LYON PENDANT LE SIÈGE
(du 8 AOUT AU 9 OCTOBRB 1793.)
S 1. Sitattion de Lyon , reUtifement à la ConTeotion. — §1. Position critique de la ConTention ; premières mesures prises par l'Assemblée contre la ville rebelle; eréation du département de la Loire. — %Z. Moyens de défense des Lyonnais. — $4. Moyens d'attaque de la ConTention. — § tf. Kellermann sous les murs de Lyon; sa proclamation aux Lyonnais; commencement des hostilités. — $ 6. Bombardement de la Tille. — S 7. Situation des assiégés pendant le mois de septembre ; attaque générale le 19. — % 8. Dernières i prises par Coulhon pour s'emparer de la ville. — $ 9. Sortie du général de Précy.
§ I. Avant de commencer le récit du siège de Lyon, peut-être est-ii convenable d'étudier cette question préliminaire de quelque
i. — Ou a dit ailleurs que, en vertu d'un décret de la Conveoliou , la seooudeaonée de la République une et indivisible avait commencé le Si septembre 1793; ces temps soot déjà si loin de nous , qu'il est peut-être utile , pour l'intelligence de celte histoire , de faire connaUre sommairement le calendrier républicain. Chaque mois, composé de trente jours, était partagé en trois décades , chacune de dix jours , nommés primidi , duodi , tridî , etc. Nommés d'abord complémentaires, les cinq jours restants furent appelés ensuite saus-culotides ; la sixième sans-culotide était le jour bissextilaire. On avait consacré les jours saus-culotides aux fêtes de la vertu , du génie , du travail , de l'opinion , des récompenses , etc.
Voici les noms républicains des mois : janvier, nivôse ; février , ventôse ; mars , pluviôse ; avril , germinal ; mai , floréal ; juin , prairial ; juillet , thermidor ; août , messidor ; septembre, fructidor ; octobre , vendémiaire ; novembre , brumaire ; décembre , frimaire.
Dans le calendrier républicain de 1793, les noms de saints soot remplacés par ceux d'hommes célèbres ou par l'indicaliou, soit d'une découverte , soit, d'un fait mémorable. Voici
SIÈGE DE LYON; AN 11 DE LA RÉP. (1793). XVlll* SIÈCLE. 965
importance : pour quel intérêt politique les Lyonnais Font-ils soutenu? quel fut leur drapeau.^ celui de la royauté, celui de
quelquet-unes rie ces clésignaiions : 1*' jonvier, découverte de l'impriroerie ; S janvier, «lécret sur les matières criminelles ; 3 janvier , Cicéron , martyr ; A , Achille Harlaj ; 5 . Malhiea MoIé ; 6, Ulric Hubert i 7 , Confucius ; 8, Yves, curé; 9, Montesquieu; 10, Pylhagore. te calendrier de 1794 remplace les nomade saints par des noms de végétaux ou d'initruments agricoles. Voici la première décade : primîdi (dimanche 22 septembre I79S), raisin; duodi ( lundi 23 ) , safran ; tridi , châtaignes ; quartidi , colchique; quinUdi , cheval ; sextidî , baUamine ; seplidi , carottes ; oclidi , amaranlhe ; nonidi , panais ; décadi , cuve. Quelques calendriers curieux parurent i Ljon pour Tan II de la République ; en voici l'indicatioo : Nouveau Calen<lrier pour la Il« année de la République française , une et démocratique, rillê'jéffranchie , Toumachon-Holin , in-18. — Calendrier républicain , rédigé d'après les décrets de la Convention nationale , avec les mois et jours correspondants ii l'ancien calendrier , et les décrets sur l'ère des Français , ceux rendus sur Ville-Affranchie , etc. Comwmm9',4 franchie , de Vimprimêriê répnbUcaime , place Saint-Jean , in-lf. —Calendrier français pour la seconde année de la République. Commune -j^ffranchie , chez le satU' entoite l>eitefanùs , aux Hallei de la Grenette , in- 12. Il est terminé par des chansons républicaines ; la première , intitulée la Gamelle^ commence ainsi :
Satei-votu povrqaoi, met amU, Nous soamti ions il réjonb?...
Voici les premiers vers de la seconde :
Vitentles braves nonugnardi , Ces soatieni de la République !...
La troisième est l'hymne patriotique : « Veillons au salut de l'empire. >• La quatrième est iine romance adressée au peuple français , sur l'air de Pauvre Jacqnes»
Nouveau Calendrier républicain pour la II« année de la République française , une , indivisible et démocratique. VHh-jfffranchie, de Vimpr. de L. Cvtty , in- 12 allongé. Il commence par les dix commandements républicains :
Français, ton pays défendras.
Afin de ? ivra longuement ; Tous les tyrans tu pounnirras Jusqu'au-delà de l'Indostan.
Voici 1<! dernier commandement :
Le bien des fuyards verseras Sur le sans-culotte indigent*
Calendrier de la République française , etc. , imprimé par ordre de la Convention nationale et sur l'imprimé de Paris. ^ Commune- affranchie , de f imprimerie républicaine dei repréeemtanU du peupU , place du Temple de la Raison , in-8o. — Calendrier républicain pour la inritième année de la République. Commitne- affranchie , de l'imprimerie ripMkainwt place dm Temple de la Baieon, On voit en regard du titre de ce calendrier une figare allégoriqae de b Liltcrté , au-dessous de laquelle sont des vers qui commencent ainsi :
Ah ! ça ira , ça ira , ça ira ,
Ils sont tons unis, les bons patriotes...
A la fin e«t un cadran gravé qui donne le rapport des nouvelles heures avec les anciennes , adopté par b Convention nationale.
966 WllI^ SIÈCLE. SIEGE DE LYON.
ropinion républicaine yaincue à Paris au 31 mai , ou celui des départements méridionaux coalisés en fédération?
Ce qu'on sait déjà de la lutte des partis à Lyon , depuis i 787 , laisse peu de doute sur les véritables sentiments de la très grande majorité des Lyonnais au mois d'août 1793, lorsque le siège de leur ville, par l'armée de la Convention, devint inévitable. Mais, sous la Restauration , une singulière opinion prit beaucoup de crédit : selon elle, Lyon s'était armé pour la cause de la monarchie déchue; Lyon voulait une contre-révolution dans l'intérêt de la royauté ; Lyon , semblable à la Vendée , avait soutenu une guerre à outrance avec la Convention pour relever le trône et l'autel.
Tels furent , en efiet , les griefs ou les prétextes de la Convention ; elle présenta Lyon comme une ville contre-révolutionnaire, entièrement engagée dans l'intérêt monarchique, et les soldats de l'armée qu'elle lança contre cette ville adoptèrent cette opinion. Pour eux, ces Lyonnais qui leur faisaient une si rude guerre, ces muscadins qui se battaient si bien, étaient des royalistes. Cette accusation n'était pas entièrement dénuée de vraisemblance : quel général avaient choisi les corps administratifs de Lyon ? Perrin de Précy , un des hommes les plus connus par leur dévouement sans réserve à la monarchie. Plusieurs de ses officiers supérieurs partageaient ses sentiments; quelques agents des princes étaient entrés en communication avec lui; enfin, un certain nombre de royahstes s'étaient enrôlés sous ses drapeaux , et correspondaient avec les émigrés de l'armée du Rhin.
Ces faits sont vrais, mais on ne saurait en déduire la conclusion que la majorité des Lyonnais n'était pas républicaine. Je l'ai dit déjà , Précy fut mis à leur tête, quoique royaliste : la bonne réputation qu'il avait laissée à Lyon comme militaire , la fermeté connue de son caractère, et peut-être encore ses relations avec quelques membres influents de la Commission départementale » telles furent les causes de sa nomination. Ce général n'exerça aucune influence poh tique; il prit la cocarde tricolore, prêta serment à la République , et parla le langage républicain dans toutes les circonstances qui le demandèrent : s'il fit quelques tentatives en faveur de la cocarde blanche , ce qui^ n'est pas prouvé , elles ne firent aucune sensation. Que Précy fût au fond royaliste très prononcé , c'est ce qu'on ne saurait nier ; mais ce
AN II DE RÉPUBLIQUE (1793). Xyili* SIECLE. 907
qui n'est pas moins évident , c'est que le général avait loyalement accepté le commandement d'une armée républicaine, et que rarrière -pensée qu'il nourrissait, sans doute, n'eut aucune influence sur sa conduite militaire. Quant aux Lyonnais , tous leurs actes annoncent qu'ils étaient sincèrement dévoués à la République ; ils voulaient aussi la liberté et l'égalité , mais avec le règne de la loi. On ne trouve nulles traces de royalisme , ni parmi les ouvriers , ni parmi les classes moyennes : il faut, pour en rencontrer, les rechercher dans les classes supérieures ; encore sont-elles peu sensibles , et limitées à quelques individus dont l'opinion n'engage pas celle de l'inmiense majorité des citoyens. Depuis le mois de mai , époque de la scission de la ville avec la Convention, jusqu'à la fin du siège, les corps administratifs, expression légale de la cité , publièrent un très grand nombre de proclamations et d'adresses. Toutes, sans exception, tiennent le même langage ; toutes protestent de l'inébranlable dévouement des Lyonnais pour la République une et indivisible : qu'elle soit destinée aux citoyens du département , à la Convention , aux soldats des armées , c'est toujours la même profession de foi. Parmi vingt pièces officielles que Je pourrais citer, celle-ci mérite d'être connue; elle parut le 31 juillet. La Commission populxure républicaine et de salut public de Rhône -et- Loire s'adresse aux gardes nationales requises de marcher contre Lyon, et leur dit :
« Citoyens soldats , on nous accuse d'être rebelles ! mais on <t ne voit flotter chez nous que les drapeaux tricolores : la cocarde M blanche , symbole de la rébellion , n'a Jamais paru dans nos « murs. Nous des rebelles! mais qu'on nous cite les lois générales « que nous ayons méprisées, les trophées de la liberté que nous « ayons abattus.
« Ou nous accuse de royalisme : quelle imposture! Les cris « de « vive la République! » se font entendre ici de toutes parts. « Par un mouvement spontané , nous avons tous prêté le serment «« de courir sur quiconque proposerait un roi, un dictateur, «c des triumvirs. Nous défions qu'on trouve sur nos monuments « publics aucun attribut de royauté. Dans nos assemblées prinous avons examiné et reçu avec empressement la
968 XVlll^ SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE.
ce constitutioa républicaine qu'on nous offire. Nous avons juré « plusieurs fois de maintenir la République une et indivisible, ce Enfin, on nous taxe de fédéralisme. Frères et amis, cette « espèce de gouvernement nous révolte. Si nous avons rompu c( quelques jours avec la Convention nationale , à la moindre M apparence d'intégralité, nous nous sommes ralliés autour d'elle,
M comme centre d'action. Frères et amis , si tant de vérités
u ne vous frappent pas, soyez du moins sensibles aux cris de u l'humanité. Quand on Êdt mordre la poussière à un brigand de c< l'Autriche , à la vue des attributs de l'esclavage , le sang de « l'homme libre bouillonne , il frémit d'horreur. Mais à l'om- <c bre des drapeaux tricolores , en voyant nos symboles de la « liberté , en entendant i^os accents républicains , oseriez-vous « lancer un plomb meurtrier? Non, citoyens; un frère n'aime « que les embrassements de son frère..... Nous portons l'olivier <c de la paix , et des armes : l'olivier sera offert à tous les vrais <c républicains; nos armes nous serviront de défense contre « quiconque voudrait nous asservir, >»
Ce langage est formel. Louis XVI est qualifié de tyran dans plusieurs des arrêtés de l'administration postérieure au 29 mai , et dont quelques-uns prononcent des peines sévères contre tout individu qui serait trouvé détenteur d'emblèmes de la royauté. Les fêtes républicaines furent célébrées avec empressement, même pendant le siège , et nulle part le serment civique n'était prêté avec autant d'enthousiasme (ju'à Lyon. Même pendant le siège encore , les prêtres réfractaires étaient poursuivis par la vindicte publique et obligés de se cacher; ils avaient sans doute grand nombre d'adhérents , leur opinion religieuse rencontrait beaucoup de sympathie, mais Lyon n'en mettait pas moins à exécution le décret de la Convention qui les concernait. Précy, je le répète , porta la cocarde tricolore , il prêta serment à la République , et commanda une armée républicaine pour le service de Lyon républicain. *
Mais, après avoir établi ce fait historique, il convient de faire une observation : Lyon haïssait et redoutait les doctrines sangui-
1 . — Peodanl le siège , des statues tie la Liberté et de l'Egalité , exécutées en plâtre avec beaucoup de taleot par Chiuard , furent placées sur la façade de rHùlel-de-Ville.
AN 11 DE LA RÉPUBUQUE (1798). — XVlll** SIÈCLE. 969
naires de Chalier et des montagnards de la Convention encore plus qu'il n'aimait la République , et , plutôt que d'accepter leur joug fiJ>horré , il aurait dérivé insensiblement jusqu'au royalisme Si le siège eût été levé, si les Lyonnais s'étaient réunis aux habitants de Marseille , de Toulon et de Bordeaux , vainqueurs de leur côté, il est fort probable que le mouvement contre-révolutionnaire aurait fini par prendre , avec le temps , une couleur monarchique. Lyon s'était mis en insurrection ouverte contre la Convention, assemblée nationale qui représentait légalement la France républicaine; sa cause et celle de la monarchie marchaient parallèlement en se rapprochant l'une de l'autre , et se seraient nécessairement confondues dans un temps donné. >
$ n. La situation de la Convention au moment où Lyon proclama sa volonté de résister à l'oppression par les armes , n'est pas moins digne de remarque : elle était extrêmement critique. Ce n'était point un mouvement isolé que l'insurrection de Lyon ; soixante départements faisaient cause commune avec celui de Rhône-et-Loire , et tendaient à s'agglomérer. Tout le Calvados était en rébellion flagrante, et l'incendie se propageait avec célérité : Toulouse , Nimes , Montauban s'étaient aussi révoltés contre le joug des montagnards, et tout l'Ouest était eu feu. Armés ouvertement pour la cause de la monarchie et de la religion , les Vendéens s'étaient levés contre l'oppression comme un peuple de géants; des paysans sans discipline, mais dévoués , braves et bien commandés , avaient remporté d'éclatantes victoires sur les troupes de la Convention : Stofflet , Cathelineau , Charettc , Lescure , La Rochejacquclein , Bonchamp , généraux improvisés , révélaient leurs noms, jusque-là peu connus, par les batailles qu'ils gagnaient sans canons et quelquefois sans fusils sur les armées dé la République. Au Midi , les Marseillais liaient leurs mouvements avec les insurgés du Gard , et Toulon se livrait aux Anglais. Lyon , levant au centre l'étendard de la résistance, jetait dans la balance un poids considérable, et, par le fait de sa position géographique , se mettait à la tête de la
1. — Nous verrons les Lyonnais poussés au royalisuio , après le siégi' * parles atroces employées contre eux pour les punir d'une opinion qu'ils n'ataienl pas encore.
