XVIU^ SIÈCLE. — MASSACRE DU SUISSE LAGIER
des poursuites judiciaires; neuf individus, plus compromis que les autres, furent traduits devant le Présidial : on en pendit un , un autre fut roué. Lieur supplice ne fit pas disparaître toutes les conséquences de ce meurtre ; la populace avait pris goût au sang. 1
§ V. Le mouvement révolutionnaire s'accélérait ; un arbre de la liberté fut inauguré solennellement par la municipalité, le 8 juillet , sur la place des Terreaux , qui prit dès ce jour le nom de place de la Liberté , tandis que celle de Bellecour devenait la place de la Fédération ^. Fatigué des insultes qu'il recevait dans Texercicc de ses fonctions , le commandant de la garde nationale, Dervieu du Villars, avait donné sa démission à la municipalité ; il était aimé des classes inférieures et des partisans exaltés de la Révolution. Deux cents ouvriers se rassemblèrent le dimanche 25 juillet, et réclamèrent la réintégration du commandant à son poste. De nouveaux attroupements se formèrent le lendemain; et comme l'autorité ^ ne sévissait point, les hommes de l'émeute désarmèrent le piquet du canton du Griffon, forcèrent l'Hôtel-de-Ville et se dirigèrent en masse sur l'Arsenal protégé par un faible poste , qui fut renforcé aussitôt par divers détachements de la garde nationale, venus sans ordre et sans chef, au premier bruit du tumulte. Vivement repoussés et chassés de l'Arsenal, les perturbateurs se répandirent dans divers quartiers de la ville et surtout dans le canton de Pierre-Scise; toute la ville était dans une extrême confusion, et grand nombre de citoyens avaient pris les armes. Appelé au secours des gardes nationaux , le régijnent suisse de Sonnenberg entra dans la ville et fut accueiUi , sur la place du
1 . — Discours daus la cause des oeuf lioiunies accusés d'élre les auteurs ou participes {sic) des attentats horribles exercés le 10 juillet 1790 , pendant sii heures, sur un soldai du ri^giment suisse de Sonueoberg, eu garnisou à Lyon , par J.-B.-M. Roche > avocat nommé , par le Présidial de Lyon , conseil des accusés. Lyon , Faucheux , 1790 , io-S». — Jugemeui présidial et en dernier ressort , du 2 octobre 1790 , qui juge et condamne Denis Saulnierà être rompu vif y et Joseph Dation à être pendu ; et les nommés Ducret , Bour^guignon , et Simon Simonel , contumax , à être rompus en effigie sur la place des Terreaux. Io-4*.
2. — Procès-verbal de Tinauguration d'un arbre de la liberté sur la place des Terreaux , par la maoicipalité de Lyon, le 8 juillet 1 790. Lyon y impr. d'JmabU Leroy, 1790 , in-8*.
Concerl et aux abords du magasin à poudre , par de nombreux coups de fusil. Beaucoup lui furent tirés du quai de Bourgneuf. Il était neuf heures du soir, quand il se mit en marche pour se rendre à THàtel-de-Ville : lorsqu'il y arriva, on avait déployé le drapeau rouge ; de forts détachements de gardes nationaux occupaient les avenues de la place des Terreaux; deux canons étaient braqués devant la place des Carmes et la rue Saint-Pierre. On Btdes patrouilles toute la nuit; il n'y avait pas , dans Lyon , des forces suffisantes pour y maintenir la paix publique : un ouvrier, parti le 27, alla solliciter le concours de la garde nationale de Vienne et des dragons de Penthièvre en garnison dans cette ville. Bientôt arrivèrent le régiment allemand-suisse de Lamarck et le régiment suisse de Steiner.
