‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 40 sur 364 · I. — En · texte numérisé non relu

I. — En

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longtemps. Saint-George , Saint-* Just et la rue Saint-Jean la réclamaient avec instances. Le consulat se rendit à leur vœu : il décida, en 1788, qu'un pont de pierre serait construit sur ce point; mais la révolution, qui édata bientôt, fît ajourner Texècution de ce projet.

La navigation sur la Saâne reçut quelques améliorations : au-dessus de la vill^ , on compa le rocher qui faisait saillie en avant de TIle-Barbe , et on détruisit en très grande partie celui contre lequel la rivière venait se heurter vers la porte d'Halincourt.

Si nous passons au Nord et à TEst de la ville, nous trouverons des améliorations plus nombreuses et des oeuvres d'art d'un caractère plus élevé.

Un architecte d'un rare mérite , Jacques-Germain Soufflot , attacha son nom à quelques-uns des édifices publics qui furent construits sur ces points à cette époque.

Il n'y avait pas de salle de spectacle , commode du moins et digne de la seconde ville du royaume : on représentait la tragédie , le ballet et, l'opéra dans une maison très mal disposée et d'un abord difficile, située derrière l'Hôtel-de-Ville , entre le jardin et le Rhône. Ces considérations déterminèrent le consulat, en 1754, à faire bâtir un théâtre sur l'emplacement même du jardin dont il fît le sacrifîce peu regrettable. Soufflot, déjà connu fort honorablement, fut chargé du travail ; il s'inspira, dans l'exécution , de ses souvenirs des théâtres de Parme et de Vérone. Celui qu'il bâtit se composait de trois rangs de galeries superposées; un quatrième fut ajouté en 1788. La façade avait peu d'élévation ; elle était ornée d'une statue d'Apollon, de groupes de génies et de divers attributs dramatiques. Limité par l'espace, Soufflot n'eut pas la liberté de donner des proportions grandioses à l'édifîce ; mais la salle avait du moins un mérite peu commun, à cette époque surtout : elle était commode et on voyait bien de toutes les places K Ce théâtre fut inauguré le 30 août

1. — Le théâtre était très fréquenté, à L^ron , pendant la dernière moitié da dix-huitième tiède; on s'y portait en foule, à l'Opéra surtout , qui prit le litre d'Académie royale de Musique. Des artistes d'uo grand talent parurent devant le public lyonnais , qui avait déjà la réputation d*étre connaisseur et difficile. Larive y commença sa réputation ; Fleuri vint à son tour , et fit partie de la troupe dont MU* Lobreau avait la direction. Il ne fut pas gAté par le parterre, dont il ne se plaint cependant pas trop dans ses spirituels Mémoires.

beaux-arts; soufflot. — xyiii*" siècle. 861

1756; Clairon vint à Lyon , et joua le rûle d'Agrippine dans Britannicus. i

SoufBot eut bientôt après une autre occasion de montrer la puissance de son talent: il construisit la façade monumentale de rUôtel-Dieu sur le quai du Rhône; c'est Tun de ses plus beaux ouvrages. Cet architecte avait trace un pian, fort bien conçu, pour régulariser les constructions , nombreuses et d'époques diverses, qui composent cet établissement. Considéré dans son ensemble > l'Hôtel-Dieu forme un carré long, limité à l'Est par le quai du Rhône, à l'Ouest par les rues Bourgchanin et de l'Hôpital, au Nord par la rue de l'Attache-des-Bœufs et l'espace qu'occupe aujourd'hui on beau passage , au Midi par la rue de la Barre. Quatre grands corps de bâtiments rempUssent parallèlement l'espace intérieur ; ils sont séparés par des cours étroites et resserrées, dans lesquelles Tair et le soleil ne pénètrent pas avec assez de facilité. Une seule des faces de l'édiGce, celle qui regarde le quai , est entièrement libre; les autres sont plaquées de maisons, en grande partie du moins, mais il entrait dans les idées de Souffiot de les dégager entièrement. La façade, à deux étages, est d'un aspect majestueux : on y remarque au premier étage un rang de fenêtres très hautes et d'un bon style, un beau portail, et le dôme dont l'aspect grandiose le serait bien davantage encore, si l'architecte Loyer n'avait pas eu la malencontreuse idée de retrancher le soubassement , et le malheur de faire adopter cette modification inintelligente au plan de Soufflot par le bureau de Tadministratton. Ainsi corrigé , le dôme parait écrasé et lourd. Soufflot eut le tort de n'avoir pas conduit lui-même les travaux ; il ea abandonna l'exécution à un subalterne , qui prit de trop grandes libertés -. Ces constructions de luxe à l'Hôtel-Dieu ne faisaient

1. —La jolie snlle ilc SoiilTIot ne devait pas avoir une longue durée i elle fui démolie en 1SS7 : ainsi, son existence n'a pas dépassé soixanic-dix années.