970 XVlli® SIÉCLK. — SIÈGE DE LYON.
fédération conlre-réyolutioimaire. C'est sur cette ville que marchaîeut les révoltés du cours supérieur du Rhône ; si la jonction se faisait, Paris était sérieusement menacé : ainsi, près des deux tiers de la France échappaient à la Convention.
A l'extérieur , mêmes dangers : vers l'Est il n'y a rien à craindre, pour le moment du moins ; la Suisse est neutre, elle redoute la Convention et la contagion des passions révolutionnaires qui déjà travaillent et menacent sa partie française. Mais la Sardaigne est inquiétante : on voit percer un esprit évident d'hostilité au travers des irrésolutions de la cour de Turin ; elle fait des préparatifs militaires, et , s'il faut ajouter foi aux royalistes , soixante mille soldats sardes se disposent à donner la main aux Lyonnais par Cluimbéry et les vallées latérales. Jamais le langage des émigrés n'a été plus confiant; jamais les émissaires des princes n'ont prodigué plus de promesses et travaillé avec plus d'activité à la contre-révolution. Battues au Nord et aux Pyrénées , les armées républicaines , après la défection de Dumouriez , sont entièrement démoralisées; elles n'ont confiance ni dans leurs généraux ni en elles-mêmes. Mayence a capitulé , les frontières sont entamées.
Et cependant la Convention n'a pas désespéré un instant de son salut ; elle a une grande force de volonté , un plan d'attaque bien conçu et une excellente position centrale , tandis que ses ennemis , à l'extérieur comme à l'intérieur, agissent séparément , les uns après les autres , sans tactique , sans aucune vue d'ensemble. La seconde coalition est bien autrement formidable que la première; l'Angleterre, l'Espagne, la Sardaigne, Naples, le Saint-Siège , toute la Confédération germanique en font partie. Aux Alpes sont quarante-cinq mille Autrichiens ; aux Pyrénées , cinquante mille Espagnols; en Belgique et sur le Bas-Rhin , cent dix mille Anglo-Bataves; entre la Meuse et la Moselle trentetrois mille Autrichiens , et cent mille Autrichiens et Prussiens sur le Haut -Rhin. Mais, commandées pour la plupart par des généraux inhabiles , ces armées ne marchent pas de concert , ne lient point leurs opérations, et ne savent pas profiter de leurs premiers avantages. La Convention aura le temps de faire face à tous les périls.
Ce qui lui importait d'abord , c'était d'isoler les Lyonnais des
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). — XVIll* SIÈCLE. 971
insurgés du Midi : Dubois-Crancé et Gartaux , suivis de quatre mille hommes d'infanterie et de la légion des AUobroges, se hâtent d'occuper le cours du Rhône supérieur; ils interceptent toute communication entre les Marseillais et les Lyonnais , mettent les Nimois en déroute, et s'emparent du Pont Saint-Esprit. Gartaux franchit la Durance ; son avant-garde , commandée par Doppet , bat les Marseillais dont une partie passe sous ses drapeaux ; les gorges de Septèmes sont forcées. Aucun secours ne viendra aux Lyonnais du côté du Midi; ils ne doivent rien attendre des départements fédérés, assez occupés du soin de se défendre euxmêmes. La Vendée poursuit à l'Ouest sa marche triomphante , mais elle ne sera pas toujours combattue par des généraux ineptes; Nantes lui résistera, et le temps de ses immenses désastres est proche. Grenoble, qui avait promis son concours, n'a pu tenir parole ; Dubois-Grancé a dénoncé aux sociétés populaires les sections de cette ville , dont il se défiait avec raison, et il a été assez habile pom* faire élire une municipalité montagnarde. Ainsi, point de secours à espérer du côté de l'Isère; le département de Saône - et - Loire , loin d'être un point d'appui pour Lyon, manifeste un esprit hostile, et les dispositions du département de l'Ain ne sont pas plus rassurantes.
Restent le côté de l'Est et l'armée sarde , mais elle ne s'est pas mise encore en mouvement; l'armée française des Alpes l'observe , et Kellermann aura sans doute le temps de lui barrer le passage.
Ainsi , les Lyonnais n'ont rien à espérer que d'eux - mêmes. Quels sont leurs moyens de défense, comparés aux moyens d'attaque ?
§ m. Les moyens de défense que Lyon possédait étaient de divers ordres: je comprendrai dans leur appréciation la situation topographique de cette ville au point de vue militaire ; l'armée , composée des volontaires lyonnais , et des gardes nationales des campagnes voisines; les fortifications, redoutes et retranchements.
U a été déjà question plusieurs fois, dans ce livre, des avantages de la situation topographique de Lyon au point de vue commercial; je les ai énumérés surtout dans l'histoire de l'insti-
972 XVill*' SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE.
Uition des foires '. Au point de vue militaire d^autres considérations se présentent, et doivent être étudiées avec attention.
Les bassins du Rhône et de la Saône sont séparés du reste de la France par une lon^e chaîne dont les Vosges forment Textrémité au Nord , et qui se rattache aux Gévennes par la montagne du Four. Â TEst sont le Jura et les Alpes , défense naturelle qu'appuie une ligne de places fortes du Rhin a la frontière maritime , depuis Relfort jusqu'à Ântibes. Chef-lieu de cette portion isolée du territoire , Lyon est le noeud des communications du pays avec la Suisse , la Savoie et l'Italie; les deux grands cours d'eau qui le baignent sont des voies militaires toujours ouvertes pour ses relations avec le Maçonnais et la Rourgogne , d'une part, et d'autre part, avec le Dauphiné, la Provence , le Languedoc et la mer -. Au moment du siège , les Lyonnais , réduits à leurs seules ressources , perdaient en très grande partie les avantages de la situation topographique de leur cité : on l'a vu, maîtres du cours supérieur du Rhône, Gartaux et Doppet interceptaient la communication avec Valence , Avignon et Marseille ; très influent dans le département de Saône-et-Loire , le représentant Reverchon s'était emparé de la navigation de la Saône depuis Gray jusqu'à Relleville. L'Ouest était libre pour les communications avec le Forez, et c'était de l'Est que Lyon attendait le concours, impatiemment désiré^ de l'armée sarde. Les Lyonnais ne pouvaient point reculer leur ligne de défense à plus de cinq ou six kilomètres des murailles , encore n'était-ce pas sur tous les points : ils ne devaient donc mettre à profit que les accidents du terrain qui se rencontrent dans cette étroite circonscription. Dès -lors, non - seulement l'armée de la Convention pouvait les serrer de très près sans rencontrer aucun obstacle , mais encore elle disposait du concours des masses de gardes nationales que les représentants du peuple mettaient en réqui-
1 . — Page 536 (XV« siècle). Je nn sais s'il est indispensable de relever ici une inexactitude qui a été commise daos ce chapitre : co n*est pas Lyon , c*est le Lyonnais qui n'est séparé de la Loire , à l'Ouost , du côté de Saiiit-Sympliorien-'ic-Clià(eau , que par la faible distance de quelques licnes. Lyon est à soixanleHlix kilomètres de la Loire ; mais l'ancien Lyonnais louchait presque au fleuve.
2. — L'im|iortance militaire de la ville de Lyon sera indiquée, avec plus de détails, au chapitre sur les fortifications actuelles.
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (4793\ Xyill"^ SIKGLK. 97ÎV
sition dans toutes ]es provinces voisines , et précipitaient sur Lyon comme une avalanche.
Située au pied de deux chaînes de collines , la ville est dominée à rOuest par le plateau de Fourvicre , d'un accès facile pour une armée ennemie marchant dans cette direction ; au Nord , par le large massif de la Croix-Rousse, dont les versants commandent par Cuire la Saône , et le Rhôûe par M onlessuy. Un autre plateau, prolongement de la longue chaîne du Mont'd'Or, finit au château de la Duchère , colline élevée qui défend le faubourg de Vaise placé au fond du bassin. Â quelque distance de ces points culminants sont , au Nord , la route de Paris et la montagne de Ldmonest; au Midi, les collines d'Oullins et de Saint- Genis , entrecoupées de ravins profonds ; à l'Ouest , les hauteurs de Sainte-Foy ; et au Nord-Ouest , la route de M ontbrison sur un sol qui s'élève progressivement du pont d'Âlaï jusqu'à Duetne; à llSst , les plaines ouvertes des Broteaux et du Dauphiné qui regardent en face les quais Saint-Clair , de Retz , de l'Hôtel-Dieu et de la Charité, dans toute la longueur de la presqu'île de Perrache. Cette indication topographique donne la situation nécessaire des armées assiégante et assiégée. Renfermés dans un rayon étroit, les Lyonnais devaient établir leurs points principaux de résistance à la Duchère, àGrézieu, au pont d'Oullins, à Cuire, à Fourvière , à Sainte-Foy et à la tête du pont du Rhône , et c'est ce qu'ils firent en effet. Appelées sur les points qui dominaient la ville et maîtrisaient le cours du Rhône et de la Saône , les troupes de la Convention occupèrent les hauteurs de Limonest , du grand Sainte - Foy et de Montessuy , sans négliger cependant les autres points. La colline escarpée et très accidentée de Fourvière était un excellent moyen de défense ; aussi les Lyonnais en tirèrent-ils un très grand parti.
Leur armée se composait de huit mille hommes d'infanterie , d*un très petit corps de cavalerie et d'une compagnie de canonniers ' ; des gardes nationaux peu nombreux occupaient les postes de l'intérieur et faisaient le service de la place. Il y avait quelques anciens militaires et des sous - officiers expérimentés dans la
I. — La garde nalionale de Lyon fournie sepl millo deux cents hommes , et celle des autres districts , deux mille quatre cents.
plupart des bataillons ; les comiiinnes voisines avaient fourni un certain nombre de volontaires : toutes ces forces réunies ne donnaient pas un chiffre de dix mille combattants. U n*y avait point de troupes régulières. Disséminée sur une multitude de points, cette petite armée devait être bientôt excédée de fiitigues; mais son moral était excellent ^ Derrière elle se trouvait une population considérable, dont les divers éléments s^unissaient dans un même sentiment de patriotisme et de haine contre la Convention : il n'y avait pas de recrutement possible pour elle ; toutes les campagnes furent bientôt occupées par Fennemi. Ni la poudre ni les projectiles ne manquaient ; Saint-Etienne avait envoyé des fusils, et l'Arsenal contenait des munitions de guerre. Un corps de tirailleurs, composé déjeunes gens alertes et adroits, s'était muni des armes de l'ancienne compagnie des arquebusiers; il s'exerçait fréquemment au tir, et rendit de très grands services. Les canons n'étaient pas en nombre suffisant ; les fonderies travaillaient avec activité, et fournirent des pièces de quatre , de huit et de douze : l'artillerie était suffisamment pourvue quand le siège commença. ,
Il fallait de l'argent, et beaucoup, pour faire face aux dépenses ; une somme préalable de trois millions, votée par le Conseil général , pourvut aux besoins les plus urgents -. Douze commis-
1 . — < Les jeunes gens appartenant aux professions lettrées , a dit un témoin oculaire , leur compagnon d'armes , exécutaient poncluellerociit leur service ; mais ils obéissaient plutôt «u sentiment du devoir qu'à leur inclination naturelle. Ceux du commerce étaient la force véritable de l'armée lyonnaise; ils étaient braves et hardis. Ceux qui tenaient aux classes élevées de la société curent , en général , une conduite convenable. U j eut nombre d'ouvriers pleins de dévouement et de courage. Les poltrons furent , sauf les exceptions , les gens à écritoire , ceux qui par quelque minime emploi tenaient h ce qu'on appelle la basoche. » (Nohlac , Souvenirs de trou années delà Révolution). Li/on^ 1844, in-IS, p. Sf 1. Beaucoup de domestiques coiAbattirent bravement parmi les soldats du siège , et l'on vit même des prêtres dans les rangs dès combattants. Des femmes servirent aussi ; une jeune fille , Marie Adrien , se vêtit en homme et s'enrôla parmi les canonniers. Une femme de vingtsept ans , Marie Cochet , se battit parmi les fantassins.
2. — f,a Commission populaire , républicaine et de snlut public de Rh6nc>et-Loirc , i tous les citoyens du département. Lyon, J,-F, Delaroche , 1795, in-4®.
Proclamation relative A la souscription ouverte pour subvenir aux dépenses de la défense. Extrait des registres de la Commission populaire , républicaine et de salut public , du 20 juillet 1793. Lyon , /l.-r. Delaroche , 1793 , in-4o. Il concerne la contribution de trois millions.
saires désignés par les sections avaient été chargés de faire la répartition de cette somme entre tous les citoyens dont le revenu dépassait trois mille francs ; il y eut des dons assez considérables en argent. Les volontaires avaient un uniforme , ils portaient la cocarde tricolore , et on lisait cette devise sur leurs drapeau:^ : Uberté, fraternité, égalité. Une solde avait été fixée pour les officiers de tous les grades , y compris le général en chef. '
Les fortifications , commencées sous François P' et terminées sons Louis XllI, n'étaient d'aucun service; leurs bastions ne pouvaient protéger la ville qui les débordait presque sur tous les points , et d'ailleurs , comme on Ta vu , le système d'attaque des places avait changé. Il fallait donc leur substituer des moyens de défense plus puissants et plus en harmonie avec les progrès de l'art de la guerre : c'est ce que fit avec activité et talent un ingénieur fort habile, le commandant de Chenelette. Il établit des batteries et des retranchements sur les points les plus favorables , et tira le plus grand parti possible des localités.
C'était par le plateau de Monlessuy et au Nord que devait venir l'attaque la plus sérieuse ; les hauteurs de Caluire , de Cuire et de la Croix-Rousse , qui le continuent , sont découpées en amphithéâtre et creusées, sur plusieurs points, de ravins profonds : c'est là que Chenelette disposa quelques - unes de ses batteries les plus formidables. La fameuse redoute nommée Gingenne , du nom de son intrépide commandant , était placée SI l'embranchement des chemins de la Croix-Housse et de Cuire; elle battait toute la campagne à droite , et enfilait le chemin de Cuire dans une grande partie de sa longueur. Un peu plus à gauche, au point culminant de la colline de Cuire, du côté du versant de la Saône, était le poste du cimetière, appuyé fortement sur deux autres postes, dont l'un occupait les jardins de' la maison Panthod , et l'autre les jnrdins de la maison Combe. Plusieurs terrasses avaient été utilisées, et des maisons crénelées ;
I- — Tarif ilcs appoinlemculs et soUle do la force ilêparlcmeiitnlc do Kli6iie-el Loire, «ipprouTé par la Commission populaire, elc. Lyon ^ À,-r. DW/irocAtr , 1795 , io-fol. — Solde du géoéral en chef de Précy, i5,000 livres ; pour équipement , 8,000 liv. ; pour les S7 officiers composant l'étal-major ^donl 4 chefs de brigade) , 128,600 liv. ; cavalerie , composée de SIC cavaliers , 1 47,810 liv. ; infanlerie , 9,707 hommes , 6,300,332 liv.
