‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 54 sur 364 · LV111^ SIÈCLE. SUITES DE LA JOURNÉE VV 29 MAI · texte numérisé non relu

LV111^ SIÈCLE. SUITES DE LA JOURNÉE VV 29 MAI

nouveau la question: Lyon n'avait pas voulu d'exécutions en masse , il avait repoussé le tribunal révolutionnaire et les motions sanguinaires de Ghalier , sans prétendre cependant décliner Tautorité de la Convention, mais de la Convention indépendante. La résistance à l'oppression était un droit acquis aux Français ; mutilée par l'illégale proscription de trente de ses membres , la Convention n'était plus l'expression de la volonté nationale. Une seconde proclamation , adressée aux districts et aux communes du département de Rhône-et-Loire y énonça la même profession de foi : le département déclarait qu'il adoptait les décrets de la Convention, mais il entendait l'obéissance à sa manière. ^

Robert Lindet ne fut pas trop déravorable à l'administration du département, dans son rapport à la Convention; il proposa de mettre sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées

1. — Les admiiiislratcurs du département de Rh6ne-et -Loire , du district de la ville et de la campagne de Lyon , réunis, à leurs concitoyens ; du 31 mai 1793 , in-fol.

Ils déclarent qu'ils ne sont point contre-révolutionnaires , que les habitants de Lyon ont des intentions pacifiques et veulent le règne de la tranquillité et des lois , ain&i que la République une et indivisible. — Les bataillons de Lyon aux bataillons de l'armée des. Alpes. Lyon f j4, Leroy ^ 1793, in-8^. — Même réclamation : « Nous avons juré sur les cadavres m sanglants de nos frères de maintenir la liberté , l'égalité , la République une et indivisible, « la sûreté des personnes et des propriétés... Voilà, braves frères d'armes, voilà les liomm mes contre lesquels on vous appelle. » — Proclamation de la municipalité provisoire , da 2 juin 1793, in-fôl. (Défense de proférer des cris séditieux contre le gouvernement républicain, d'arborer aucun sigi\p contrc-révolutrunuaire , etc.)

Les citoyens de Lyon à leurs frères de l'armée 'des Alpes, du 12 juin 1793. Lyon, A^ Lmroy, 1794, in-fol. — Adresse du peuple de Lyon à la République française ( approuvée par les trente-deux sections de la ville), le 14 juin 1793. Lyon^ Fauchettx , 1793, in-8®... « La ville « de Lyon (est-îl dit dans cette adresse) proclame qu'elle est en état de résistance à l'op- «. pression ; elle appelle les assemblées primaires à délibérer sur It; salut de la République. ••

Plusieurs autres proclamations et adresses furent rédigées dans le même sens.

Extrait des registres des délibérations de la Commission populaire , républicaine et de salut public du département de Rh6ne-et-Loire , du 3 juillet 1793. Lyon , J,-V, Delaroch^ , 1793 , in-4<». (Séance du 4 juillet.)

Les représentants Biroteau et Vcnance ( de l'opinion vaincue au 31 mai ) étaient présents à la séance. Voici les résolutions qui furent prises : « Le peuple de Rb6ne-ot-Loire déclare « qu'il mourra pour le maintien d'une représentation nationale républicaine, libre et entière ; « déclare que la représentation nationale actuelle n'est ni entière ni libre ; déclare qu'il « demande la réunion, dans le plus bref délai, d'une représentation nationale libre et entière: « déclare que , jusqu'au rétablissement de son intégralité et de sa liberté , les décrets rendus *( depuis le 31 mai sont considérés comme non avenus , et qu'il va prendre des mesures « pour la sûreté générale. »

A minuit la Commission départementale se déclara permanente.

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les prisonniers du 29 mai : «Il sera sursis, dit le décret, à toute poursuite judiciaire commencée coutre eux, et les fonctionnaires publics seront responsables de toute attaque contre les prisonniers , et surtout contre Chalier >. » Mais l'administration du département refusa formellement d'obtempérer à cet ordre ; appuyé du concours d'un des girondins vaincus à Paris au 31 mai , Gilibert déclara que les poursuites judiciaires seraient continuées selon les formes légales , et que les décrets de la Convention mutilée n'étaient plus obligatoires pour les départements.