S Soufflot a exécuté h Lyon d'autres travaux d'architecture : il avait envoyé de Rome.

où il était pensionnaire du roi , le plan de l'interminable église des Chartreux , au temps où Servandoni construisait dans Tintérieur de cet édifice lo baldaquin du maitre-autel , qu'il dé- . cora d'ornements d'assez mauvais goiU , mais d'un effet riche et gracieux.

La réputation que Soufflot s'était acquise A Lyon le fit appeler à Paris pour y bÂlir la magnifique église de Sainte-Geneviève , aujourd'hui le Panthéon. Né à IraDcy prés d'Auxerre , en

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poinl oublier le nécessaire ; il n'y avait pas un nombre de lits suffisant , deux et quelquefois trois malades couchaient encore sur le même matelas : c'était un inconvénient majeur. L'administration des Hospices prit la résolution d'établir trois cents lits nouveaux, et fit un appel à la philanthropie .des citoyens: elle avait évalué la dépense à quatre-vingt-dix mille livres; mais les souscriptions volontaires produisirent, en peu de semaines, une somme beaucoup plus forte , et qui suffit largement à tous les besoins. •

Mais la façade monumentale de l'Hôtel - Dieu n'était pas le seul embellissement que la ville de Lyon devait recevoir dans cette portion de son périmètre ; on continuait avec activité le quai du Rhône , que l'ingénieur Nicolas de Ville conduisit , en trois années, jusqu'à la place des Terreaux : ce fiit la métamorphose d'un vieux et sale quartier en constructions magnifiques; cette partie importante de la cité éprouva une régénération complète. On ne s'arrêta point : la grande route de Genève partait du plateau de la Croix-Rousse , et rien n'était plus incommode pour les voitures et pour les voyageurs. Il n'y avait siur la rive droite du Rhône , depuis les Terreaux jusqu'au faubourg de Bresse , qu'un passage resserré pour le service du halage; on résolut, en 1717, de transformer ce sentier en route royale , et ce projet fut exécuté. Il eut un beau résultat : le quai du Rhône reçut un long prolongement depuis la rue Puits-Gaillot jusqu'au-delà de Saint-Clair, et s'embellit de maisons superbes dont plusieurs furent bâties par un architecte habile , Antoine Rater. Ces grands travaux rendirent beaucoup plus faciles les communications de Lyon avec Genève et avec la Bresse.

La ville reçut un agrandissement considérable à l'extrémité méridionale du quai du Rhône. Elle avait acquis au-delà d'Ainay,

1714, il est mort en 1781. On lui doil la construcliosi ilu U'mple des Proiettants, bAii de 1747 à 1750 sur remplacement de la loge du Change. L'architecte Roche fut associé à Soufflet pour ce travail.

1 . — Je rapporterai , aux améliorations que la ville reçut dans sa pnrtie Est, le déblaîem(>iit exécuté, vers 1770, des abords du pont de la Guillolière, qu'embarrassaient sur la rive droite des constructions de diverse nature , entre autres une chapelle et un vaste rétervoir pour les eaux du Rhône /qui interrompaient désagréablement la ligne du quai.

