‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 45 sur 364 · IV. Musée Rosae · texte numérisé non relu

IV. Musée Rosae

Collection d'ouvrages imprimés et manuscrits , de lettres autographes , médailles, portraits, insignes , etc. , relatifs à l'histoire de la Révolution à Lyon.

Acquise par le conseil municipal en 1846» cette collection a été placée dans la salle des archives , à l'Ilôlel-de-Vilb. Quoique très pauvre en autographes et en ouvrages imprimés , le musée Rosaz présente de l'intérêt. 11 se compose de 2,500 médailles, 200 coins de médailles , boutons , etc. ; d'un certain nombre d'actes diver» de l'époque , avec des signatures autographes; de 700 portraits , de 100 vues ou plans, et de divers oiijets, tels que des armes portatives, des piques , des fragments de monuments cl édifices publics détruits.

On trouvera, dans un autre chapitre, l'indication des nombreux ouvrages qui ont été écrits sur le siège de Lyon en particulier.

874 XYlll"^ SIÈCLE. ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.

la paix el la prospcrilé de son commerce. On se récriait fort sur la mauvaise répartition de l'impôt auquel échappaient grand nombre de privilégiés ; on se plaignait plus souvent encore des demandes continuelles d'emprunts et des extorsions du j6sc, mais ni les classes moyennes ni les classes inférieures n'étaient portées à vouloir une révolution. L'esprit des masses, à Lyon, n'était donc nullement politique; on parlait beaucoup de la lutte incessante qui existait entre les corps constitués de la ville , et fort peu, soit de Necker, soit de la question de la double représentation du tiers-état. L'agitation si vive qu'éprouvait le peuple du Dauphiné ne s'était point communiquée aux Lyonnais; bien qu'un peu frondeurs , ils étaient attachés à la religion ainsi qu'au roi.

Les circonstances cependant étaient diflSciles à Lyon, en 1788 ; la récolte des soies avait manqué presque sur tous les points. Il n'y avait pas de commerce ; cinq mille quatre cents métiers avaient cessé de battre , quarante mille ouvriers manquaient de travail et de pain. Beaucoup quittèrent la ville , beaucoup attendirent des temps meilleurs : leur misère inspirait une sollicitude profonde; un arrêt du Conseil d'Etat permit à la ville d'emprunter trois cent mille livres pour leur venir en aide. On ne pouvait attendre ; Antoine Régny , trésorier de la cité , fit l'avance de cette somme , et consentit à prélever son remboursement sur le produit des droits de jurande et de maîtrise. Une enquête ordonnée par le consulat constata qu'il existait quatorze mille sept cent soixante-dix-sept métiers , et cinquante-huit mille cinq cents ouvriers en soie. Malgré leurs souffrances et leur extrême pénurie , ces patients et laborieux artisans n'élevaient jamais leurs plaintes jusqu'aux chefs du gouvernement ; ce qu'ils désiraient alors, c'étaient des salaires plus élevés et non des droits politiques qu'ils comprenaient fort peu.

Quelques petits événements locaux eurent lieu à Lyon en 1788: le|, ambassadeurs de Tippoo-Saëb vinrent dans cette ville; ils allaient solliciter à Paris l'appui des armes delà France contre celles de l'Angleterre, toutes puissantes dans l'Inde. Tolozan de M ontfort , prévôt des marchands , leur fit une réception distinguée; il les fit conduire sur la place Louis-le-Grand , à l'hôtel de Malte , et leur donna une garde d'honneur tirée de la

compagnie du {juet. Accompagnés d'un nombreux et brillant cortège , ces Indiens visitèrent quelques établissements publics et des fabriques d'étoffes de soie ; on les mena à Topera. Ils partirent, le 3 juillet, très satisfeits de l'accueil qu'ils avaient reçu. Le dernier jour du mois suivant, Tolozan de M ontfort , entouré des échevins , posa la première pierre du pont de l'Archevêché : on avait gravé sur une pierre de chacune des deux arches une inscription composée par l'Académie. Tout annonçait que les travaux seraient conduits avec rapidité; mais de graves événements devaient les suspendre pendant un temps considérable. L'hiver de l'année 1789 fut très froid; le Rhône gela; cette rigueur de la température se maintint pendant plusieurs semaines , et fut cruelle pour la classe pauvre. Il y eut une débâcle terrible ; elle emporta le pont de Serin.

