LES PROTESTANTS A LYON. — XVI* SIÈCLE
niser une communauté que visilèreul les hommes les plus éminents de la nouvelle doctrine, Calvin, Viret et Farel. Elle eut d'abord pour ministre Jean Fabry , auquel succéda Pierre Fournelier , que remplaça Claude M onnier. Son accroissement fut assez rapide pour lui permettre, bien peu de temps après sa naissance , d'envoyer six cents hommes au secours de la ville de Genève, menacée par le duc de Savoie. En 1546, le nombre des protestants s'était tellement augmenté qu'on eut des craintes sérieuses pour la célébration de la fête du Saint-Sacrement : malgré les poursuites dont ils étaient Tobjet, ils se rassemblaient en longues bandes et parcouraient tantôt les campagnes , tantôt les rues et les places pubUques, en chantant à haute voix les psaumes de David mis en vers français. Il y avait déjà en France , sous François P^ , plus de deux millions de protes* tants, qui se constituèrent bientôt après en un grand parti dont les seigneurs mécontents devenaient les chefs, et que la politique astucieuse de Médicis encourageait souvent.
Les calvinistes de Lyon se sentaient forts de l'appui que leur religion trouvait à la cour et dans les hautes classes de la société. Ils s'étaient d'abord rassemblés, en secret, dans une maison voisine de l'Hôtel-de- Ville , et dans un cimetière; devenus plus nombreux, ils s'établirent dans une hôtellerie de la rue Longue, à l'enseigne de Saint-Martin, et y construisirent un amphithéâtre assez grand pour recevoir trois mille auditeurs. On y chantait les psaumes traduits par Marot et Théodore de Bèze, on y faisait la cène et on y donnait le baptême. Mais, tout vaste qu'il était, cet emplacement devint bientôt insufl^ant; alors l'éghse réformée s'installa dans une maison spacieuse située au coin de la place des Cordeliers et de la rue Grenette : elle ne put se maintenir dans l'intérieur de la ville , et transféra son temple au faubourg de la Guillotière.
Cependant ni l'archevêque ni le consulat n'étaient spectateurs impassibles et oisifs des progrès de la réforme; elle fut combattue avec chaleur par l'EgUse catholique dès son apparition. François P' avait mis à sa disposition ses lois sanguinaires contre les hérétiques; la justice de l'archevêque en usa. Un pasteur, Claude Monnier, fut brûlé publiquement à Lyon, en 1551. Cette exécution cruelle ne doit point être imputée au consulat; il
commençait à s'occuper des protestants , mais il n'avait pas qualité pour les livrer aux tribunaux. L'archevêque avait pour lui la loi du pays, loi rigoureuse, mais qui n'en existait pas moins : une occasion déplorable d'en faire l'application se présenta deux années après le supplice du ministre Monnier.
Gnq étudiants étrangers, nouvellement convertis a la foi réformée , étaient venus de Lausanne à Lyon , soit par simple curiosité , soit , ce qui est plus vraisemblable , pour visiter leurs co-religionnaires et favoriser par leurs prédications ardentes l'extension de la réforme. On ne pouvait tolérer ce mépris de la religion de TEtat ; ils furent traduits devant la cour de l'official, qui leur fit subir de nombreux interrogatoires. Ces jeunes hommes ne faiblirent point , ils soutinrent énergiquement leurs croyances. Des conférences en règle s'établirent entre eux et des docteurs catholiques; elles n'eurent aucun résultat: chacunefdes doctrines dissidentes s'attribua la victoire; mais une des deux avait à son service la loi et un argument terrible, le bourreau, et elle y eut recours. Les cinq étudiants furent condamnés à mourir sur le bûcher conune hérétiques et schismatiques , sentence que le parlement confirma. Rien ne put sauver ces malheureux, ni la chaleureuse intervention de la ville de Berne en leur faveur, ni le vif intérêt qu'ils inspiraient : le 16 mai 1553, ils sortirent de leur prison et allèrent en charrette au supplice , la corde au cou, vêtus de robes grises, et chantant des cantiques. On les attacha au poteau; le plus âgé , Martial Âlba , demanda et obtint la faveur d'embrasser ses frères , qu'il exhorta au courage. Les condamnés devaient être étranglés avant d'être brûlés; mais la flamme ayant atteint, dit-on, la corde qui ceignait leur cou , ils périrent par le feu. •
S n. Cette justice cruelle ne ralentit point le développement de la réforme; neuf cents maisons à Lyon étaient, en 1560 , véhémentement soupçonnées d'hérésie. Les protestants se comptèrent et s'organisèrent; il y avait chez eux une grande puissance morale , beaucoup d'ardeur et un esprit de résolution très
1. — CLAPARftDR, Epoques de l'Eglise de Lyon, 1827, iii-8^. — Th. dk BtzB, Deliciae poetar. gallor. , 652- — *Le récit des écrivains proleslanls ne saurait être adopté sans réserves.
