PIE VII DK RETOUR A LYON (1805). XIX* SIÈCLE
plusieurs des premiers officiers de l'empereur et les magistrats de la cité. On alla à File-Barbe ; cette promenade fut un spcciacle nouveau, d'un eftet ravissant K Une foule immense encombrait les deux rives, garnissait les toits, ainsi que les galeries des maisons, et se montrait , en rangs épais, sur les coteaux voisins. Des batelets sillonnaient la rivière en tous sens , et s'approchaient le plus qu'ils pouvaient de la gondole papale pour recevoir la bénédiction de Pie VU : beau d'abord, le temps devint mauvais; mais l'affluence des Lyonnais ne diminua point. Le lendemain, après la messe, le pape offrit la communion à des milliers de fidèles*; il se rendit le soir, à quatre heures, sur le balcon de la maison Henri , place Bonaparte , et donna de nouveau la bénédiction apostolique à h population lyonnaise. Une escorte dlionneur était rangée en haie devant la porte. Après avoir bénit des drapeaux , le pape fit une visite aux Hôpitaux , et à l'église du Petit-Collège donnée aux frères des écoles chrétiennes ; sa journée avait été bien remplie.
Celle du lendemain ne le fut pas moins. Le pape alla en voiture, par les faubourgs de Vaise et de Saint-Just, à l'église de Fourvière, rendue depuis quelque temps à la dévotion des fidèles par le cardinal-archevêque Fesch. Pie VII fut reçu à la porte de l'église sous un dais que portaient quatre chanoines de la cathédrale , et accompagné jusqu'à son prie-dieu placé devant l'autel. Un grand-vicaire dit la messe; quand elle fut achevée, deux prêtres, MM. Caille , prirent le Saint-Père dans leurs bras, et le conduisirent à leur belle maison de campagne, voisine de la chapelle. Dès que le pape parut sur la terrasse qui domine la ville et présente aux yeux ravis un magnifique panorama que termine au loin la chaîne des Alpes , le bourdon de Saint-Jean et le canon se firent entendre : ému et rayonnant de majesté , le
1. — J.-J. tic Boissieu osi l'nuleur d'une charmante composition qui reprôscnte la promenade de Pie VII sur les l>ord8ile la Siiône.
S. — Une députalion de l'Académie fut reçue par le Saint-Pcre ; Bércnger présenu h Pie VII un recueil de prières et son poème intitulé : Les Illustres voyageurs, » Mon fîls , lui « dil le pape , tous avez un peu abusé des droits de la poésie en parlant de moi ; mais je « dois vous le pardonner, en faveur des choses si vraies que vous tliles de la religion et de « l'empereur qui l'a enfin rétablie dans ses états. >•
pape bénit de la maÎD el du cœur la ville de Pothin et d'Irénéc. En descendant la colline, il entra dans l'hospice de FAntiquaille, pria dans la chapelle, et visita le cachot du saint martyr; il parut dans la soirée au Palais des Arts : Pie VII vit avec intérêt l'exposition des produits de Findustrie lyonnaise. Le pape quitta Lyon le samedi matin 20 avril ; le bourdon de Saint-Jean et le canon de l'Arsenal donnèrent le signal du départ.
S VI. L'histoire de Lyon , pendant les dix années d'existence de l'Empire , a peu de faits à raconter; peu d'événements importants survinrent dans la cité. En i 805 , une nouvelle organisation ramena l'unité dans l'administration municipale : il n'y eut plus qu'un seul maire, et ce fut Fay de Sathonnay ; on éleva le nombre des adjoints à six. L'année suivante, une députation composée de Camille Pemon , Terrasse , Rieussec , Degérando et Vincent Margnolas, porta h l'empereur l'expression du vœu du Conseil municipal pour l'érection , au centre de la place Bellecour, d'une statue équestre en bronze de Napoléon, placée sur un piédestal en marbre dont les groupes de Coustou représentant le le Rhône et la Saône embelliraient les côtés. Cette proposition fat accueillie favorablement, mais les guerres de l'Empire et la marche si rapide des événements ne permirent pas qu'il y fat donné suite '. L'année 1808 vit le passage à Lyon de la souveraine du royaume éphémère d'Etrurie , et au mois de septembre celui du roi d'Espagne, Charles IV, et de sa famille. On remarqua bien davantage l'arrivée de deux divisions de la grande année du Nord après une glorieuse campagne : un arc de triomphe avait été érigé aux portes de Saint -Clair pour les recevoir; les Lyonnais étaient allés en foule au-devant de ces vaillants bataillons. Je regrette de ne pouvoir suivre en Espagne les armées françaises : j'aurais à raconter la belle conduite d'un Lyonnais, de Suchet, nommé en 1809 général en chef de l'armée d'Aragon ; mais le récit des campagnes glorieuses d'un enfant de la cité me détournerait trop de mon but. Il y eut toujours tendance au progrès dans l'instruction publique : Napoléon institua en 1811 , au Palais des Arts, un cours d'ana-
1. —Napoléon traversa Lyon dans In nuit «lu 30 au 31 décembre 1807 ; il ne s'arréla point.