Un des prisonniers du 29 mai , traduit devant les tribunaux , avait été renvoyé absous ; son acquittement parut un acte de Êdblesse et de partialité de la part de ses juges. Ce malheureux , qui se croyait en sûreté parfaite , fut assailli dans un café , renversé , tué et mutilé de la manière la plus barbare le 27 juin. Ce crime, commis en plein jour, de sang-froid, et sans prétexte comme sans la moindre nécessité , (ait connaître le degré d'effervescence auquel les passions politiques s'étaient élevées. Ce fut le dimanche l*** juillet qu'on installa solennellement à l'Hôtelde-Ville le Conseil général, sous le titre de Commission populaire et républicaine de salut public.

Il était décidé qu'on résisterait à main armée : ce fîit Lyon qui déclara la guerre à la Convention^; la ville prit l'initiative du

1. — Décret de la Convention nationale, du 7 join 1793 , relatif aux mesnroa a prendre pour rétablir le calme el la tranquillité daus la ville de Lyon. Paris , impr, nationale , in'4*, — Décret de la Convention nationale / du SI juin 1793, relatif aux cilojreiit ineareérét k Ljfon i la suite des mouvements du i9 mai dernier. ParU , impr, dtê hiê , ttt'i". Le (Ukftsi avait été rendu sur la proposition de Lindet. Voici quel était rarticfe I*' : « f^ Conffmlttm m nationale met sous la sauvegarde de b loi et des anlorilés consfiln^s !«• iMtwjttnn UffMn h m Lyon dans les derniers troubles qui j ont eo Ueo* » '— Décret d« la VjumtitÀ'um nêêkfmnUi , du 3 juillet 1793 , portant que les dépositaires adoeb de fsioUjfîU ^M'tffwi dan* fa vi|(#r tU, Lyon répondent iiidividuelleaient , sur leurs l^l«s , d^ MUrmtfM q«î ^tfmffnt^n^ kUf. pMfUf^n aut citoyens arrêtés , détenus oo rebiés par toîle des évéMflMrta qui //«rt êm \ym Aàm t^Ui ville le 29 mai dernier. ParU, imfr. natUmàU, 1793, a» H, U^^,

S. — Prodamatbn du Comité de sûreté générale de b OmauMÎ^M p^#p«bff« , f^pt$ÏÂttmf^ et de salut public de Rbôue-et-Loire , team ao Covrité wîKlair»; , da 14 juilkt ilitl , ut$ H de la République. Lyon, A,'V. IMaroeke , 1793 , m'4'.

Le Comité invitait tous les citoyens du àè^rUmetA h se ranger »otm U?s dnptinm A»r% ^Mm' langes lyonnaises , ainsi qu'à réunir leurs edoru pour b cause de b liteflé «t àt féff^âiU et pour le triomphe de la Répui4iqae une et iodiviaible.

combat y et commit un acte flagrant d'hostilité en révisant de reconnaître la représentation nationale. Lyon aflSrmait que la Convention n'était pas libre , et qu'il agissait en vertu du droit acquis à chacun de repousser Toppression ; mais Lyon décidait dans sa propre caose. Déterminée à n'accepter ni le tribunal révolutionnaire ni le joug d'hommes sanguinaires qu'elle méprisait et redoutait , cette ville croyait qu'il y avait moins de danger pour elle à se défendre qu'à se soumettre.

A la fin de juin on commença les premiers travaux de fortifications, sous la direction d'un ancien officier fort capable, le commandant de Ghenelette; une grande partie de la population s'y portait avec un vif empressement. On avait partagé en escouades les ouvriers volontaires mêlés aux gens du métier : tout marchait avec ordre et célérité, soit dans la campagne, aux points désignés pour des retranchements , soit aux tètes des ponts et dans l'inté^ rieur de la ville. Ou répara les vieilles fortifications du mieux qu'on le put; elles n'entraient qu'indirectement dans le système de défense : l'art de la guerre avait changé. Beaucoup de travailleurs venaient des départements voisins , qui fournissaient non-seulement des hommes , mais encore de l'aident, des armes et des efiets d'équipement. Des émissaires lyonnais parcouraient les campagnes du Forez , de l'Ain , de l'Isère et de Saône-et-Loire , nouant partout d^utiles relations' . On organisa un comité des finances composé de six membres , et chargé de recevoir les dons volontaires et les contributions destinées à la caisse générale.