Le canton de Pierre -Scise avait paru de connivence avec rémeute ; il fut désarmé par Tordre d'une commission militaire , présidée par du Foissac : mais sa culpabilité était fort douteuse ; il réclama, et la municipalité lui fit rendre ses fusils '. Un ouvrier nommé Chabrand, convaincu de s'être emparé du poste de THôtel-de-Ville, fut condamné à être pendu; on punit du même supplice Antoine Riton^ qui avait désarmé un sergent et insulté le guet. Accusé d'intelligences avec les séditieux, Roland de la Platière se justifia publiquement - : il fut démontré que les ouvriers avaient été poussés à l'émeute par des étrangers mêlés dans leurs rangs , et surtout par des Piémontais.
D'autres désordres , d'une nature fort alarmante , eurent lieu
1. — Proclamation de la loi martiale pour le rétablissement de la tranquillité puMique à Lyon , du 26 juillet 1790. Lyon, A, delà Bocht , 1790, in-4o. — Récit en vers dos derniers troubles de Lvon (26 juillet 1790) et de la manière dont ils ont été apaisés, par Capinaud. l^n , 1790, in-S**. — Mémoiret» et plaintes des habitants du canton de Pierre-Scise , formant la 26c section de la ville de Ljon, sur un jugement 'militaire rendu contre eux le 28 juillet 1790. Lyon, 1790, in-4o. — Procès- verbal des délibérations du Conseil général de In commune de I.yon , du 26 juillet 1790. Lyon , À, de ta Poche , 1790, in-i». — Adresse à l'Assemblée nilionale, signée par plus de trois cents citoyens du quartier de Pierre-Scise ; in-4». —Jugement présidial et en dernier ressort, du 17 août 1790, qui condamne les nommés Jean-Pierre Chabrand et Anloiuc Riton , dit Couronné , à être pendus pour crime de sédilion , et avec écriteaux devant el derrière , contenant ces mots : Chefs d'émeute et sédilieni. Lyom , Bruystt , 1790 , in-4o.
2. — Adresse aux amis de la vérité, par Jean-Marie Roland d»î la Platière , du 28 juillet 1790. /.yoft , A, de h Roche , 17ÎM).
890 XVlll'' 81ÈCLH. — ASSEMBLÉE GONSTITUAUTB.
aux environs de Lyon, dans la nuit du 29 au 30 juillet ; une jacquerie nouvelle menaça les seigneurs dans leurs châteaux. Des bandes de paysans du Dauphiné parcoururent les campagnes, et se livrèrent aux plus graves excès : ils saccagèrent les belles habitations de MM. de Loras , de Leuze , de Combes , de Pusignan et de Sainl-Priest ; c'étaient les fermiers et les vassaux de ces gentilshommes qui conmiettaient les plus grandes déprédations. Tous les titres y chartes et diplômes qui tombaient entre leurs mains étaient inmiédiatement livrés aux flammes; un couvent fat pillé par eux. Cent cinquante volontaires lyonnais et un détachement de dragons marchèrent contre les paysans , les rencontrèrent et firent un grand nombre de prisonniers qu'ils amenèrent, non sans peine, à Lyon. Les habitants du faubourg de la Guillotière assaillirent, à leur passage , ces cavaliers, et ne renoncèrent à lem^s manifestations hostiles qu'en présence des forces supérieures qu'il fallut déployer contre eux.