976 WUf SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE.
d'autres redoutes croisaient leur feu avec celle de Gingenne; défendues par les accidents naturels du terrain , elles étaient en outre protégées par des tranchées profondes. Ce côté de la ville n'avait rien à craindre d*uu coup de main, et pouvait être à peu prés considéré comme imprenable.
Au Midi , en avant du pont de la Mulatière et au-dessus du pont d'Oullins , se trouvait une batterie qui faisait &ce à la route de Saint-Etienne; une autre redoute commandait le chemin de Saint-Genis : ainsi la tète du pont de la Mulatière était suflSsamment fortifiée.
En gravissant à l'Ouest les hauteurs de Sainte-Foy, on voyait sur le plateau deux batteries placées , la première en avant de la terrasse de la maison Morel , la seconde sur une petite colline voisine; en avant du petit Sainte-Foy, deux autres étaient établies, Tune sur la butte de Brulay, l'autre dans le jardin de la maison Julien. Des redoutes formidables, construites en avant des portes de Trion et de Saint-Irénée , plongeaient dans les chemins de Francheville et de Charapvert. Huit pièces de canon et un fort retranchement défendaient la montée de Choulan; il y avait, enfin , d'autres batteries à Loyasse et à Fourvière.
Ce sont des plaines qui bordent la rive gauche du Rhône, en regard de la longue ligne du quai : au-delà du pont Morand, des batteries protégeaient les Gharpennes; d'autres avaient été établies sur la rive droite du fleuve, et pouvaient croiser leurs feux; l'une d'elles était placée sur la terrasse de la Bibliothèque. De toutes ces redoutes , la plus considérable était celle que Chenelette avait établie à la tête du pont Morand, du côté des Broteaux, et qui portait le nom de ce commandant : construite avec une très grande solidité , en pierres de taille et en terrassements , elle avait la forme d'un fer-à-cheval : un fossé de vingt pieds de profondeur la défendait , et huit pièces de canon s'y trouvaient en batterie. Cette redoute des Broteaux, placée en avant du pont Morand, était un travail considérable; elle pouvait contenir quatre à cinq mille hommes et cinquante bouches à feu. Une batterie sur le quai du Rhône et un grand nombre de chevaux de frise protégeaient le pont de la Guillotière , que défendait en outre son pont-levis.
Les abords du faubourg de Vaise avaient été mis sous la
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIll* SIÈCLE. 977
protection de la redoute et des retranchements de la Duchère ; des batteries faisaient face aux routes de Paris , et étaient appuyées par des postes avancés.
Tant que le blocus de la ville ne fut pas complet, il y eut suffisamment des vivres: Lyon en tirait du Forez; le côté de FOuest était libre. Mais la disette ne pouvait tarder à se montrer dans une ville de cent cinquante mille âmes, dès qu'elle serait investie de toutes parts.
Tels étaient les moyens de défense de Lyon ; la population était déterminée à se bien défendre, et son courage valait mieux que des murailles K II s'agissait, pour les Lyonnais, de combats bien autrement sérieux que ceux qu'ils avaient eu à soutenir autrefois contre les troupes mercenaires de leurs archevêques : c'étftit une armée régulière et munie d'une nombreuse artillerie qui se disposait à les assiéger. Mais toutefois la lutte n'était pas insensée : quand elle commença , la Vendée triomphante menaçait Paris; l'armée sarde s'ébranlait pour venir au secours de Lyon; Toulon était aux Anglais, et le Midi n'était pas contenu si bien qu'il ne donnât de grandes inquiétudes à Cartaux : il ne s'agissait que de gagner du temps. De leur côté, les émigrés se proposaient de forcer les lignes de Weissembourg et de tenir l'armée républicaine en échec , tandis que le prince de Gondé, & la tête d'un corps d'armée d'élite , marcherait sur Lyon par la Franche - Comté. Une de ces combinaisons pouvait et devait réussir; les Lyonnais avaient donc des chances pour eux.
S IV. Considérons maintenant quels étaient les moyens d^attaque :
Ils ne furent pas proportionnés d'abord à la grandeur de Fentreprise. Les représentants du peuple détachèrent de l'armée des Alpes douze bataillons de troupes de ligne , de quatre cents hommes chacun , six cents chevaux et une centaine de canonniers ; c'était , tout au plus, un effectif de six mille soldats ,
1. — Dei poteaux , drefsés en avant des travaux de défense , portaient en grosses lettres ronges cet article de la Déclaration des droits de l'homnie : •> Quand le gouvernement viole les • droits du peuple , l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le « plot saint el le plus indispensable des devoirs.* »
978 XVllI* SIÈCLE. -^ CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
auxquels se joignirent huit mille réquisitionnaires. On n'amena d'abord que douze pièces de canon, qui avaient cinq mille coups seulement à tirer '. Il s'agissait de cerner Lyon sur une circonférence de quarante kilomètres : une armée de trente mille hommes avait paru suffisante ; elle dépassa de beaucoup %e chiffre vers la fin du siège, mais il n'y eut jamais plus de dix mille hommes de troupes réglées. On fit, pendant le mois d'août , et surtout au mois de septembre , un approvisionnement immense en munitions ; cinq cents canonniers exercés arrivèrent successivement et eurent à leur disposition cent trente pièces de canon pour la plupart de gros calibre , quatorze mille bombes , et trente - quatre mille bbulets ; la poudre et les cartouches étaient en quantité considérable , et cinq mille chevaux suffirent à peine pour le transport de ce matéftel énorme. Briançon, Gap, Embrun et le fort Barraux fournirent une partie des munitions et approvisionnements de siège; il en vint de Besançon, et surtout de Grenoble, dont l'arsenal fut presque vidé par le directeur Lagrée. Vaubois n'eut cependant à sa disposition toute l'artillerie dont il avait besoin pour les quatre camps , que pendant les derniers jours du mois d'août, drous les approvisionnements vinrent par des charrois difficiles , souvent à dos de mulets , et à force de réquisitions : pour ne pas dégarnir complètement les places de guerre , on tira la poudre , les boulets et les bombes d'une distance de plus de soixante lieues. C'était à l'artillerie et aux troupes de ligne que le service actif devait être confié ; on se. proposait d'employer les gardes nationales pour compléter le blocus, et quelquefois pour des affaires d'avant-poste. Rassemblés aux environs de la ville de Bourg , les corps détachés de l'armée des Alpes se mirent en marche dans les premiers jours du mois d'août, et arrivèrent à Caluire , aux portes de Lyon , dans la matinée du 8. Us reçurent, quelques semaines plus tard, le renfort très nécessaire de la garnison de Valenciennes , qu'une capitulation mettait à la disposition de la Convention pour les affaires de l'intérieur. A la fin du siège , l'armée se composait de soixante mille hommes. Elle était brave et dévouée ; on lui avait représenté les Lyonnais
1. — Rapport de Dubois-Grancé à la ConTeulioii. (Moniteur universel , octobre 1795.)
comme des contre-révolutionnaires, qui appelaient en France les royalistes et les étrangers.
Kellermann ne devait la commander que peu de temps; il détestait la guerre civile , et voulait laisser au ressentiment de la Convention le temps de se calmer. Tel était aussi le projet de Dubois-Grancé , en même temps représentant du peuple et général. C'était un bon ingénieur ; il avait une grande activité , beaucoup de courage et un talent militaire incontestable : habile tacticien et administrateur capable , il dirigea lui-même toutes les opérations du siège, qu'il surveillait jusque dans leurs plus petits détails. Ménager de la vie du soldat , il voulait n'agir qu'à coup sur et réduire Lyon avec Tartillerie et la famine. Comme il éttfit présent à toutes les attaques de quelque importance , et qu'il n'abandonnait un point que pour se présenter bientôt après sur un autre avec un infatigable acharnement , il devint bientôt l'objet particulier de la haine des assiégés. Kellermann et Dubois- Crancé avaient sous leurs ordres les généraux Lestrade, Petit- Guillaume, Rivas et Dumuy ; Vaubois commandait l'artillerie; le général Saint-Remy était chef d'état-major.
Voici quel était, dans ses dispositions principales, le plan des généraux de la Convention : 1^ s'emparer du cours de la Saône à Trévoux , et du cours du Rhône à M ontluel ; 2^ occuper par des corps nombreux de gardes nationales toutes les hauteurs qui dominent Lyon, à Montessuy , à Limonest , à Sainte -Foy; 3^ investir Lyon le plus complètement possible , de manière à n'y laisser entrer ni munitions ni vivres ; 4® en cas de résistance obstinée, écraser la ville sous les bombes et la brûler avec des boulets rouges. L'investissement complet ne fut pas possible de longtemps; il n'y avait pas assez d'hommes pour occuper tous les débouchés d*une enceinte aussi vaste. Les Lyonnais, au commencement du siège , avaient conservé la liberté de leurs communications avec Saint-Etienne et le Forez ; ils étaient maîtres du cours du Rhône inférieur jusqu'à Valence.
En partant de Grenoble, Dubois-Crancé arrêta les dispositions suivantes : une colonne appuyant sa gauche à la rive droite du Rhône , et sa droite à la rive gauche de la Saône , interceptera le cours de ces deux rivières, et toute communication avec le département de l'Ain et Genève ; une seconde colonne, atteignant par sa
980 XVIIl^ SIÈCLE. — CONVENTION NAtlONALE. SIÈGE DE LYON.
droite à la rive gauche du Rhône, passera par Villeurbaimei la Ferrandière et la Guillotière, couvrira le départemeut de Flsère , et, traverssant le Moulin-à-Vent, portera sa gauche sur la rive gauche du Rhône , après la jonction de la Saône , vis-à-vis de Pierre- Bénite , de manière à occuper tout le front de la ville de Lyon parallèlement au quai du Rhône. Une troisième colonne , en con-> tact avec la rive droite du Rhône , à Pierre-Bénite , remontera par Saint-Genis au pont d*Alaï , défendra les routes du Puy et du Forez, et menacera les hauteurs de Sainte -Foy ainsi que la chaussée de Perrache. Enfin , une quatrième coloime partant du pont d'Alaï , passant par la Duchère , Ecully et Saint-Rambert, protégera les chemins , soit du Bourbonnais , soit du Maçonnais , et fermera la circonvallation , en prêtant sa gauche sur la Saôipe à la droite de la première colonne. Un pont placé à CoUonges sur la Saône , un autre sur le Rhône à la Pape , et une trâiUe à Pierre-Bénite , établiront les communications nécessaires entre ces différentes colonnes. En conséquence , trois bataillons , formant la tête de la colonne des réquisitions de Tlsère et de TÂrdèche , eurent ordre de se rendre à Bourgoin pour occuper la ligne parallèle au prolongement du Rhône , vis - à - vis de Lyon. Trois bataillons, avec les réquisitions de Rhône-et-Loire, de Saôneet-Loire et de la Gôte-d'Or, allèrent à Limonest, avec ordre de se maintenir sur l'espace qui sépare Saint-Rambert de la Tour-de- Salvagny. Six bataillons , prenant Caluire pour point central , se rendirent maîtres du terrain situé entre la rive droite du Rhône et la rive gauche de la Saône , aidés par les compagnies lyonnaises et par les réquisitions de TAin. Ce plan ne laissait libre que le terrain qui , de la Tour -de -Salvagny, passe par Grézieu , Saint-Genis et OuUins, jusqu'à la rive droite du Rhône ; mais cette place était assignée aux colonnes du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et de la campagne de Lyon. '
C'était sur Fourvière qu'aurait dû avoir lieu l'attaque principale, d'après les conditions topographiques de la ville assiégée; c'était là que se trouvait le point vulnérable. Mais une considération majeure fit adopter un autre plan d'opération; il importait, avant tout, d'intercepter les communications de Lyon avec
I. — DoBOis-CftAiict. Compte rendu à la Contenlion nalionale , p. S4.
AN II DE LA EÉPDBLIQUE (1793). — XVllI® SIÈCLE. 981
l'armée sarde qui marchait à son secours. Ce fut donc au Nord que se présenta l'armée assiégeante ; elle étendit bientôt sa ligne d'attaque , et se groupa sur quelques points principaux.
Le camp le plus considérable était au Nord , sur le plateau de Montessuy, de la rive droite du Rhône à la rive gauche de la Saône ; il commandait le cours supérieur des deux fleuves , et rompait toute communication entre Lyon , la Suisse , la Savoie et le département de FÂin. Du point culminant de la colline , les batteries prendraient en écharpe le plus riche quartier de Lyon: ai les troupes réussissaient ^ par un brusque assaut , à 8*emparer des redoutes lyonnaises de la Croix-Rousse , la ville serait prise. Kellermann établit son quartier général au château de la Pape, situé au-dessous de Montessuy, sur la route de Genève et en face du quartier Saint-Clair. Des bataillons de gardes nationales de l'Ain et des compagnies de gardes nationales de Rhône-et-Loire occupaient, avec les troupes de ligne, tons les points militaires du vaste plateau. .
Limonest et tout l'espace compris entre Saint-Rambert et la Tour-de-Salvagny était gardé par des bataillons de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire : c'était la que se trouvait le camp du général Rivas, dont les postes s'étendaient jusqu'à une petite distance des collines de la Duchère.
Un troisième camp était établi , à gauche et au Midi , sur le plateau qui domine le confluent du Rhône et de la Saône ; il avait des postes à Pierre-Bénite , à Saint-Genis , sur les hauteurs d'Oullins et en avant du grand Sainte-Foy.
Il y avait enfin un quatrième camp dans les plaines du Daupliiné , sur la rive gauche du Rhône : le général Vaubois occupait Villeurbanne et la Ferrandière ; il avait poussé ses avantpostes jusqu'au faubourg de la Guillotière. Trois bataillons de gardes nationaux de l'Ardèche et de l'Isère stationnaient à Bourgoin.