On s'occupa enfin de la nomination des députés aux Etats généraux; une assemblée des trois ordres eut lieu, le iU mars 1789, dans l'église des Cordeliers; cinq cents électeurs s'y réunirent de bonne heure , sous la présidence de Laurent Basset , lieutenant-général de la sénéchaussée. Il y avait huit députés à nommer : quatre devaient l'être séparément par les cent cinquante électeurs de la ville, et les quatre autres séparément aussi par les autres délégués du liers-état de la sénéchaussée. L'avocat Lémontey rédigea le cahier de l'assemblée électorale, qui se montra pénétrée de la nécessité d'abolir les privilèges, pour arriver à une équitable répartition de l'impôt. Voici quelles furent les nominations pour les trois provinces, Lyonnais, Forez et Beaujolais. Clergé : Jean-Antoine de Castellas, doyen du chapitre des comtes de Saint-Jean ; Flachat, curé de Notre- Dame de Saint-Chamond ; Mayet , curé de Rochelaillée, et Louis Charrier de la Roche , prévôt-abbé d'Ainay. Noblesse : le marquis de Mont-d'Or, le chevalier de Boisse , le marquis de Loras et l'avocat Dcschanips. Tiers -état de la ville : Millanais, avocat; Perisse-Duluc , libraire; Couderc ' , banquier, et Gondard aîné, négociant. Tiers-étal de la sénéchaussée : Girerd , médecin à

I. —Couderc élail proteslanl ; l'avocal Boulel prélendit que l'éflii d«* 1787 excluait le» protestants dt;8 fonctions publiques , tout on reconnaissant leur étal civil. Il fut éiiergiqiiement n'futé par I.émontoy.

Tarare; Trouille, négociant; Bergasse, avocat, et Durand, négo-* ciaût. Forez : Goulard, curé de Roanne, et Gagnîéres, curé de Saint-Cyr-les-Vignes , pour le clergé; Nompère de Champagny , de Rostain, et le comte de Grézolles, pour la noblesse ; Janvier, Richard et Delandine, pour le liers-état. Beaujolais: Desyemay , curé de Villefranche; le marquis de Monspey , et l'avocat Chasset. <

Les Ëtats généraux s'ouvrirent le 5 mai 1789 : devenus inévitables, ils étaient Tespoir du peuple et la dernière ressource du trône. Mais comment étaient-ils considérés par le gouvernement du roi, et quel rôle y jouerait le tiers-état, c est-à-dire la nation dont ils étaient les* mandataires ? Q y eut peu de franchise et d'habileté dans la politique de la cour; Louis XVI et son conseil avaient peu de confiance dans le ministre que l'estime du peuple leur avait in^osé; Necker n'avait qu'un crédit fort restreint, et était obligé de lutter sans cesse contre de sourdes résistances. On consentait à quelques réformes, mais avec des modifications continuelles et sans système arrêté ; elles étaient considérées comme des restrictions arrachées par la nécessité et révocables quand l'occasion le permettrait. Alarmée et intimidée par les Etats généraux, la cour aurait voulu paralyser cette assemblée , et, plus d'une fois, elle eut la pensée d'un eoup d'état. Tous les grands corps du royaume , la noblesse , les parlements et le clergé , avaient successivement passé dans l'opposition ; le peuple en faisait partie depuis longtemps. Il comptait enfin pour quelque chose ; quelle que fût sa direction , la révolution devait nécessairement tourner à son profit. Ses représentants' étaient déjà de force à soutenir la lutte avec leurs adversaire» naturels, le clergé et la noblesse; pour parler avec plus d^exactitude, l'avantage fîit entièrement pour eux dès le premier choc. Guidés par la prudence et la confiance qui accompagnent le sentiment de la force , ils se constituèrent, le 17 juin 1789, en

I. — Cahier de l'ordre de la uoblesse du ressort de la sénéchaussée de I.yon , relatif à la constitution y h la liberté des personnes et des propriétés, etc. Lyon, A. delà Rocher 1789, in-4°. — Cahier des demandes de l'ordre du clergé de Lyon, assemblé le 14 mars 1789 ; in- 8®. — Cahier du tiers-état de la sénéchaussée de Lyon , du 59 mars 1789 ; in-8®. — Obserrations des députés du tiers-état de la ville de Lyon , depuis le dimanche Î9 mars 1789. Li/on , l789,in-8«.

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assemblée nationale, et se posèrent devant le pays couuue son expression légitime et unique. Leurs premiers actes eurent le caractère de la souveraineté ; ils proclamèrent Tindivisibililé du pouvoir législatif et Tillégalité des impôts , résistèrent à l'imprudente menace d'un abus d'autorité , et jurèrent de ne point se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Tout fiil dit pour la monarchie absolue, lorsque, sommée de se retirer par le grand-maitre des cérémonies , l'assemblée personnifiée dans Mirabeau eut prononcé d'une voix tonnante ces paroles : « Allez dire à votre maitre que nous sommes ici par la volonté « du peuple , et que nous n'en sortirons que par la puissance « des baïonnettes. »