C'était surtout l'armée qu'il importait de créer et d'aguerrir; la garde nationale demeura ce qu'elle était , également propre à occuper les postes de l'intérieur et à combattre les troupes de la Convention. Un grand nombre de jeunes gens s'enré-

I. — Quoique le parti montagnard eût d'assez nombreux partisans dans le Forez, il y étail cependant en minorité : soutenue par les Ljronnais , l'opinion modérée avait pris l'ascendaut. Elle faillit pourtant échouer dans l'importante ville de Saint-Etienue; le maire Praire-Rojet , au moment d'être renversé, demanda du secours aux Lyonnais, qui lui envoyèrent une colonne de douze cents hommes et quatre pièces de canon. Cette petite armée partit le 1 1 juillet; le girondin proscrit, Biroteau , marchait dans ses rangs. Elle arriva, le 12 , i si destination , sans avoir renconlré de résistance sérieuse. Le maire de Saint-Etienne 6t aussitôt fermer le cUib des jacobins ; le lendemaiii Biroteau alla occuper Montbrison avec un détachement considérable. Le Forez fut d'un très utile secours aux Lyonnais.

gimeatèrent et formèrent des bataillons; ils s'exerçaient chaque jour au tir et aux manœuvres militaires : beaucoup devinrent d'excellents tirailleurs, et rendirent de grands services. Le Conseil général, présidé par Gilibert, fixa à neuf mille six cents hommes la force numérique de l'armée lyonnaise ; sept mille deux cents devaient être fournis par la ville , et deux mille quatre cents par les districts. C'était au Comité de salut public et au Comité militaire qu'appartenait la nomination des officiers supérieurs ; les autres officiers , jusqu'au grade de capitaine inclusivement , étaient élus par les bataillons et par les compagnies. On régla l'uniforme ; la cocarde et le bouton étaient répuî>licains. On créa un corps de cavalerie et une compagnie de cauonniers; dix-huit cents hommes furent casernes. Un comité militaire composé de vingt membres , dont six appartenaient a la Commission militaire, eut la direction générale de la défense. Mais quel chef donnerait-on à l'armée lyonnaise ?

Un officier supérieur du régiment de Picardie avait séjourné quelque temps à Lyon, en 1787, avec son régiment, et y avait laissé de bons souvenirs : c'était Louis-François Perrin, comte de Précy. Entré officier à l'âge de seize ans , en 1758 , dans le régiment de Picardie dont son oncle était colonel, il avait fait avec distinction la guerre de sept ans et une campagne en Corse , sans cependant parvenir à un grade élevé. Quand la révolution éclata , il devint lieutenant-colonel de la garde constitutionnelle de Louis XVI, et se dévoua de cœur à l'infortuné monarque. Ce fat lui qui rallia les royalistes au 10 août; il avait sollicité avec les plus vives instances l'autorisation de combattre dans les rangs des Suisses. Louis XVI ,* au moment de se rendre à l'Assemblée législative , aperçut à ses côtés son loyal serviteur , et ne put retenir ce cri : « Ah! fidèle Précy! » Après le 21 janvier , Précy se retira dans une petite propriété qu'il possédait à Semur : c'est là qu'il reçut la députation des Lyonnais , chargée de lui offrir le commandement de l'armée ; il accepta sans hésitation. On l'avait choisi, quoique royaliste , en considération de sa carrière militaire et de la noble fermeté de son caractère. Attaché de cœur à la cause de la monarchie déchue , et inébranlable dans ses opinions, Précy prit cependant sans aucune difficulté la cocarde tricolore , tint dans toutes les occasions qui le deman-

