‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 82 sur 364 · INDUSTRIE ET COMMERCE; JACQUARD. XIIL* SIÈCLE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE ET COMMERCE; JACQUARD. XIIL* SIÈCLE

S U. La restauration de Findustrie et du commerce fut un des premiers objets de la sollicitude de Napoléon ; pour encourager les fabriques d'étoftes de soie , il voulut que les velours et autres riches tissus de Lyon fussent employés dans les costumes officiels des premiers dignitaires de l'Etat , et servissent à la décoration des palais impériaux. Le Consulat réorganisa en 1801 la Bourse de commerce , et fixa à cinquante le nombre des agents de change , dont le cautionnement fut réglé à vingt mille francs. C'est en 1802 que la Chambre de commerce entra en fonctions. Servie par le génie de quelques hommes, la .fabrication des tissus de soie avait fait de très grands progrès ; elle parut avec éclat à l'exposition des produits de Findustrie lyonnaise qui eut lieu, en 1805, au palais Saint-Pierre. On admira , à cette exhibition briUante , un écran sur un fond de velours brodé en dorures, et un tapis de même genre exécuté avec autant de goût que de richesse dans les ateliers de M. Boni; des velours superbes et de riches étoffes en soie façonnées, sortis des ateliers de M. Maillié ; des satins remarquables par leur souplesse et par leur lustre , et un portrait de Fempereur tissé au métier sur un fond de veloiu*s sous la direction de MM. Beauvais; enfin, de beaux damas, des étoffes moirées et des brocarts or et argent, exposés par M. Pcrnon. La fabrication des étoffes de soie avait conservé toute sa supériorité ; fort recherchés par les étrangers, ses produits étaient devenus un des éléments de la richesse nationale. Cet art n'avait pas dit cependant son dernier mot : un simple ouvrier devait lui faire éprouver une véritable révolution.

Joseph-Marie Jacquard eut dans sa vie un éclair de génie ; il n'était ni savant mécanicien , ni artiste , ni même ouvrier d'une grande habileté : un cercle fort peu étendu renfermait ses idées simples et naïves. Jacquard est tout entier dans le hasard heureux ou dans l'inspiration qui lui fit découvrir, d'après le principe d'une machine oubliée de Vaucanson (le cylindre à serinette),

« par la pose , de la maiu du premier consul Bonaparle , de la première pierre de la réédi- « ficatioD de la place Bellecour ; par la fondation de l'Athénée , par celle du Prjrtanée , et « r^lle d*uue chaire de chimie expérimentale applicable aux arts et aux manufactures. • R. Verninac , préfet du département du Rhùne -, Urbain Jaume , secrétaire. » Il n'y eut , eu aucun temps , d'inscription plus magnifique.

le principe unique qui règle toutes les combinaisons du tissage de la soie *. Avant lui , un métier d'étoffes façonnées ne pouvait convenir qu'à un seul dessin ; il fallait le démonter lorsqu'on voulait un tissu d'un autre goût , et la dépense était considérable. Mais , avec une mécanique à la Jacquard , un même métier peut exécuter tous les dessins possibles , depuis le plus simple jusqu'au plus riche : il suffit du changement de quelques cartons pour lui donner cette faculté merveilleuse. Dans l'ancien système, rien n'était plus compliqué que le procédé du tissage; il exigeait le concours indispensable de deux ouvriers, dont l'un était condamné à une gynmastique fatigante et même dangereuse pour la santé des enfants qu'on employait à cet office : le métier Jacquard a supprimé ce second ouvrier, et beaucoup simplifié la manœuvre de celui qui tisse le fil de soie avec la trame ^. C'était rendre à la classe entière des ouvriers en soie un immense service : devenue infiniment plus simple et moins coûteuse , la fabrication des étoffes de goût prit rapidement une grande extension. On fit mieux , à meilleur marché , et en quantité trois fois plus forte , à nombre égal d'ouvriers; le consommateur y gagna. En 1801 , année de la découverte Jacquard , deux mille huit cents métiers , sur sept mille que possédait alors la fabrique, étaient employés au tissage des étoffes façonnées ( il y en avait vingt-cinq mille vingt ans après) '. Leur extrême simplicité a permis aux ateliers disséminés dans les campagnes de les recevoir : ils ont fait aussi fortune à l'étranger et dans toutes les villes industrielles; on les

1. ^ n Faut cependaDl faire celle observation , que Jacquard n'a m qu'en 1804 , au Conservatoire des arts el roéUers , le mécanisme de Vaucanson : ainsi , l'idée-mère de sou invention est bien à lui.