Cependant la cour ne fiit point éclairée par cet arrêt; elle commit fautes sur fautes , renvoya le ministre qui avait la confiance de l'Assemblée constituante comme celle de la nation , et revînt a des projets d'un coup d'état exécutés avec autant de maladresse qu'ils avaient été follement conçus. Ballotté entre deux mouvements contraires, apportant autant de bonne foi dans ses concessions qu'il pouvait le faire avec les principes de son éducation royale , dominé par ses imprudents conseillers, Louis XVI cédait ou résistait toujours mal à propos, et commençait ce rôle de martyr qu'il a soutenu avec tant de grandeiu* d'âme et de dignité. Un nouveau coup de foudre , non moins terrible que celui de la déclaration faite à la France par l'Assemblée nationale , ébranla tout-à-coup l'horizon politique : le peuple anné s'empara de la Bastille, aidé dans l'exécution de ce hardi projet par les gardes françaises. « C'est une révolte , dit « Louis XVI en apprenant cet immense événement. — Non , « Sire, lui répondit le duc de Larochefoucault-Liancourt; c'est M une révolution. » Le roi rappela Necker; Bailly devint maire de Paris ; nommé général en chef de la garde nationale , Lafayette présenta la cocarde tricolore à l'Assemblée constituante, qui publia, bientôt après, la célèbre déclaration des droits de l'homme. S'il restait quelques illusions à la cour , elles ne survécurent pas aux journées des 5 et 6 octobre. Exaspéré par la disette , par la cherté du pain , par ses idées d'indépendance , par ses craintes d'une tentative révolutionnaire, et sans doute aussi excité par des anarchistes, le peuple de Paris ravagea l'Hôtel-de- Ville

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et marcha sur Versailles, où il arriva à onze heures du soir. Tout paraissait calme; mais, à six heures du matin, une multitude furieuse viola la demeure royale , et égorgea plusieurs gardes du corps ; Louis XVI et surtout Marie- Antoinette coururent les plus grands dangers. La Révolution avait abattu au 17 juin le pouvoir royal; elle conquit au 6 octobre la personne du monarque : Louis fut emmené à Paris , libre en apparence , et de fait prisonnier au château des Tuileries.

§ IL Les événements se succédaient avec une grande rapidité. Pendant qu'ils s'accomplissaient dans la capitale , des désordres, sans caractère politique encore bien prononcé, se manifestaient à Lyon.

Cette ville était accablée d'impôts; les droits d'octroi aux barrières fatiguaient beaucoup les classes inférieures : égarées par q[uelques hommes, elles en demandaient la suppression. Des attroupements se formèrent le 30 juin; ils se composaient de fenmies, d'enfants, d'étrangers venus de la Savoie ou du Piémont, et d'ouvriers sans travail. Quelques groupes armés attaquèrent des corps-de-garde , et en chassèrent les soldats ; bientôt ce cri : « Aux barrières! » se fit entendre dans les rassemblements. Une multitude furieuse, à la tète de laquelle un nommé Villarme se fit remarquer , assaillit les bureaux des fermiers , s'en empara , brisa tout ce qui tomba sous ses mains , et mit le feu aux meubles et aux registres. Pendant les huit jours que durèrent ces désordres, on avait eu la pensée de faire célébrer par des fêtes, le 2 et le 3 juillet, la réunion des trois ordres à Paris en une seule assemblée. Un Te Deum fut chanté à Saint-Jean; à ce verset de VExandiat : Ipsi obligalisunt et ceciderunt, nos autem surreximus et erecti sumus , une partie des auditeurs , saisissant l'allusion, fit entendre des applaudissements bruyants. Tous les citoyens ne considéraient point avec la même impassibilité la chute de l'autorité royale : ceux que le peuple soupçonnait de trop de sympathie pour le pouvoir déchu furent insultés et menacés ; on brisa celles des fenêtres qui n'étaient point illuminées. Cependant le pillage et la destruction des barrières n'étaient point encore réprimés le 8 juillet, et l'audace des perturbateurs de la paix publique paraissait s'accroître : en présence d'excès si graves, l'administration ne pouvait demeurer inactive ; elle appela

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un fort détachement du régiment de dragons caserne à la Croix- Rousse, et mit en mouvement la compagnie du guet. Attaqués avec vigueur , les hommes de l'émeute résistèrent ; il y eut de part et d'autre des blessés et des morts : l'ordre cependant fut rétabU. Tolozan de Montfort , prévôt des marchands , qualifia de brigands , dans une ordonnance rendue le 9 juillet , ceux qui avaient détruit les barrières , et prescrivit diverses mesures de police dont il confia l'exécution à un corps de huit cents volontaires, créé spontanément, et formé de citoyens de tous les ordres ; les officiers de l'Election reçurent en même temps l'injonction d'opérer le recouvrement des droits d'entrée qui n'avaient point été perçus aux portes et aux barrières pendant la durée de l'émeute. Les Lyonnais de toutes les classes furent expressément invités par leurs magistrats au respect des lois. *

