‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 53 sur 364 · LYON SOUS LA CONVENTION · texte numérisé non relu

LYON SOUS LA CONVENTION

(21 âElTBIlBRR 1792 AU 26 OCTOBRR 179.*$.)

% f. Situation de la Convention; état des opinions à lijon; taxe des subsistanees.— % i. Proeésdc Louis XVI; impression qu'il produit sur les Lyonnais. — f, 3. Chalier; le maire Nivière-Chol ; lutte des sections et des elabistes; le maire Bertrand. — § 4. Journée du 39 mai; défaite des jacobins et de la municipalité de Ljon. — S 5. Suites delà journée du 29 mai. — f, 6. Procès et eiécuilon de Chalier. Lyon fait ses préparatifs de défense contre l'armée de la Convention.

$ L La Convention, dès sa première séance, abolit la royauté fit proclama la République française une et indivisible; c'est au 22 septembre qu'elle fit commencer le nouvel ordre politique : tout ce qui avait été fait avant elle était considéré comme non avenu. Elle s'appropria la révolution : l'année s'ouvrit par le jour de la proclamation solennelle du régime républicain.

Deux partis, dans l'assemblée , continuaient à se disputer le pouvoir , et il y avait entre eux une scission profonde. Fatalement poussés à la république par l'imprudente politique de la cour et par les tendances de quelques-uns d'entre eux, devenus amis de l'ordre au spectacle des conséquences de l'anarchie , et débordés de toutes parts par le flot révolutionnaire , les girondins éprouvaient un dégoût indicible pour les démagogues leurs adversaires, et la plus profonde horreur pour les assassins de septembre. Mais il n'y avait pas de temps d'arrêt possible sur

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la pente qu'ils descendaient si rapidement, et, malgré eux, le pouvoir passait à la classe inférieure, inspirée par la plus extrême démocratie. Leur immense talent oratoire et leur esprit d'humanité et de justice étaient de bien faibles avantages auprès des qualités qu'ils n'avaient pas; ils parlaient bien , mais manquaient de force et d'unité de volonté ; ils déclamaient avec énergie contre les bourreaux qui faisaient couler le sang innocent , et cependant ils furent entraînés à voter la mort d'un roi , dont personne mieux qu'eux-mêmes ne connaissait les vertus.

Au contraire , le parti montagnard possédait tout ce que n'avaient point les girondins, l'énergie, l'audace, l'esprit de suite , la logique d'action ; il voulait le gouvernement républicain par le peuple et pour le peuple , et l'exercice direct du pouvoir par le plus grand nombre , c'est-à-dire par les classes inférieures. Ses auxiliaires, c'étaient la commune de Paris , les députés de Paris, les faubourgs de Paris; tandis que les girondins avaient de nombreux partisans dans les départements , et surtout dans le Midi de la France. Leur chef avoué, c'était Robespierre , esprit sombre et sanguinaire , mais qui avait beaucoup de suite et de ténacité dans les idées; homme privé de mœurs incorruptibles et simples , homme politique d'une capacité médiocre , mais non sans talent cependant , et qui n'avait guère (ju'une seule passion, celle du pouvoir.

Que faire de Louis XVI ? la royauté n'existait plus , et la personne du roi était devenue un embarras et un danger. Un malheureux incident hâta la catastrophe : la dénonciation d'un ouvrier fit Recouvrir aux Tuileries la fameuse armoire de fer, dans laquelle se trouvèrent les preuves écrites de la haine de la Cour pour la Révolution, et des tentatives contre-réyolutioanaires qu'avaient faites Louis XVI et ses coQscils. Frappé de déchéance, Louis XVI ne pouvait être mis en jugement, mais son inviolabilité légale fut en vain alléguée et défendue. Ce que la Montagne voulait, c'était, non un débat judiciaire , mais une condamnation à mort prononcée au nom du peuple souverain* Les girondins auraient voulu sauver Louis XVI , mais ils redoutaient par-dessus tout l'accusation de royaUsme dans un intérêt de parti. Un décret de la Convention annonça que Louis XVI serait jugé.

Pendant que cette grande question agitait Paris , Lyon continuait à être agité par les passions politiques : à la demande de Roland, trois membres de la Convention , Vitet, Legendre et Boissy-d^Ânglas, reçurent la mission de se rendre dans cette ville pour en examiner la situation. Quand ils arrivèrent , la disette des subsistances et leur haut prix étaient devenus une cause incessante de désordres ; une multitude de femmes et d'enfants , s'attroupant dans les rues , se plaignaient de la cherté des vivres. Un arrêté de la Commune taxa la v«ileur du pain, de la viande, du sucre, du beurre et des œufs à cinquante pour cent de rabais : c'était décréter la ruine des boulangers , des bouchers et des épiciers, qu'assiégeaient littéralement les femmes du peuple. Fortes de Fappui que leur prétait Tordonnance municipale , elles se faisaient livrer les objets de consommation qui étaient à leur convenance, et dévalisaient les boutiques. Cet arrêté insensé eut les suites qu'il devait avoir; quand les gens de la campagne virent leurs denrées ainsi taxées, ils cessèrent de les envoyer à la ville : tous les marchés devinrent déserts ; on n'avait garde de les approvisionner. Soupçonné de fabriquer du pain d'une qualité inférieure , un boulanger vit sa boutique saccagée ; on le conduisit en prison, et quelques jours après il fut mis à mort sans jugement. Animé du désir de diminuer la misère publique , le Conseil général de la Commune imposa un prêt de trois millions sur les citoyens aisés ; la répartition en était réglée sur celle de la contribution mobilière. Tout Lyonnais pour qui cet impôt ne s'élevait pas au chiffre de cinq cents francs n'était pas soumis à l'emprunt ; ceux qui payaient de cinq cents francs à mille francs étaient taxés aux trois centièmes de leurs revenus , et ainsi progressivement. On avait établi le remboursement sur le produit de k vente des blés. Cet emprunt fut décrété par la Convention. *

n y avait partout des éléments de désordre : dans le courant d'octobre, des rixes sanglantes curent lieu entre des gardes nationales et des bataillons de volontaires du Var ; plusieurs meurtres

1. — Décret de la CoDfcntion nationale qui autorise la municipalité <Ic la ville de Lyon i enpninter , par voie de souscription et sans intérêts , In somme de trois millions pour acheter dabié |)Our l'approvisionnement de la ville ; d» S4 novembre 179S, l'an I<r de ta République françaiie. LyoH, A. -F. nrlnrocht, 1792 , in-4".

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fîirent commis de part et d'autre. La population prit naturellement parti pour la garde nationale, et un conflit sanglant était au moment d'éclater, lorsque l'intervention des commissaires de la Convention obtint le renvoi du bataillon du Var qui partit pour Besançon. Un décret de l'Assemblée avait ordonné le renouvellement de la municipalité; Nivière-Ghol fut élu maire à une très grande majorité. C'était un administrateur d'une capacité médiocre et d'un caractère faible ; il ne prit pas une position bien décidée entre les partis qui se disputaient son influence ; cependant sa conduite flit très honorable , et il montra du courage et du dévouement dans des circonstances difficiles qui ne tardèrent pas à se présenter. Chalier devint président du tribunal du District , haut emploi qui augmenta beaucoup son crédit.