S. — La machine de Jacquard parut, çn 1801, à Texposition des produits de rin(Ui*tH<| naiionale , fit peu de sensation et n'obtint que la médaille de bronze. Cependant son auteur ne se découragea point ; il se pourvut d'un brevet d'invention pour dix ans , et fil fabriquer d'après ses idées un premier métier que visitèrent , sans l'apprécier beaucoup , plusieurs chefs de commerce et quelques membres de la Consulta cisalpine. Jacquard crut avoir fait une déc<. .verle bien plus importante en inventant son métier à fabriquer des filets pour la pèche maritime , qui lui valut la grande médaille d'or , décernée par la Société d'encouragement.

3 En 1804 , Jacquard obtint l'autorisation d'établir dans l'hospice de l'Antiquaille un

atelier de métiers construits d'après ses procédés.

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a adaptés enfin au tissage , non-seulement de la soie pure , mais encore de la soie mélangée à fils de laine , de coton , d'or et d*argent. Et cependant l'invention de Jacquard fut mal accueillie par les ouvriers ; ils s'ameutèrent contre la machine , et menacèrent plusieurs fois les jours de son auteur : on vendit publiquement , en 1 80& j le métier modèle sur la place des Terreaux , le fer pour du vieux fer , et le bois pour du vieux bois ; il fallut vingt ans aux ouvriers pour comprendre l'importance et les avantages de la découverte de Jacquard. Jamais bataille gagnée n'avait rendu à la nation un service si capital : le métier nouveau y c'était une province conquise au pays , unie au territoire pour jamais , et que le sort capricieux des armes ne pouvait nous faire perdre. Napoléon, qui le savait, alloua à Jacquard une prime de cinquante francs pour chaque métier qu'il placerait ; il ajitorisa ra(biiinistration municipale à acheter de lui l'exploitation de sa machine au prix d'une rente viagère de trois mille francs. Cette même année (1806), l'Académie décerna à Jacquard le prix fondé par le prince Lebrun. ^

L'institution du Conseil des prud'hommes , qui remonte à 1806, fut encore un bienfait de Napoléon. Ce tribunal a été créé expressément dans l'intérêt des travailleurs : c'est un conseil de famille ; il est formé de fabricants et d'ouvriers élus librement par leurs camarades ; sa mission est toute de conciliation et de paix. Chefs de commerce et simples ouvriers sont jugés ici par leurs pairs , par des hommes qu'ils ont choisis euxmêmes , et dont l'élection est déjà une présomption d'impartialité et de capacité. Chacun des membres dont le tribunal est

1. — Jacquard reçut , en 1819 , la dôcoration de la Légioii-d'IIonnoiir ; iljmounit dans u petite roaiion de campagne d'Oullins , à l'âge de quatre-vingt-deux ans. l/année soÎTante > rAcadémie mit son éloge au concours , et décerna en 1837 le prix qu'elle avait proposé. Ud |>orlrait de Jacquard as^is , magnifiquement peint par M. Bonnefond , décore la italle des délibérations du Conseil municipal ; une copie est an Musée. Tl a été reproduit tissé au métier |iv M.' Didier-Pelit, et M. Vilierl le grave en ce moment sur de grandes dimensions. Un monument a été ériçé à Jacquard, en 1835, dans le cimetière d'Oullins. Enfin , en 1839 , le Conseil municipal a voté au célèbre inventeur du métier mécanique Téreclion , sur la place Salhonnay, d'une statue colossale en bronze qui fut inaugurée quelques années après. Cette •Ulae est peu digne de son auteur (M. Fojatier), de Jacquard et de la ville de Lyon ; elle sera certainement refondue sur un modèle de meilleur goAt-