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prononcé. Ce parti se crut bientôt assez fort pour attaquer; il conçut la pensée de s'emparer de Lyon ; Fabbé de Savigny , Antoine d'AIbon , commandait dans la yiUe en qualité de lieule» nant du roi. Le projet d'attaque ayàit été formé à Genève, et médité, dit-on , par Calvin , Théodore deBcze et Spifame, ancien évêque de Nevers : cependant , toute plausible qu'elle est , cette opinion ne s'appuie que sur des conjectures.
Une foule de protestants s'introduisirent secrètement dan» Lyon y et allèrent se cacher, soit chez leurs co-religionnaires, soit dans lli6tellerie de la rue Longue ; ils avaient pour che& des capitaines expérimentés , La Rivière , Ghàteauneuf et les deux frères de Maligny. Leur mouvement devait être appuyé par cinq cents soldats, postés dans les environs, et par une troupe de trois cents gentilshommes maçonnais ; ils comptaient d'ailleurs sur le concours des réformés qui habitaient la ville. Quand le moment désigné pour l'attaque fut arrivé (onze heures, dans la nuit du & au 5 septembre 1560) , les troupes armées des protestants sortirent sans bruit de l'hôtellerie de la rue Longue et se saisirent des avenues du pont de la Saône. Elles avaient l'ordre de charger les bourgeois dès qu'ils paraîtraient , et de s'emparer de tous les postes importants , surtout de l'Hôtel-de-Ville.
Mais le lieutenant du roi , l'abbé de Savigny, était un homme de résolution , et il avait été averti au premier bruit de l'attaque. Antoine d'Albon marcha aux assaillants , accompagné d'un homme de tète et de cœur , le capitaine de la ville , François Sala. Ils n'avaient à leur disposition qu'une petite troupe de domestiques des chanoines et de bourgeois : elle fut augmentée , chemin faisant, par un nombre considérable d'hommes de bonne volonté , conduits par les conseillers-échevins. Quand les catholiques aperçurent les protestants , ils les chargèrent avec intrépidité : Maligny , surpris par l'impétuosité de cette attaque , n'osa ou ne put se défendre; il profita des ténèbres de la nuit pour gagner en toute hâte la route de Genève : cette échauffourée n'eut pas de suites. Elle n'alla pas même si loin; selon une autre version , il n'y aurait eu qu'une attaque des soldats du guet par une baQide de trente ou de quarante hommes, et une promenade , à minuit, de quelques centaines de huguenots jusqu'au milieu du pont de Saône et sur la place des Gordeliers. Le parti
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protestant nia le projet qu'on lui attribuait d'avoir voulu s'emparer de Lyon par surprise ; il prétendit , contre toute vraisemblance , que les catholiques avaient été les assaillants. Ce qui est constant, c'est que des bandes armées de protestants parcoururent divers quartiers de la ville dans la nuit du /i au 5 septembre , et cherchèrent à s'emparer du pont de Saône ; s'ils ne se rendirent pas maîtres de la ville , c'est qu'ils rencontrèrent une résistance sur laquelle ils n'avaient pas compté. L'entreprise avait échoué ; beaucoup de calvinistes prirent la fuite.