L'année 1793 avait commencé , et , déterminée au procès de Louis XVI , la Convention s'était empressée de solliciter l'adhésion des départements. On plaça dans les rues et sur les places publiques de Lyon des tables et des registres pour recueillir le vote spontané des citoyens ; des tambours parcouraient la ville , et appelaient des signatures. Rien n'était épargné pour faire violence à la peur; cependant il y eut, au plus, deux cents noms inscrits le premier jour : on eut beaucoup de peine à obtenir le chifire de quarante mille dans une ville de cent cinquante mille âmes , et encore ne faudrait-il pas scruter de trop près l'indépendance des votes. Assemblés extraordinairement le 13 janvier pour délibérer sur le projet d'une adresse à la Convention , les corps admim'stratif et judiciaire adhérèrent au jugement |du roi déchu , après avoir entendu les discours de quelques orateurs forcenés. C'était sur la place Saint-Nizier que se trouvait le plus grand nombre des tables à registres ; invités à signer , fies passants prenaient la plume et la brisaient; quelques jeunes gens firent plus , ils renversèrent dans la boue registres et tables. Le jour du fatal jugement arriva : quinze députés représentaient le département de Rhône-et-Loire; sept votèrent la mort, et huit la réclusion ou le bannissement. Je ne nommerai ni les uns ni les autres; tous furent sans doute de bonne foi. *

i . — Péliiion des citoyens de Lyon , adresêée h la CoDTenlion nationale pour le prompt jugement deLoiiis Capet. Lyon , P. Bernard , 1793, in -4^. — ProcèsTerbal dea corpa adni-

S IL Lia nouvelle de rcxécution de Louis XVI produisit à Lyon une sensation profonde. Elle fut reçue par Ghalier et par les hommes de son opinion avec des transports de joie : tous les dobs manifestèrent un grand enthousiasme , mais ce fut un sentiment de stupéfaction et de crainte qu'éprouva la majorité des citoyens; opprimée par laudace d'un petit nombre de jacobins, elle cachait soigneusement ses impressions. Une journée comme celle du 21 janvier devait nécessairement donner beaucoup de force et de jactance à la faction extrême : le club central ne dissimula plus ses projets; il fît prononcer, le U février, le serment de Textermination générale de tous les aristocrates devant un sarcophage élevé sur la place des Terreaux, en l'honneur de Lepelletier de Saint -Fargeau, tué par un ancien gardedu-corps, le lendemain du jugement de Louis XVI. Ce fut dans une adresse envoyée à cette époque à l'Assemblée que les jacobins de Lyon prirent pour la première fois la dénomination de sans-culottes ^ Un des membres les plus actifs du club central était Laussel , procureur de la commune et rédacteur d'un journal connu par ses provocations continuelles à l'insurrection et au pillage. La municipalité avait fait arrêter l'ancien contrôleur général Lambert, caché depuis plusieurs mois chez un négociant nommé Berlier ; on saisit les papiers de cet agent des princes , et on y trouva la preuve des relations de plusieurs familles lyonnaises avec les royalistes de l'intérieur et avec les émigrés audelà du Rhin. Cette découverte amena celle de faux passeports pour franchir la frontière et de faux certificats de résidence : elle exaspéra les clubs , qui organisèrent aussitôt des visites domiciliaires faites inopinément à la même heure sur tous les points de la ville : toutes les mesures pour cette opération furent concertées dans un profond secret. Au jour désigné, les avenues des

nîiiniif el judiciaire rôunis dans la grande salle di> rHôtel-Comroun . le 13 jaimer 1793. £yoM , A, Leroy , 1793 , in-4<* et in-fol. P. Bernard , în-8" , et J. Pélisson , in-iS.

( L'Adresse reblire au prompt jugement de Louis le traître était d'un patriote nommé Lambert). —Les membres du Comité do correspondance du Comité central des trente-une sections de la fille de Lyon , du 14 janvier 1793. In é\ — Rapport de Courtois. Pans, i8S8,

n. SI4.

I. -» Adresse à la Convention ualionnlc par li*s sans-culoiles de Ljoii. /.yoti, impr, de Revol, 1795 , in-4o.

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rues , dans tous les quartiers , furent occupées par des gardes nationaux, et toutes les maisons fouillées avec le plus grand soin; En deux heures cette perquisition était terminée; on arrêta trois cents suspects, dont la moitié furent mis en liberté après un premier interrogatoire. Constitué en tribunal permanent , le Conseil général de la Commune prononçait sur le sort des prévenus. Le maire Nivière-Chol n'avait point été d'avis de ces visites domiciliaires : il avait remplacé par des troupes de ligne les gardes nationales qui occupaient lès postes de THôtel-de- Ville, et £ût placer dans la cour huit pièces de canon. Mais Chalier était plus puissant que lui ; il avait fait venir de Paris une guiUojtiiiA neuve par laquelle il se proposait de faire abattre cinq cents tètes: on la mit en nu)ntre , d'abord sur la place de la Fédération , pui9 sur celle dé la Liberté. Chalier avait envoyé prendre à Roanne, die son autorité privée, l'instrument de mort; il résista longtemps au tribunal criminel , qui voulait faire reporter l'échafaud dans le coin de la prison où on avait l'habitude de le cacher. C'était au club central que Chalier faisait ses motions sanguinaires : cette société populaire tenait ses séances dans la grande salle des Or^* toriens, à l'angle nord du quai de Retz et de la rue Pas-Etroit. Indignés par les déclamations du&rouche président du tribunal, les républicains modérés chassèrent un jour Chalier de son club dont ils fermèrent la salle ; mais bientôt . après , plus forts que jamais, les jacobins et Chalier reprirent possession de la maison dont ils avaient été expulsés et résolurent de frapper un coup décisif.

§ in. La nuit du 5 aU 6 février fut désignée pour arrêter l'exécution de ce plan : Chalier fît convoquer, au son d'une cloche promenée dans les rues , tous les membres du club central; ils vinrent en très grand nombre. Un serment solennel, imposé dès l'ouverture de la séance, dévouait à la mort quiconque révélerait les propositions et les discours des orateurs. Après avoir pris cette précaution contre les indiscrétions , Chalier fit à sa manière un tableau de la situation; il montra Lyon devenu le point de départ d'un mouvement contre -révolutionnaire, et le refuge paisible, soit des prêtres réfractaires , soit des aristocrates;, peignit sous les couleurs les plus alarmantes la situation des patriotes , et déclara que la patrie était en danger plus qne

jamais, si Ton ne prenait immédiatement des mesm'es énergiques pour réduire à Timpuissance les ennemis de la République. Ces mesures , Forateur les proposa : elles consistaient dans la création d'un tribunal populaire pour juger révolutionnairement les suspects I. Jamais le langage de GhaUer n'avait été plus énergique, et sa pantomime plus excentrique : tantôt il se rapetissait et disparaissait en quelque sorte derrière la tribune, tantôt il s'élançait sur la pointe des pieds , frappait la table de ses poings crispés, gesticulait d'un air menaçant, et apostrophait son auditoire de la manière la plus bizarre. Sa proposition fiit sou-