Des communications étaient établies entre ces camps divers ; un pont de bateaux , construit sur le Rhône auprès de la Pape , y ouvrait un libre accès sur les plaines du Dauphiné. L'armée de la Convention pouvait se recruter facilement; elle tirait des forts voisins ses provisions de guerre , et rien ne gênait l'arrivée des subsistances au quartier général et dans les camps qu'elle
occupait. On vient de voir quelle était la situation des assiégeants et des travaux de défense des Lyonnais; elle donne Fintelligence des opérations militaires qui furent exécutées des deux parts. ^
§ V. A peine arrivé sous les murs de Lyon , le 8 août , Kellermann adressa aux habitants de cette ville une proclamation dans laquelle il leur rendait compte de ses motife '. Son armée, leur disait-il, obéissait au décret de la Convention qui l'avait chargé du rétablissement de Tordre : « Puisque les Lyon- « nais reconnaissaient Tautorité de la Convention, ils recevraient « sans doute ses soldats comme des frères , et donneraient la « preuve de leur soumission aux lois , ainsi que de leur amour « pour la liberté. Ils ont une heure pour ouvrir leurs portes ; f< passé ce délai , on les traitera en rebelles. » Kellermann imposait les conditions suivantes : toute autorité civile ou militaire cessera dans la ville de Lyon ; FÂrsenal et tous les moyens de défense seront remis* à Tavant-garde; Lyon paiera une indemnité pour les frais de l'expédition , et donnera une gratification aux soldats de la République; Lyon, enfin, se soumettra à tous les décrets de la Convention rendus depuis le 31 mai. Si ces propo* sitions ne sont pas acceptées , les citoyens de Lyon porteront collectivement la responsabilité de tous les maux qui pourront en résulter. Dans leur proclamation particulière les représentants du peuple déclaraient d'avance rebelles et traîtres à la
1. — Carte des enTÎrons de Commune-Affranchie , oà sont représentés les travaax du siège soutenu par cette ville rebelle pendant les mois d*aoAt et de septembre 1793 , gravée d'après les dessins de Girard Auhert , capitaine du génie à l'armée des Alpes » par Genlot , propriétaire , graveur, quai de Sa6ne.
Cette carte , fort utile pour suivre avec exactitude les opérations do siège , a été reproduite , réduite au quart , par M. Gonoii (Bibliogr. histor, , p. 392). On la trouve encore, gravée sur de plus larges proportions , dans VUistoire du siège de Lyon , par A* Ballojdier.
S. — Lettre du général Kellermann aux administrateurs de Ljou , suivie de l'adresse des représentants du peuple , Dubois-Crancé cl Gauthier , aux citoyens de cette ville » du 10 aoôt 1793, au quartier générai de la Pape ; imprimées et envoyées aux déparlements et aux armées. Paris, imprimerie nationale , in-8^. — Procès- verbal de la séance publique des autorités constituées de la ville de Lyon , réunies aux délégués des assemblées primaires dn peuple français du département de Rhéne-et-Loire , etc. , pour délibérer sur une lettre à eux adressée par Dubois-Crancé et Gauthier, représentants de Tarmée des Alpes» du 14 août 1793 , à deux heures du matin. Lyon , J.-F. Delaroche , K93, in-4° et in-fol.
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). — XVIIl*^ SIÈCLE. 983
pairie , avec entière confiscation des biens au profit de la nation, tout individu dont le fils , le commis ou même le serviteur ou ouvrier aurait été convaincu d'avoir porté les armes contre la République et contribué aux moyens de résistance. Ce fut le général Saint-Remy , chef d'état-major , qui apporta du quartier général du château de la Pape, aux avant -postes lyonnais à Caluire, la proclamation de Kellermann; elle était accompagnée d'une sommation plus brève et plus impérative , que remit un oflBlcier de l'avant-garde républicaine à un chef de poste lyonnais.
Ainsi Kellermann ne donnait qu'une heure aux Lyonnais pour ouvrir leurs portes ; elle n'était pas expirée que déjà les hostilités avaient commencé. De quel côté partit le premier coup de canon ? Kellermann se plaignit de ce qu'aucune réponse n'eût été faite à sa sommation , et de la conduite des Lyonnais qui avaient tiré à mitraille sur les troupes de la République , avant le terme du délai fixé. « Ce procédé, dit^il dans sa lettre , est « sans exemple dans les annales de la guerre. » Le Conseil administratif de la ville répondit le 9^ et récrimina de son côté : selon lui , la réponse avait été envoyée avant le terme assigné. Il rejette avec énergie l'accusation de perfidie portée contre les Lyonnais qui n'ont point attaqué les premiers *, et il déclare qu'il persiste à repousser l'oppression. Ce Conseil atteste sur l'honneur et sur la religion que les Lyonnais ne connaissent pas les émigrés , qu'ils veulent la liberté , Tégalité , la République une et indivisible; qu'ils se soumettent à la Convention comme centre d'unité , qu'ils obéiront à ses décrets , mais qu'ils combattront les factieux et les anarchistes.
Kellermann répliqua le même jour, et posa fort bien la question de droit : « Il fallait préalablement , dit-il , commencer par « obéir à la Convention et à ses lois ; tant que les Lyonnais ne <c se soumettraient pas aux décrets de la Convention nationale, « il|3 ne pourraient être considérés comme des républicains et
f. — Le Journal de Lyon (n" 129) prélendit qn'avant Texpiralion de Phenre donnée par Kellerniano Tavanl-garde républicaine avait fait sur les Lyonnais une décharge de deux coups de canon , et qu'un escadron de cavalerie , qui buvait et fraternisait avec un détachement lyonnais , Tattaqua traîtreusement et lui fît deux prisonniers.
M est difficile de découvrir la vérilé ; cependant les probabilités sont en faveur de Kellermann f dont la loyauté est nu-dossus de tout soupçon.
« 8*exposeraient à être traités en rebelles. » Il invitait donc la ville à déposer ]es armes , conseil qui ne fiit point écouté.
On était à la veille du 1 0 août; les c(»rps administratif de Lyon résolurent de célébrer avec pompe la fête républicaine, et ils écrivirent à Kellermaun pour rengager à y faire rqyrésenter son armée par une députation ; le général n'accepta pas. Tandis qpe le canon tonnait ii Montessuy, les autorités constituées de la ville de Lyon se réunirent sur la place de la Fédâration, précédées par un brillant cortège ; la gendarmerie nationale ouvrait la marche. U y avmt une grande affluence de peuple ; une députation de Marseillais assistait à cette solennité patriotique : un immense autel, siHtnonté d'une statue de la Liberté , s'élevait au milieu de la place. Le général de Précy, accompagné de son état-major, était présent; le président du District hit un discours que suivit le serment de fidéUté à la RépuMique et de résistance à l'oppression.
On abjura ceux des droits féodaux qu'avait oubliés le -décret de l'Assemblée nationale ; leurs titres furent bràlés sur un bûcher.. U y eut un vif ékn patriotique à cette fête, qui finit à six heures du soir, au bruit du canon de l'ennemi.
Un des premiers actes des représentants du peuple fut d'affaiblir le Lyonnais , en séparant son territoire du Forez; le 12 août, ils créèrent le département de la Loire , et déclarèrent bientôt a{Hrès que le faubourg de la Guillotiére ne faisait plus partie de l'agglomération lyonnaise; ib le réunirent au district de Vienne. '
1. —Arrêté des reprétentanU du peuple, Dubois-CraDcé , Sébaslien Deli^rte, Clandc Javoguet et Gauthier , portant établissemeut provisoire d'un département composé des districts de Saînt-Elieone , Montbrison et Roanne , sous la dénomination de la Loire , dont le cbèE-lieii sera FeiYs. Fait à la Pape, au quartier général de l'armée des Alpes , le IS ao&t 17a3 , l'an H de la République. A Montluel , de Vimpr. de l'Armée , in-fol. — Arrêté des représentants du peuple près l'armée des Alpes , portant que la commune de la Guillotiére est diatrake du département de Rh6ne-et-Loire pour être réunie au district de Vienne , du IS août 1793. Montluel, imprimerie de l'Armée , iu-fol.
Pour détacher les habiianls de la campagne des intérêts lyounais , les représeuunts du penple établirent prorisoirement le déparlement de Rh6Qe-et-Loire à Feors , et le district de là campagne à Neuville-sur-Saône. En isolant ainsi Lyon , ils lui étaient de grandes ressources en hommes et en subsistances. Par un autre arrêté ils proclamèrent que tout citoyen sorti volontairement de Ljon , recevrait , dans le lieu qu'il aitfait choisi pour domicile , la valeur d'une livre et demie de pain et dix sous par jour pendant la durée du siège , apràs avoir été interrogé par un comité de patriotes lyonnais établi à Caluire.
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIil^ SIÈCLE. 985
Cependant , emportées par leur ardeur et persuadées que des bourgeois ne saturaient leur résister, les troupes de Kellermann s'étaient précipitées sur les redoutes de Galuire et de la Croix- Rousse. Après une forte canonnade , leurs attaques furent vigoureusement repousséès : renouvelés le li , le 12 et le 13 , ces assauts n'eurent pas un meilleur sort ; Tayantage demeura aux Lyonnais , dont la confiance augmenta beaucoup. Kellermann n'avait pas compté sur une défense aussi vigoureuse ; il tint , le 1& août , un conseil de guerre au quartier général de la Pape : il y fut question du bombardement; mais Dubois-Crancé voulut écrire encore aux Lyonnais; il les invita fortement à une soumission immédiate dans sa lettre qui est fort longue. C'était une discussion approfondie du point de droit : « Il n'y a pas de « gouvernement possible , leur dit-il , sans l'obéissance à la loi , M et le droit de résistance n'appartient pas à toutes les fractions ce de la société en dehors des pouvoirs légaux. » Tel était le texte qu'il développa; la réponse des corps administratifi fut courte et digne : « Le peuple de Lyon , disait-elle , ne portera « jamais d'indignes fers; il résistera jusqu'à ce que la liberté ic soit ensevelie avec lui sous les ruines de la ville. Quarante (c mille hommes , ajoutait-elle , sont sous les armes ; ils ont juré « de défendre jusqu'à la mort les droits de l'homme , leur « liberté , leurs propriétés , et la sûreté des citoyens qu'ils ont « investis de leur confiance. » Quelques jours après , un commissaire-ordonnateur des guerres vint à Lyon, chargé d'un message ; il y passa trente-six heures , et y fut témoin de l'enthousiasme des citoyens et de l'unanimité de leur opinion pour la résistance : sa mission n'eut aucun résultat '. Pendant qu'il l'accomplissait , les troupes de la Convention attaquaient avec
1 . — Procès-verbal de la séance publique des aulorités cooslituées de la Tille de Ljoo , réaoies aux délégués des assemblées primaires du peuple français du déparlemeol de Rhôneel-Loîre , composant le Comité général de salut public , et en présence des commissairesdéputés de toutes les sections de Ljon et de ceus des municipalités de Vaise et de la Croîx- Roosae, du 16 août 1793. Présidence du dtoyeo Bemaoi. Lyon, jf.-F. Dtlaroche^ 1793,io«4®.
c'est une réponse à la communication du citoyen Paris : le peuple de Lyon veut la République une et indivisible ; il reconnaît l'autorité et la suprématie de la Convention nationale. L'astanblée a voté h runanimlté le serment civique en présence du commissatre-ordonoatear PMs.
fureur La redoute Gingenae , et se retiraient après avoir essuyé un feu meurtrier. Elles furent plus heureuses sur un autre point, aux Tupiniers , près de Grézieu., en défendant une redoute dont les Lyonnais avaient tenté de s'emparer par un coup de main. Peu importants en eux-mêmes et sans résultats décisiÊ , ces engagements aguerrissaient les Lyonnais et enflammaient leur courage; non-seulement ils résistaient, mais encore ils faisaient éprouver à Kellermann des pertes considérables. Avertie par ces échecs répétés d'être plus prudente , Tarmée de la Convention se livra moins et changea de tactique : elle reçut de nouveaux renforts de gardes nationales , et son artillerie devint formidable. C'est la guerre à coups de canon qu'elle allait faire.
Toujours persévérants dans leur projet d'isoler les Lyonnais, les représentants du peuple s'occupèrent des moyens de leur ôter le concours de Montbrison et de Saint -Etienne. Javogues se rendit dans le Forez, et mit les gardes nationales en réquisition; il réussit non-seulement à contenir Saint-Etienne , mais encore à diriger sur Lyon huit mille honmies de la campagne qu'on employa à compléter le blocus. Ces gardes nationales stationnèrent au-dessus du pont d'Oullins, et menacèrent de ce point la Mulatière et l'avenue de Perrache.
Dubois-Crancé attendait de l'Auvergne de nombreux bataillons qui ne venaient pas ; il envoya pour hâter leur marche le général Nicolas qui partit pour le Puy-de-Dôme , escorté par un petit corps de cavalerie et accompagné de quelques officiers. Cette expédition fut malheureuse : le général Nicolas se laissa surprendre au milieu de la nuit dans la petite ville de Saint -Anthéme par le général Rimbert (de la Roche-Négly) , qui le livra aux Lyonnais. Cet avantage fut compensé bientôt par un échec : le général lyonnais Servan s'était porté sur Rive-de-Gier avec un petit nombre d'hommes et deux pièces de canon ; il fut inopinément attaqué par des forces supérieures. Entouré par les dragons de la Convention qu'appuyaient une multitude de gardes nationaux et de paysans ameutés , il se retrancha dans la grange des Flaches et fut contraint à se rendre; il était grièvement blessé. Servan fut conduit au camp républicain de la Ferrandière , et fusillé immédiatement. Trois représentants , Couthon , Maignet et Châteauneuf parcoururent le Cantal et le Puy-de-Dôme; ils
pressèrent la lev<^e en masse des gardes nationales qu'attendait si impatiemment Dubois-Crancé; beaucoup d'Auvergnats se rendirent à leur appel. Au Nord, dans le département de Saône-et- Loire , le représentant Reverchon mit en réquisition cinq mille gardes nationaux qu'il amena à Villefranche ; ils campèrent à Anse , et se mirent en relation avec le camp de Limonest.
