‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 71 sur 364 · NAPOLÉON A LYON (1800). XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A LYON (1800). XIX* SIÈCLE

(i dont s'enorgueillissait TËurope entière , aura repris sa pros- <( péri té ^ » Le premier consul tint parole : armé d'une petite truelle d'argent , il posa la première pierre des façades , le 1 0 messidor an VIII ; mais l'œuvre de reconstruction ne marcha pas avec autant de rapidité qu'il l'avait désiré. -

Nonuné préfet du département du Rhône, Raymond Verninac imprima une bonne direction à l'administration ; il avait beaucoup de capacité, un esprit modéré , la connaissance des affaires, et le goût des sciences et des lettres. On lui doit un précis de la statistique du département, travail bien imparfait sans doute, mais qu'il ne faut juger qu'en se reportant aux circonstances qui le virent paraître '\ Dubois devint commissaire général de police ; la tranquillité publique fut rétablie pour longtemps. On n'entendit plus parler de querelles de partis, et, protégé par la paix , le premier de ses besoins , le commerce ne tarda pas à revivre. Une chaire de chimie appliquée à la teinture était nécessaire ; le préfet la créa avec l'assentiment des consuls , et institua une école de dessin pour la fabrique : je dirai autre part avec plus de détails ce que firent le préfet et le premier consul dans l'intérêt des sciences , des lettres et des arts à Lyon. On célébra une fête publique en l'honneur de la paix générale ,

1. — Relatiou de la pose de la première pierre des façades de la place de l'Egalité à Lyon , par le citoyen Bonaparte , premier consul de la République française. Lyon , P, Bernard , io-8«. — > Arrêté de la préfecture du département du Rhône , concernant le monument à élever sur la place ci-<levant de Bellecour , maintenant place Bonaparte. Signé : Najac , préfet. Le S brumaire an X. Lyon , Tournachon-Molin , in-fol.

2. -» Plusieurs médailles ont consacré le souvenir de cet événement -, la plus belle fut gravée par Mercier. Elle représente la télé de Bonaparte tournée à gauche , et porte cette légende : « A Bonaparte, réédificatcur de Lyon. >• Voici l'exergue : < R. Verninac , préfet , « au nom des Lyonnais reconnaissants. >• Sur le revers est une couronne de chêne qui contient au centre ces mots : « Vainqueur à Marengu , deux fois conquérant de l'Ilalie , il réta- « blissait la place Bellecour, désormais Bonaparte, et eo posait la première pierre, le 10 • messidor ao VIII de la République , 1er de son consulat ; 1800 (vieux style). >• Il sera question autre part des tableaux de Revoil et de Callet , relatifs à l'entrée de Bonaparte à Lyon.

En 1807 00 plaça l'inscription suivante sur le mur d'une maison que l'on construisait à l'aoglc de la rue du Plat et de la rue Bonaparte : « Le XXIX juin MDCCC , Bonaparte posa « la première pierre de ces édifices ; il les releva par sa munificence.»

3. — Description physique et politique du département du Rhune , par le citoyen Verninac , préfet du département. Zyo/i, BaUanche et Barret , au IX , in-8«.

et une médaille fut frappée à cette occasion. Il y eut à la fin de l'année (^30-31 décembre 1801) un débordement du Rhône considérable : le fleuve se répandit au loin dans les plaines des Broteaux et du Dauphiné et causa ses ravages ordinaires, toujours si tôt oubliés. Du reste, un événement important, dont Lyon fut le théâtre , appela bientôt et fixa longtemps l'attention publique; le premier consul et les membres de la Consulta cisalpine étaient attendus à Lyon.

S II. Après les campagnes dltalie, en 1796 et en 1797, Napoléon avait constitué les Républiques cispadane et transpadane des pays conquis : il mit dans la cispadane Modène, Reggio , Parme , Bologne; située au nord du Pô , la transpadane se composait de la Lombardie autrichienne et d'une partie des Etats vénitiens. Réunies par une nouvelle organisation , elles constituèrent la République cisalpine qui comprenait la Lombardie , Mantoue, Bergame, Brescia , Vérone , Crémone , Rovigo, le duché de Modène , les principautés de Massa et de Carrara , ainsi que les trois légations de Bologne , de Ferrare et de la Romagne. Reconnu par l'Autriche , lors du traité de Campo- Formio, le nouvel état fut détruit par nos revers en Italie pendant la campagne de 1798; la victoire deMarengo le reconstitua, et l'Autriche lui donna son adhésion, en signant , en 1802, le traité de Lunéville. Baignée par deux mers , et située dans d'excellentes conditions topographiques entre les Alpes et TAdige , la République cisalpine était une puissante avant-garde en Itahe : elle se trouvait fortement assise et dans la meilleure situation, soit pour l'attaque , soit pour la défense; la France, qui avait en elle une excellente alliée , devenait maîtresse de l'Italie septentrionale sans établir directement sur elle une domination blessante pour l'amour- propre national, et constituait solidement en état indépendant , attaché à son système , les états riches et peuplés qu'elle avait enlevés à l'Autriche. C'était un premier pas vers une régénération complète de l'Italie , qu'il eût été impolitique alors de laisser deviner.