fl. — Des apologistes de Clialicr ODt nié celait ; ils ont qualifié de calomnie l'assertion que là création d'un tribunal extraordinaire a été demandée par lui , et l'ont attribuée au journaliste Ftin. Leur opinion ne s'appuie sur aucun fait authentique ; mais, s'il y a eu des dénégations , les affirmations ont été beaucoup plus nombreuses et plus explicites. Au mois d'avril 1793 , Badger , G<>net-Bronze et Pcizin présentèrent h la Coufenfion nationale une pétition relaliTe aux événements qui avaient eu lieu à Lyon depuis le 4 février ; ils insistèrent sur le projet de la formation du tribunal révolutionnaire. •• La Convention déclara nulle et comme m non avenue toute création d'un tribunal extraordinaire qui aurait pu ou qui pourrait être •f faite dans ladite ville et dans toute autre ville , sans son autorisation expresse , par un décret « émané d'elle. » C'était une preuve évidente que le projet afait été conçu ; on verra plus tard celte proposition de la création d'un tribunal extraordinaire devenir ofricicllemenl un des chefs d'accusation contre Chalier. Le parti montagnard voulait à Lyon tout ce qu'il voulait i Paris ; quand il fut le maître dans ces deux filles , après la défaite des girondins parisiens et lyonnais, il ne manqua pas de créer un tribunal extraordinaire et de faire couler par torrents le sang de ses adversaires. Au 6 février , Chalier méditait l'emploi des moyens révohitiouDatres dont ses amis firent , quelques mois plus tard , un usage si affreux. Qu'il y ait eu dei inexactitudes , quant aux détails , dans le récit que firent des témoins de ce qu'ils avaient vu et entendu , qu'on ait ajouté h l'exagération de Chalier , c'est ce qui est possible , mais le fond de l'accusation et la vérité des faits dans leur ensemble n'en demeurent pas moins incontestables.

Ud grand nombre de jacobins exaltés assistèrent h cotte séanoe du club central : dés le lendemain 6 février , toute la ville sut que Chalier avait fait la motion de la création d'un tribunal révolutionnaire ; on le répétait de toutes parts. Comment , si le fait n'avait pas été constant, n'eât-il pas été immédiatement et catégoriquement démenti par les amis politiques de Chalier et par Chalier lui-même? Cette motion devint à l'instant même le signal d'une réaction violente contre les terroristes ; elle fut pendant plusieurs mois le principal chef d'accosation porté par les Lyonnais modérés contre leurs adversaires, et aucun des très nombreux assistante à la i^éance du club ne s'est présenté pour dire : « Non , Chalier n*a point proposé la création d'un tribunal extraordinaire ! » Dans une autre séance du club central , Chalier se récria contre la relation qu'avait faite de la délibération du 5 février le journaliste Fain , mais sa dénégation est générale et f ague ; il ne dit point : « Je n'ai pas demandé un tribunal révolutionnaire ! » Sa réclamation porte, non sur le fait qui est en cause , mais sur l'inexactitode d'uD article de journal dont il n'y a pas à s'occuper. Enfin , son défenseur Moulin ne nia point que Chalier eût voulu l'établissement dn tribunal populaire : « Il est possible , dit-il, « qne Chalier en ail parlé. ■

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tenue avec chaleur par Laussel: <c Je vote, dit-il, pour la guillo- « tine; il n'y a qu'une ficelle à tirer, et la machine va toute seule. » Il fut dit qu'on placerait l'instrument de mort sur le pont Morand, sous la protection de canons chargés à mitraille , et qu'on se débarrasserait des cadavres en les jetant dans le fleuve. Cette séance du club central s'était beaucoup prolongée : Chalier avait évidemment la majorité ; mais quelques protestations courageuses se firent cependant entendre. Plusieurs membres parvinrent à s'évader de la salle, et coururent avertir le maire Nivière^ Chol de ce qui se passait ; d'autres se réunirent aux gardes nationaux modérés , et résolurent de s'opposer à l'exécution des projets sanguinaires de Chalier. Â minuit on leva la séance; aucune décision définitive n'avait été prise.

Mais les hommes modérés et le maire Niviére-Chol devaient se tenir pour bien avertis, et dès ce moment une lutte mortelle se trouvait engagée. Voici quelle était la position : d'une part , le président du tribunal du District , Chalier ; le procureur de la commune, Laussel, le club central appuyé bientôt par un comité patriotique de sûreté générale institué au profit de la démagogie, la majorité du Directoire du déparlement, le concours puissant des montagnards de la Convention , celui des classes inférieures qu'on ne cessait de pousser aux actes les plus violents, et comme moyen avoué, la création immédiate d'un tribunal de justice populaire , chargé de mettre à mort révolution nairement les prêtres réfi-actaires , les nobles, les aristocrates, les riches, les accapareurs , en un mot, tous les citoyens qui ne pensaient point comme Chalier : d'autre part , Nivière-Chol et le Conseil général de la Commune , la majorité des sections, c'est-à-dire des Lyonnais de la classe moyenne , les négociants , grand nombre de jeunes gens , les hommes éclairés , les esprits modérés , beaucoup de gardes nationaux et , comme symbole et point d'appui , les girondins de la Convention. Ce parti voulait franchement la constitution, ainsi que la République une et indivisible; il craignait et méprisait à un égal degré Chalier, Laussel, Ryard , les démagogues sanguinaires , soit de Lyon, soit de la Convention, et était disposé à (oui accepter plutôt qiie de se soumettre au joug des montagnards. Il n'y avait pas de transaction possible pntre lui et son ennemi; un conflit sanglant était imminent.

AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVUl® SIÈCLE. 935

Poitr le prévenir, le Directoire du département demanda à la Convention Tenvoi de conmiissaires qui viendraient remplir à Lyon l'office de modérateurs; ils vinrent en effet, et essayèrent de gouverner la ville au moyen d'un système de bascule : tandis que d'un côté ils s'efforçaient de contenir les jacobins, de l'autre ils soutenaient de tout leur pouvoir le club central et l'affiliaient à la Société de Paris. Les commissaires se rendirent odieux aux deux partis , et augmentèrent par leur maladroite intervention l'exaspération générale.

Nivière-Ghol ne pouvait plus administrer , son autorité était méconnue : il donna sa démission le 9 février. Dénoncé comme déserteur de son poste au moment du danger , l'ex - maire se justifia, par une lettre adressée à ses concitoyens, des accusations quf'ayaient été portées contre lui >. Signalé comme l'auteur de motions sanguinaires , Chalier ne se démentit point, et se fit un titre de gloire de sa proposition. Il disait au club central ' : «c Le « folliculaire Fain m'accuse d'ayx)ir voulu créer un tribunal de <« sang... : oui, je l'ai voulu de sang, pour punir les monstres qui « en boivent.... Misérable imposteur, tu ne crains pas qu'oa n verse le tien , car tu n'as que de la boue et du virus dans les « veines.... Les modérés ont du jus de pavot , les accapareurs un « or fluide , les perturbateurs de l'écume , les réfractaires un « extrait de ciguë. Or il y a du sang à Londres, en Autriche, « chez les Talpaches et les Pandours de la Forêt-Noire , mais « ce sang est loin de nous ; il ne peut pas rougir notre tribunal, « et notre tribunal ne peut être que de sang. »

Les assemblées primaires avaient été convoquées pour le 18 février; il n'y avait qu'un candidat sérieux , c'était le -maire démissionnaire dont le parti modéré demandait instamment la réintégration. On travailla vivement, des deux parts, les hommes de qui l'élection dépendait. Enfin le jour de la nomination arriva : il y

i.-* NÎTière-Chol , d-devant maire de Lyon, met sont les yeux de ses coDcitoyens U lettre adressée le 9 férrier 1793 à un des membres de la Convention natioiAle. Lyon , A, Lbroy, 1793, in-4*. Celte brochure contient deux jleltres de Niviére , annonçant sa démission au Conseil général de la Commune et au Directoire du département.