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daient un langage républicain, et se mit volontiers au service d'une ville qui ne partageait nullement ses sympathies politiques. Avait-il l'arrière -pensée que Lyon entrerait, par la force des choses, dans le mouvement contre -révolutionnaire, et que sa défense, si elle était heureuse, serait un grand pas vers la restauration de l'ancien gouvernement monarchique ? Si tels étaient ses sentiments , il eut soin de les cacher , et combattit loyale- Ynent sous le drapeau qu'on lui avait confié. Il avait beaucoup de bravoure, une grande activité, une santé robuste, et un sang-froid imperturbable dans le danger. Militaire fort expérimenté, Précy ne montra pas cependant une capacité supérieure dans ses fonctions de général; il n'était nullement, du reste, un homme politique , et n'eut jamais beaucoup d'influence sur les comités. Dans de telles conjonctures la lutte ne pouvait tarder à s'engager , et ce n'était pas de trop de longanimité qu'on devait accuser la représentation nationale. Gouthon rendit compte , le 12 juillet, à la Convention, de la situation de Lyon; il dénonça la formation, dans cette ville, d'un congrès départemental en révolte ouverte non-seulement contre l'assemblée , mais encore contre la souveraineté du peuple. Ses conclusions furent adoptées: la Convention proclama les habitants de la ville de Lyon en état de rébellion contre l'autorité légitime , déclara traîtres à la patrie le représentant du peuple Biroteau , ainsi que tous les administrateurs ou fonctionnaires qui avaient favorisé l'organisation du congrès fédératif, décréta la confiscation de leurs biens , et ordonna aux habitants de la ville de la quitter sous trois jours s'ils ne voulaient être traités comme des rebelles '. Au comment cément de la séance, Barrèi'e avait communiqué à la Convention une lettre du maître de poste de Lyon , qui annonçait la saisie dans ses bureaux, par l'ordre des autorités lyonnaises , de tous les imprimés qu'avait envoyés la Convention nationale. Le 14

I. —Gazette nationale, ou le Moniteur universel; 1793, ii'' 194, p 838; et u» 196, |). 845. — Décret relatif à la conspiration qui a éclaté dans la ville de Lyon , et qui condamne Kirotcau , ci-devaul membre de la Convention nationale , les administra leurs , ofliciers municipaux , fonctionnaires publics et officiers civils et militaires qui ont convoqué le congrès départemental , traîtres à la patrie , et met Biroteau hors la loi. Fille franche , imprimerie de Pinet, !79ri , in-4*».

JUG. DE CUALIER; an II 1)E LA RÉP. (1793). XVIII® SIÈCLE. 955

juillet, cette Assemblée rendit un décret qui autorisait les représentants du peuple auprès de Tarniée des Alpes à requérir une force armée pour faire régner l'ordre dans la ville de Lyon. Ce jour-là même, une brillante fête civique était célébrée sur la place de la Fédération : tous les corps constitués se placèrent sur un amphithéâtre orné de devises républicaines ; les soldats de l'armée lyonnaise prêtèrent serment d'obéissance aux arrêtés de la Commission de salut public au bruit répété de salves d'artillerie , et Perrin-Précy fut proclamé général de la force départementale, aux cris de «vive la République ! » accompagnés d'un roulement de tambours. Des danses eurent lieu toute la journée autour des arbres de la hberté K GiUbert , président de l'Assemblée départementale , prononça , dans cette solennité , un discours dont Fénergie fut remarquée. -

S VI. Pendant que la résistance s'organisait , le jugement de Chalier n'était point perdu de vue ; quand l'instruction de ce procès célèbre fut terminée , les débats s'ouvrirent , et l'accusé fiit amené le 15 juillet devant le tribunal criminel.

Chalier était convaincu qu'on n'oserait jamais le mettre en jugement, et que, dans tous les cas, il était sous la protection du décret formel de la Convention en sa faveur. Cependant la prolongation de sa captivité et des cris de mort qui parvinrent jusqu'à son oreille lui donnèrent quelque inquiétude ; il reçut sans émotion l'ordre de comparaître devant ses juges. Sa défense présentait beaucoup de difficultés; tous les avocats, tous les procureurs refusèrent de s'en charger. Un ami de Chalier , Bemascon , détermina l'avoué Moulin à Taccepter. Le tribunal était composé ainsi : Jean-Bemard-François Cozon, présidenl; J.-B.-Pierre Régnier , François-Marie Maret , Barthélemi-Antoine Pourret , juges; l'accusateur public, et les jurés. Une immense multitude

I. — Relation de la fête civique qui a eu lieu à Lyon le 14 juillet 1793 , Tan II de la République française. Lyon, A, -F, Dclaroche , 1793, in-4°. (Réimprimée en 1847 par P.-M. Gooon dans Lyon en 1793, p. 17.)