Le lendemain , l'administration consulaire redoubla de précaution et de vigilance; des troupes ne tardèrent point à paraître ; elles entrèrent dans la ville et s'y logèrent , sans tenir compte du privilège qui exemptait la cité du logement des gens de guerre : c'était un cas de force majeure. On eut bientôt avis de la prochaine arrivée du gouverneur , le maréchal de Saint- André. Cependant cette tçntative hardie du parti protestant n'excita pas de longues alarmes; on se rassura, beaucoup trop peut-être : Lyon ne voulait pas de garnison , et réclamait le droit de se garder lui-même ; on fît partir les soldats. Quoique l'exaspération du peuple contre les calvinistes fôt très grande , il n'y eut point de désordres , et , remis bientôt de son échec , le parti protestant revint à ses projets en organisant mieux ses mesures. Des deux parts la fermentation était vive ; Tordre régnait à la surface , mais au fond bouillonnaient des tempêtes. Un sombre fanatisme agitait nombre de protestants; il entraîna l'un d'eux à un attentat qui eut des suites funestes.
On allait commencer la procession de la Fête-Dieu , le 5 juin 1561 ; toutes les précautions possibles pour maintenir le bon ordre avaient été prises: deux cents arquebusiers étaient rangés en bataille devant le portail de Saint-Nizier. Au moment où le chanoine Guy Esmyon, qui portait le Saint-Sacrement, sortait de cette église pour se placer sous le dais , un jeune étranger nouvellement arrivé dans la ville , et nommé Denis de Vallôis, se précipita sur le prêtre et fît tous ses efibrts pour lui arracher la sainte hostie : il y aurait réussi, probablement, si le capitaine des arquebusiers, qui se trouvait là , ne l'eût contenu et arrêté. Cet insensé fut mis en prison; on lui fit son procès, et on le condamna à être pendu et étranglé au-devant de la porte de l'église
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de Saint -Nizier, L'arrél portait que son corps sérail mis en qaatre quartiers , et que sa tète fixée à un pieu serait exposée sur le pont de Saône. Le menu peuple de la paroisse de Saint- Nizier crut à un complot contre les prêtres, et s'armant d'épées, de haches , de bâtons , de cailloux , il se rua sur tous ceux qu'il soupçonnait dliérésie , en criant: c< Au huguenot! au Rhône, les huguenots ! » De semblables désordres eurent lieu sur d'autres points , surtout à la Grenette , au Puits - Pelu et auprès de lliôpital du pont du Rhône. De vagues rumeurs désignaient le collège de la Trinité comme un foyer permanent de protestantisme ; une multitude furieuse s'y porta pendant que la procession de l'église Saint-Pierre passait. On ferma les portes ; mais quelques-uns de ces hommes à visage sinistre qui surgissent dans les émeutes , on ne sait d'où, escaladèrent les murailles, et le collège fut aussitôt envahi. Rarthélemi Aneau , principal de l'établissement, s'efforça de calmer cette foule irritée; il tomba percé de coups de piques et d'épées, et son cadavre sanglant fut trainé dans la rue , « au grand scandale , disent les Actes consulaires , des petits enfants escoliers et aultres habitants dudit collège. » Le prévôt ne parvint à sauver la femme d'Aneau qu'en la faisant conduire en prison sous bonne garde.
On ordonna une enquête; mais les informations judiciaires , conduites avec peu d'activité , n'eurent aucun résultat.
Les protestants veillaient; ils s'organisèrent en association qui avait ses chefs, son budget et des soldats. Leur parti , déjà puissant , s'assura de points d'appui à Genève et dans le Dauphiné. Enfin, l'abbé de Savigny n'était plus lieutenant du roi à Lyon; il avait été remplacé dans ce commandement important par François d'Agoult , comte de Sault.