S. — Séance du 15 février. Offrande à Chalier, l'an 1«» de la liberté ; in-So, p. 13. Chassaignon , aoqael ou attribue cet ouvrage , donne de longs extraits des discours de Cbalier au dob central; il les reproduit textuellement.

avait 10,746 votants; 8,097 voix se prononcèrent pour Nivière- Chol. A cette nouvelle, la ville de Lyon montra un enthousiasme extraordinaire et se crut sauvée ; on ferma les boutiques comme on fait aux jours de fête ; les citoyens s'embrassaient et se félicitaient ; on criait de toutes parts : « Vive Nivière ! à bas Ghalier ! w Des groupes nombreux se portèrent à la maison de Nivière-Chol pour le féliciter; d'autres se précipitèrent sur la salle du club central, maltraitèrent quelques jacobins qu'ils y rencontrèrent, brisèrent la tribune, et brûlèrent les archives et le mobilier. Quelques jeunes gens emportèrent le buste de J,-J. Rousseau, ainsi qu'une statuette de la Liberté , et les clouèrent contre l'arbre patriotique de la place des Terreaux , auquel ils essayèrent, dit-on, de mettre le feu.

Cependant les clubistes ne se déconcertèrent point : ils Aururent aux armes et marchèrent sur l'Hôtel-de- Ville , dont ils s'emparèrent; le procureur général de la commune, Laussel, et Julliard, commandant en chef de la garde nationale, s'y installèrent et en firent leur quartier général , défendu par huit pièces de canon chargées à mitraille. Une dépiitation de la Goimmme signifia aux sections l'ordre de se dissoudre; elles venaient de s'emparer de la poudrière et de Farsenal. Bien loin d'obéir à la municipalité , les citoyens sectionnaires marchèrent sur l'Hôtelde-Ville , s'emparèrent des canons et chassèrent les jacobins aux cris énergiquement répétés de : « Â bas Ghalier , à bas Laussel , « à bas la municipalité ! » Ges graves désordres eurent lieu le 18 février; ils s'étaient terminés par le triomphe complet du parti modéré. Le lendemain 19, le Directoire du département intervint et se fit livrer les postes que les sections avaient occupés la veille. Ghalier , fiirieux , écrivit à la Gonvention une lettre dans laquelle il représenta Lyon comme une viUe abandonnée au mouvement contre-révolutionnaire, et insista de nouveau sur le danger de la patrie. Tallien rendit compte aux représentants des événements qui venaient d'avoir lieu dans la seconde ville de la République , et, sur son rapport , la Gonvention décréta ' l'envoi

1. — Rapport de Tallien à ta Confention nationale, séance du lundi tS féTrier 1793

{Moniteur universel, 1793 , p. S68) Même rapport et projet de décret sur les troubles

arrivés à Lyon , présentés à la Coiiveiilion nationale au nom du Comité de sûreté géoéraltf. I^ap-is, tmpr. nationale, in-S**. — Décret delà Convention nationale du i5 févrrier 1793 , l'an II de la République française. Lyon , Â. Delaroche , 1793 , in-i^.

AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). — XVIIl^ SIÈCLE. 937

linmédiat à Lyon de trois de ses membres , Legendre , Bazire et tlovére , qu'elle chargea de rétablir Tordre , après avoir mis des forces soffisaotes à leur disposition. Une réaction au profit des jacobins commença aussitôt , et fut servie par le résultat prévu des élections municipales.

Nivière-Ghol s'était reftisé à Tovation qu'on voulait lui faire, et avait obstinément persisté dans son refus de rentrer à la mairie; ainsi, de nouvelles chances se présentaient pour le parti montagnard. Il eut y cette fois , assez de sens pour ne point présenter, comme son candidat, un homme trop compromis par la violence de ses opinions : il fit choix d'un négociant nommé Bertrand , associé de Ghalier, homme exalté dans ses idées politiques, mais sans énergie et sans caractère. Un tel maire laisserait nécessaireiftnt tout faire , et n'exciterait aucune répulsion qui lui serait personnelle. De son côté , le parti modéré mit sur les rangs un médecin , Jean-Emmanuel Gilibert , honorablement connu nonseulement comme savant botaniste, mais encore comme un républicain éclairé , qui voulait la liberté , avec la légalité et la justice. Dévoué à la cause de l'ordre , GiUbert détestait la démagogie et les anarchistes ; c'était un homme de tète et de cœur.

Pour écarter ce redoutable concurrent , les clubistes s'avisèrent d'un moyen fort simple : ils accusèrent Gilibert d'avoir pris une part active aux derniers troubles, et le firent jeter en prison. Sollicité , pendant sa captivité , de se désister de sa candidature et de passer sous le drapeau de Ghalier, le courageux médecin refusa avec une inébranlable fermeté ^ Le jour des élections arriva; il y eut onze mille six cent quatre-vingt-six votants: cinq mille huit cent quatre-vingt-dix-huit voix portèrent GiUbert à la mairie ; mais , toujours sous les verroux , il ne pouvait accepter. Il fallut convoquer de nouveau les assemblées primaires ; Bertrand l'emporta enfin : il obtint six mille quatre cent quatre-vingt-un suffrages , sur environ dix miUe votants. G'était

1. — JfaD-Emmauuel Gilibert à ses concitoyeos (publié peiidaDt son arresiation ) ^ in- 4'*; cl Li/on , imprimerie de Faucheux , 1 793 , in - 8°. Ce dernier écrit cal une profession de (bi républicaine. G ilibcrl fui pendant deux mois retenu dans ta prison de Saint-Joseph, et passa quinze jours au cachot.

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un immense avantage qu'obtenait le parti Chalier; le nouveau maire était à la disposition des jacobins.

Maintenir la tranquillité publique dans une ville ^insi occupée par deux camps ennemis , ce n'était point une tâche facile; aussi les commissaires de la Convention ne réussirent-ils point à l'accomplir. Bertrand avait fait emprisonner le rédacteur du Journal de Lyon : Laussel, procureur général de la Commune , fiit suspendu de ses fonctions et privé de sa liberté. Un bataillon de Marseillais , à Lyon depuis le 5^7 février , professait les opinions des girondins et criait : « Â bas Chalier! » les commissaires commandèrent et obtinrent son renvoi. Us réorganisèrent le club central, et inclinèrent sensiblement du côté du parti jacobin; ils marchèrent bientôt avec lui. De nouvelles perquisitions domiciliaires commencèrent , et tout citoyen dut être pourvu à'nÊb carte de civisme. >

C'est à*cette époque (avril 1793) qu'eut lieu l'arrivée fortuite à Lyon du duc de Chartres : Louis-Philippe ne vit personne ; retiré à l'hôtel de Milan , il ne se mit point en relation avec les partis; et cependant, malgré la réserve de sa conduite, on parla vaguemeut , il est vrai , d'un mouvement contre-révolutionnaire dans l'intérêt du duc d'Orléans. Une vive préoccupation agitait les clubistes ; ils voyaient partout des conspirateurs. Un d'eux crut avoir découvert enfin un complot formidable ; une escouade d'hommes armés entoura tout-à-coup un café suspect , tenu , sur le quai du Rhône, par un nommé Gerbert : quatre-vingt-treize jeunes gens s'y trouvaient. On les interrogea, mais aucun grief plausible ne pouvait être allégué contre eux; il fallut bien les mettre en liberté , et cette ridicule affaire n'eut aucune suite. Egalement haïs par les jacobins et par les hommes du parti modéré , les commissaires de la Convention repartirent pour Paris , accusés par le parti extrême d'avoir fréquenté les gens riches et courtisé l'aristocratie : ils avaient organisé, pendant leur séjour à Lyon , un Comité de salut public.