presqu'île PERRACHR. Wlll^ SIÈCLE. 863

en 1735 , d'iniiiienses terrains appelés Tile Moignal^ un bras du Rhône, qui atteignait la rivière auprès de l'abbaye, les enfermait de ce côté, et arrêtait au Midi l'extension d'une ville dont la population condensée prenait chaque année un notable accroissement. Michel Perrache ' , architecte , conçut en i 760 le projet, déjà annoncé par Delorme, de transformer l'île en presquile, de reculer jusqu'à la Mulatière le confluent du Rhône et de la Saône, et d'allonger ainsi beaucoup la ville dans sa partie méridionale. U fallait, pour Texécution de ce plan, mettre à sec le bras peu profond du Rhône qui formait File Moignat, élever une longue chaussée sur la rive droite du fleuve jusqu'à la jonction des deux cours d'eau, et construire sur la Saône, au point le plus reculé de la presqu'île, un pont qui mit en communication le nouveau territoire de la ville avec la Mulatière et la route de Saint-Etienne. Ces travaux accomplis, il ne resterait plus qu'à faire disparaître , au moyen de remblais , les vastes marécages que la Saône formait au-delà de l'abbaye d'Ainay. Ce projet, définitivement arrêté en 1765, commença à être mis à exécution en 4768: l'ile Moignat, ajoutée tout entière au sol de ia ville, prit le nom de presqu'île Perrache. Une compagnie se forma , et rencontra beaucoup d'obstacles et de résistances : la dépense dépassa les devis dans une forte proportion, et, comme spéculation , l'entreprise n'eut pas de succès. Perrache n'a exécuté que la suppression du bras du Rhône ; la construction de la belle chaussée qui fut ornée pendant un demi-siècle par un double rang de peupliers, et celle du pont de la Mulatière, appartiennent à d'autres temps. Il y eut de fréquentes interruptions dans les travaux: propriétaire de vastes terrains aux environs de la presqu'île, l'administration des Hôpitaux ne voulait pas faire la concession gratuite des graviers dont l'entrepreneur avait besoin pour les remblais. Un arrêt du Conseil d'Etat , rendu en 1 786 , ordonna la reprise et la continuation de ces grands ouvrages. Le pont fut construit, de 1789 à 179'2, sur les plans très médiocres de l'ingénieur Lattier ; bâti en bois , il se composait de onze travées, et avait cent quatre-vingt-un mètres de longueur.

I.— Pf'rrache élail le fils (l'ir.i sculplrur, MicHlI Perrache; né à Lyon en 1685, ri morl en 1750. On a de cel arlisle un assez grand nombr? d*outrages , donl ancnn n'est Irèi rcmarqnable.

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Le plan d'extension de la ville dans sa partie méridionale avait quelques défauts. Enfermée dans les terres et rejetée à grande distance du confluent , Tabbaye d'Ainay perdit son aspect pittoresque: ce n'était qu'un petit inconvénient, mais Lyon ainsi reculé s'allongeait démesurément, et ce n'était pas dans cette direction qu'il convenait de l'agrandir pour établir quelque proportion entre sa largeur si peu considérable et son extrême longueur. Telle fut, en 4762, la pensée de l'architecte Jean- Antoine Morand, élève de Servandoni et de Soufflot ». Morand observa que la ville était resserrée au Midi par le confluent et à l'Est par le Rhône , mais qu'en franchissant le fleuve au moyen d'un pont , placé dans l'axe de la place des Terreaux , on aurait aux Broteaux un espace immense pour des constructions nouvelles. D'après ce plan on agrandissait la ville dans le sens de sa largeur , et on rétablissait l'équilibre entre ses deux dimensions. Une compagnie se forma pour la construction d'un pont de bois ; elle acquit la cession de tous les bacs et trailles qui existaient sur le Rhône, depuis Saint -Clair jusqu'au pont de la Guillotière , et parvint à écarter l'opposition de l'administration des Hôpitaux , propriétaire de l'une de ces voies de communication. Investie du droit de passage exclusif dans l'espace désigné , elle obtint la concession d*un péage pendant quatre-vingt-dix-neuf années. Le pont Morand a deux cent neuf mètres de longueur et treize de largeur : il avait, au temps de sa construction , dix-^ept arches d'une forme svelte , mais incommodes à la navigation et qui manquaient de solidité. Morand avait des idées grandes; il voulait établir une large avenue depuis son pont jusqu'à la route d'Italie; mais l'adminis* tration des Hôpitaux, qui avait d'autres idées et à qui appartenait le sol de la rive gauche du Rhône , fit construire une maison tout exprès pour rompre la ligne droite et arrêter la perspective. Cependant le pont Morand avait donné une valeur considérable aux champs si vastes dont se composait le fief de la Part-Dieu,

i Moraïul était né à Besançon en 1727 (il mourut en 1794); c'est lui qui bâtit, en 1757,

la salle de spectacle donl Soufflot avait donné le plan. Moraod contribua beaucoup à l'erobellisseroent de la ville de Lyon ; on lui doit une partie des superbes maisons du quai Saiot- Clair.

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et il était pour le peuple un moyen de communication bien plus commode que les bacs établis, en 1743 , pour le passage d'une rive à l'autre. On construisit grand nombre de guinguettes aux Broteaux, et la classe ouvrière contracta l'habitude de s'y rendre le dimanche. On établit des promenades; des ormes furent plantés , on défricha de vastes terrains abandonnés jusqu'alors aux ronces et aux broussailles ou aux envahissements du Rhône; quelques maisons d'une belle apparence s'élevèrent, et on traça des rues et des plans d'alignement. Il existait déjà , en 1785 , un projet général pour faire une ville aux Broteaux : les terrains y sont divisés en grandes masses, elles-mêmes partagées en compartiments réguliers. Depuis la fin du dix-huitième siècle , la population a montré beaucoup de tendance à se porter sur la rive gauche du Rhône ; l'affluence des promeneurs, les dimanches et jours de fêtes, y était plus considérable encore avant la Révolution qu'aujourd'hui.