$ III. Faible de caractère , peu fervent dans son catholicisme , et protestant , peut-être , au fond du cœur ; convaincu de la nécessité de gagner du temps et d'empêcher à tout prix toute occasion de collision entre deux partis exaspérés Tun contre l'autre , mais peu prévoyant et beaucoup trop confiant dans le résultat de sa politique de conciliation , le comte de Sault se trouvait dans une position infiniment difficile. Golonia , et d'autres historiens, l'accusent de trahison : selon eux, attaché en secret aux doctrines de la réforme , il endormit le gouverne-
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ment du roi par des rapport mensongers, et servit les calvinistes de tout son pouvoir. Ces imputations ne sont pas, peut-être, su& fisanmient démontrées : on a conservé les lettres officielles du comte de Sault au roi > ; on n'y découvre rien qui annonce un homme coupable de la perfidie qu'on lui impute ^. Le comte de SauU rend compte des démarches qu'il a faites pour maintenir là paix publique ; il avertit la cour des menées du parti protes-
I . — Kegiftire des actes consulaires de la Tille de Lyon , folios XLV et XL VI. Les IvUres du comte de SaoU oot été pobKéet pour la première foit dnna les DoaimgnàB de M. Péricaod » 5 juin 156K — Rudts , 389.
S. — A i'occasioD de l'ioserlion , dans la Gazette de Lyom, de quelques eitraîlt de ce chapitre , M. l'abbé Cattet s'est hâté de donner à ce journal une série d'articles , dont le but est de démontrer que le comte de Sault a trahi , et que cette histoire de nos guerres de religion manque d^eiactitade et de sincérité. Malgré leur ndmbro ef leur eitréme longueur , ces critiques ue contiennent pas une idée , pas uh fait , pai un argument noaveaq. M. Cattet m'oppose des livres que j'ai lus comme lui , des lettres que, comme lui, j'ai lues : ainsi, la question reste entière. Un écrivain laïque n'a pas, sur des matières religieuses, les opinions abeolaes d'un prêtre , et surtout celles d'an théologien avide de controverses , qui s'attaqua à tout et à tous ; les calvinistes lyonnais ne sont point pour moi des adversaires : nullement tenu h prendre couleur dans ces déplorables débats , je ne condamne point les opinions dissidentes et JR ne me suis point cru obligé de raconter nos guerres de religion avec le parti , pris d'avance , de tout condamner ches les protestants, et de tout approuver chez les calboKqiiea« même d'abominables meurtrei* « Partout où deui sectes religieuses et politiques sont aux •c prises , partout où il y a des oppresseurs qui calomnient , et des opprimés qui maudissent , « l'exacte vérité est difficile à saisir. » Si M. l'abbé Catlet avait médité ces sages paroles de Lally-Tolendat , il mettrait, peut-être, plus de réserve à qualifier d'erreur lea opinions qui ne sont pas en parfaite harmonie afvec les siennes. £n matière historique , il faut peser les lémoignages et non les compter ; l'autorité d'un de Thou a mille fois plus de valeur que celle de tous ces hommes justement suspects dont l'acerbe abbé se prévaut si fort. J'ai tenu peu de compfe de quelques-uns de ces écrivains , non parce qu'ils étaient catholiques , mais parce qu'ils avaient eu intérêt à déguiser la vérité : que prouvent , par exemple , les assertions d'un odieux ligueur, tel que Rubys ? Le comte de. Sault ne prit aucune part ostensible à la rébellion tlos calvinistes ; il ne parut point dans leurs rangs , et , après la prise de Lyon , parfaitement libre de manilMter sa pensée , il blâma énergiquemeot la révolte , ce qu'il n'aurait pu faire évidemment s'il en avait été complice. Quand la ville rentra sous l'autorité légitime , le gouvernement du roi , si rigoureux envers les protestants , ne poursuivit pas le comte de Sault. Ces deux £d4u incontestés autorisent au moins le doute : sur ce point et sur tous tes autres, Bf. l'abbé Cattet arrange l'histoire à sa manière , affirme beaucoup et ne prouve rien ; il n'y avait pas lieu h modifier mes opinions. Lorsque le président de Thou publia , dans son grand travail , le livre où il traite des guerres de religion , d'intolérants écrivains l'attaquèrent avec aigreur. Après lui avoir démontré , à leur façon , qu'il avait tronqué et falsifié les faits , dans l'intérêt des réformés , et qu'il ne savait pas l'histoire, ils lui demandèrent s'il était protestant ou catholique. Leurs fastidieuses critiques ont passé inaperçues , et sont tombées , comme leurs noms , dans un éternel oubli ; l'ouvrage du président de Thou est demeuré un excellent livre d'hisloife , que j*ai pris pour guide et dont je me suis efforcé d'imiter l'impartialité.