Maîtresse, ou à peu près, du champ de bataille, la Commune de Lyon revint à ses projets contre les nombreuses catégories de

1 . — Le Conseil général de la Commune à ses concitojeos, du 15 arril 1793 , an II ; arrêté relatif à la délifrance des cartes de civisme. Lyon , Péliêson , 1793 , in-4<*.

A\ Il DE LA RÉPUBLIQUE (179«3). — XVIII^ SIÈCLE. 939

Lyonnais qu'elle considérait comme ses adversaires K Huit cents citoyens réunis dans le jardin des Âugustins signèrent, le 9 mars, une adresse à la Convention , dans laquelle ils dénonçaient les abus de pouvoir de la municipalité. Cette opposition causa peu de souci aux jacobins, toujours ardents à poursuivre les emblèmes de la royauté ; ils renversèrent Tobélisque qui avait été érigé, en i 609, sur la place Confort, en Thonneur de Henri IV, et complétèrent la dévastation de la place Bcllecour en faisant disparaître les fontaines , les bassins et les allées gazonnées ^. Ils pouvaient cependant alléguer un prétexte plausible pour ce dernier acte de vandalisme : ainsi nivelée , la place de la Fédération devenait propre aux inspections des régiments et aux manœuvres militaires. Le parti jacobin pensait plus que jamais à rétablissement de son tribunal révolutionnaire, et se croyait sûr du succès. Son club central avait été transformé, par les représentants Rovère,Bazire et Legendre, en Comité de salut public , investi de pouvoirs absolus; chaque section avait en outre son club particulier : tous concouraient à dresser des listes de suspects. De son côté , le parti modéré ne sommeillait point ; ses chefs se réunissaient en grand secret dans une salle de Thôtel de Gadagne, et concertaient toutes leurs mesures. Il y avait parmi eux un très jeune homme, à qui une précoce maturité de jugement, un sens droit , des idées élevées et une parole facile avaient obtenu Testime d'hommes considérables , tels que Monnier et Lally- Tolendal. Camille Jordan (tel était son nom) avait assisté , au château de Vizille , à la première et mémorable séance des Etats du Dauphiné ; modéré par caractère , sincèrement attaché aux doctrines d'ordre et de conservation , et ennemi déclaré des

1. —Serment des trois cents républicains ; 1793 , in-fol. — Avis aux sans-culottes, co|>ii' sincère et véridique de la [)étilion contre-réfolulionnaire faite, le 9 mars 1793 , par uo raslembleroeut de divers particuliers dans la cour des Augustios. Lyon , P, Bernard , in-fol.

Le serment finissait ainsi : « Aristocrates , feuilbutios , rolandins , égoïstes , modérés , • égarés, tremblez : à la première atteinte portée à la liberté, les ondes ensanglantées du « Rhône et de la Saône charrieront vos cadavres aux mers épouvantées. » Ce serment fut écrit par Chalier.

3. — Arrêté du Conseil général du déparlement de Rhône-et-Loire , concernant la plao* de la Fé<lération ( Belleco<ir ) , du 27 avril 1793, l'an U. Lyon^ A. Y. Delaroche , 1793, in-40.

O&O XVIIl^' SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE.

anarchistes, il donna de sagea et énergiques conseils » et çQatjribua.plus que tout autre à faire avorter le nouveau plan de Çhalier. Un grand nombre de ses amis.pqliUques vw^nt prendre place à un }>anquet patriotique le 9 mai , et paralysèrent e^iitièrement, par leur présence , le plan de campag^ des clubiçt^s.

De nouveaux commissaires de la Gonveption , Duboisr-Gr^ncé , Albitte, Gauthier et Nioche , étaient arrivés à Lyon; ils parlèrent dé rorganiisation d'une' année civique de ^inq mille hommes. Une partie , qu'on aurait formée des hommes de l'opinion la [dus avancée y devait garder la ville ; composée des modérés et des suspects de toutes les nuances , TaUtre^ disait-^ii^.eÀt été envoyée combattre les Vendéens ^ Pour faire &ce à la dépense , les commissaires levaient, sur.les citoyens riches^un impôt de sixmUlions, dont ils confiaient la répartition aux aitembres du Gomité lyonnais de salut public. Ge Gooûté avait un pouvoir discrétionnçdre absolu ; il réglait le contingent de chacun, non-seulement d'après sa fortune , mais encore et surtout d'après l'opijûon politique. Les citoyens suspects étaient taxés à une somme élevée; Us recevaient l'ordre de payer, dans le délai de vingt-quatre heures , trente mille , quarante mille ,. soixante mille et même cent mille francs. Ge n'était point tout : les porteurs des ^landats impératife se permettaient contre les malheureux con^buablcs les procédés les plus vexatoires, et ajoutaient à ces avanies la brutalité de leurs actes et de leurs paroles. Lyon était plongé dans une consternation profonde, et ne voyait plus de terme à ses misères.

On avait remis en délibération l'institution du tribunal révolutionnaire, et proposé de jeter en prison quinze cents personnes ; c'était une violation .flagrante de la loi. Il ne s'^ssait

I — Proclamation des corps admiDÎstratifs réuDÎs dans la yille de Lyon , à tons leurs concitoyens du département de Rhône-el- Loire , du 3 mai 1793. Ljfon , A!.-r, Deinroche , 1798 , iii.40. __ Seconde proclamation par les mêmes... réunis, le 14 mai 1793 , pour délibérer sur UiB dangers de la patrie... Lyon , P. Bernard , 1793 , in-40.

Composée de cinq mille hommes enrôlés par la f oie de Tinscription volontaire , l'armée révolutionnaire devait être divisée en huit bataillons , chacun de sept cent cinquante hommes. — Extrait du registre des arrêtés du Conseil général du département de Rh6ne*et-Loire , rendus le 7 mai 1793 , an II. Le Conseil général approuve la création de Tarmée révolutionnaire. — Le Comité de salut public du département de Rhône- et- Loire à ses concitoyens . du 18 mai 1793, an IL Lyon, /4,-y, Delaroche , 1793 , in-fol. Le Comité démentit le bruit que les premiers bataillons de l'armée révolutionnaire devaient partir pour la Vendée.

AN 11 DE LA BÊPUBLIQUK (1793). — XVIll' SIJhXLK. 9Û1

plus que d'obtenir rautorisalion de la Goavention; elle ne laccorda pas , et rendit un décret en conséquence, sur la motion de Ghassey amendée par GoUot-d'Herbois.

$ ly. L'inimitié entre les deux partis demeurait la même ; Ghalier et les siens tenaient toujours suspendue sur la tête de leurs adversaires la menace du tribunal révolutionnaire , et ne pouvaient manquer de la réaliser tôt ou tard. Il y avait au fond de tous ces projets, fort peu déguisés, l'extermination immédiate de plusieurs centaines de citoyens. Ghalier était maître de l'Hôtelde -Ville, que défendaient huit pièces de canon chargées à mitraille; il avait à sa disposition le Gonseil général de la Gommune , la troupe de ligne et grand nombre de gens du peuple. Placé dans une position centrale fort avantageuse , l'Hôtel-de- Ville était le quartier général des jacobins ; on parlait plus que jamais de la création immédiate de l'armée révolutionnaire et de nouveaux mandats impératifs qui devaient être lancés sur les riches , jusqu'à concurrence d'une somme énorme. Appelés avec instance à Lyon, les représentants Gautliier et Nioche s'y étaient rendus de Ghambéry , amenant avec eux plusieurs bataillons et deux escadrons ; ils s'étaient déclarés pour le parti de Ghalier.