formé cesse d'être ouvrier ou chef de commerce dès qu'il s'assied devant la table du conseil : ses fonctions lui imposent impérieusement le devoir de déposer à la porte de la salle son caractère privé , pour revêtir celui de juge. En créant ce tribunal , Napoléon pourvut à un des besoins les plus impérieux de l'industrie ; il ne servit pas moins heureusement les intérêts de la fabrique lorsqu'il institua la Condition des soies , établissement dans lequel la matière première, la soie, est ramenée à un degré de dessiccation déterminé avant d'être livrée au commerce. Il a reçu dans ses procédés de très grands perfectionnements , mais l'idée première de sa constitution n'en appartient pas moins ù l'empereur.

S III. C'est à l'Empire que Lyon est redevable de son Musée et de son Ecole des beaux-arts.

Le maire Fay de Sathonnay et le préfet d'Herbouville eurenl l'idée de ces deux institutions , et Napoléon l'adopta avec empressement. Lyon avait beaucoup à espérer de la culture des arts 9 non-seulement comme satisfaction de l'intelligence, mais encore pour le progrès de ses fabriques. C'est dans l'abbaye des dames de Saint-Pierre , devenue le palais des Beaux-Arts , que les collections devaient être naturellement exposées ; on fit plusieurs acquisitions : des sarcophages , des autels tauroboliques , des cippes couverts d'inscriptions antiques , furent placés sous les portiques de l'ancien monastère. Il y avait encombrement de tableaux dans les greniers du Louvre; plusieurs furent donnés au Musée de Lyon, et devinrent des objets d'étude pour les artistes dont ils contribuèrent à former le goût. Alors la victoire et des traités avec les villes conquises enrichissaient la France des chefs-d'œuvre des arts; Napoléon pouvait être libéral. Quelques généreux citoyens servirent ses vues par leurs dons, et bientôt une galerie du palais fut remplie de tableaux anciens , dont quelques-uns avaient un grand mérite. On remarquait dès Tannée 1807, dans ce musée naissant, un très beau Rubens, l'Adoration des Rois; deux des meilleures compositions de Jacques Jordaens; une Vierge, du Tintoret; une Adoration des Bergers, par Philippe de Champagne; un Annibal Carrache; une Assomption, par Guido Reni ; Saint François d'Assise, par Joseph Ribeira dit l'Espagnolet ; le Christ à la colonne , de Jacob

BEAUX -AHTS; ARTAUD; LE &IUSÉE.

Palma; le Portrail de Miguard, par lui-méine ; rAdoralion des Anges , par Stella ; un Paul Véronèse , et surtout l'Ascension de Jésus, un des beaux ouvrages du Pérugin, tableau qui avait décoré la cathédrale de Saint -Pierre à Pérouse et enrichi quelque temps le Musée de Paris. C'était la conquête qui l'avait donné : les alliés le réclamèrent avec de vives instances, et il eût bien fallu céder ; mais M. de Damas demanda pour la ville de Lyon ce chef-d'œuvre du Pérugin, et le pape Pie VII , auquel il appartenait, s'empressa de l'accorder, en témoignage de son affection et de son généreux souvenir pour une viUe qui l'avait si bien accueilli ^ Artaud publia, en 1808, une première notice sur le Musée de Lyon; elle ne fait mention que de soixante tableaux, dont plusieurs étaient modernes. La Galerie des antiques est de la même époque ; elle ne devait pas tarder à devenir fort riche en inscriptions romaines et en monuments , dont un des plus curieux est l'autel taurobolique. Quelques objets d'art ancien commencèrent une coUectiou, que des acquisitions faites par le Conseil municipal et des fouilles multipliées ont rendue très précieuse. Peu considérable sous l'Empire , le Musée de Lyon ne devait pas tarder à prendre de grands accroissements sous l'active direction d'Anloine-Marie-François Artaud , ancien négociant , dessinateur et peintre , qui avait , sinon la science , du inoins la passion de l'archéologie. Presque étranger aux langues grecque et latine , et médiocrement versé dans les connaissances variées et profondes que doit posséder un antiquaire , Artaud suppléait à ce qui lui manquait par un zèle infatigable et par la conscience de ses recherches. Bon observateur , et toujours à l'affût des fouilles qui étaient faites sur le sol lyonnais , il racontait avec bonhomie et sagacité ce qu'il avait vu. La mort le surprit avant qu'il eût eu le temps de publier les trois compositions capitales dont il s'occupa pendant vingt-cinq ans : son Lyon souterrain , l'ouvrage sur la Céramie ou vases sigillés des an-