Mais le côté de l'Est donnait beaucoup d'inquiétude aux républicains; c'est par là qu'une armée de quarante mille Sardes devait venir au secours des Lyonnais. Elle s'était enfin mise en mouvement ; ses tètes de colonnes gravissaient le petit Saint-Bernard , et menaçaient de déboucher par le Mont-Genis. Toute l'espérance de la contre-révolution était dans ce puissant auxiliaire : cette armée entretenait toutes les illusions des émigrés ; elle était nombreuse et bien disciplinée , mais très mal commandée. Son général , le duc de Montferrat , prit toutes ses mesures comme s'il eût voulu faire manquer l'expédition : il partagea ses troupes en trois corps d'armée; quinze mille hommes s'engagèrent dans la vallée de Sallenches, pour déboucher sur Genève ; douze mille marchèrent sur Ghambéry parla M aurienne ; Montferrat et le corps principal se dirigèrent sur Moustier par la Tarenlaise. G'est à Gonffans que se réunissent les trois vallées : partis le 1 ^i août , les Sardes n'y étaient pas encore arrivés à la fin du mois. De petits détachements français les tinrent en échec , et firent une résistance obstinée. A la première nouvelle du mouvement de l'armée sarde , Kellermann demanda et obtint , non sans peine, un congé de quelques jours pour aller à sa rencontre ; il laissa la direction du siège de Lyon aux généraux Dumuy et Dubois- Crancé, et partit à peu près seul. Ghemin faisant, il ramassa plusieurs bataillons de gardes nationales de l'Isère et quelques troupes de ligne , fit quelques levées en Savoie , et parvint à organiser une petite armée de douze mille honunes. G'était assez pour fermer à l'ennemi les issues des vallées de la Maurienne et de la Tarentaise : encore quelques jours, et Kellermann serait assez fort pour attaquer les Sardes dans leur forte position d'Espierre sur la chaîne du Grand-Loup , point de communication entre les deux vallées , et pour rejeter les quarante mille Sardes par-delà leurs Alpes. Tout espoir d'un secours étranger fut ôtc aux Lyonnais.
988 XVIIl® SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
S VI. Pendant que ces divers événements s'accomplissaient , le siège de Lyon prenait une face nouvelle.
Commencé depuis douze jours , il n'avançait point; le» troupes de la Convention n'avaient pas gagné un centimètre du terrain que les Lyonnais s'étaient proposé de défendre. Elles s'étaient attendues à une victoire âicile ; on leur avait affirmé que les muscadins lyonnais ne résisteraient pas à leur première attaque , et cependant de vigoureux assauts tentés par les bataillons républicains sur les redoutes de Cuire et de la Croix -Rousse avaient été repoussés. On avait perdu beaucoup d'honmies dans ces engagements, et les Lyonnais avaient peu souffert Le temps s'écoulait; il (allait donc changer de tactique. ^
Ces considérations portèrent Dubois-Crancé à mettre enfin à exécution le projet de bombardement; puisqu'on ne pouvait prendre la ville de vive force , on la brûlerait De nombreux convois de munitions et de projectiles étaient arrivés au camp; la poudre ne manquait pas , et on avait tiré des forts les plus voisins cent pièces de canon de gros calibre. Dubois-Crancé voulut cependant avertir encore une (bis les Lyonnais des dangers qu'ils allaient courir : il leur adressa un long exposé des événements qui avaient précédé et amené le siège , et leur fit uo tableau terrible des mortiers déjà chargés de bombes et des boulets déjà rougis par la flanune qui menaçaient leurs habitations d'un inévitable incendie, Dubois-Crancé demandait enfin ce qu'ils auraient gagné quand ils parviendraient à prolonger leur résistance un moment de plus ; il finissait en faisant observer que si Lyon se couvrait de décombres, ils ne pourraient en accuser que leur obstination. Les corps administratifs de la ville répondirent d'un ton net et ferme dans la journée du 22 août ; « Nous ne vous ouvrirons point nos portes, dirent-ils; si vous K aimez la patrie, marchez à l'ennemi ! Que la Convention retire « ses décrets contre Lyon, et vous nous verrez bientôt sur vos « pas. Là nous firaterniserons, et vous jugerez par notre courage i< conmient nous saurions nous défendre. » Cette lettre était
1. — Le défaut de rounilioju fut caute que la trancbée ne put être utile que le SI ao6t , époque depuis laquelle le feu n'a cesaé ni jour ui nuit (Comptê-rendu de Dubois -Craneé , p. Î8.)
signée par le président Beniani. Le général Vaubois , commandant de Fartillerie, avait adressé à Dubois-Crancé ce court billet: « J'attends. » Après avoir reçu la lettre des Lyonnais , Dubois- Crancé répondit à Vaubois plus laconiq[uemcnt encore par ce seul mot : « Feu ! » Tout était prêt ; d'habiles canonniers avaient pointé leurs pièces , et les mortiers étaient chargés. Leurs batteries de Montessuy , composées de pièces de douze et de seize , avaient leur œuvre de destruction systématiq[uement tracée : les quartiers de Bellecour , les quais de Retz et de l'Hôpital devaient être incendiés, tandis que les bombes écraseraient tout le massif de maisons qui occupe l'espace entre le Rhône et la Saône depuis le Pont-de-Pierre jusqu'au niveau de la Charité. Chaque nuit avait sa tâche, et bientôt chacun des camps, à l'Est , à l'Ouest , au Nord et au Midi , serait appelé à prendre sa part dans la destruction de Lyon. ^
Il était onze heures du soir , le 22 août , lorsque les premières bombes s'élancèrent des batteries de Montessuy et tombèrent en sifflant sur les maisons de Lyon. De nombreuses volées de boulets rouges partirent en même temps et sillonnèrent Tair de lignes de feu : beaucoup de maisons furent endommagées, huit brûlèrent. Les quartiers qui soufirirent le plus furent ceux des rues Mercière, Saint-Dominique, de l'Hôpital, et les environs de la place des Terreaux ; il y eut beaucoup de mal à Bellecour et sur le quai de Retz : nombre de citoyens furent blessés ou tués par des éclats de bombes, soit dans les rues, soit dans leur domicile. Le 23 et le 2&, les canonniers apportèrent plus d'attention au tir et causèrent des dévastations plus grandes encore; on prit dans l'intérieur de la ville toutes les mesures défensives et de précaution que les circonstances réclamaient. Un lit de fumier ou de gravois était étendu sur le pavé; des hommes en vedette sur les toits ou à Tangle des rues épiaient la chute des bombes
i. —Arrêté des ropréseotants da peuple à l'armée des Alpes , pour faire bombarder, incendier et attaquer eu même temps tous les quartiers de la Tille de Ljon, du 15 aoâ| 1793, Tan II de la République. Montluel, de Timprimerie de Vannée, iu-fol. — Arrêté dct représentants du peuple... qui ordonne le séquestre des biens situés dans les départements de la République , appartenant aux citoyens de Ljon ou à des paHiculiers non domiciliés dans cette Tille , qui n'en sont pas sortis dans le délai fixé par le décret du 1S juillet. Fait au quartier général de la Pape, le i4 aoAi 1793. Monihel, imprimerie de VÀrmit , in-4».
et donnaient le signal d'alarme, en criant : u Gare la bombe! » Il y avait dans la plupart des maisons de grands baquets remplis d*eau, et beaucoup de citoyens faisaient volontairement le service de pompiers. C'était par une vigilance continuelle que les assiégés cherchaient à neutraliser le feu de Fennemi ; ils acquirent à cet égard une sorte d'habitude , et réussirent quelquefois à empêcher l'explosion des bombes en éteignant la fusée. De leur côté j les Lyonnais faisaient aux soldats de la Convention tout le mal qu'ils pouvaient , et ripostaient de leur mieux avec leurs batteries; plusieurs maisons de la Guillotiére fiirent brûlées ^ Après quelques jours de bombardement , Dubois-Crancé se tint en mesure de faire une attaque nouvelle contre les redoutes de la Croix-Rousse ; ses troupes bien dirigées se précipitèrent avec impétuosité sur la batterie Panthod , et parvinrent enfin à s'en emparer : le commandant lyonnais de ce poste manquait de munitions , et fut grièvement blessé.
Ce fut dans la nuit du 2U août qu'un malheur nouveau vint irapper les Lyonnais; ils étaient en droit de considérer leur immense Hôtel-Dieu comme un terrain neutre pour les malades et pour les blessés ; mais cet asile ne fut pas respecté par les bombes ennemies , et grand nombre de ces projectiles meurtriers tombèrent sur les toits de l'édifice qu'ils écrasèrent. Un plancher d'une salle qu'habitaient trente malades tomba avec fracas ; mais les poutres s'entre-croisèrent dans leur chute , et formèrent ainsi un toit nouveau : il n'y eut pas d'autre accident. Tous les servants, frères et sœurs hospitalières , étaient sur pied et redoublaient de zèle; le feu prit quarante-deux fois aux constructions , on parvint toujours à réteindre. Rien ne saurait égaler la consternation et le désespoir des malades, qui pouvaient être d'un instant à l'autre écrasés dans leur lit. On devait supposer que l'ennemi ignorait la destination sainte de l'édifice dont il recherchait la destruction avec une sorte de fureur ; et, pour obtenir de lui quelque commisération en faveur des blessés et des mourants, on arbora le drapeau noir au balcon du grand dôme : il fallut bientôt l'enlever;
i. — Décret de la Conyeniion nationale , du Î9 août 1793 , qui accorde cinq cent mille liTresaux habitants du faubourg de la Guillotiére. Paris , impr, nationale , in -4^; et 9l<mtluelf imprim. de VJrméê , in-fol.
les canonnicrs républicains, le considérant comme un emblème de rébellion obstinée, le prenaient pour point de mire, et dirigeaient les boulets et les bombes sur THôtcl-Dieu avec un redoublement d'activité. Ce bel édifice éprouva d'énormes dommages : on ne pouvait y laisser les malades; ils furent transférés à rObservaijice et dans la maison dite des Deux-Âmants. Quelques administrateurs vinrent se loger auprès de ces établissements , poiup veiller eux-mêmes au service de ces hôpitaux improvisés. On recueillit beaucoup de blessés dans les églises des Recollets et des Lazaristes ; ceux de Fennemi étaient traités avec autant de soins que les Lyonnais.
Cette nuit devait être terrible pour la ville de Lyon ; le danger et la mort se présentaient sur tous les points. Tout-à-coup une explosion immense se fit entendre ; des milliers de vitres furent brisées dans des quartiers éloignés : c'était l'Arsenal qui sautait. U contenait beaucoup de poudre , et une quantité considérable d'approvisionnements et de munitions de tout genre : un tel malheur était irréparable pour la défense. Ce ne fut pas une bombe ou un boulet ennemi qui causa cette catastrophe; une femme dévouée aux opinions des jacobins l'avait préméditée : elle parvint à mettre son projet à exécution , en plaçant sous un baril de poudre une mèche enflammée , dont la combustion lente ne fut pas aperçue par les surveillants. Découverte peu de jours après , et convaincue par son propre aveu , cette malheureuse fut traduite devant une commission militaire, condamnée et fusillée. Pendant cette même nuit les flammes dévorèrent une partie du magnifique quai Saint-Clair; plusieurs boulets pénétrèrent dans la grande salle de la Bibliothèque. Les batteries des troupes républicaines qui étaient placées sur la rive gauche du Rhône tiraient de très près et faisaient un mal affreux , soit a l'Hôtel-Dieu , soit au quai de Retz : abritées par des chantiers , elles souffraient peu du feu des Lyonnais. Deux citoyens , Dujast et Laurençon, traversent le Rhône à la nage, portant au-dessus de leur tête des matières inflammables ; parviennent , sans être aperçus de l'enuemi , aux chantiers , y mettent le feu , et font avec bonheur leur retraite. U y eut , pendant la longue durée du siège, beaucoup de ces traits de dévouement et de valeur individuelle.
Le lendemaiii de cette nuit désastreuse , Dubois * Crancé adressa une sommation nouvelle à la yille assiégée : « Lyonnais , « dit-il , ne comptez plus sur les Piémontais , ils sont cernés a sur la Tarentaise et sur la M aurienne ; ne comptez plus sur « les Marseillais, ils ont été battus, ils sont rentrés dans leurs « murs : Cartaux est à Aix ; ne comptez plus sur un acte de u fiiiblesse de la Convention; lisez son dernier décret, il conte firme les mesures prises par nous; mais comptez sur l'indul* c( gence.... delà Convention nationale.... Lyonnais , ouvrez-nous « vos portes ; ne voyez que la Convention , le salut de la patrie : a oublions les défiances et marchons ensemble aux firontières.» Réunis en assemblée générale , les corps administratifs de la ville délibérèrent , et répondirent , le 27 août , par un refus formel : l'admirable dévouement des autorités municipales ne faiblit point ; le bombardement recommença aussitôt avec un surcroit de violence.
§ VII. Rien ne pouvait abattre la résolution des Lyonnais : ils préféraient la mort pour eux et la destruction pour leur ville au joug des montagnards de la Convention ; malgré leurs revers, malgré leur isolement , ils restaient unis et persistaient à se défendre jusqu'au bout. Des jacobins et des amis de Chalier se trouvaient bien certainement dans leurs murs ; on ne les apercevait point, et leur mauvais vouloir était entièrement paralysé *. Précy était en relations avec un émissaire du comte d'Artois; mais le moment n'était pas favorable pour arborer la cocarde blanche ; les Lyonnais ne l'auraient pas souffert , et d'ailleurs quel aurait été le but de cette démonstration impolitique P elle eût rendu la défense bien plus difficile , et l'exaspération de la Convention bien plus grande. Convaincu qu'il faudrait succomber tôt ou tard, le général lyonnais eut un instant la pensée de faire une sortie et de s'ouvrir, les armes à la main , une route vers la Suisse ouïe Jura; mais les difficultés et les périls de l'exécution étaient fort grands ; il se détermina volontiers à tenir encore.
1. — Une commission militaire , élablie dans la prison de Roanne , eut k juger plasîears personnes ( hommes on femmes) coa?aincnes d'espionnage : la femme Auberlin fol condamnée à être altacbée au pilori pendant trois jours consécutifs , deux heures chaque fois , et à être ensuite enfermée A Bicèlre pendant trois ans. D'autres eurent la télé et les sourcils rasés , et furent reconduites aux ayant-postes. Quant aux espions , on en fusilla plusieurs.
AN 11 DE LA RÉPUBLIQUE (4793). XViU® SIÈCLE. 993
Hommes et mmûtions s'épuisaient avec rapidité; il n'y avait aucmi 8ecom*s à attendre de la part , soit des départements voisins y soit de Fétranger , tandis que l'armée de la Convention se renforçait continuellement par Farrivée, soit de bataillons de gardes nationaux , soit de troupes de ligne. Ainsi , obligée par une capitulation à ne plus servir contre l'armée austro-prussienne , la garnison de Valenciennes fut envoyée par la Convention a l'armée de Dubois-Crancé; elle arriva pendant les premiers jours de septembre , et ce fut un auxiliaire précieux : elle se composait de deux mille soldats valeureux et exercés à la guerre : on leur confia le service des postes les plus importants ^ Rien n'égalait le dévouement et la constance des assiégés : ils s'illustraient tous les jours par de beaux faits d'armes; mais tout ce qu'ils pouvaient faire , c'était de résister , et ils n'y réussissaient pas toiqours. Leur courage était d'autant plus admirable qu'ils avaient à combattre un ennemi implacable , et dont les moyens d'attaque devenaient de jour en jour plus formidables.
