TRAVAUX PUBLICS SOUS L*EMPIRE. — XIX^ SIÈCLE
Il y avait tant à faire , et son règne de quatorze années fut rempli par de si grandes guerres , qu'il j eut peu de travaux publics de quelque importance exécutés pendant cette époque : ce fut le temps qui manqua aux intentions du premier consul, bientôt empereur. On a vu qu'il avait donné le signal de la reconstruction des façades de Bellecour ; plusieurs décrets la pressèrent , et cependant un autre règne devait voir Tachèvement de ces monuments. On discuta longtemps sur le système d'architecture qu'il convenait de suivre , et il y eut beaucoup de tâtonnements avant l'adoption d'un projet définitif La dépense était considérable; plusieurs citoyens de Lyon se réunirent pour la supporter. Peut-être aurait-on pu mieux réussir : parfaitement symétriques , mais d'un dessin trop nu qui leur donne l'aspect de grandes casernes, les nouvelles façades ne firent point oublier les anciennes. Napoléon ordonna la construction , à Serin , d'un pont en bois , désiré depuis longtemps par les habitants des deux rives. Divers obstacles retardèrent l'exécution de ce projet : le pont de Serin n'a été livré au public qu'en 1815. Ses piles sont en pierre, et ses arches en bois; il a cent treize mètres de longueur. Ce fut en 1808 , au plus beau temps de l'Empire , que le magnifique pont en pierre de l'Archevêché sur la Saône établit enfin une voie de conmiunication perpétuelle entre le quartier de l'Ouest et celui de Bellecour : dix années suffirent à peine à Tachèvement de ce monument, un des plus beaux en ce genre que possède la France. On lui donna le nom de Tilsitt , en mémoire d'un des épisodes les plus brillants de l'histoire contemporaine; il le garda toujours, du moins dans la langue du peuple, même au temps où un gouvernement nouveau lui imposa un autre nom. Construit par Carron , ingénieur en chef du département , ce pont a cent cinquante mètres trente centimètres de longueur , et treize mètres soixante-quatre centimètres de largeur ; les cinq arches qui le composent ont chacune vingt mètres soixante - dix - neuf centimètres d'ouverture. Les pierres granitiques des parapets sont remarquables par leur dimension et parleur solidité. Commencés en 1788 , les travaux avaient été interrompus par le malheur des temps et par la débâcle des glaces de la Saône qui enleva, en 1789, les échafaudages et chantiers de construction. On bâtit en 1793 la seconde pile occi-
dentale, mais il y eut presque aussitôt un long temps d'arrêt, et un pont de bateaux , établi vis-à-vis du porl du Temple, servit provisoirement de voie de communication : une débâcle remporta. En 1801 , une compagnie obtint l'autorisation d'établir à ses frais un pont en bois entre l'Archevêché et le quartier des Célestins ; cette passerelle n'était qu'un moyen de communication insuffisant. Napoléon, en 1802, ordonna la reprise des travaux du pont en pierre , qui ne marchèrent cependant avec une grande activité qu'en 1807.
Sur la rive gauche de la Saône, une rue sombre et étroite, celle de la Pêcherie , fatiguait les regards et gênait la circulation; Napoléon ordonna de raser les maisons qui formaient son côté occidental , après avoir indemnisé les propriétaires , plus heureux que ceux de l'ancienne rue de Bourgneuf. Un quai fut établi, au temps de la Restauration» sur les fondations de ces masures insalubres, et bientôt de belles constructions dans la situation la plus heureuse vinrent le décorer. Au midi , sur la même ligne , entre la Manufacture de tabacs et le confluent du Rhône et de la Saône, était une vaste presqu'île, alors couverte d'eaux marécageuses , coupées par de petites chaussées plantées d'arbres aquatiques. Napoléon avait de grands projets sur cette partie du territoire de la ville ; il se proposait d'y jeter en énorme quantité le gravier du Rhône , jusqu'à ce que le sol fût élevé au-dessus du niveau des hautes eaux, et d'y bâtir un palais impérial qu'il aurait entouré de vastes jardins. Ce projet superbe plaisait beaucoup aux Lyonnais qui attendaient impatiemment son accomplissement, mais il s'évanouit avec l'Empire. ^
I . — Ce fut sous le Consulat, et dans l'an IX, qu*eul lieu la pose de la première pierre da quai Humbert. L'arrêté du préfet Vernînac , daté du 5« jour complémentaire de l'an VHI , relatif à la construction de ce quai , fut gravé sur une table de bronze qui fut déposée au centre de la première pierre. Cet arrêté se termine ainsi : •• Fait à Lyon , sous le consulat de « Bonaparte , premier consul; de Cambacérés , second consul ; de Lebrun , troisième consul ; « le 5« jour complémentaire de l'an VIII de la République française (22 septembre 1800 ,
• V. s. ) i le soleil entrant dans le signe de la Balance , cent jours «près la victoire de Bla- « rengo , remportée par l'armée française , sous les ordres du premier consul Bonaparte , « sur l'armée autrichienne ; les armées françaises occupant l'Italie, sous les ordres du général « Brune , depuis les Alpes , du Nord au Midi , jusqu'à la Toscane ; l'Allemagne , sous les « ordres du général Moreau , du Rhin au Danube ; l'Egypte , sous les ordres du général Me-
• Dou , depuis la mer jusqu'aux cataractes du Nil ; année mémorabli pour la vills de lton ,