tant, et sollicite instamment un renfort de cinq cents hommes qu'on lui accorde trop tard. Tous ses actes annoncent un fonctionnaire loyal : tandis qu'il présente au roi les calvinistes de Lyon comme des sujets obéissants et dont la fidélité ne lui donne pas d'inquiétude , il invite les chefs de la religion réformée au respect des lois, et prend toutes les mesures qu'il croit nécessaires pour les contraindre à se tenir en repos. Il visite en personne les fortifications, et signale au gouvernement la nécessité de réparer celles des bords du Rhône. Un ordre du roi commande le désarmement des pennonages , le comte de Sault le fait exécuter et place les armes dans un lieu sûr ; quelques bourgeois n'ont point obéi, il les met aux arrêts. Les prédications protestantes dans l'intérieur de la ville peuvent causer du désordre , le comte de Sault les défend. C'est à la Guillolière que les protestants ont transporté leur prêche , ils s'y rendent tous les jours par bandes de six à sept mille hommes ; le lieutenant du roi fait remarquer à la cour le danger de ces rassemblements. Tous ses efibrts ont pour objet de maiutenir la tranquiUité de la cité; il ne cesse d'inviter les deux partis à se respecter, il leur défend de s'injurier l'un l'autre, et fait peser également sur tous deux l'autorité du roi. Le comte de Sault eut le tort de trop compter sur l'efficacité de ses conseils; il n'eut pas la main assez forte pour contenir les protestants , mais il ne manqua ni de prudence ni de loyauté.
C'était un homme d'une trempe bien différente que ce baron des Âdrels avec lequel il allait se trouver aux prises. Elevé dès l'âge de quinze ans dans les camps, sans principes , sans convictions , tellement irascible et vindicatif qu'il s'était fait protestant uniquement pour trouver l'occasion de punir les Guise d'un déni de justice ; d'une bravoure qui fut remarquée à une époque où tant d'hommes étaient braves ; d'une activité incroyable , et qui ne fut jamais surpassée ; aimant à verser le sang et sans pitié pour l'ennemi vaincu , le farouche baron des Adrets accomplit en moins d'une année des faits d'armes extraordinaires avec le peu de troupes protestantes qu'il commandait. Malheur à Lyon s'il en devenait le maître ! et c'est précisément à Lyon que l'appelait l'intérêt de son parti. Son nom frappait les catholiques de terreur ; ils savaient tout ce qu'ils avaient à craindre de la barba-
rie de cet ennemi. Les catholiques obéissaient au comte de Sault, les protestants au baron des Adrets; mais, étrange destinée de ces deux hommes ! quelques années après , le baron des Adrets se faisait catholique et le comte de Sault passait aux protestants. Dans ce temps malheureux, la religion n'était pas une conviction, pour les chefs du moins; c'était un intérêt.
Une grande agitation régnait dans Lyon. La cour n'était pas tellement rassurée par les lettres du comte de Sault , qu'elle ne crût nécessaire d'envoyer aux informations un homme investi de toute sa confiance. Ce fut le comte de Maugiron qu'elle chargea de ce soin. Elle donna en même temps Tordre au duc de Nemours de lever des troupes en Dauphiné et en Savoie. Maugiron vint à Lyon, comprit l'imminence du danger, et se hâta de se rendre au camp du duc de Nemours.