S. — Discours prononcé par le citoyen Gilibert le jour de la fête civique du 1 4 juillet 1793. Lyon , jé.-V, Delaroche , 1793 , in-4<». — Lettre de Lamourelte, évéque du départemeotde Rhôoe-et-Loire , du 14 juillet 1793. Lyon, ^.-f. Delarodte, 1793, in-4^

956 XVIIl* SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE.

encombrait la salle du tribunal et toutes ses avenues : elle manitestait des dispositions hostiles a laccusé. Chalier parut; son visage était pâle , sa contenance calme^ son maintien convenable. On entendit soixante témoins à charge , et un seul à décharge. * Le ministère public prit la parole ; voici quelle fut la substance de son accusation ^ résumée en douze chefs : on. avait formé le complot d'égorger un grand nombre de citoyens ; il avait été discuté et adopté dans une assemblée secrète tenue le 6 février. La guillotine devait être placée sur le pont Morand , sous la protection de pièces de canon placées aux deux extrémités du pont. Chalier était convaincu d'avoir été un des che& de ce complot , d'avoir cherché à le fidre revivre sous le titre de tribunal révolu* lionnaire , d'avoir poussé au meurtre de ceux qu'il désignait sous les noms d'aristocrates, dcfeuillantins, de modérés, d'égoïstes, d'agioteurs, d'usuriers et d'accapareurs ; d'avoir dit, dans l'assemblée du club des jacobins du 29 mai , qu'il ÊiUait faire un faisceau des présidents et des secrétaires des sections , leur trancher la tète et se laver les mains dans leur sang ; d'avoir ajouté qu'il fallait aussi guillotiner les administrateurs du département; Chalier enfin avait été un des instigateurs de la journée du 29 mai, funeste à un si grand nombre de citoyens. Ce discours excita une sensation profonde dans l'auditoire, dont les sentiments d'horreur et d'indignation se décelèrent par un long frémissement. Le défenseur Moulin, ému, mais non intimidé , par les manifestations de l'assemblée, prit la parole. Discutant d'abord sur le premier chef d'accusation , ce qui s'était passé dans la séance du club central

I. — PeiKlaot rîDslruction Hu procès , parut l'ouvrage suivant (attribué h Chassaignon ) : M offrande à Chalier , ou Idées vraies et philosophiques , tracées à la bÂtc cl offertes k son défenseur officieux par un homme libre et un ami des hommes , » avec cette éfiigraphe :

Dans Chalier magistrat, je yîs une panthère; J'appelai sur son Tront les flèches du tonnerre ,

Et des lois le glaive vengeur.

Chalier « chargé de fers , eat devenu mon frère. Non , ciel ! en exécrant son àme sanguinaire , Je ne puis lui fermer mon cœur.

( Sans nom dit ville) 1793 , du 29 mai au 14 juillet ; in-8'' ( réimpr. a la suite des Mémoires de l'abbé Aimé Guillon).

Cet ouvrage est écrit en stjle d'illumiué ; il est précédé par une courte introduction, intitulée le Génie intélaire dt la patrie à V Homme libre . cl sicnée : h prophète KUe.

Icnue le 6 février, il ne nia pas que le secret eût été demandé et imposé sous peine de mort : <c On proposa quelques mesures, « dit-il; Ghalier n'entendit autre chose, si ce n*est qu'on parla « de nommer des citoyens dans chaque section pour composer « un tribunal populaire. Pour procéder à la composition de ce «< tribunal , rassemblée ordonna que dans Tinteryalle personne u n'entrerait. La porte fut fermée, et la clef portée au président;

