XVIII® SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION; LA SALLE
moitié du dix-huitième siècle , et prospéra malgré sa mauvaise organisation et les fautes de l'autorité. Elle dut son essor nouveau au génie de quelques hommes qui en perfectionnèrent les procédés : un d'eux , Philippe de la Salle , eut sur elle une influence considérable. Né à Seysscl en 1 723, cet habile mécanicien s'était occupé d'abord de dessin ; Sarrabat , peintre d'histoire , avait été son maître. La Salle épousa la fille d'un fabricant de soieries , s'établit à Lyon , et s'appliqua avec un zèle infatigable à perfectionner le tissage des étoffes brochées, et surtout à faire exécuter sur le métier des groupes de fleurs et de fruits qu'il peignait avec beaucoup de goût. Il réussit , et l'ingénieux mécanisme qu'il inventa dota Lyon d'un genre de fabrication très important. La Salle fit exécuter sur le métier , par un ouvrier en soie , de très beaux portraits de Louis XV et de Catherine II ; toutes les tentures du palais de l'impératrice de Russie sortirent des ateliers qu'il dirigeait. U a imaginé une navette volante pour la fabrication des gazes et autres étoffes en toutes largeurs , et donné plus de perfection aux moulins à soie. Philippe La Salle fut le précurseur immédiat de Jacquard, qui rendit des services plus signalés encore à la fabrique. '
§ V. Après avoir examiné les progrès de la civilisation à Lyon, pendant le dix -huitième siècle, sous le rapport des lettres, des sciences et des beaux- arts, il convient d'étudier les améliorations que cette ville a éprouvées dans ses conditions matérielles pendant le cours de la même époque. Elles ont été considérables , surtout durant la dernière moitié du siècle. On construisit deux théâtres, plusieurs ponts, une prison , des rues, un quai magnifique, et le plan de la ville fut notablement modifié par la création de quartiers nouveaux.
Plusieurs rues nouvelles forent percées; on ouvrit la rue d'Auvergne , et la rue de l'Arsenal se prolongea jusqu'aux remparts d'Ainay. On continua la décoration de la place Louis-le- Grand; Simon Petitoi , bourgeois de Lyon, donna le plan des
1 . — Après avoir travi-rsé , non sans orages , la RéTolulion à Lyon , La Salle mourul en 1804. La Commission administrative du Palais des Arts fit placer, en 1805 , au haut du grand escalier, une inscription qui exprime la reconnaissance de la ville envers un des hommes qui ont élé le plus utiles à ses manufactures.
TRAVAUX publics; hues, ponts. — XVlll^ SIÈCLE. 859
deux fontaines monumentales dont le consulat avait ordonné la construction sur ce bel emplacement. L'eau était puisée sous une des arches du pont du Rhône par quatre corps de pompe qui donnaient en vingt-quatre heures trois mille nmids d'eau , et alimentaient un jet d'eau de trente-cinq pieds d'élévation. Le couvent des Gélestins avait été supprimé par un bref du pape Pie yi '; il offrait à la spéculation un emplacement très considérable dans la situation la plus heureuse. On créa un quartier nouveau ; plusieurs rues furent percées , et vinrent s'ouvrir sur une place publique. On eut l'idée de transformer l'église du monastère en salle de spectacle destinée au vaudeville et aux pièces du genre secondaire. Ce théâtre, très mal disposé au point de vue de Parchitecture, était un puissant élément de vie pour ce quartier nouveau ; il y appela une population nombreuse. Plus au nord, le quai Saint-Antoine fut achevé; il n'y avait sur la rivière, au-delà du pont de Pierre, qu'un vieux pont en bois construit en 1637 par l'architecte Marie, et qu'on avait réparé à la fin du siècle : on le remplaça , en 17 15, par la passerelle Saint- Vincent , bâtie sur les plans d'Aubert. Le quartier de l'Ouest demeura stationnaire pendant une grande partie du dix-huitième siècle; il était abandonné par le commerce : cependant on y construisit deux édifices remarquables, destinés au logement du chapitre de Saint-Jean. La Manécanterie s'érigea, en 17(58, sur les dessins de rarchitectcDécrénice : cette immense maison, bâtie avec autant d'élégance que de solidité, contrastait avec la mesquinerie et le mauvais goût du palais archiépiscopal. Enfin , l'architecte Bugnict fut chargé, en 1785, de remplacer une partie de l'ancien hôtel de Roanne par une prison; il n'oublia pas de lui donner le caractère sombre et sévère que réclamait sa destination, mais il négligea trop les conditions de salubrité.
La circulation entre les deux rives de la Saône était tellement active , que la passerelle de Saint- Vincent , le pont de Pierre et le pont Volant ne pouvaient suffire à ses exigences : un pont de bateaux avait été établi vis-à-vis de l'Archevêché , mais il ne pouvait être que provisoire, et une voie de communication plus commode et plus monumentale était reconnue nécessaire depuis