Les protestants lyonnais ne pouvaient se méprendre sur le but de ces levées d'hommes ; c'est à eux qu'on en voulait évidemment. Us avaient demandé la permission de se rassembler dans l'intérieur de la ville pour se livrer à l'exercice de leur culte , ils avaient réclamé la liberté de conscience , s'engageant à déposer les armes et consentant au départ des étrangers qui étaient venus se joindre à eux, et les catholiques avaient rejeté ces propositions.- Leur parti était sous l'impression du massacre récent de Vassy ; ils s'interrogeaient avec inquiétude sur la mission du comte de Maugiron.
Ce qu'ils avaient appris du Dauphiné n'était pas de nature à les rassurer. Le seigneur de la Mothe - Gondrin commandait Valence ; il leva quelques troupes, et probablement aussi pour combattre les calvinistes , mais il n'eut pas le temps d'achever ses préparatifs : un fort parti de protestants , aidé par les réformés de Montélimart, de Romans et de quelques-uns des lieux voisins, assaillit ses soldats et les mit en fiiite. Gondrin fut tué ; on trouva , dit-on , sur lui des lettres du duc de Guise qui l'invitait à faire massacrer les protestants de la province. C'était une calomnie, mais les calvinistes de Lyon eurent le malheur d'y croire ; ils furent persuadés que Maugiron et Nemours avaient reçu de pareils ordres. Le meilleur système de défense , c'est souvent d'attaquer ; les protestants le savaient.
Il n'y avait pas moins d'alarmes dans le parti catholique: si
la grande majorité du peuple de Lyon lui appartenait, la force réelle était du côté des protestants : là se trouvaient, en ce mo- ;nent du moins , les hommes d'action , les soldats , les capitaines. Les catholiques considéraient avec efiroi Tinsuffisance de leurs moyens militaires , ils s'inquiétaient de l'inertie du comte de Sault ; leurs craintes n'étaient que trop fondées.
Les protestants se rassemblent auprès de leur temple de la Guillotière, dans la nuit du 30 avril au 1®' mai d562, sous la conduite de trois de leurs capitaines; ils sont au nombre de mille à douze cents hommes armés. Minuit sonne, ils se mettent en marche en troupes serrées , traversent le pont du Rhône, et entrent dans Lyon : leur plan a été concerté d'avance. Chaque compagnie se dirige vers le lieu qu'elle doit occuper. Eveillés par le bniit , nombre de bourgeois se mettent aux fenêtres ou descendent dans la rue : «< Ne craignez rien pour vous , catholiques , leur dirent les assaillants , nous n'en voulons qu'à vos prêtres et à la messe. » Une garde protestante est placée aux deux avenues du pont du Rhône , sur les places Confort et des Cordeliers, et aux deux avenues du pont de Saône; elle a l'ordre de ne laisser passer personne. Un détachement se dirige sur la place Saint-Nizier et s'en empare ; un autre , plus considérable , marche à l'Hôtel-de-Ville où se trouvait le capitaine Maurice du Peyrat avec soixante soldats, selon une version, et vingtcinq seulement selon d'autres témoignages Cette petite troupe catholique refuse de livrer les portes, et fait feu; un combat s'engage : des soldats protestants se glissent dans le clocher de l'église Saint-Nizier, montent jusqu'au sommet, et des fenêtres qui dominent tous les environs ils tuent à coups d'arquebuses les défenseurs de l'Hôtel-de-Ville. Toute résistance est dès-lors impossible; du Peyrat se rend, et les protestants pénètrent dans l'intérieur de la maison commune : ils y trouvent des armes et de l'artillerie. Une autre troupe court à l'attaque de l'église Saint. Eloi , où se sont retranchés le capitaine du Fenoyl et vingt-cinq arquebusiers; mais les insurgés ont maintenant du canon, ils brisent les portes. Saint-Eloi est emporté de vive force ; fait prisonnier aussitôt, du Fenoyl est conduit dans la prison de Pierre-Scise. Reste encore un point fortifié, le cloître Saint-Jean : les assaillants l'attaquent par une brèche qu'ils ont pratiquée à