‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 77 sur 364 · L*EMPËBEUR NAPOLÉON A LYON (1805). XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

L*EMPËBEUR NAPOLÉON A LYON (1805). XIX* SIÈCLE

considéra avec allention quelques - unes des machines. Il vit fonctionner dans une salle voisine une mécanique à la Jacquard: un seul ouvrier fabriqua devant lui un satin liseré et broché, à Faide de quelques pédales et sans le concours d'une tireuse. Jacquard était présent; il expliqua le jeu de sa machine, et reçut de l'empereur les encouragements les plus honorables. Son métier pour la fabrication des filets ne fut point oublié. Joséphine et Napoléon assistèrent aussi au tissage d'un velours chiné, en double largeur, sur un métier que M. Pemon avait fait transporter de ses ateliers au palais Saint-Pierre. Au sortir de cette longue visite , l'empereur accorda plusieurs pensions à divers ouvriers dont les utiles inventions avaient perfectionné la fabrication des étoffes.

Le jour de Pâques , toute la cour assista à la grand'messe ; le cardinal-archevêque officia pontificalement. Deux trônes , sous un dais , avaient été préparés pour l'empereur et l'impératrice. C'est le soir de ce jour qu'eut lieu , dans la salle du théâtre , la fête donnée à leurs Majestés par la ville de Lyon. Une étoffe blanche semée d'étoiles d'or , artisteinent drapée et ornée de guirlandes de laurier , cachait l'immense plafond dans toute son étendue. Le trône était revêtu de velours pourpre avec des crépines en or; un aigle doré, planant au-dessus du dais , déployait ses ailes au-dessus des sièges impériaux. Perlet et Blanchard avaient représenté , sur la toile du fond , l'empereur assis et revêtu d'une robe triomphale. Deux génies allégoriques figuraient la France et l'Italie ; portés par des nuages , d'une main ils soutenaient une banderole sur laquelle on lisait : subumi FERiAM SIDERA VERTIGE , dc l'autrc ils offraient une couronne à l'empereur. Les loges étaient décorées par des guirlandes de lauriers et de roses ; il y avait aux premières cinq rangs de gradins. L'aspect de la salle rappelait la fête qui avait été donnée à Napoléon par les maréchaux ; douze cents dames lyonnaises, magnifiquement vêtues et en toilette de bal, décoraient les loges et les gradins. Napoléon et Joséphine parurent à neuf heures; on chanta aussitôt une cantate intitulée ; le Songe (fOssian, Après le concert, une grande valse fut exécutée par les jeunes gens de la garde lyonnaise et par les dames ; en passant devant le trône impérial, chaque couple déposait une tige de

fleurs dans deux corbeilles tenues par deux jeunes filles, et destinées Tune à rempereiu* , l'autre à Fimpératrice. '

Le séjour de l'empereur fut très profitable aux intérêts lyonnais : Napoléon ordonna rétablissement d'une halle aux grains sur l'emplacement dit des Gonfalons; il créa un dépôt de mendicité , une maison pour les incurables , un hospice pour les ahénés , et plaça dans la ville de Lyon , au palais Saint-Pierre, une des trois écoles de dessin que la loi avait instituées. Au sortir d'une audience qu'avait obtenue la Société d'agriculture , un arrêté de l'administration fit placer au Jardin des Plantes cette inscription : Jabdin de l'impératrice Joséphine. Le Conseil municipal avait émis le vœu qu'une statue de Napoléon embellit cette riante promenade.

Après avoir passé à Lyon six journées, Napoléon partit le 26 germinal (16 avril) , à sept heures du matin, entouré d'une foule tellement épaisse que les chevaux ne pouvaient avancer qu'au petit pas : ils mirent beaucoup de temps à traverser le pont de la Guillotière. L'empereur se rendait à Milan, où l'appelait la couronne de fer.

S V. C'est le jour même de ce départ qu'arriva à Lyon Pie VII , venant de Paris et allant à Rome; Napoléon avait laissé une partie de sa maison dans le palais archiépiscopal pour le service du pape. Pie VII fit son entrée par le faubourg de Vaise : les autorités de la ville, un brillant état -major et une garde d'honneur l'attendaient; un grand nombre déjeunes Lyonnais formaient la haie. C'étaient la même foule , le même empressement et les mêmes respects qu'à Tépoque de son premier padsage ; on le reçut avec les mêmes honneurs. Le pape parut ravi d'un tel accueil; on eût dit un père environné d'innombrables enfants.

Le lendemain mercredi 1 7 avril , après la messe pontificale , le clergé et beaucoup de fidèles furent admis au baisement des pieds. A trois heures de l'après-midi , Pie VII se rendit au port Neuville dans les voitures impériales , et monta dans une gondole magnifiquement décorée qu'escortaient plusieurs barques. Il avait auprès de lui ses cardinaux, les grands dignitaires de l'Eglise,

1. — Passage à Lyon de Lours Majestés Napoléon 1»^ , empereur des Français el roi d'Italie , et de l'impératrice Josépliioe ; ao XIII. Lyon , Tournachon-Molin , in-fol.

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