1 . — Ordonnaiicu du prévôt des marchands et échevins de la rille de Lyon , du 9 juillet I789| relative aux brigands qui détruisirent les barrières, et aux moyens à employer pour éviter pareil désordre. Lyon^ impr. de la ville , 1789 , in-fol. — Aux concitoyens , par Rey, lieotenant-général de police. Z,yo/«, impr. de la villoy 1789, in-4°. — De la p.irt du Consulat : Avis aux concitoyens. Lyon , impr. de la ville ^ 1789, in-fol. — Lettre circulaire des prévôt des marchands et échevins de la ville de Lyon aux curés des campagnes , rebitive aux droits d'entrée sur les vins et autres objets , et sur la destruction des bureaux de perception , du 4 juillet 1789; in-4°. — Adresse des prévôt des marchands et échevins de la ville de Lyon aux curés des campagnes , les priant d'annoncer an prône que , d'après les découvertes faites pendant l'émeute qui vient d'avoir lieu , nous avons ou la preuve qu'il s'est introduit dans cette ville une (ouïe de voleurs et de brigands qui , chassés de cette ville , pourraient se répandre dans les communes environnantes , etc. ; in-4°. — Jugement prévôtal et en dernier

ressort qui condamne Pierre Villarme, natif de Cliambéry, âgé de vingt-six ans, à être

pendu; André Gervais , ualif de Tours, âgé de vingt-neuf ans ; Philippine Comte, native de Neuville , âgée de quarante ans, à l'accompagner la corde au cou; ledit Gervais , aux galères pour neuf ans , et ladite Comte bannie à perpétuité de la Généralité ; le 7 juillet 1789. Lyon, À* delà Roche, 1789, in-fol. — Ordonnance du roi, du 8 juillet 1789, relative â l'émeute des barrières. Lyon , /1, de la Hoche , 1789 , iu-4*. — De la part de MM. les prévôt des marchands et échevins de lu ville de Lyon , relativement â l'incendie et à la dévastation de» bureaux de perception : Lettres- patentes du roi qui attribuent les pouvoirs et juridiction nécessaires aux officii'rs de l'Election de L}on, pour le recouvrement des droits d'entrée qui n'ont point été payés aux portes et barrières de cette ville pendant le cours de l'émeute; données le 12 juillet 1789. lyow, J, de la Roche, 1789 , in-4". — Ordonnance des prévôt des marchands et échevins de la ville de Lyon , du 17 août 1789 , pour faire rentrer les armes confiées aux citoyens depuis les événements fâcheux qui ont agité celte ville depuis le 30 juin dernier. Lyon^ impr. de la ville , 1789 , in-4**. — Ordonnance du prévôt général de la maréchaussée du Lyonnais , Forez et Beaujolais , du 24 août 1789. Lyon, A, de ta Roche, 1789, in -4**. — Ecoutez-nous ( par les amis de la constitution). Lyon, 1789, in-8^. (Invitation à l'obéissance aux lois, â la suite de la destruction des barrières).

880 , XVIII*^ SlàCLR. — AâSKMBLÉE CONSTITUANTS.

Tolozan de Montfort avait perdu beaucoup de sa popularité ; on le soupçonnait, non sans probabilité, de trop de tendance pour les opinions monarchiques. Un autre Lyonnais non moins distingué avait encouru la même inculpation : probe, actif, éclairé , très bienfaisant , excellent administrateur , Irabert- Colomès n'avait accepté la Révolution ([u'avec beaucoup de restriction et de réserve ; porté à la mairie par Testime de ses concitoyens , il remplit avec zèle et dévouement les fonctions difficiles qui lui étaient confiées. Sa fortune considérable lui permettait d'encourager les sciences et les arts , et de venir au secours des malheureux; il n'était pas libre de faire tout le bien qu'il méditait ; considéré comme un partisan de la monarchie absolue , le maire de Lyon rencontrait , même au seiij de sa propre administration, d'incessants obstacles. Imbert-Colomès offrit sa démission en 1789 , et la donna en effet; mais les pressantes instances d'une assemblée extraordinaire , composée des échevins , de la milice bourgeoise et des membres du comité des électeurs , le déterminèrent à rester à son poste.

Des symptômes de désordre commençaient à se manifester dans Lyon même ; il fallait , pour les réprimer , le concours permanent de la milice bourgeoise , des volontaires et du régiment suisse de Sonnenberg. Contenus avec peine , les agitateurs voulaient le renvoi des soldats étrangers ; ils insultaient et attaquaient les militaires isolés. Une compagnie de la garde bourgeoise, qui venait de terminer son service , refusa de déposer ses armes; elle les garda. Fortement menacée , l'administration n'était point débordée encore et résistait avec succès , aidée par le concours dévoué des volontaires et du corps municipal. Imbert-Colomès appelait continuellement les dons du gouvernement au secours des ouvriers sans travail , et s'occupait avec activité et succès des approvisionnements ; le prix du pain diminua. Il y avait encore un peu de commerce à Lyon à la fin de l'année 1 789 ; l'ordre public n'était pas sensiblement troublé. '

I. — Instruction de TAssemblée nationale , iln 14 dccembre 1789, »ur In formation dvn nouvelles municipalités flans toute l'étendue du royaume. Lyon , imprimerie du roi , 1789 , in-4«.