i. — Peiol sur bois , et Irausporté dans la galerie du second étage , le tableau du Pérugin ne tarda pas à éprouver des avaries qui le menaçaient d'une destruction complète et prompte : un des panneaux s'était fendu dans une grande partie de sa longueur, et la peinture tombait par larges écailles. Ce chef-d'œuvre a été soumis, en 1845 , à la délicate opération du rcutoilagc , qui a fort bien réussi.

ciens , el sou Musée lapidaire qui obliut le prix mis au concours sur les antiquités nationales par FÂcadéniie des inscriptions et belles-lettres. Artaud avait fait une étude particulière des mosaïques , et des médailles d'Auguste et de Tibère au revers de Tautel de Lyon : sa direction du Conservatoire des arts et du Musée des antiques était fort intelligente ; elle lui acquit ime considération méritée. <

Instituée en 1807, l'Ecole des beaux-arts était appelée à former des peintres, des statuaires , des architectes, et surtout des dessinateurs pour la fabrique; eUe avait en elle un bel avenir. Son personnel fut d'abord peu considérable : Gay enseignait l'architecture , Chinard la sculpture, Revoil la peinture; d'autres cours , bientôt reconnus nécessaires , complétèrent l'enseignement. Bien dirigé , il devait maintenir et stimuler le goût; il commençait pour la riche industrie lyonnaise une ère nouvelle. Quelques-uns des anciens professeurs de cette école ont droit à une mention particulière :

Joseph Chinard, sculpteur, était déjà célèbre avant 1789 : il avait exécuté de beaux ouvrages , entre autres les pendentifs du dôme de l'église de Saint-Paul, le groupe de Persée et Andromède qui lui avait valu le grand prix mis au concours par l'Académie de sculpture et les honneurs du Capitole à Rome ; les bustes de Bacchus, d'Ariane, d'Homère, de Germanicus; le groupe du Taureau et du Lion , une Vénus , la statue colossale de la Liberté pour la fête de la fédération aux Broteaux, et d'autres compositions estimées. U excellait à rendre les chairs ,

1. — Voici riudicatioD des principaux ouvrages d' Antoine-Marie- François Arlaud : DescriplioD de la mosaïque de M. Macors. Lyon ^ Ballanche , 1806, in-8°. — Descriptioo d'une mosaïque représentant des jeux du Cirque , découyerte à Lyon le 18 février 1806. Lyon » BalUMche , grand iu-fol. , fig. — Discours sur un projet de recherches des monuments antiques dans la ville de Lyon. Lyon , Ballanche , 1808 , in-8\ — Notice des antiquités el des tableaux du Musée de Lyon. Lyon^ Ballanche , 1808 , iii-8° (réimpr. en 1816). — Discours sur les médailles d'Auguste et de Tibère au revers de l'autel de Lyon , etc. Lyon , Lambert- Gentot , 1818, in-4o,grav. — Mosaïques de Lyon et des départements méridionaux de la France. Lyon, 1825, grand in-fol. , Gg. —Ancienne statue équestre de Louis XIV à Lyon. —

LyoHj Barret , 1826 , in-8® Nouvelle statue équestre de Louis XIV è Lyon. Lyon, Barret,

1826, in-8».

Arlaud légua à l'Académie de Lyoo sa bibliothèque et ses manuscrits ; la ville fil, en 1835, l'acquisition de son cabinet d'antiques, qui fut placé au Palais des Ans.

