tous les pouvoirs sociaux luttaient entre eux et ne pouvaient s'entendre sur leurs attributions mal définies ; on voyait partout les abus défendus avec opiniâtreté par ceux qui en profitaient. Rien n'était réglé , rien ne demeurait stable ; il n'y avait plus de traces des anciennes libertés de la ville ; un conseil supérieur à l'administration municipale s*était emparé d'une partie des prérogatives du consulat; il imposait des règlements aux corps de métiers. La sénéchaussée s'immisçait , tant qu'elle le pouvait , dans les affaires ; les recteurs des hôpitaux s'efforçaient de se rendre indépendants , et l'archevêque , ainsi que le chapitre , faisait revivre quelques-unes de ses prétentions. C'était encore une confusion générale parmi les pouvoirs.

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