Si quelques ordres religieux avaient adhéré aux décrets de TAssemblée constituante, d'autres se montraient peu disposée à les accepter. A leur exemple , quelques chanoines-comtes de Saint-Jean protestèrent contre la constitution civile du clergé dans un chapitre extraordinaire ; ils déclarèrent qu'ils ne pouvaient participer ni directement ni indirectement à son exécution. Cette décision excita contre le chapitre beaucoup de rumeurs; la municipalité fît supprimer l'écrit des ci-devant comtes de Saint-Jean , comme attentatoire au respect dû aux actes de l'Assemblée '. Huit chanoines, sur trente-deux qui composaient
1. — Chapitre extraordinaire de l'cglise cathédrale , métropolitaine et primatialede Lyon , précédé d'une lettre signée de Gain , et suivi du formulaire d'un serment en latin , du H novembre 1790; in-S^*. — Lettre de l'église cathédrale , métropolitaine et primatiale de Lyon , adressée aux administrateurs du déparlement... le 11 novembre 1790. — Arrêté du Conseil général du <léparlemeni de Rhône-et-Loirc , conceniant une délibération du ci^dcvant chapitre de l'église cathédrale de Lyon , du 12 novembre 1790. Lyon , Bruyaei , 1790 , in-4o. — Ordonnance municipale qui supprime un écrit ayant pour litre : Chapitre extraordinaire, etc. Lyon, Aimé de la Roche ^ 1790, in-4o. — Société dfs amis de la Révolution : Adresse aux citoyens , ou réponse à différentes calomnies , suivie de quelques observations sur la protestation du ci-devant Chapitre de Lyon. Lyon^ 1790, in-S®. — Ordonnance concernant l'exécution de celle du 13 de ce mois qui a supprimé un écrit ayant pour titre : Cha|\itre extraordinaire, etc. Lyotif 1790, in-4o. —Proclamation du département de Rhône-et-Loire , concernant l'exécution des décrets de l'Assemblée nationale sur la constitution civile du clergé. Lyon ,
le chapitre, avaient signé la déclaration; l'un d'eux se rétracta. L'ordonnance municipale niait l'existence du chapitre , et qualifiait de tentative criminelle l'acte des huit signataires. Ces premières hostilités entre des membres du clergé de Lyon et les décrets de l'Assemblée eurent beaucoup d'éclat ; elles présageaient de graves perturbations. ^
S VL C'est à la fin de l'année 1790 qu'eut lieu une tentative, mal concertée , de faire de la ville de Lyon le centre d'une contrerévolution dans l'intérêt de la monarchie. Un point d'appui à l'étranger était nécessaire au parti royaliste : on crut pouvoir compter sur le concours des troupes sardes qui devaient envahir la Provence et le Lyonnais par Nice et Chambéry, tandis que le roi , s'échappant des Tuileries , viendrait fixer sa résidence à Lyon. Organisé à Paris par M. de Jorjoyes, le chevalier de Pommerelles et le marquis de Chaponnay , ce plan avait , dîi-on, pour agents à Lyon , Imbert-Colomès , Guilhn de Pougelon , Régny et Boscary. Quatre émissaires des princes, d'Escars , Maccarty, d'Esgrigny et Tessonet, vinrent examiner sur les lieux la situation des esprits ; ils furent bientôt rejoints par quelques gentilshoimnes venus des provinces voisines, et surtout du Forez et de l'Auvergne. Pour faire de Lyon le siège d'un mouvement contre-révolutionnaire, il fallait nécessairement pouvoir s'appuyer sur le concours de la population : on distribua aux ouATiers un peu d'argent et une grande quantité de brochures royalistes, telles que l'Adresse aux provinces , la Lettre à l'auteur d'un journal connu, le Vœu des Français, et le Discours de Calonne.
Brnifiêt , 1790, in-4o. — Déclaration Je l'archevêque de Lyon (de Marbœuf ) en réponse à la proclamation du déparlement de Rhône-ct-Loire , du 15 novembre... Lyon , 1790 , in-8«. — — Obseivations pliilosopliiqucs et tliéologiques adressées à M. de NarboDuf, touchant sa déclaration ,etc. Li/on , ^. d« la Rocha, 1790, iu-S©.
1. — Bollin , curé de Sainl-Just , prêta le serment civique en qualité de paaleur ; il Kt de cet acte l'occasion d'un discours patriotique , qu'il prononça dans sou église à la snite de l'olfice divin , en présence de la municipalité. L'affluence des spectateurs était grande : « Je me félicite , citoyens , dit Boltin , d'être le premier des pasteurs de cette ville qui , • d'après l'article XXXIX du décret du 24 juillet dernier , fera à Dieu et à sa patrie le serment •• de lui être fiilèle. Ce serment , quoique ordonné par les décrets de l'Assemblée nationale , « était déjà dans mon cœur. ••