L'argent conunençait à manquer : on créa , sur la proposition de Régny, un papier-monnaie jusqu'à concurrence de quinze cent mille francs ; il consistait en bons ou mandats de la valeur de vingt-cinq sous à quatre cents livres , remboursables en assignats. Les marchands et fournisseurs de subsistances échangeaient ces mandats obsidionaux à l'Hôtel-de-Ville , lorsqu'ils en présentaient pour une somme de quatre cents livres. Un hasard malheureux fit que le papier des bons de vingt-cinq livres portât des fleurs de lis dans son filigrane : des plaintes s'élevèrent ; on exigea une autre émission de ce papier , ou une apposition nouvelle du timbre sec^ Précy adressa , le 3 septembre , aux habitants de Lyon une proclamation par laquelle il les invitait à persévérer : « Gtoyens, leur disait-il, les bombes , les boulets M rouges n'ont point atterré votre courage ; continuez , braves
1. — Proclamation des représeutanU du peuple, euToyés près rarmée des Alpes, aux citoyens composanl la garnison de Valenciennes , destinés à l'armée devant Lyon , actuelle- BMt à Màooo. Fait au quartier général de la Pape , le 6 septembre 1 793. Mtmiiuêi , imprwi, de tjtrméê, in-lbl.
S. .. Extrait du procéa-verbal de l'assemblée des commissaires des sections , du 3t août t79S. LvofUi A,-y. Delarochê, 1793, in-fol.
99ft XVUl® SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
« Lyonnais! J'aime à rendre justice aux sentiments qui roiis « animent ; mais je voue au mépris et à la haine publique ceux c< qui , cédant à la crainte , osent trahir une si belle cause. Vous « défendez celle de la République entière. » *
Cependant le bombardement continuait , et de nouvelles attaques des postes avancés se succédaient à peu d'intervalle. Le pont Morand rendait de très grands services aux assiégés pour leurs communications de Fune des rives du Rhône à l'autre ; on résolut , au quartier général , d'en faire sauter quelques arches. Trois brûlots lancés de la Pape descendirent le fleuve , et s'avancèrent le long du quai de Retz; il n'y avait pas un moment à perdre. Un courageux citoyen, Tourtoulon de la Salle, entra dans un petit bateau , remonta le courant , et parvint à saisir et à retirer des brûlots les mèches enflammées. Sur d'autres points, les Lyonnais éprouvaient des échecs graves et irréparables; toute leur valeur ne les protégeait pas assez contre les forces supérieures qui les accablaient. Dans la nuit du 13 au 1& septembre , le bataillon républicain de laDrôme, composé de quatre cent vingt honmies , partit du camp de Limonest avec deux pièces de huit , deux obusiers et deux pièces de quatre qu'il traînait , aidé par les paysans , le long de chemins affi*eux , attaqua Grézieu à dix heures du soir , et fit un feu terrible contre le poste qui occupait le village. Surpris par l'ennemi , les Lyonnais firent leur retraite en (désordre sur FrancheviUe : cinq cents fusils abandonnés sur la grande route tombèrent au pouvoir des troupes de la Convention , qui établirent leur camp à Graponne. Non loin de là , les Lyonnais essayaient de s'emparer de la redoute placée à la Tour-de-Salvagny , et étaient repoussés après avoir essuyé une grande perte.
Ils n'étaient plus les maîtres à Saint-Etienne ^ : obligés d'abandonner cette ville aux troupes de la Convention , leurs bataillons
1.— Proclamation du géoéral. Signé Précy, 3 septembre 1793. Lifon, A.-V. Marochef in-4oetin-fol.
^. — « Dés que nous sômes la prise du détachement (celui que le général Nicolas conduisait), nous sentîmes que nous ne devions plus compter que sur nos propres forces; et après noiu être concertés, dans cette fâcheuse circonstance, avec nos collègues Laporte , Javogues et Revercbon , nous primes un parti dangefeux mais nécessaire : nous détachâmes de la Guillotiére mille hommes de troupes aguerries , avec du canon de huit et quelques pièces de quatre
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIll* SIÈCLE. 995
peu nombreux et les Forésiens leurs auxiliaires se replièrent sur Montbrison , et culbutèrent un rassemblement de paysans cpii s^ctait posté sur la route, à Salvizinet auprès de Feurs, pour barrer le passage. Une colonne lyonnaise qui avait pris une autre route n'eut pas le même bonbeur : entourée à Cbazelles par les républicains , et écrasée sous leur nombre, elle se dispersa. Trois cents hommes , débris des troupes forésiennes et lyonnaises, se réunirent à Duerne , prirent le chemin dTzeron et parvinrent à atteindre le faubourg de Saint-Just , amenant avec eux des chevaux et une certaine quantité de vivres. Lyon n'eut plus rien à espérer du Forez qui Tavait admirablement servi ; il était resserré dans une enceinte de jour en jour plus étroite. On commençait déjà , au commencement de septembre , à y souffrir cruellement de la disette des vivres. Il n'y avait plus dans Lyon qu'une petite quantité de blé ; on réserva le pain de froment et de seigle pour les combattants, et on fît pour les autres citoyens du pain d'avoine. On aurait eu d'ailleurs du blé qu'il aurait été difficile de le faire moudre : tous les moulins sur le Rhône avaient été mis hors de service par le canon de M ontessuy ; le riz manquait , la viande devenait de plus en plus rare ; mais on avait abondamment encore de l'eau -de -vie et du vin. Des espions tenaient Dubois -Grancé par&itement au courant de la situation de la place. Pressés par les invitations des représentants et bien plus encore par la faim , grand nombre d'ouvriers , accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, sortirent de la ville et coururent chercher des aliments aux camps ennemis de la Guillotière et de Galuire. Les représentants du peuple avaient d'abord accordé quelques aliments aux femmes, aux enfants et aux vieillards qui sortaient de la ville; ils restreignirent beaucoup ces secours, et finirent par les supprimer complètement pour accélérer la reddition de Lyon par la famine. Sorti le 15 septembre par la route de Vaise, un bataillon lyonnais tenta de débusquer les républicains de leur position de Craponne , et n'y réussit point. Dans la nuit du
pour pasier le Rhône à Saint-Vallier et se iiorler sur Saiiit-ElieDiie , tandis qa'un officier distingué par son mérite et son patriotisme devait se rendre à Roanne pour y faire lever le peuple et aller s'ëroparcr de Monlbrisoii... L'expédition réussit parrailerocnt. •• {Compte-rendu de DHhoii-Crancé , p. 30.)
996 XVill** SIÉCLB. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON
même jour, les troupes du camp de Montessuy se jetèrent avec fureur sur la redoute de la maison Neyrat, s'en emparèrent et réussirent à s'y maintenir, malgré les efforts désespérés des Lyonnais pour reprendre leur position.
Le blocus de la ville était complet le 17 septembre ; pas an homme à cheval n'aurait pu franchir les portes sans être arrêté: dès ce moment le siège changeait de &ce, et la situation de Lyon devensdt infiniment plus critique. De nombreux bataillons de gardes nationales avaient été amenés de F Auvergne par Gouthon; soixante mille ennemis fermaient toutes les issues, et menaçaient chaque jour d'un assaut. Le 19 septembre , Pouget , adjudant général, et Walter^ chef d'escadron du premier régiment de hussards , marchant à la tète d'un détachement de la garnison de Valenciennes , assaillirent le poste de la Duchère : une vive fusillade partit des collines voisines , et favorisa ce mouvement. Accablés par ce feu meurtrier, les Lyonnais cédèrent. Maîtres de ce point important , les généraux de la Convention eurent toute la facilité désirable pour bombarder non-seulement le faubourg de Vaise , mais encore une grande partie du quai de Saône. Couthon écrivait quelques jours après à la Convention : « Nos « affaires à Lyon vont bien ; un bataillon ou plutôt un rocher ce du Puy-de-Dôme s'est détaché, et a roulé sur le faubourg de « Vaise; depuis le 21 , nous en sommes en possession. »
Interrompu pendant quelques jours , le bombardement recommença avec violence. Dans la nuit du 23 au 2/i, à minuit, le général républicain Petit-Guillaume assaillit vigoureusement les redoutes de la Croix-Rousse , et fut repoussé. 11 se transporta aussitôt sur un autre point , au pont d'OuUins , où il trouva Dubois-Crancé, les volontaires du premier bataillon de l'Ardèche et un détachement de dragons à pied du cinquième régiment : on avait résolu l'assaut de la très forte redoute qui protégeait les abords de la Mulatière. Il s'agissait d'attaquer de front et à découvert sur cent toises de longueur une batterie défendue pa^r trois cents Lyonnais , de forts retranchements , un fosse de trois mètres de profondeur , et un pont garni de chevaux de frise sous le feu de maisons crénelées des deux côtés de la route. Ces obstacles n'arrêtèrent pas les républicains : en dix minutes ils forcèrent le pont , détruisirent les retranchements , mirent le feu
AN II DE LA EÉPCBLIQUS (1793). XVIIl' SIÈCLE. 997
aux maisons, et tournèrent les canons de la redoute. On accusa le général Rimbert de ne pas avoir tenu aussi bien et aussi longtemps qu'il aurait pu le faire; il s'était cependant très bien battu. Contraint à la retraite , il se replia sur les redoutes du pont de la Mulatière.
Trop lent au gré' de la Convention , Kellermann fut destitué , et remplacé d'abord par le général de division de Lestrade, puis par Doppet. Celui-ci se hâta de venir prendre le commandement de l'armée : il fit aussitôt la revue des postes avec Dubois- Grancé , et fit les dernières dispositions pour de nouvelles attaques. Une affaire très cbaude s'engagea ce jour-là même, sur les hauteurs de Sainte-Foy , entre deux mille hommes conduits par Précy et les troupes du général Pilon , qui avait sous ses ordres un officier lyonnais destiné à une grande fortune militaire, Suchet. Précy attaqua vivement, tua beaucoup d'hommes à l'ennemi , mais ne réussit point à débusquer les républicains de la redoute dont il aurait voulu s'emparer. Sur un autre point , à Cuire , trois mille des meilleurs soldats de la Convention se jetèrent sur un poste avancé que défendaient vingt-cinq hommes bien retranchés. Bientôt les murs du cimetière furent escaladés, non sans une perte considérable de la part des républicains; mais le cimetière fut pris par le général Petit - Guillaume , qui s'y installa et poussa ses avant -postes jusqu'aux portes de la Crpiz-Rousse, dont le général Grandval avait le commandement Dans la nuit du 27 au 28 , un bataillon républicain les assaillit et franchit la porte du centre; mais il fiit reçu par une fusillade bien nourrie et par de telles décharges d'artillerie, qu'il se retira précipitamment. Le brave lyonnais Gingenne, commandant du poste important établi dans les jardins de la maison Combe, eut la jambe droite mutilée par un boulet de canon; dans la matinée du 27 , Bouchet père fit l'amputation du membre blessé. '
1. ^Giogenne (Bcooit) était charcutier; il échappa non-seoleroent au grave danger que lui fit courir sa blessure , mais encore aui poursuites qni furent dirigées contre lui après la prise de la ville. Caché au domicile d'une femme qui lui était dévouée , le brave commandant de la batterie Combe parvint à se réfugier à Morges , en Suisse. Nommé chevalier de Saint-Louis par te comte d'Artois en 1SI4 , il obtint une pension de la ville eo IS16 , et mourut en 1S25. (Notice sur Bcnoti Gingi;uiie , par N. Pasaeroo). Lyon, J,»M. Barrei (sans
Lyon tenait toujours ; ces engagements partiels coûtaient la vie aux meilleurs soldats de la Convention, et ne finissaient rien. Dubois-Grancé et Doppet organisèrent pour le 29 une attaque générale sur quatre points principaux, Sainte-Foy, Saint-Just, les Broteaux et Perrache : elle commença à cinq heures du matin. Un sergent de la redoute qui couvrait le coteau de Sainte-Foy avait porté le mot d'ordre aux républicains; Doppet se mit à la tête de la colonne d'attaque : c'était une affaire décisive. Précy accourut avec sa petite cavalerie, et se battit en désespéré; mais Doppet fiit le plus fort , il s'empara de neuf pièces de canon et fit beaucoup de prisonniers , au nombre desquels se trouva l'évéque constitutionnel Adrien Lamourette. Toutes les hauteurs de Fourvière furent aussitôt couvertes de batteries qui foudroyèrent Fourvière, Saint- Just , Saint-George et Saint- Irénée , dont l'importante redoute tomba également au pouvoir de Tennemi.
Pendant ce temps un combat terrible s'engageait à la Mulatière : tout avait été disposé pour Faire savter le pont ; mais , soit négligence, soit trahison, soit impossibilité d'exécuter les ordres, x)n n'en fit rien. Les républicains le franchirent, prirent d'assaut la redoute et débouchèrent sur la chaussée Perrache au pas de course, après avoir culbuté le général Rimbert. C'était encore un moment critique : Précy, descendu de Sainte-Foy où il n'y avait plus rien à faire, accourut précipitamment suivi de sa cavalerie et de quelques débris de ses bataillons , et emmenant avec lui deux pièces de campagne. Cette petite troupe se précipita sur le bataillon de l'Ardèche , qui continuait à s'avancer sous la conduite de Suchet; ce fut un choc terrible dans cet espace resserré : une batterie républicaine , placée sur l'autre rive du Rhône , tonnait sur les Lyonnais. Enfin Précy l'emporta; il refoula le bataillon de l'Ardèche au-delà du pont ; beaucoup de républicains s'étaient enfuis par les sentiers qui coupaient les marais de la presqu'île , la plupart y périrent. Les Lyonnais s'emparèrent de plusieurs pièces de canon, et élevèrent un retranchement provisoire à la tète du pont de la Mulatière. C'était un beau fait d'armes , mais sans résultat décisif.
<late), in-8®. — Le Journal des DébaU a publié, ilans l'hirer de 1846-1847, un roman-feuilleton intilulé : Gingenne , ou Lyon en 1793 , par M. Horace Badon.
AN II DB LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIll*' SIÈCLE. 999
Une autre attaque était faite simultanément aux Broteaux, sur la redoute Chenelette, par les républicains qui s'obstinèrent pendant quatre heures à s'y maintenir, tantôt victorieux, tantôt repoussés , mais enfin rejetés jusque sur leurs retranchements de la Part-Dieu : plusieurs officiers lyonnais, Gheneleite , Duffieux , Gharcot de Villiers et Girard , entre autres , combattirent avec une ^ande intrépidité. Le principal quartier général fiit établi , le lendemain de cette journée, à Sainte-Foy : là se tenaient les représentants Couthon et Maignet , et le général Rivaz.