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$ m. L'année 1790 s'ouvrit par un grandacte d'administration : un décret de TAssemblée nationale, rendu le 15 janvier, partagea la France en quatre-vingt-trois départements , et divisa le territoire en fractions à peu près égales en étendue et en population. Leur organisation fut instituée d'une manière uniforme : elle se composa , pour chacun , d'un conseil administratif de trentesix membres , et d'un directoire exécutif représenté par cinq membres.

Bientôt après, l'Assemblée constituante abolit tous les corps administratifs indépendants, les dimes et les privilèges; elle déclara propriété de la nation les biens du clergé dont la valeur s'élevait à plusieurs milliards, et créa, sous le nom d'assignats, un papier -monnaie qui avait un cours forcé. Les titres et les distinctions nobiliaires furent abolis , et tous les Français déclarés égaux devant l'impôt et devant la loi. Une constitution civile fut imposée au clergé; les prêtres reçurent injonction de lui prêter serment. Cette mesure , qui avait paru très politique , rendit l'Eglise ennemie de la Révolution ; elle faisait violence à la conscience , sans nécessité réelle.

Pendant que ces décrets réorganisaient sur de nouvelles bases la société en France , une vive agitation commençait à troubler la population lyonnaise : Imbert-Colomès luttait avec une difficulté toujours croissante contre les embarras dont ses opinions royalistes entouraient son administration; il y avait scission et rivalité flagrante entre la milice bourgeoise et les volontaires mmiicipaux; enfin , des clubs s'organisaient dans les principaux qnartiers de la ville. On nommait ainsi des réunions , d'abord privées, de citoyens qui s'assemblaient, à jours et à heures fixes, pour discuter entre eux sur les mesures prises par le gouvernement ou par les administrations locales : ces réunions n'eurent dans leur origine aucun caractère offensif, aucune tendance à l'action sur la marche des affaires. Il y avait des clubs pour les principales nuances politiques: à Paris, les députés bretons et leurs amis politiques, les frères Lameth, Barnave, Mirabeau, choisirent pour le lieu de leurs réunions l'ancien couvent des Jacobins dont leur société prit le nom. Ce club s'organisa fortement, eut des affiliations dans les provinces, et exerça bientôt une grande influence sur l'assemblée , sur la municipalité et sur la

882 XVUl^ SIÈCLE. ASSEMBLÉE CONSTITDANIE.

population parisienne. Il avait pour rival le club des amis de la constitution, dont Lafayettc et Larochefoucault étaient les principaux membres. Plus puissant sur l'Assemblée constituante que la société des Jacobins, il n'avait pas, à beaucoup près, la même force et la même popularité. Lyon suivait l'impulsion de Paris; il eut ses clubs, mais tous selon l'esprit jacobin : on organisait dans ces sociétés populaires , peu fréquentées par le commerce et par les classes moyennes , la résistance aux administrations locales et les émeutes ; beaucoup d'ouvriers y étaient admis.

Ces assemblées donnèrent le signal d'une insurrection qui éclata le 7 février. Des attroupements considérables s'étaient formés au port du Temple et au port Saint-Paul: ils se composaient d'ouvriers sans travail , de soldats de la milice bourgeoise , et d'étrangers qui poussaient à l'anarchie. Une masse compacte de vingt-cinq mille hommes se précipita sur l'Arsenal, avec le but avoué de s'emparer de trente mille fusils qui y étaient gardés par un poste de vingt-quatre hommes. Déjà trois mille fusils avaient été enlevés , lorsque des détachements de la milice bourgeoise arrivèrent, sous la conduite du commandant général de la garde nationale Dervieu du Villars , et parvinrent à délivrer l'Arsenal. L'ordre n'était pas rétabli ; dans la soirée , une foule considérable se rua sur THôtel-de- Ville , annonçant . les plus sinistres projets contre le maire Imbert-Colomès : elle les aurait exécutés , sans l'énergique intervention de la garde nationale appuyée par le concours d'un détachement du régiment suisse de Sonncnberg. Haïs de la population , les soldats étrangers furent assaillis à coups de pierres; ils remplirent cependant leur devoir. Un échevin serré de près , et poursuivi par ce cri : « A la lanterne ! » s'évada par le toit de sa maison. Imbert- Colomès ne pouvait plus administrer; paralysé par tant de résistance et sans appui, même dans son conseil municipal, il donna définitivement sa démission et se retira dans la ville de Bourg K Un ancien avocat général, homme d'un sens droit et d'une opinion très modérée , mais d'un caractère faible , et médiocre

i. — Epltrc aux citoyens de Lyon , par ImbcrI-Colorocs , du 12 février 1790, in>8«». — Lettre écrite, le 2S février 1790, par M. Imbert-Colomès, ci-devant chargé du commandement de la ville de Lyon, k MM. les ofBcicrs manicipaux de Bourg. 1790, în-€«.