KEAUX-ARTS; REVOIL . — XIX.* 81ÊCLE. 1097

et à donaer de la vie à ses compositions. Ses bustes étaient fort estimés ; aucun sculpteur ne réussit mieux dans ce genre difficile : on remarqua beaucoup ceux de Desaix , de Napoléon , d'Eugène Beauharnais et de Baraguay d'Hilliers. Peut-être excellait- il davantage encore quand il avait une tête de femme à faire revivre : rien de plus gracieux et en même temps de plus vrai que ses bustes de Timpératrice Joséphine , de M™® Michel et de M^ Récamier. On sait qu'il est Fauteur de la belle statue du Carabinier qui décore Tare de triomphe du Carrousel. Chinard était un fort bon professeur ; sa renommée et le succès de son enseignement donnèrent un vif éclat à la naissante Ecole des beaux-arts.

L'artiste qui dirigeait la classe de peinture , Pierre Revoil , ne fut pas moins utile à cette institution : formé par les leçons de David, il unissait à beaucoup de goût le mérite d'un dessin correct. Sa première composition a peut-être été son meilleur ouvrage : elle représentait la ville de Lyon relevée par Fempereur. Lyon , sous les traits d'une mère éplorée et gisante au pied d'un monument élevé aux mânes de ses défenseurs , semblait se ranimer à l'aspect du vainqueur de Marengo qui Taidait à sortir de ses ruines. Revoil l'avait entourée, du reste, de ses enfants malades : quelques-uns d'entre eux, reconnaissant leur libérateur, se livraient à l'espérance et à la joie; mais le génie des manufactures lyonnaises était près d'expirer de langueur , et la navette tombait de ses mains. Cependant le héros ramenait avec lui le commerce et les beaux-arts; Tarchitecture déroulait les nouveaux plans de la place Bellecour , et on lisait sur une bandelette flottante que déployait la poésie ce vers de Virgile :

G fortunnti quorum jam mœnia surgiinl !

Cette belle page, si précieuse pour l'histoire de Lyon , avait été commandée h Revoil par le ministre de l'intérieur ; elle orna longtemps le Musée de Lyon. En 181û, ce tableau, celui d'Antoine-François Callct, qui représentait l'entrée triomphale à Lyon de Napoléon entouré déjeunes Lyonnais , de ses ministres et des députés de la Consulta cisalpine, ainsi qu'une bonne copie du portrait de Napoléon par Gros, furent lacérés publi-

quement dans la cour du Palais des Arts et brûlés en présence du secrétaire général de la mairie, d'Artaud, conservateur du Musée, et de Revoil lui-même à qui son exaltation royaliste fit voir avec joie cet acte d'un vandalisme sauvage ^ Nommé professeur de peinture, Thabile Revoil forma de très bons élèves, qu'il aimait et servait de tout son pouvoir ; plusieurs , qui ne s'en sont pas tenus à ses leçons, ont de beaucoup dépassé leur maître dont la renonmiée, considérable sous la Restauration, a singulièrement Êdbli ^. On a de Revoil d'assez nombreuses compositions historiques , parmi lesquelles on distingue Gharles-Quint , Duguesclin et Ray art convalescent. Le tournoi à Rennes eut peu de succès ; le sujet était mal choisi , et l'effet de la composition gris et terne. Comme Girodet , Revoil s'impatientait de la lenteur du pinceau , et le laissait souvent pour le crayon ; on a de lui plusieurs dessins, spirituellement composés et exécutés avec finesse. '^

1. — T.e dessin Irés soigné de celle grande cuinposilioii eurichil, jusqu'en 1829, la collectioD de M. Coulel ; il est aujourd'hui aux archives de la ville , et fait partie du musée llosai. Revoil l'avait présenté au ministre de l'iolérieur, dans la séance de l'Académie du 4 pluTiote an X.

2. — MM. Bonnefond , Biard , Jacoroin , Trimolet , Rey , Thierriat , Lepage, etc. ReToil forma aussi pour la fabrique de très bons dessinateurs. {Eloge historique de Pierre Revoil, par £.-C. Martin-Daussigny. Lyon, Barre t , 1842, in-8^.)