Dans cette situation des esprits , un prétexte quelconque suflSsait à l'un et à l'autre parti pour commencer les hostilités:' d'un côté , le maire Bertrand et la municipalité , Ghalier , Ryard, le commandant de la garde nationale Julliard ,• Âchard , et pour commandant militaire l'adjudant général Ledoyen , venu récemment de l'armée des Alpes ; d'autre part , les sections , le Gonseil général du département , tous les républicains modérés , tous les amis de la Gironde , et parmi eux des. royalistes, des émissaires des princes, et des étrangers venus pour fomenter la guerre civile et hâter la ruine de la riche cité.

Un arrêté du Directoire du département avait enjoint à la municipalité de convoquer les assemblées primaires; elles le furent pour le 19 mai : il était question de l'établissement, dans chacune, d'un comité de surveillance composé de douze citoyens. Après avoir élu leurs commissaires , les sections décidèrent, les unes qu'elles resteraient en permanence , les autres qu'elles se réuniraient dans un bref délai. 11 y eut de grandes discussions , dans les clubs, au sujet de la permanence ; ceux qui la voulaient

9^2 XVI 11^ SIKCLE. LUTTK ENTRE LES SECTIONS ET LES GLCBISTBS.

furent dénoncés comme royalistes et contre -révolutionnaires. On proposa de marcher sur les sections, et de les dissoudre par la force des armes. Un club, celui des jacobins, demanda que chaque patriote eût, dans son domicile, une demi-livre de poudre, et sur lui une carte de civisme délivrée par les comités révolutionnaires. Le 23, le Conseil général de la Commune , réuni au Comité de salut public , prit un arrêté qui défendit aux sections de rester en permanence sous quelque prétexte que ce fût , et rendit responsables leurs présidents et secrétaires. Cet arrêté fut cassé, deux jours après , par le département : malgré la décision de l'autorité supérieure , le. Conseil général de la Commune maintint sa décision; ainsi le conflit était flagrant. Ce fut la municipalité qui attaqua ; elle fit mettre en prison le président, le secrétaire et les scrutateurs des sections de Saint -George et du Port-du-Temple. Des violences furent commises : un citoyen tomba grièvement blessé d'un coup de sabre à la tête ; il n'y avait plus un moment à perdre : on était au 29 mai. Sommées de se dissoudre et attaquées , les sections déclarèrent'qu'elles résisteraient à l'oppression de la Commune , que la municipalité avait perdu leur confiance , et qu'elles demandaient la destitution et la mise en jugement de Chalier. Elles s'emparèrent aussitôt de l'Arsenal , qui devint leur place de guerre. Réunis aux membres du Directoire du département , leurs députés formèrent un Conseil général , présidé par Fréminville , et chargé de diriger les opérations militaires. Pendant ce temps de nombreux bataillons de gardes nationaux scclionnaires se rangeaient en armes sur la placer Bellecour, et attendaient l'ordre de marcher. Invités par les sections à renvoyer les troupes qu'ils avaient amenées avec eux, les représentants Nioche et Gauthier s'y étaient refusés. Leur partialité était évidente. Us se rendirent à Bellecour, et engagèrent les citoyens à se retirer paisiblement dans leurs quartiers respectifs; les sections accueillirent les commissaires aux cris de : » Vive la Convention! à bas Chalier! à bas la municipalité! vive la République ! » et persévérèrent dans leur projet de résistance ou plutôt d'attaque. Nioche se fit conduire au Conseil général en permanence à l'Arsenal , et n'y fut pas plus heureux. Il était midi.

D'énergiques moyens de défense avaient été disposés avec

iatelligence par la Gominune ; son commandant militaire , i adjudant Ledoyen, était détenu à FArscnal; on le remplaça par l'ordonnateur des guerres , Duchambon. Trois pièces de canon et une partie des bataillons des gardes nationales du Mont-Blanc défendaient la tête du pont Morand ; de forts détachements de troupe de ligne occupaient les avenues des rues Puits-Gaillot , Lafont, Basseville et du Garet; une batterie de canons enfilait la rue Saint-Pierre dans toute sa longueur , une autre la rue de la Cage , une autre encore la place de la Boucherie-des-Terreaux, tandis que six canons chargés à mitraille étaient rangés devant le perron de THôtel-de-Ville. Il y avait sur la place de la Feuillée un poste considérable de troupe de ligne et de jacobins déterminés ; plusieurs bataillons formant la réserve se tenaient prêts à marcher sur tous les points où le danger appellerait leur présence.

Voici quel était le plan d'attaque de Tarmée des sections : investir THôtcl-de- Ville par trois points principaux, le quai du Rhône et la place de la Comédie , la rue Saint-Pierre et la place des Carmes ; marcher en deux colonnes serrées par les larges voies de communication que présentaient les quais de la Saône et du Rhône , et parte gcr en deux divisions la colonne de gauche , lorsqu'elle serait arrivée à la hauteur du Pont-de-Pierre. Un bataillon de cette armée avait des canons, et recevait abondamment des munitions du quartier général de l'Arsenal.

Le premier coup de canon qui fut tiré partit de l'une des batteries de l'Hôtel -de -Ville. Un bataillon de la section de la Pêcherie se rendait sur la place de la Fédération ; conduit par la perfidie de son commandant à portée du feu de la Commune, il fut sommé de se déclarer pour la municipalité : comme il n'en voulut rien faire, une décharge à mitraille porta la mort dans ses rangs; quinze hommes périrent d'un vseul coup. Au même instant un fort détachement conduit par Bertrand et par Ryard tomba sur le bataillon , déconcerté par cette attaque imprévue , et le mit en fuite en criant : « Vivent les sans-culottes! à bas les muscadins! » Cette fâcheuse nouvelle fut portée aussitôt au Conseil général des sectionnaires , qui prononça la déchéance de la municipalité.

Il était cinq heures du soir, et le moment de l'attaque générale

9Uk XVIll*^ SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE.

était venu : tous les bataillons des sections s^ébranlèrcnt sous le commandement supérieur de Tappréteur de draps Madinier, homme ferme et capable , que secondaient de braves oflBiciers. Leur bonne fortune voulut que les hussards , les dragons et les gendarmes à pied amenés par Tadjudant Ledoyen , ne prissent aucune part au combat : ces troupes régulières déclarèrent qu'elles resteraient neutres. Madinier se mit à la tète de la colonne de gauche , qui marcha sur THôtcl-de- Ville par le quai de Saône ; la colonne de droite s'avança par le quai du Rhône : elle était aux ordres d'hommes braves et dévoués, Badger, Lenoiret Gingenne, commandant en chef.

Cette colonne, qui ne rencontra pas d'ennemi sur les quais de l'Hôpital et de Retz, allait au pas accéléré dans un ordre parfidt» et présentait un large front. Elle fiit accueillie par une décharge terrible , lorsqu'elle eut dépassé la place du Concert ; Gingenne eut son cheval tué sous lui , et beaucoup d'hommes tombèrent. Arrêté un moment , le bataillon riposta à coups de fusil, faute de canon , et marcha résolument sur la batterie du pont Morand. Mais de nouvelles volées de mitraille et de boulets lui opposent un obstacle insurmontable; la colonne est brisée en tronçons : une partie de ses hommes retourne à la place Bellecour , Tautre s'engage dans les rues latérales et va rejoindre la colomie de gauche. A peine le quai du Rhône est-il évacué qu'une troupe de femmes et de misérables jacobins sortent des rues du quartier de la Basseville , et voiit achever les blessés à coups de couteau : quelques mourants sont jetés dans le Rhône.