AN 11 DE LA LIBERTÉ (1790). XVlll* SIÈCLE. 883

administrateur, Palerne de Savy , fut élu maire; il avait pour concurrent un homuia de mérite , Jean-Marie Roland de la Platiére , qui commençait à prendre une part active aux affaires publiques. Si les doctrines monarchiques avaient peu de par^ tisans, la personne du roi était encore vénérée : le 43 avril, on mit en délibération , dans le conseil général de la commune , la proposition d'élever sur la place des Terreaux une statue pédestre à Louis XVI , comme au restaurateur de la liberté française , et de graver sur le piédestal la déclaration des droits de rhomme , la date de l'organisation de la municipalité nouvelle , et celle de l'époque de l'établissement du régime de la liberté, selon la loi , par l'Assemblée nationale et par le roi. Le trésor public était fort obéré; des dons patriotiques pouvaient être pour lui un triste secours : la municipalité de Lyon les sollicita, et invita les dames à faire porter à l'hôtel de la Monnaie leurs bijoux ainsi que leur argenterie ^ On avait accueilli avec beaucoup de défiance le papier-monnaie : un député de Lyon , Nicolas Bergasse, lui déclara une guerre acharnée. Ardent, impétueux, adepte enthousiaste du mesmérisme, orateur incorrect et déclamateur, mais véhément, toujours entraîné à l'exagération par la fougue de ses idées, célèbre depuis le mémorable procès pendant lequel il avait attaqué Beaumarchais avec tant de violence, cet avocat commençait à s'alarmer de la rapidité progressive du torrent révolutionnaire. Il considéra comme une fausse et désastreuse mesure la création des assignats, qu'il qualifia d'institution absurde et dangereuse , comparable au système de Law. Ce cri d'alarme ne fut point entendu, et les sufirages donnés par l'immense majorité des citoyens accueilUrcnt les décrets de l'Assemblée ; ils obtinrent , à Lyon , l'adhésion des religieux Feuillants, des Dominicains, des Pères de l'Oratoire du collège de la Trinité ,. des Augustins , et des religieux de Saint- François à la Guillotière.

I. — Tableau des décl:iratioi)8 pour la conlribulion palriolique. Lyon , .4. de ta Roche , i700. io-8o.

Le 10 juin 1790, celte contrilHilion s'élevail à la somme de 3,005,445 livres. (Rapport du procurear-syodic du district de I.yon i 1791, i»-4o). Elle était du quart du revenu de chaque dtoyen, et sur sa simple déclaration , et pajable eR trois termes, fixés au 1*' avril 1790, 1791, I79i. (GoNON; BibLhittor., 89).

$ IV. Une manifestation plus éclatante des opinions du peuple lyonnais eut lieu, le dimanche 30 mai, aux Broteaux. La municipalité avait préparé la fête civique de la fédération comme moyen de fusion et de concorde y et elle avait invité les départements voisins à s'y faire représenter par des députations : son appel fut écouté. A quatre heures du matin , des salves répétées d'artillerie rnnoncèrent cette solennité; pendant que le canon tonnait , la générale était battue dans tous les quartiers de la ville , et les bataillons de la garde nationale s'organisaient. Il y en avait vingt-huit ; chacun avait sa devise , ses emblèmes et son drapeau particuliers : tous se rendirent au lieu qui leur avait été désigné pour point de départ ; dix pièces de canon et un corps peu nombreux de cavalerie les accompagnaient. Ces gardes nationales arrivèrent en bon ordre dans la plaine des Broteaux ; il fallut trois heures pour les faire défiler : elles se rangèrent sur trois lignes en bataillon carré. Les grenadiers pénétrèrent dans l'enceinte et se placèrent auprès des portiques du temple de la Concorde; quatre cent dix-huit drapeaux flottaient dans les airs. Cent cinquante mille spectateurs se pressaient aux alentours du Grand -Camp, et n'étaient séparés de l'enceinte que par un simple ruban tricolore : leur enthousiasme était extrême ; ils saluaient des acclamations les plus vives chaque bataillon au moment de son arrivée. Fenunes , vieillards et enfants , ouvriers, bourgeois et gens de la campagne , attirés par la curiosité , se maintinrent dans une tranquillité parfaite pendant la durée de la longue cérémonie. On avait élevé, au milieu du Grand-Camp, un monticule que décorait une statue colossale de la Liberté; de la main gauche elle tenait une branche d'olivier, et de la droite une pique surmontée d'un bonnet phrygien. Un faisceau de colonnes supportait la statue , et s'appuyait sur un immense autel à quatre faces. Le carré formé, l'abbé Benoît-Nizier Servier, curé de la paroisse de St-George , célébra la messe , et aussitôt des députations des gardes nationales fédérées s'avancèrent pour prêter le serment civique. Elles devaient jurer sur l'autel de la Patrie, en présence de l'Etre suprême , de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du royaume, d'être fidèles à la nation , aux lois et au roi , d'exécuter et de faire exécuter les décrets de l'Assemblée nationale , de protéger les propriétés , d'assurer la