«< Ghalier se tint à la seconde porte extérieure.. Il n a pas

« dissimulé, dans ses réponses, qu'il avait entendu qu'on voulait M composer un tribunal populaire , mais il affirme qu'il n'a pas « ouï les propositions affireusement sanguinaires dont tout Lyon « s'est entretenu; il est possible cependant qu'elles aient été « faites. A l'égard de l'établissement du tribunal populaire , si « c'e9t un crime, c'est celui de l'assemblée de toutes les sections « représentées par leurs commissaires, mais ce n'est pas le crime a de Ghalier. » Onuphre Moulin expliqua et ne nia pas ces paroles de Ghalier : « Jurons de purger la terre de tous ceux qui « n'ont encore donné aucune marque de civisme...; » et l'atroce serment des trois cents républicains. « Gette affiche, dit-il, fut <i mise pour faire trembler les malveillants, les ennemis de Pince térieur, les vrais agitateurs. Elle produisit le plus heureux « effet. M Ghalier n'avait point dressé des listes de suspects; il s'était borné à les transcrire. Après avoir tenté de prouver que l'accusé n'avait pris aucune part personnelle et directe à la journée du 29 mai , le défenseur terminait ainsi : » Je vous le dis hautece ment, citoyens , Ghalier ne mérite point la mort, il ne l'a u donnée à personne; il n'a point trempé ses mains dans le sang; M il n'est pas coupable d'attroupement, ni d'avoir provoqué au a meurtre; il est constant qu'il n'a point paru ni contribué à la n journée du 29 mai. Les deux témoins qui ont déposé avoir cru te l'avoir aperçu dans l'Hôtel -Gommun ne sont pas des preuves « entières, et il en faut; ces deux témoins sont démentis par « quatre autres , qui ont affirmé avoir vu Ghalier toute l'après- « midi chez lui. Ghalier s'est montré l'ami de la Révolution ; «c depuis trente -deux ans il habite parmi vous, et vous lui <t avez toujours connu des vertus , et vous lui avez donné en M vingt occasions un éclatant témoignage de votre vive satisfhcc< tion , en le nommant à presque toutes les places de la seconde

958 XVlll^ SIÈCLE. — EXÉCUTION DE GHALIER.

(c ville de Fempire '. » Ghalier prit la parole à son tour : il dit qu'il s'en référait aux moyens que venait de développer son défenseur; qu'il insistait sur les récusations demandées, parce que les hommes qu'elles concernaient, ayant lu leurs noms sur les listes de proscription qu'on lui attribuait, devaient nécessairement le traiter en ennemi ; qu'enfin , il était couvert par le décret de la. Convention. Interrompu à plusieurs reprises par des huées et par des cris d'indignation , Ghalier conserva son sang-froid et sa présence d'esprit : « Je parle, dit-il, devant des juges, ou dec< vant des bourreaux. Si je suis devant des juges incapables de c< céder à des ressentiments particuliers , à des préventions ce locales, à des sentiments de haine ou de vengeance, ainsi « qu'à l'esprit de parti qui se manifeste si ouvertement contre « moi , je me jette dans leurs bras en réclamant justice et proie tection. » Le tribunal n'accepta ni les récusations, ni les moyens d'incompétence, et passa outre pour juger au fond. Cozon résuma l'accusation en douze chefs, sur lesquels les jurés furent appelés à statuer. On conduisit Ghalier dans une pièce voisine ; il était accablé de fatigue , et s'endormit d'un sommeil profond. Âpres huit heures de délibération, les jurés déclarèrent l'accusé coupable sur tous les chefs. Gette séance avait duré vingt heures.

On alla réveiller Ghalier pour qu'il entendit sa sentence ; elle fut prononcée le 16 juillet, à quatre heures du matin. Le condamné prit aussitôt la parole , et parla avec véhémence contre ses juges qu'il traita de bourreaux. Il dit qu'il ne craignait pas la mort, qu'il serait vengé, et demanda à voir sa gouvernante , un ami et un confesseur. Ramené dans son cachot , il écrivit une note par laquelle il invitait son défenseur Moulin à faire imprimer, avec son plaidoyer, le discours improvisé par lui Ghalier, et à publier, en même temps, les noms des juges et des jurés. Le tribunal avait accordé à Ghalier ce qu'il désirait : le condamné vit sa gouvernante, ainsi que son défenseur Moulin; Tun et l'autre étaient en pleurs : Ghaher les consolait, et les invitait à la résignation et au courage. Quand il aperçut son confesseur ( c'était un prêtre constitutionnel, vicaire de l'église métropolitaine,

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