§ VI. La part de l'ancienne Académie dans le mouvement scientifique , artistique et littéraire du dix-huitième siècle , à Lyon , avait été fort grande ; cette compagnie savante le dirigea presque toujours , ou y fut représentée par quelques-uns de ses mendbres. Elle était fréquemment consultée par l'administration, tantôt sur des questions d'archéologie , tantôt sur des inscriptions destinées à des monuments publics. Les prix qu elle mettait chaque année au concours étaient pour elle une autre manière de se rendre utile : Christin en avait fondé un ; Adamoli en institua deux , un de huit cents livres , l'autre représenté par une médaille d'argent de vingt -cinq livres; Raynal en établit un troisième. Quarante-cinq prix furent proposés par l'Académie depuis 1700 jusqu'en 1793; ils avaient pour objet la solution de problèmes de physique , de chimie , de médecine , de littérature ou de philosophie. L'Académie appelait spécialement l'attention publique sur des sujets utiles à la ville de Lyon : ainsi elle proposa pour question de prix les moyens de procurer à la ville de l'eau potable , le meilleur système de conslniction des moulins sur le Rhône , le moyen le plus convenable d'occuper les ouvriers des manufactures lorsque le commerce est sUvSpendu, le perfectionnement de la teinture de la soie en noir, le procédé

le plus économique et le plus durable du pavage de nos rues, Tappréciation des causes qui ont fait prospérer la fabrique de soieries et de celles qui peuvent en ralentir l'essor , etc. Elle demanda, en 1791 , la solution de ce problème philosophique : Quelles vérités et quels sentiments importc-t-il le plus d'inculquer aux hommes pour leur bonheur ? Seize concurrents se présentèrent : l'un d'eux était Napoléon Bonaparte. Son mémoire n'était pas bon , lui-même en convenait à Sainte-Hélène ; empreint des idées radicales de l'époque et d'un matériaUsme grossier, il ne fît aucune sensation. Celui de Daunou obtint le prix; c'était en \ 793. Le manuscrit de Napoléon n'en était pas moins un autographe très précieux; un préfet du Rhône, auquel Talleyrand le fit demander, en a privé la bibliothèque de l'Académie. '

Le tableau qui vient d'être esquissé des progrès de la civilisation à Lyon , pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, est celui d'une époque de prospérité : malgré quelques instants d*arrét, la ville ne cessa de grandir sous le rapport de ses conditions morales et matérielles; son commerce prit une extension considérable, ses ouvriers eurent une position meilleure, quoique insuffisante encore ; elle montra plus d'aptitude pour les sciences et pour les beaux-arts. Louis XVI avait des intentions excellentes; informé des tiraillements que l'institution du Conseil supérieur avait amenés dans le sein de l'administration , il rétablit l'ancienne juridiction. Quelques impôts mal assis , ou d'une perception difficile, furent supprimés. Le ministère parut moins bien inspiré , lorsqu'il déposséda la ville de la régie des octrois. Cependant la cour entrait , d'un pas timide il est vrai , dans la voie des réformes; un édit rendu en 1777 abolit les corporations, et facilita l'admission des ouvriers dans les communautés d'arts et métiers. Un droit de réception fut déterminé : le gouvernement en percevait les trois quarts , et l'autre quart appartenait au service de la communauté elle-même. Mais ces tentatives de réorganisation ne répondaient pas , à beaucoup près, à ce besoin de régénération complète dont la société était travaillée : privé de tous ses points d'appui , le gouvernement royal s'affaissait

1. — Voyez Vffisfoire de V Académie de Lyon, par àl. Dumas, el les Mélanges «le M. Bréghot du Lut , p. 105 et 129.

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sous son propre poids , et cette grande machine administrative , ruinée dans ses fondements et attaquée de toutes parts , ne pouvait ni résister ni fonctionner. Lyon, comme Paris, était agité par le mouvement fébrile qui entraînait la France vers un ordre de choses nouveau : il n'y avait plus ni monarchie ni religion; profondément corrompues , les classes supérieures avaient perdu lout leur prestige , et les inférieures ne croyaient à rien , si ce n'est à leur force.

La Révolution éclata..

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