Ainsi l'attaque générale avait échoué sur plusieurs points , mais son succès avait été complet à Sainte-Foy , et c'était là que se trouvaient les clefs de la ville. Fourvière était dominé ; Lyon ne pouvait se défendre longtemps encore. Dubois-Crancé écrivit à la Convention : « Les Lyonnais , attaqués sur quatre points à c< la fois , le matin à cinq heures , ont été repoussés partout ; « leurs redoutes sont emportées ; nous sommes à Perrache , aux « Broteaux et à Sainte-Foy. L'horizon est en ce moment chargé « de flammes et de fumée : tous les Broteaux sont incendiés; « Perrache commence à brûler , il fait un grand vent. Vive la «( République ! — On apprend à l'instant que les troupes de la « République ont pris deux pièces de canon sur les rebelles. ^
$ VIII. Les lenteurs du siège de Lyon fatiguaient beaucoup la Convention , qui ne comprenait pas une résistance aussi prolongée : elle témoigna plusieurs fois son \if mécontentement ; remplaça, comme on l'a vu, Kellermann par Doppet auquel elle croyait plus d'énergie, et adjoignit à Gauthier et à Dubois- Crancé trois autres représentants, Couthon, Châteauneuf-Randon et Maignet : ce qu'elle voulait, c'était qu'on emportât de vive force la ville rebelle. A peine arrivé sous les murs de Lyon , Chàteaiu^euf-Randon avait adressé une sommation auK habitants : « Ouvrez vos portes , Lyonnais , ou la vengeance du peuple est « prête à éclater sur vous. » Il reçut le lendemain cette réponse : c( Le peuple de Lyon périra tout entier avant de livrer la ville « à l'exécution des décrets de sang et de pillage que la supposi- <« tion d'une rébellion a fait lancer contre lui ; quarante-quatre (( jours de bombardement ont prouvé que son courage était « inébranlable. Si vous parveniez à anéantir une ville immense ,
c< paisible et indastrienx objet de l'orgueilleuse jalousie de ses « ennemis , notre dernier cri serait encore , comme il Fa ton* « jours été y celui de l'égalité et de la liberté , de la Républiq[iie' « une et indivisible, de Tobéissance aux lois et du respect des « personnes et des propriétés. » Les Lyonnais demandaient que le siège îàt levé , et que la Convention consentit à entendre leurs députés.
Elle n'était nullement disposée à faire de si grandes concessions : les lettres contradictoires qu'elle recevait de ses généraux excitaient de plus en plus sa colère. Châteauneuf-Randon lui écrivait le 29 : «< Nous serons ce soir dans Lyon ; » et le général Sandoz , en lui rendant compte de l'avantage qu'il prétendait avoir remporté à Perrache , s'exprimait en ces termes : « Si les « rebelles sortent de leur viUe , il faudra qu'ils s'en échappent « en ballon. » Cependant Lyon résistait toujours. Barrère témoigna son mécontentement et son étonnement : phis indigné encore , Billaud-Varenne demanda le rappel immédiat de Dubois- Crancé et de Gauthier /les seuls des représentants , disait-il, qui n'avaient pas été d'avis d'attaquer Lyon de vive force. Il fit observer que Dubois-Crancé , général en même temps que représentant y avait intérêt à la prolongation du siège. La Convention ordonna le rappel des deux députés.
Couthon arriva le 3 octobre sous les murs de Lyon , vit aussitôt les généraux ainsi que les représentants ses collègues , et leur exprima sa profonde surprise sur la situation du siège : « Dans « un grand mouvement populaire, leur dit-il, je ne reconnais « point de tactique : une attaque à force ouverte est le seul « moyen qui soit digne d'un peuple tout-puissant. » Il accorda, avec beaucoup de peine , deux jours pour occuper les redoutes de Fourvière qui dominent la ville. Ce délai écoulé, ni la ville ni les redoutes n'avaient été attaquées; alors Couthon s'emporta, et déclara qu'il voulait absolument en finir : a Ces lenteurs , « disait-il , viennent de cette erreur capitale : que le système <c suivi pour des troupes de ligne convient également à Farmée « du peuple. On veut toujours de la tactique ; et la tactique , « c'est l'opium des insurrections populaires. » Couthon voulait qu'on précipitât sur les Lyonnais les masses compactes des gardes nationales et des bataillons de la ligne. B demand!ait aTCc
Aîf II DE LA BÉPUBLIQUE (1793). XVÎll* SIÈCLE. lOOl
dédain queUc résistance des mnrailles démanlelées pouvaient opposer à l'irrésistible assaut de soixante mille hommes, ap* puyés par une formidable artillerie ; on lui répondait qu'il était inutile de sacrifier des soldats , puisque la prise de Lyon par fiimine et sans tirer un coup de fusil était infaillible. Les généraux montraient le péril d'attaquer à découvert des redoutes auafli formidables que celles de Fourviére, et promettaient de réduire en peu de jours , par le seul effet du blocus , une viDe qui n'avait plus ni vivres ni munitions. Cet avis ne fut pas écouté, et celui de Gouthon prévalut. Une attaque générale fut résolue pour le 8 octobre.
Depuis la malheureuse journée du 29 septembre les Lyonnais jouissaient de quelque répit; ils n'avaient pas été vivement assaillis. Ainsi que l'avait dit Couthon , ils manquaient de munitions et de vivres ; toutes leurs batteries extérieures avaient été emportées, deux de leurs faubourgs appartenaient à l'ennemi: il leur restait pour unique moyen de défense les deux redoutes qui conunandaient l'embranchement de Trion ; celle de Gingenne , h la Croix-Rousse , la redoute désormais inutile du pont Morand, et les insuffisants retranchements de la tète du pont de la Mulatière.. Sur plusieurs points la ville était ouverte ; quelques compagnies de chasseurs stationnaient sur le chemin de Vaise, et quelques postes étaient disséminés çà et là : il ne restait pas trois mille combattants. Les avant-postes républicains occupaient les premières maisons à l'entrée de la ville; toutes^ les hauteurs , enfin, étaient au pouvoir de l'ennemi. Telle était la situation au 8 octobre , elle était désespérée : Précy ouvrit une négociation dont l'unique objet était de gagner du temps , pour sortir de la ville avec les débris de Tarmée et les citoyens les plus compromis ; mais il avait affaire à un ennemi méfiant et bien informé.
Le 7 octobre, les représentants du peuple adressèrent aux Lyonnais une sommation dernière : « Habitants de Lyon , leur « dirent-ils , réfléchissez. Nous vous sommons encore , au nom « du peuple finançais levé contre vous , d'ouvrir vos portes , de « poser les armes et de livrer les scélérats qui vous trompent > « vous oppriment et vous perdent : à ce prix , nous sommes vos » frères. Nous donnons ordre de suspendre le bombardement ju9- « qu'à quatre heures du soir; si à cette heure votre réponse n'cvSt
1002 XVlll^ SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
« pas arrivée, le feu du peuple reprend, et ne cessera plus que « la justice nationale ne soit satisfaite.» Il y avait lieu à délibérer : les administrateurs du département convoquèrent les trentedeux sections; mais cette réunion prit du temps, et, le délai étant expiré, le feu recommença. Ce fiit dans la Loge du Change que les sections se rassemblèrent ; les membres du Comité de salut public et du Comité militaire étaient en permanence à THôtelde- Ville, songeant aux moyens de gagner du temps pour faciliter l'évasion de Précy. On ne pouvait songer à une capitulation, la Convention n'en voulait pas, et c'était à discrétion qull fallait se rendre ; le général lyonnais Arnaud adressa dans la journée à ses troupes une proclamation énergique, mais qui ne changeait rien à l'état de la question. Toute résistance sérieuse était impossible : des attroupements de jacobins commençaient à se former; jusqu'à ce jour comprimés et perdus dans la foule , les amis de Chalier sortaient de letirs retraites et se ralliaient. Trente -deux députés des sections se rendirent au quartier général ennemi , à Sainte-Foy : ils avaient reçu la mission de traiter de la reddition de la ville , et devaient refiiser de livrer aucun des citoyens compromis ; mais , dans la situation désespérée des affaires , il n'y avait pas de conditions à exprimer. Couthon signifia aux commissaires qu'il n'y avait pas lieu à délibérer : l'ordre d'entrer dans la ville fut donné aux troupes.
Pendant ce temps Lyon s'abandonnait lui-même; les postes qui tenaient encore furent désertés; leurs défenseurs avaient reçu l'ordre de les évacuer, et de se rallier à Vaise pour la retraite. Avertis tard des intentions du général , des canonniers, à Trion , furent les derniers à tirer sur l'ennemi ; ils quittèrent à regret la batterie, et firent leur retraite par Champvert et Gorge-de-Loup. Le bombardement n'avait pas cessé ; plusieurs maisons de Saint- Just et le collège de Saint-Irénée étaient en* flammes. C'est à la lueur de l'incendie que les premiers bataillons de la Convention entrèrent enfin dans le £siubourg de Saint-Just et pénétrèrent au cœur de la ville subjuguée , mais non soumise. '
1. — Voici le chiffre de la quanlilé des muoitious et projecliles que les atsiégcaiils consommèrent pendant le tiége : boulets , 27,691 ; bombes , 1 t,G74 ; obus , 4,641 ; cartouches à halles pour le canon, 5,377; cartouches à hisil , 826,136; poudre de guerrt* , 148,766 kilogrammes.
AN II DE LA RÉPUBLIQUK (179S). XVIll*' SIÈCLE. lOOâ
S IX Avant de raconter l'entrée à Lyon des généraux et de larmée de la Convention victorieuse , je suivrai Précy dans son mouvement de retraite , jusqu'au moment où le sort de ses derniers compagnons d armes sera décidé.
Précy avait fait pour la défense de la ville tout ce qu'il était possible de faire ; il avait résisté pendant soixante-deux jours à une armée bien supérieure en nombre à la sienne et munie d'un énorme matériel de siège, et non-seulement il s'était défendu, mais encore il avait remporté des avantages signalés dans plusieurs rencontres. Toute résistance étant devenue inutile, soit par la disette des vivres et des munitions , soit par les progrès de l'ennemi * une sortie fut convenue. C'était une extrémité cjuelle , mais aucune autre chance de salut ne pouvait se présenter; et ce n'étaient pas seulement des soldats et des hommes valides qu'il s'agissait de conserver à leurs familles , le général avait encore à sauver une multitude de Lyonnais de tous les rangs, que menaçait la vengeance de la Convention; les chefs des sections , les administrateurs du District , les membres des Comités , grand nombre d'employés civils et militaires , enfin des femmes et des enfants qui ne pouvaient se séparer de leurs époux et de leurs pères. A minuit , Précy envoya aux canonniers des redoutes l'ordre d'enclouer leurs pièces , d'évacuer sans bruit les postes , et de se rendre , hommes et chevaux , dans le parc de la Grande-Claire, à Vaise, au-dessous de la Duchère. Quinze cents hommes de toutes conditions s'y étaient rassemblés; des détachements d'infanterie et de cavalerie y venaient en silence avec tous les effets d'équipement qu'ils avaient pu ramasser : toute cette masse confuse sentait la nécessité de faire diligence, et de s'entourer de silence et de réserve. Il ne pouvait être question d'une retraite militaire faite selon les règles de la tactique et selon un plan combiné d'avance, les circonstances ne le permettaient point. Cependant Précy essaya de mettre quelque ordre dans ce pèle-méle : il divisa ses hommes en deux colonnes qui devaient se suivre , au départ , à demi-heure de distance. Forte d'environ douze cents combattants , dont cent cinquante cavaliers , l'avantgarde emmenait environ trois cents citoyens sans armes et marchait sous la protection de six pièces de quatre. Précy en prit le commandement; Virieu conduisait l'arrière-garde , composée
lOOb XVI II® SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
d'eaviroii trois cents hommes : il avait deux pièces de quatre , était chargé du caisson dans lequel se trouvait le trésor l'armée. C'était la nécessité qui avait tracé l'itinéraire : Précy proposait de remonter la Saône jusqu'à Trévoux en évitant U engagement, de gagner le plateau de la Bresse, et de marc] sur le Jura par Saint-Claude. Les Lyonnais se mirent en marc le 9 octobre , à deux heures du matin.
Quelque connaissance qu'eût Précy de la vigilance de s ennemi , il ne s'en était point fait cependant encore une i( suffisante. Dubois-Crancé avait tout prévu, savait tout, obs vait tout , et avait pris ses mesures pour qu'aucun Lyonnais lui échappât. L'heure et l'itinéraire de la sortie lui étaient c( nus , des espions le tenaient au courant des moindres mou' ments de la colonne; de forts détachements d'infanterie gardais les passages , des escadrons de cavalerie les appuyaient ; i canons en batterie garnissaient les hauteurs ; enfin , avertie ( puis phisieurs jours , la population des campagnes s'était lei en masse , et se disposait à tomber sur les fugitif dès qu' paraîtraient *
La colonne avait dépassé la plaine qu'on nomme le Plan Valse , et elle commençait à s'engager dans le chemin de SaiJ Cyr, lorsqu'elle reçut, {presque à bout portant, les décharges
1 . ^- Tels ATaient été , au reste , les ordres do Comité de saint public ; il écrÎTait aux re\ setitaots du peuple qui dirigeaient le siège : « Enfin les rebelles sôot tmocus , soal-ib I
• exterminés? Comment se fait-il que deux miUe se soient éyadés? est-ce qu'ils ont pi « sur les rangs de nos soldats? Point de faiblesse, point de grâce, que tous soient frap| « N'épargnez que les patriotes et les indigents persécutés par tes riches. » ( GasefU nm nalê , on le MonUenr umiverself le S9 du 1^ mois , an II.)
Doppel avait annoncé , pi»r une lettre A la ConTentioo , la prise de Lyon el l'évasion rebelles : « Il est pourtant probable , di^ail-il , qu'ils n'iront pas à deux lieoes ; plusi< « colonnes les cernent , pendant le temps que je dispose des forces militaires dao - ville , pour nous mettre à l'abri de la trabison , de même que pour y maintenir l'ordpi Cette nouvelle excita une vive indignation au sein de la Convention : « On vous apprti « s'écria Bourdon de l'Oise , que Lyon est pris , mais que tous les hommes armés en fl m sortis; il est inouï qu'une pareille chose arrive quand une ville est bloquée... On v *• prépare de nouveaux mallievrs ; ils vont aller foire une Vendée de la Losère : il vaad
• mieux que Lyon ne fût pas pris. » Fabre d'Eglantine parla dans le même sens ; il cro; que trente mille Lyonnais avaient pris la fuite , mais il ne savait s'ils étaient sortis par P racbe ou par Vaise. Albîlte défendit Doppet et le ministre de la guerre , que Bourdon l'Oise tasait d'imbécilité.