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perception des impôts ordonnés pour le maintien de la force publique , et de consacrer enfin leur fortune et leur vie à la défense de la liberté. Au signal donné, le commandant Dervieu du Villars gravit le monticule et prononça d'une voix forte lu formule du serment; les cinquante mille gardes nationaux qui formaient le carré , s'écrièrent aussitôt d'une voix unanime : ce Nous le jurons. » Ce fut un spectacle magnifique ; l'immense assemblée joignit ses acclamations à celles des bataillons de la milice bourgeoise ; des milliers de chapeaux étaient lancés dans les airs, ou soutenus par la pointe des baïonnettes. Un patriotisme ardent échauffait alors tous les cœurs, et, gagnés par l'émotion générale, spectateurs et soldats-citoyens étaient de bonne foi. Cette fête fut terminée par la lecture d'une adresse à l'Assemblée nationale et d'une lettre au général Lafajette ; elle ne se termina qu'à cinq heures et demie du soir. ^

1. — CoufédéralioD de L}'on, le 50 mai 1790. Lyon , ^, de la Roche, 1790, 'm-S°, — Camp iédératif de LyoD , ou Récit de lout ce qui s*e»t passé ce jour et les journées précéd€ntet, par Le Mare. (Sans nom de ville ni d'imprimeur). — Détail général de tout ce qui s'est pataé ao camp fédéralif de Lyon , les trois jouniées mémorables des 30, 31 mai et 1«r jqin 1790, avec le nombre des troupes et celui <les drapeaux. (Sans nom de ville et d'imprimeur), îfi-8** — Compte-rendu des commissaires du camp de fédération à leurs commettants les citoyens de la ville de Lyon. Lf/on^ Faucheux t 1790, in-4'^ et in-foi. La dépense n'avait pas dépaasé 11,386 livres, fournie par des contributions volontaires ; la recette s'éleva à 17,336 liv. — Cootigue générale pour l'armée nationale à la fédération de Lyon, le 30 mai 1790. Lyon, j4iméde la Roche^ 1790', in-S**. — Description des emblèmes et légendes des vingt-huit drapeaux des districts de la garde nationale de Lyon , dans l'ordre qu'ils arriveront au cimp de la fédération. Lyon , Faucheux, 1790, in-8°. — Exhortations très pressantes aux confédérés de Lyon (par un vieillard de 91 ans). Lyon , 1790, in-8®. — Almanach de la garde nationale de Lyon pour l'année 1790, suivi du procès-verbal du camp fédératif. Lyon, jé, de la Roche, 1790,iii-8o.

Onxe médailles furent frappées pour conserver le souvenir de la fédération lyonnaise du 30 mai 1700 ; huit sont gravées dans l'Distoirc numismatique de la Révolution française par M. Hénin {Paris, 1826, in-4<*, p. 99); les trois antres ont été décrites par M. Gonon (Bibliogr, historique de la ville de Lyon pendant la Révolution française, p. 90).

Plusieurs gravures , exécutées d'après des dessins plus ou moins exacts , ont représenté sous divers aspects la vue du camp fédéralif ; une des meilleures est dédiée à Dervieu da YiUars; une autre porte ce titre : Vue d'un rocher élevé dans le centre du camp fédéralif teno dans les murs de la ville de Lyon le 30 mai 1790, exécuté sous le commandement de M. Dervieu du Villars... d'après les dessins, conduite et inspection de M. Cochet jeune, architecte. Chez Gentot , rue Mercière, —Une troisième gravure par Montagny, d'après Pianterre » plut rare que les précédentes , scion M. Gonon , porte au sommet cette inscription : Médaillon du camp patriotique de T^yon. Quatre médaillci commémora livcs de la fédération y sont figurées.