La colonne de gauche remonta la Saône par les quais Ssûut- Antoine et Villeroi dans un profond silence, et non sans anxiété, depuis qu'elle avait appris la déroute de la colonne droite. Arrivée à la tcte du Pont-de-Pierre , elle se partagea en deux divisions ; celle de droite, selon l'itinéraire convenu, s'engagea sur la place de l'Herberie , franchit le tournant de Saint-Côme et aborda la place Saint-Pierre. C'est là qu'elle reçut, presque à bout portant, une fusillade meurtrière , partie de gens embusqués derrière les portes d'allées , sur les toits ou derrière les soupiraux des caves. Le bataillon fit encore quelques pas , mais à une grêle de balles se joignirent les décharges répétées de la batterie placée à l'extrémité-nord de la rue ; il n'avait pas de canons pour riposter:

ce bataillon s'airéla en désordre, et, ne pouvant continuer son attaque, alla rejoindre, par les rues latérales, la seconde division.

Celle-ci , conduite par Madinier, parcourut la rue de la Pêcherie dans toute sa longueur sans tirer un coup de fusil , tourna sur la place de la Feuillée , puis , quelques pas plus loin , se trouva en face de Tennemi et commença aussitôt le feu. La défense fut vigoureuse , mais Tattaque Tétait bien davantage : en moins d'une demi-heure les sectionnaires , au nombre d'environ deux mille , culbutèrent les volontaires du Mont-Blanc et les refoulèrent, ainsi que les troupes municipales , sur les postes avancés de THôtel-de-Ville. Madinier ne donna pas à ses adversaires un moment pour respirer ; il continua à marcher au pas de charge et s'empara de la batterie des Terreaux : c'était un très grand avantage. Chemin faisant, une pièce de canon , traînée par la section du Port-du-Temple , éclata et blessa quelques hommes par ses débris. Madinier était maître de la place des Terreaux ; il fit pointer quelques pièces de canon contre des cafés encombrés de jacobins armés, et en mit d'autres en batterie contre la façade de l'Hôtel-de- Ville. Un boulet de canon brisa le portail, enfila le vestibule et s'arrêta sur une pierre dont il mutila l'inscription ; un autre entama la corniche d'une des fenêtres de la salle dans laquelle le Comité de salut public s'était renfermé. Ainsi l'attaque était victorieuse , et la défense impossible; a sept heures et demie du soir, la municipalité fit arborer le drapeau blanc au balcon de l'Hàtel-de-Ville et demanda à capituler. Les sections exigèrent la déchéance de la municipalité et le désarmement immédiat , soit des jacobins , soit de la troupe de ligne : après quelque hésitation , ces conditions dures furent accordées par la Commune et sanctionnées par les représentants du peuple. Cependant l'Hôtel - de - Ville n'ouvrit pas encore ses portes ; mais il était évident qull ne pouvait plus tenir : la nuit vint , on illumina beaucoup de maisons et on fit bonne garde. Grand nombre de gardes nationaux arrivèrent dans la ville au secours des sections, et manifestèrent un vif regret d'être venues trop tard. On entoura les blessés de tous les soins que leur état réclamait , et des bataillons occupèrent les places des Carmes et des Terreaux.

Le lendemain 30 mai , à quatre heures du matin , Madinier

Gl

9Û6 XVIIl* SIÈCLE. — JOURNÉE DU 29 MAI.

attaqua THAtel-de-Ville avec deux colonnes parties Tune de la rue de la Cage, l'autre de la place des Terreaux; il ne rencontra aucune résistance : de nombreuses arrestations furent laites aussitôt. On mit en prison le maire Bertrand et plusieurs officiers municipaux. Ghalier s'était retiré dans sa maison de campagne de la Croix-Rousse; c'est là qu'il fat trouvé par les gardes qui avaient été envoyés à sa poursuite : il ne fît aucune résistance. Le Conseil général des sections nomma une municipalité provisoire , et invita, par une proclamation, les citoyens à la concorde et à l'oubli du passé. De nombreux détachements de gardes nationales des campagnes arrivaient toujours, et déjà douze mille hommes de cette milice se trouvaient dans les murs de Lyon. Une proclamation des représentants du peuple vint au secours des vainqueurs: les sections avaient eu beaucoup à se plaindre de leur partialité; elles les considéraient avec raison comme les alliés de leurs ennemis. Il importait de faire connaître les faits à la Convention exactement tels qu'ils s'étaient passés : tel fut l'objet d'une relation que signèrent les membres courageux de la nouvelle municipalité, Péricaud, Coindre , Valleton- Gravillon, Arles» Furcy Grognier, etc. Lyon protestait, par leur organe, de son dévouement à la République et de son obéissance à la Convention ; il déclarait qu'il s'était borné à repousser l'oppression de la Commune. Les citoyens, rassemblés sur la place des Terreaux, prononcèrent avec joie le serment civique de mourir pour la République une et indivisible et de respecter les lois , les personnes et les propriétés. On ferma les clubs et on rouvrit les églises ; mais aucun encouragement , aucun témoignage de sympathie ne fat donne aux prêtres réfracta ires. *

i. — Proclamation dos représentants du peuple envoyé? près rarmée des Alpes, réunis aux trois corps administratifs de la ville de Lyon, relative à révcncroent du 29 mai 1793, an II. Lffon , A,'V. Dêlaroehe , 1793 , io-fol. — Proclamation des administrateurs du département de Rhône-et -Loire , réunis à une partie des membres des districts de la ville et de la campagne (au sujet de leur translation à l'Arsenal). Lyorif À,-F. Delarochê , 1793, in-i**.— Proclamation des commissaires civils de l'Assemblée conventionnelle et des corps administratifs réunis aux citoyens de la ville de Lyon et du département de Rhône-et-Loire. Lyon, A,-V. Delarochê , 1793 , in-4<». — Proclamation des représentants du peuple envoyés k Tarmée des Alpes , aux citoyens de Lyon , du 30 mai 1793. Lyon , A,-r, Delarochê , 1793 , in-fol. — Proclamation des corps administratifs du département de Rhône-cl-Luire , do dis-

AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIIi* 81ÉCLK. 947

Deux cents morts attendaient les prières de TEglisc (il y avait eu plus de six cents blessés) ; des services fiirent ordonnés : une multitude immense de Lyonnais s'y porta ; le deuil était dans tous les cœurs. Rozier, curé constitutionnel de Saint-Polycarpe, prononça un discours inspiré par un esprit de charité et de concorde : « Citoyens , dit-il , votre propre intérêt vous démontre « Timpérieuse nécessité de sauver la patrie ; demandez des lois , (t obéissez aux lois, faites respecter les lois, et la patrie sera « sauvée. N'est-ce pas ce que vous crient du fond de leur tom- M beau les âmes des frères que nous pleurons ? Que signifient les <t chants de tristesse dont cette église retentit, ce lugubre appa- « reil qui couvre ]es murs de son sanctuaire.^ Si on avait respecté « les lois, on n'aurait aujourd'hui que des actions de grâces à a rendre à rEternel, et depuis longtemps Talarme et la terreur <« n'auraient pas flétri Tàme des habitants de cette ville ^ » De son côté , Tévéque constitutionnel Lamourette prononçait dans l'égUse de Saint- Jean Toraison funèbre des citoyens morts, le 29 mai , pour la défense de Tordre et de la liberté. *

trict de la ville de Lyon , de celui de la campagne de Lyon et des sections de la même ville ,

réania par leurs commissaires , du 30 mai 1793. Lyon , j^.-F. Delaroche , 1793 , in-fol.