AN II DE LA RÉPUBLIdUE (1793). XVIll^ 81ÈCLB. 1005
cinq batteries. Prise de face et en écharpe, elle passa cependant, mais non sans éprouver une perte considérable. Le jour commençait à poindre quand elle atteignit Saint-Rambert : une violente canonnade Taccueillit aussitôt qu'elle parut; il y eut de l'hésitation dans ses mouvements , et pendant quelques instants elle s'arrêta. Engagés dans une sorte de ravin, les Lyonnais succombaient sous un feu meurtrier , et n'avaient aucun moyen de nuire à l'ennemi. Embusqué avec des canons à l'Qe-Barbe, le général Petit-Guillaume lança deux escadrons de hussards et mille hommes d'infanterie contre l'avant-garde qui recula. Pendant ce temps l'arrière - garde était écrasée auprès de Roche- Gardon, et perdait Virieu son chef et la caisse militaire qui contenait cinq cent mille livres en louis d'or, vingt mille firancs en assignats et cinq cents marcs d'argent en lingots. Un obus avait fiut explosion dans ses rangs par accident , et tué quelques honmies. Ce début de la retraite était terrible.
Quand les débris de la colonne eurent atteint Saint-Gyr ( on ne saurait leur donner le nom d'armée ), Précy. avait encore avec lui deux pièces de canon qu'il fut impossible de conduire plus loin ; on les encloua. Il n'espérait plus traverser la Saône ; des forces supérieures gardaient tous les passages, et occupaient des positions inexpugnables sur le terrain si accidenté de ce versant du Mont-d'Or. On ne pouvait plus continuer à s'avancer en colonne, le plus sûr c^était de s'éparpiller en groupes peu nombreux : un détachement s'obstina à descendre vers la rivière ; il fut atteint par la cavalerie ennemie , et périt tout entier. Précy , suivi de quelques centaines d'hommes, arrive au château de Poley mieux et se dirige sur Morancé ; mais le tocsin retentit de toutes parts : des paysans sont embusqués derrière des murs ou des haies ; ils font feu sur tous les hommes isolés , se jettent sur eux après les avoir renversés , et les dépouillent. Ge sont les ennemis les plus dangereux ; leur connaissance parfaite des localités laisse aux fugitife peu de chances de salut. Deux cents hommes environ, exténués de faim et de fatigue, sont assaillis au Bois-d'Oingt par des gardes nationales de la campagne ; beaucoup succombent : le reste, qui a continué sa marche rapide, rencontre auprès de Bagnols un attroupement de paysans , des troupes de ligne et un escadron de cavalerie. Tous les villages
sont hostiles , partout un péril imminent de mort se présente. Enfin quatre-vingts hommes environ, dernier tronçon de la malheureuse colonne , ont atteint un bois sur une des crêtes de Saint-Romain-de-Popey , près de la route de Tarare ; mais ils ont été suivis de près par les hussards et les dragons , et des masses de paysans armés les environnent de tous côtés. Dans ce moment suprême , Précy se détermine à se séparer des Lyonnais que leur extrême fatigue a livrés enfin à Tennemi : il s*échappe accompagné de deux hommes , dont Fun connaît bien le pays. Tous trois désespèrent cent fois de leur salut ; ils se cachent le jour dans des taillis ou dans des cavernes, marchent la nuit , évitent les lieux habités $ et voient fréquemment passer auprès d'eux des paysans qui vont à la chasse des Lyonnais. La faim , la soif, le froid, le sommeil les accablent; ils continuent cependant à fuir dans la direction du nord; et après des périls inouïs, mille fois renouvelés pendant huit mortelles journées , Précy parvient enfin à franchir la frontière suisse. Le commandant de Ghenelette a réussi également à se sauver. <
Dépouillés et maltraités par les paysans , les Lyonnais faits prisonniers à Saint-Romain-de-Popey n'entendaient autour d'eux que des cris de mort , et ils furent plusieurs fois au moment
1. — Voici eu quels lermes Châleauueuf-Raudon rendit comple h la Convention <le la destraclion de la colonne lyonnaise :
« Au quartier général de Limoiiest, le 10 octobre 1793. — Les rebelles furent poursuivis par « les détachements de la Charente , de la C6te-d'0r , de l'Arriége et des Gravilliers ; du m 1er régiment de hussards, du 9« et du 18* de dragons, et du ci-devant Pologne cava- « lerie , dont la plupart étaient entrés les premiers à Lyon avec le général Doppet et moi. « Revercbon , qui était particulièrement attaché au camp de Limonest , formé en face de « Vaise , a bientôt fait réunir toutes ses forces pour courir après ces scélérats qui , suivant « tous les rapports , ne doivent cependant effectuer leur sortie que par Montessuy et la Pape, •• pour gagner la Suisse, et où nos divers collègues avaient pris, avec tous les généraux, « les précautions convenables. La poursuite a été si active que les deux colonnes de ces « rebelles ont été dispersées , que six cents ont été tués , que six cents autres se sont ren- « dus après avoir abandonné leurs armes dans les vignes. Tout le reste de leur train en « artillerie, en vivres et en trésor a été pris. Ce dernier était composé d'un million eu assise gnats. Ou estime la destruction de ces contre-révolutionnaires , depuis leur sortie de Vaîsc , « à douze cents et à six cents prisonniers ; cependant un plus grand nombre d'armes ont été m ramassées , et , si l'on peut croire à la sincérité de quelques rapports , dans une ville si m longtemps rebelle , ils n'étaient que dix-huit cents à deux mille en sortant de Lyon. »
Dans la séance du 23 du 1er mois , les représentants du peuple , Gauthier et Dubois- Craucé , furent décrétés d'arrestation par ta Convention.
AN H DE LA RÉPUBLIOUE (1793). XVHl* SIÈCLE. 1007
d'être massacrés. On leur lia les mains derrière le dos; on plaça les blessés sur des charrettes, et tous furent dirigés sur Lyon par la route de Paris. Leurs dangers recommençaient au passage de chaque village : hommes , femmes, vieillards et enfants accablaient d'injures et de coups des malheureux obligés de se traîner à demi-morts de faim et de froid, par une glaciale journée d'octobre, sur une route couverte d'une boue épaisse. On les jeta dans la prison de Saint-Joseph , où les attendaient de nombreux compagnons de misère; ils ne devaient pas avoir longtemps encore à souffrir. ^
1. — Une relation du siège de Lyon exigerait un nombre de volumea considérable si l'écrivaio toolait n'omettre aucun épisode , aucun des innombrables faits particuliers, aucune des pièces officielles qui s'y rattachent. J'ai dit autre part que plus de trois mille écrits avaient été publiés à l'occasion de cet événement mémorable ; leur analyse a été beaucoup trop négligée par les historiens , elle leur aurait fourni une foule de renseignements d'une grande importance.
J'ai cru devoir écarter à peu près tous les faits individuels , d'abord parce qu'ils ne rentraient pas directement dans le cadre , nécessairement étroit , d'une histoire générale ; et ensuite (c'est la raison principale), parce que le plus grand nombre n'ont pas un caractère suffisant d'authenticité. Chacun a son anecdote particulière h raconter sur le siège de Lyon , et ce sont toujours des témoins ou des acteurs qui parlent. Un écrivain très estimable n'a pas érité cet écucil ; il a rempli son livre d'anecdotes , qui ont l'inconvénient du roman , sans en présenter toujours l'intérêt ': quelques-unes ont un fond de vérité que gAte fexagéralion ; ainsi une relation fait tuer douze cents des soldats de la Convention , k l'assaut d'une redoute, par vingt -cinq Lyonnais. Les faits d'armes des habitants de Lyon , pendant le siège , ont été assez beaux pour ne rien perdre à être racontés avec simplicité : l'emphase ne grandit pas , elle rapetisse.
Voici lea principaux ouvrages qu'on peut consulter sur le siège de Lyon : ^
GuiLLON Ijéimé). Relation du siège de Lyon, contenant le détail de ce qui s'est passé d'après les ordres et sous les yeux des représentants du peuple français, tondre t , 1794, îo^. — Sur le siège de Lyon et les malheurs qui l'ont suivi ; janvier 1794 , in-8<*. (Voyez, tu chapitre I«r, Tindicafion des autres ouvrages de l'abbé Guillon sur la révolution à Lyon , et celle des Histoires de MM. Balleydier et Morin). — Compte rendu à la Convention nationale des représentants du peuple à l'armée des Alpes , Dubois-Crancè et Gauthier, depuis le 3 mai jusqu'au 14 octobre 1793 (vieux style) , l'an second de la République française , une et indivisible ; par Dubois-Crancé. À Commune- Affranchie , chez Carret , in-8**. — GuBiiB. Histoire de la révolution de Lyon , servant de développement et de preuve à une conjuration formée en France contre tous les gouvernements et contre tout ordre social. Lyon, Rêgmanlt , 1793 , in-8°. — Destmction de la Vendée lyonnaise , ou Rapport des événements y arrivés jusqu'K la reddition de Ville^Affranchie; par E.-A. DoppeL 1793 , iu-4o. — Discours sur le siège de Lyon , prononcé au club des jacobins , à Paris , par le citoyen Dubois- Crancé. Lyon , 1793 , in-8". — Eclaircissement sur la fuite et l'arrestation des fuyards de Lyon, par le général Doppet. Ville franche , 1793 , in-8°. — Rapport sur le siège de Lyon , par le citoyen Doppet , général en ch«f de l'armée des Alpes , publié sur le manuscrit original pir P.-M. Gonon. Lyon, Mothon ^ 18i6 , in-8<*. — Récit sommaire des opérations du siège
1008 XVIU® 8IÉCLB. GONVKNTIOJN JNATIOJNALK. SIÉGK DE LYON.
de Lyon eu 1793, suivi d'une carte des environs de Commuue-iffranchie. Lyon, Marie ^ 1846, in -8^. — Lyon en 1793, procès-verbaux autbeuliques et iuédila du Comité de surveillance de la section des Droits de l*homme pendant le siège. Lyom , DêHtr, 1847 , în-8^. ^-Le Siège de Lyon, oa rhéroisoie répnbiioain , par Mermet ; bi-8^. — Le Siège, ou riiérouiiie républicain , mélodrame à grand spectacle, en un acte et en prose... p par un citoyen de Ville- Affranchie (Macors). Fills- ^ franchie ^ in-8°. — Relation du siège de Lyon , contenant le détail de tout ce qui s'y est passé. Ffênfehâtel ,' 1794, in -8^. — Histoire du siège de Lyoo , ou Récit exact des èvénemeots cfui se sont passés dans cette ville sous le commaudameot de Prècy, et des horreurs qui s'y sont commises par ordre des proconsuls Collot-d'Herbois, Albiite, Fouché et autres scélérats *, par un officier de l'élal-major du siège , échappé du carnage et réfugié en Suisse {Paul-Emilien BiRAva). LtMêannê (Lyon), 1795, in-8*.— LftSTAàDt (i'.-F.). Histoire politique et militaire du siège de Lyon (Prospectus). Cet ouvrage devait contenir des documents inédits , et former quatre volumes in-S^'. — Rapport A la ville de Lyon par M. Defréminville , ci-devant commissaire du roi , et député par la ville en différents départements. Lyont Busand, 1814, in-8®. — Discours de l'abbé Bonnevie, prononcé à Lyon le 5 décembre 1817 , pour l'anniversaire des victimes immolées au siège de cette ville en 1793.
Parte, FakuU, 1817 , iu*8^. — PÈtiiCAVo {Jntoine). Noies et documents , etc Détail
des troubles de Lyon , et relation du siège mémorable de cette ville par l'armée républicaine eo 1793, par J.-B. Petit. Paru, Chattaignon, 1831 , in-18. — Un épisode du siège de Lyon, trait de bravoure d'un Auxonnais ( Bocquillon ). AnxonM , Saunié , 1840, iu-8®. — Siège de Lyon ; Histoire de Comm une -Affranchie , 1789-1796, recueillie dans les conversalions d'un soldat du siège. Lynn , lt«y, 1843 , in-8*. — Bulletins du département de Rhôneet-Loir« , du 8 août au 30 septembre 1793 , imprimés par ordre du Comité général de salut public de Lyon (publiés par M. Charavay ). Paris f Maulde , 1845, in-4*.
En 1824 , l'Académie de Lyoa proposa un prix A l'auteur de la meilleure pièce de vers aur le siège de Lyon ; elle reçut soixante-une compositions. MM. A. Bignan et F. Coigiiet le partagèrent ; en 1825 , M. Montandon obtint une mention honorable. Ce concours donna Ueo aux publications suivantes : Mas&as {Charte*). Le Siège de Lyon, et poésies diverses. Lyon, Durand et Perrin , 1825, in-18. -» Coig.^et (F.). Le Siège de Lyon , poème dithyrambique. Lyon y Pésiettx t 1825, in-8®. — Bigman (J.). Le Siège de Lyon en 1793 ^ poème lyrique, lyott, Batret , 1825, in-8^. — Pbrbnoii {L,-M.), Le Siège de Lyon , poème hislorico-didactique en cinq chants , précédé d'un prologue aux Muses et d'une préface poétique , et suivi d'un grand nombre de faits inédits , de la lettre do général Prècy sur la mémorable sortie des Lyonnais , de chansons de l'époque , de notices biographiques et historiques des personnages des deux partis , et orné du portrait du comte de Prècy. Lyon , Brunet , 1825, iu-8®. — Le Siège de Lyon , dans les poésies épiques de M™* Tastu. — Eloge des martyrs de Lyon , présenté A S. A. R. le duc d'Angoitlème , par A. S. , de Lyon (Alexandre Sonnerai). Lyoti , Boitrsy , 1815 , in -8*. ^ Eloge poétique des victimes du siège de Lyoo , précédé de la description de la cérémonie religieuse qui a eu lieu A l'ouverture du monument des Oroteaux , le 29 mai 1819, et suivi d'un mélange de jtoésies par A. S., de Lyon. Zyofi, Bourêy, 1819 , ln-8*.
Il sera question autre part du monument religieux , aux Broteaux.
En 1828 , l'Académie , sur le rapport de Régny , forma une commission permanente , composée de ceux de ses membres qui avaient pris part aux événements du siège de Lyon , ou qui avaient pu en être les témoins. Cette commission devait recueillir , rassembler et mettre en ordre lous les matériaux propres A élever un véritable monument historique.— Dohis (J,-B.), Histoire de l'Académie de Lyon, IT, 340.
CIIAI>1TRë V.