XVI* SIËGLB. — PRISE DB LYON PAR LES PROTESTANTS
la muraille du monastère des Gélestins. Retiré à rarchevêché , le gouverneur n'a aucun moyen de défense , il capitule. Toute la ville appartient aux protestants ; ils prennent aussitôt leurs mesures pour la garder, tendent les chaînes sur la rivière , occupent Pierre-Scise et les tours des remparts , et placent des sentinelles aux portes. Toutefois leurs soldats laissent les catholiques sortir librement de la ville ; s'ils retiennent prisonniers quelques chanoines, c'est pour que ces prêtres servent d'otages àquatre de leurs ministres qui sont retenus dans la prison de Montbrison, Au point du jour toute la ville est occupée par les protestants.
Ainsi Lyon tomba en leur pouvoir sans essayer de se défendre : une grande ville fut prise par une troupe de douze cents hommes ; toute cette multitude exaspérée de catholiques qui l'habitaient ne fit pas la moindre résistance. Il n'y eut que deux hommes de tués à l'Hôtel-de-Ville; un prêtre de Saint-Jean et quelques religieux périrent aussi dans la bagarre. Gomment le comte de Sault n'avait-il eu aucun avis de l'entreprise que méditaient les calvinistes , et comment surtout toute la garde de la ville se réduisait-elle à soixante-quinze arquebusiers disséminés sur des points divers? La terreur des catholiques au bruit de cette attaque nocturne explique l'inertie de la population : le comte de Sault n'était informé de rien, et, lorsque le jour parut, les protestants étaient en force; enfin, on savait le baron des . Adrets dans le voisinage. '
Quel usage feront maintenant les calvinistes de leur facile victoire ? Us convoquèrent une assemblée de bourgeois, d'échevins et de magistrats à l'Hùtel-de- Ville ; le gouverneur s'y rendit. Les orateurs protestants prirent la parole , et justifièrent tout ce qui venait d'être fait. Si leur parti avait pris les armes, c'était, direntils , dans l'intérêt de sa conservation, menacée par les troupes du duc de Nemours et par la mission du comte de Maugiron. Si les
1. — m Ensuiic le prince de Condé envoya d'Oriéans à lijron Poncenac pour commander la « cavalerie , -ayant donné à Changy la conduite des gens de pied -, mais comme il y eut de •• 1.1 mauvaise intelligence , Changy souftril impatiemment qu'on misl en sa place Hector de « la Foresl Blacons , et pour luy , il alla à Valence pour y reslablir les affaires. » ( De Thou , Hi»t., 1562, 1. XXXI.)
calvinistes s'étaient emparés de la ville, c'était pour la garder au roi Charles IX jusqu'à l'époque de sa majorité. Us entendaient si peu se soustraire à l'autorité royale, qu'ils invitaient le comte de Sault à conserver le commandement de la ville. A cette justification, de Sault fit la réponse qu'il devait faire; le gouverneur qualifia de révolte cette surprise nocturne d'une ville royale , parla en termes' énergiques des conséquences de cette rébellion, et déclara qu'il ne pouvait se considérer que comme le prisonnier d'un parti ennemi du roi. Mais plusieurs conseillers firent de vives instances pour l'engager à garder le commandement ; il se rendit à leurs sollicitations, après avoir déclaré toutefi)is qu'il attendrait les ordres du roi. Son autorité, d'ailleurs, ne pouvait être que nominale; les protestants étaient les maîtres.
Il fallait une sorte de traité : les protestants en dictèrent les conditions. Tous les bourgeois de Lyon qui avaient quitté la ville pour fait d'hérésie obtinrent l'autorisation d'y rentrer ; on abolit la messe , et la liberté de conscience fut proclamée. Douze conseillers protestants furent adjoints aux douze conseillers catholiques : tout le pouvoir appartint de fait aux chefs militaires du parti , et surtout au baron des Adrets qui avait pris possession de la ville au nom du prince de Condé. Lyon perdit tous ses privilèges, toutes ses franchises; les calvinistes avaient proclamé la liberté , mais ils la refusaient aux catholiques et ne la voulaient que pour eux.
Les protestants étaient assez forts non-seulement pour garder Lyon , mais encore pour s'emparer des villes voisines ; c'est ce qu'ils firent. Us prirent , sans rencontrer de résistance , Villefranche, Màcon , Chàlon; Montbrison voulut se défendre, on sait avec quelle férocité le baron des Adrets traita cette viUe malheureuse : jamais la fureur, dans une guerre civile , n'était allée si loin.
S IV. Maîtres de Lyon, les réformés se vengèrent de l'oppression sous laquelle ils avaient vécu ; il y eut peu d'attentats contre les personnes , il faut le dire , il y eut peu de sang versé; tout le fanatisme se concentra sur la destruction des églises. Elle fut exécutée avec une sorte d'ordre, systématiquement, avec la régularité d'une opération militaire; les démolisseurs ne se hâtèrent point, ils prirent leur temps. Au reste, aucune vue