Proclamation du Comité de police , de surreillaiice et de sûreté de la municipalité provisoire, la 30 mai 1793. Lyon , À,-y, Delaroche , 1793, in-fol. — Le commandant général de la garde ' oalkmale de Lyon (Julliard) i ses concitoyens ; in-fol.

Rapport &it i la Convention nationale par P.-C. Nioche , l'un des représentants du peuple envoyés près Tarmée des Alpes , sur les malheureux événomoiiis arrivés à Lyon le S9 mai 1793. Paris , impr, nationale , in-8. — Précis des événements arrivés k Lyon 'le 29 mai 1793, pour servir de première réponse à la dénonciation portée contre les citoyens Gauthier et Nioche , représentants du peuple. Grenoble , /.O/. Cuchêt , in-4o.

Procès-verbaui des Conseils généraux du département de Rhôiie-et-Loire , des districts de la ville de Lyon cl de la campagne , relatifs à l'événement du 29 mai 1793. Lyo/i, ^.-r. Delarotkêf 1793, în«fol. — Procès-verbal des commissaires des sections de la ville de Lyon , réunies en comité les 29 et 30 mai 1793. Lyon , jI.-F. Delaroche , 1793 , in-fol. — Procèsverbal des événements passés à Lyon les 29 et 30 mai 1793, apporté par des députés extraordinaires de Lyon... (Fréminvillc et Napoli); in-S*'. Procès-verbal du Conseil du district de L}on , en permanence i l'Hôtel-Commun , les 29 et 30 mai 1793. Lf/on , ^.^r, Delaroche ^ f793, in.4^.

1 . — Le discours de Rozier a été publié en entier dans les Tablettes chronologiques de M. Péricaud s juin 1793 , XLIL

t. — Après In jonruée du 29 mai , une municipalité provisoire fut organisée ; elle se composa d'un maire ( Jonn-Jacques-Coindre) et de vingt-cinq officiers municipaux répartis en comités. Cette municipalité élail m communication régulière avec les irt>nle-«)eux sections;

Deux jours après la lutte sanglante qui avait eu lieu à Lyon , entre les opinions de la Montagne et celles de la Gironde , un combat s'engageait, à Paris, entre les deux partis, dans des proportions plus grandioses et avec un résultat bien différent A Lyon la Gironde avait vaincu , et une victoire complète , après on conflit acharné , était demeurée aux républicains modérés ; a Paris , tout l'avantage , et il fut immense , appartint aux montagnards. Avant le ât mai , la Gironde avait décrété Marat d'accusation ; elle échoua. Une commission de douze membres avait été nommée pour faire une enquête sur la conduite de la municipalité , mais les girondins jouirent de ce succès pendant bien peu de temps. Soulevés par les montagnards, les Êiubourgs s'insurgèrent et assiégèrent la Convention dans la salle de ses séances. Il n'y eut plus de liberté pour la représentation nationale; opprimée et menacée , l'assemblée céda: elle cassa la commission des douze dans la fatale journée du 31 mai. Ce n'était point assez pour l'insurrection : le 2 juin le tocsin sonna , et un rassemblement considérable d'hommes armés de piques et de fusils , conduits par Henriot d'après l'ordre de la Commune , se porta de nouveau sur la Convention, et, éuergiquement soutenu par les montagnards , contraignit l'assemblée à proscrire les plus illustres de ses membres. L'indépendance et la dignité de la représentation nationale n'existaient plus.

Ainsi , la Gironde triomphait dans le midi de la France précisément au temps de la victoire de la Montagne à Paris : il était dès-lors évident que la lutte s'engagerait bientôt entre les départements girondins et la capitale. Lyon ne pouvait accepter le règne , au sein de la Convention , de ces mêmes principes sanguinaires dont il venait de s'affranchir au prix de tant de sang et de dangers : de leur côté , les montagnards de la Convention

cellc8-ci aMistateiti par des députatioDS aux délibérations muoicipalet. Gea députés réunis des sections constituèrent la Commission populaire , républicaine et de salut public du département de Rh6ne-et-Loire (30 juin). Installée d'abord à rHôtel-de-Ville, celte Commission s'établit, le 15 juillet, dans l'église du Grand-Collége. On la verra , le 31 juillet, appeler dans son sein les diverses administrations de la ville et du département , dont les actes portèrent dés-lors ce titre : « Les corps administratifs séant k Lyon , et les délégués de la section du peuple français dans le département de Rhène<et-Loire , formant le Comité de sAreié générale et de salut public. •• (Lyon en 1793 , p. 43.)

AN 11 DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVlll® SIÈCLE. 949

devaient nécessairement venir au secours de leurs frères vaincus, et les venger, s'ils ne pouvaient les sauver. Il était certain qu'ils établiraient ce tribunal révolutionnaire réclamé si ardemment par le parti jacobin , qu'ils relèveraient les clubs renversés, et qu'ils demanderaient compte aux Lyonnais de leur victoire du 29 mai. Après avoir vaincu ses montagnards, Lyon allait se trouver en présence de ceux de Paris , bien autrement terribles que les siens , et d'ailleurs enorgueillis de leur triomphe. Dèslors les grie& et les récriminations des Lyonnais changèrent d'objet : on ne parla plus du droit qu'on avait eu de résister à l'oppression de la Commune ; mais on déclara que Lyon , sincèrement dévoué à la cause de la République une et indivisible , et soumis aux décrets de la représentation nationale libre , ne pouvait accepter le joug de la Convention mutilée et opprimée. Lyon protesta à la face du pays contre la proscription des girondins; on verra bientôt sur quelle pente il était inévitablement conduit par les nécessités de sa position.

$ V. On ne connaissait point encore, dans cette grande ville, le résultat de la journée du 31 mai à Paris, lorsque la municipalité chargea une députation de douze notables d'aller rendre un compte fidèle à la Convention des événements du 29 mai. Ces députés partirent ; quand ils arrivèrent dans la capitale , la Gironde venait d'être écrasée. Comment auraient-ils osé remplir leur mission auprès des montagnards victorieux ? ils ne l'essayèrent même pas, et reprirent la route de leurs foyelrs. Ce fut alors que les administrateurs du département adressèrent à la Convention une lettre dans laquelle ils justifiaient les Lyonnais , et rejetaient sur la Commune la responsabilité du passé. Les représentants du peuple auprès de l'armée des Alpes écrivirent aussi , mais dans un autre sens ; ils traitèrent de contre-révolutionnaire le mouvement de Lyon , et ne dissimulèrent point leurs sympathies pour la municipalité déchue : leur opinion était celle de Robespierre et deMarat. Avant de se prononcer, la Convention crut devoir envoyer à Lyon un de ses membres, Robert Lindet, pour examiner les faits et prendre les mesures que les circonstances pouvaient réclamer. Il était question de faire marcher sur Lyon l'armée des Alpes, mais Robert Lindet s'y opposa. Une adresse de l'Assemblée départementale aux Français posa de

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