886 XVIIl® SIÈCLE. — FÉDÉRATION AUX BROTEAUX.

Cinq semaines s'étaient à peine écoulées depuis la fête civique de la fédération au camp des Broteaux qu'une nouvelle émeute éclatait, dirigée encore une fois contre les droits d'octroi et contre les barrières. Alarmée par les manifestations du peuple 9 la municipalité consulta FÀssemblée constituante qui ordonna la continuation de la perception des taxes. Mais l'agitation croissait sans cesse, et de sanglants conflits paraissaient imminents; il y avait , toutefois , une sorte d'ordre parmi les perturbateurs de la paix publique : leurs chefs nommèrent des commissaires pour discuter la question avec la commune; ce qu'ils voulaient, c'était la substitution aux droits d'entrée et d'octroi d'une imposition générale. Une foule d'honmies armés se porta le 6 juillet aux barrières , chassa les commis de leurs bureaux et fit entrer , libres de taxe , une quantité considéreble de marchandises. Ce fiit en vain que la municipalité tenta de réprimer le désordre ; elle fut contrainte d'approuver ce qu'elle n'avait pu empêcher. Mais TÂssemblée nationale eut moins de condescendance : Chabroud lui fit, sur les troubles de Lyon, un rapport qui fut l'occasion d'une discussion à laquelle prirent part Martineau , Ma jet et Périsse; un décret, rendu le 17 juillet, ordonna le rétablissement immédiat des barrières et le maintien de la perception des droits d'entrée et d'octroi. '

Paris répéta, dans des proportions encore plus grandioses , le 14 juillet, la fête civique du camp des Broteaux; il avait convoqué à la confédération du Champ-de-Mars les députés des quatre-vingttrois départements. Au centre de la scène immense se trouvait un autel antique sur lequel l'évêque d'Autun, Talleyrand de Périgord, en habits pontificaux , célébra la messe, environné de quatre cents prêtres vêtus d'aubes blanches et ceints d'une ccharpe tricolore. Louis XVI , sa famille et les autorités occupaient une estrade ; les députations des départements et la

1. —Gazelle nalionale , ou le Monileur anwersel ; 1790 , n" 199, p. 818. — Adresse du Conseil général de la commune de la ville de Ljon aux citoyens de ladite ville , du 20 juillet

1790. Lyon , J. delà Roch«, 1790, in-4'» Dugas de Bois-Sainl-Just. Revue provinciale ;

1831 , VI, 144. — Délibération du corps municipal de la ville de Lyon , du 20 août 1790 , concernant Tenrcgistrement et Texécution des décrets de rÀsscmbIce nationale des 15 et 17 i'iillet , relatifs au rétablissement des barrières et à la perception des droits d'aides et d'octroi , dus à l'enlréc de cette ville. Lyony Â, de la Roche , 1790, in-4<>.

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garde nationale remplissaient l'enceinte , et quatre cent mille spectateurs formaient la bordure du tableau. Le serment civique fut prêté par le roi et par les délégués de la nation avec un vif et sincère enthousiasme ; on eût dit que les partis avaient abjuré leurs querelles. Mais la cour persistait dans ses pensées contrerévolutionnaires , et il était dans la destinée du génie de la Révolution de marcher encore.

La fête de la fédération avait aussi été célébrée à Lyon , sur la place Bellecour , avec un empressement et une harmonie qui annonçaient chez les citoyens beaucoup de patriotisme et d'esprit de concorde : un sanglant incident fit évanouir ces illusions. Trois Suisses du régiment de Sonnenberg se promenaient paisiblement le 19 juillet sur la chaussée Perrache; une rixe, dont la cause était fort légère, survint tout-à-coup entre ces soldats et quelques gens du peuple. Aux menaces succédèrent bientôt les voies de fait, et une multitude enivrée de sa propre colère se précipita sur les odieux étrangers. Deux Suisses parvinrent à s'échapper ; le troisième, nommé Lagier , fut enveloppé de toutes parts, dépouillé de ses armes, renversé et criblé de coups : sa mort était jurée ; il n'y avait incertitude que sur le genre de son supplice. Ceux-là voulaient qu'on le jetât dans le Rhône, après l'avoir assommé; ceux-ci, qu'on le pendît : leur avis prévalut. On l'attacha par le cou à la traillc qui traversait le fleuve , mais cette corde était trop élastique : en vain le malheureux Lagier sollicitait la pitié de ses bourreaux ; un misérable cordonnier noimné Saulnier lui arracha les yeux avec des ciseaux , et des mégères prêtèrent leur concours à cette mutilation. Couché sanglant sur la chaussée , Lagier fut pendu au premier réverbère; la corde cassa: ses assassins le traînèrent à Bellecour avec un croc, et le hissèrent à une lanterne : ils voulaient , disaient-ils, que l'aspect de ce cadavre glaçât de terreur les aristocrates de ce riche quartier. Cette scène horrible se prolongea pendant plus de six heures , sans qu'aucune intervention de la garde nationale vînt l'interrompre ou la troubler. Averti de ce qui se passait , le commandant Dervieu du Villars montra la plus grande indiftcrence ; il n'intervint que pour aider à contenir l'exaspération du régiment suisse, qui voulait venger le meurtre abominable de l'un de ses soldats. Il y eut cependant

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