Mais il s'agissait de donner une bonne constitution à la République cisalpine , et le premier consul avait grand intérêt à ce que l'organisation de cet état fût en harmonie avec la politique

NAPOLÉON A LYON (1802). \i\^ SIÈCLE. 1069

du gouverDemenl français. Convoquer à Milan , dans une yille italienne , les députés chargés de rédiger la loi nationale , c'était courir la chance de beaucoup d'intrigues et peut-être d'un désappointement ; Bonaparte ne pouvait d'ailleurs séjourner en LonaJ)ardie pendant le temps nécessaire à l'élaboration de l'acte constitutionnel : il fit choix de Lyon pour le lieu de réunion des députés. Lyon est a une distance à peu près égale de Milan et de Paris ; il est situé sur le versant des Alpes , et d'un accès facile. Assemblés dans une ville française , les députés cisalpins s'identifieraient davantage avec l'intérêt français, et le contact des deux nations ferait sans doute renaître les relations commerciales qui avaient existé entre le Lyonnais et le Milanais. Telles furent les pensées de Napoléon.

Le projet de la réunion d'une Consulta extraordinaire chargée de donner une constitution à la République cisalpine plut beaucoup en Italie ; un arrêté du gouvernement de ce pays , rendu le 21 brumaire an X , lui donna une adhésion complète. La Commission extraordinaire s'exprima ainsi dans une adresse au peuple cisalpin : « La Consulta, convoquée à Lyon, fondera les bases « de la nouvelle république sous les auspices et en présence du « premier consul ; c'est là que des députés de tous les départe- «< ments et de toutes les classes traiteront des intérêts généraux « d'un peuple entier. Nous invitons les corps administratifs et «< les diverses autorités à procéder sans délai à l'élection de tous « les députés. » La noblesse, le haut clergé , la grande propriété, le commerce , les tribunaux devaient envoyer leurs délégués. L'hiver était rigoureux , le froid extrême et le passage des Alpes difficile ; mais le peuple cisalpin mit un empressement extraordinaire à répondre aux vues de son gouvernement et du premier consul. Bonaparte avait d'ailleurs donné des ordres, et fait de grands préparatifs pour que le voyage à Lyon des députés italiens eût lieu le plus commodément possible. Quatre cent cinquante-deux députés furent nommés ; on remarquait parmi eux d'éminents personnages : l'archevêque de Milan, le vénérable Visconti ; les archevêques de Ravenne et de Césène , les évoques de Pavie , de Bergame , de Lodi , de Crémone ; Marescalchi , ambassadeur de la République cisalpine; Cagnoni, président de la Société italienne des sciences ; Moscati , professeur de

chimie à Tuniversité de Pavie; Volta, le célèbre professeur de physique ; le chimiste Brugnatelli ; Butturini , professeur de langue grecque; Valerîani, professeur d'économie politique à Bologne ; Longhi, de Milan ; Brambilla , le poète Ugo Foscolo, et beaucoup d'autres notabilités. Lyon n'avait jamais reçu de plus nobles hôtes; il les accueillit avec un vif empressement, et n'oublia rien pour leur rendre agréable le séjour qu'ils devaient faire dans ses murs. Le ministre de la République française à Milan, le conseiller d'Etat Petiet, vint aussi; sa p];iésence était indispensable. Talleyrand de Périgord, ministre des relations extérieures , ne tarda pas à le rejoindre , et bientôt la Consulta fiit en mesure de commencer ses travaux K La paix avait élé proclamée ; cette heureuse nouvelle devint l'occasion de fêtes publiques, qui furent célébrées avec allégresse par la population lyonnaise et par celle des campagnes. ^

Napoléon fit annoncer sa prochaine arrivée et celle de Joséphine ; une partie de sa belle garde consulaire le précéda de quelques jours. On attendait l'armée d'Egypte , dont la présence devait ajouter à l'éclat des solennités qu'on préparait. Vingt préfets des départements voisins , plusieurs ministres et divers grands fonctionnaires se rendirent aussi à Lyon. Une adresse du préfet Najac, en date du 29 frimaire an X, indiqua les premières dispositions à prendre. Des gendarmes stationnaient sur la route de Lyon à Tarare et à Villefranche ; ils avaient ordre de se replier de poste en poste dès qu'ils verraient paraître la voiture du premier consul , et trois coups de canon devaient être pour les

1 . — Liste alphabétique des députés à la Consulta cisalpine réunie à Lyon , publiée par le citoyen Marescalchi. Lt/on, J. Roger, \n-%o, — Avis au public , relatif au logement ches les citoyens de Lyon des députés de la République cisalpine , du 7 frimaire an X. Lyon, A, Isroj/, in-fol. — Le conseiller d'Etat, préfet du département du Rhône , aux habitants de Lyon, du 29 frimaire an X. Lyon, Toumachon-Molin , in-fol.

2. — Ordonnance de police relative à la célébration de la fêle de fa Paix , qui sera publiée le 18 brumaire sur les places des Terreaux , du Change , de Saint-Jean et Bonaparte ; du 1t vendémiaire an X. Lyon , A. Leroy, in-fol. — Fèlede la Paix ; proclamation du commissariat général de police de Lyon , le 18 brumaire an X ; in-8o.<~ Couplets chantés à la fête donnée par le conseiller d'Etat, préfet du département du Rhône, k Toccasion des réjouissancis de la paix à Lyou ; in>8®. — Discorso del cittadino Giambattista Carbonieri , deputalo alla Con~ sulta siraordinnria di Lione in Francia ; recitato nella circostanza délia fesia celebrata in rondimonto di gracie ail' Altissimo per la pace couchiusa, nell' aoooIX Republicano. Lyon, iu-8**'

Page 1