Quoique Jean PiUement n*ait pas appartenu à l'Ecole des beaux-arts , od ne doit poiot l'oublier dans une esquisse de l'histoire de la peinture lyonnaise : il avait un Trai taleot, surtout quand il peignait le portrait et des marines. Son tableau des Quatre Saisons a été gravé en Angleterre par Woeiiett. Né à Lyon vers 1728, il mourut dans sa ville natale, âgé de quatre-vingt-un ans , précisément à l'époque où commençait à poindre la nouvelle école lyonnaise.

3. — Je ne dois point oublier, dans cette esquisse de l'histoire de la peinture, deux artistes d'un talent très distingué dans des genres divers, Michel Grobon et Antoine Dubost.

Membre de l'Académie et professeur à l'Ecole des beaux-arts , Grobon a excellé à peindre le paysage des environs de Lyon ; il l'a rendu avec autant de goût que de fini. Ses tableaux sont des pages de l'histoire lyonnaise ; on y admire la vérité de la couleur , la transparence des eaux , le mouvement du feuillage, et l'intelligence de la perspective : les maîtres flamands et hollandais n'ont rien fait de mieux. Voici les productions principales de cel habile peintre : Vues de l'Ile- Barbe, prises du c6lé du hameau de Cuire , du côté du Vemay , du côlé.d(^ Saint' Ramberl , et Vue prise du Vemay même; une Masure à SaintRambert , vis-àvis de rile-Barbe ; Vues de Rochecardon , prises du côté du moulin , au-dessus du pigeonnier et du côté du bois i Vue prise de Sainl-Jusl et embrassant le Rhône et la Saône , ainsi que les aqueducs placés sur le devant ; la Grotte des Etroits ; Vue du port Sablé ; Vue de I«yon , prise du quai Saint-Antoine ; Vue d'un moulin du Rhône ; Vue de l'église d'Aioay ; Vue de

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s IV. Pendant que la création du Musée et de FEcole des beaux-arts introduisait au sein de la civilisation lyonnaise un nouvel élément de progrès, l'instruction publique, organisée par le Directoire , recevait du Consulat une constitution plus forte. Un arrêté rendu par le préfet, en 1803, mit à la disposition de l'administration municipale tous les bâtiments de l'ancien Grand-Collège qui n'avaient pas été aliénés. Installé le b juillet de cette année , le Lycée eut Bérenger pour proviseur , et Cham-' pagny pour censeur ; ce fut Jaufiret qui prononça le discours d'ouverture. Placé dans la première classe des établissements de son ordre sous le régime de l'Université , le Lycée de Lyon prospéra sous l'Empire : les études y étaient très fortes et bien dirigées; grand nombre de familles y placèrent leurs enfants. Un autre genre d'enseignement , l'éducation professionneUe , celle qui convient à l'ouvrier et au chef d'atelier , fut donné à la

fjjoii , prise dans un temps nébuleux ; Vuu de la catiicdrale de Lyou ; l'église d*Ainay ; les mituret de l'Ile-barhe; Vue de la Quarantaine, Vue de l'Ile- Barbe et des paysages environnants (gouaches) ; Vue de Lyon, prise du faubourg de la Guilloliére (dessin) > Vue de l'ancien rocher de Pierre-Scise , à Lyon ; Vue d'un bois ; Vue prise du c6lé de l'Arbresle ; un jeune Elève qui prépare des couleurs ; le Remouleur ; l'Intérieur d'une Cuisine ; le bois de la ' BreYenoe , prés de l'Arbresle ; une aquarelle représentant le pont de l'Arbresle ; un gros arbre.

Né h Lyon, en 1769, d'un richo épicier de la rue Pizay, Antoine Dubost aimait les chevaux avec passion, et les peignait avec beaucoup d'animation et de vérité. Ses tableaux d'histoire •ool estimés et [hïu nombreux : il exposa au salon de 1801 le départ de Brutus et de Porcie , el ton Damoclés au salon de 1804. Son tableau de Vénus et Diane fait partie de la galerie du Luxembourg , à Paris. On connaît encore de lui les tableaux suivants : la Délie et la Bêle , Ulysse et Pénélope, et le Joueur dépouillé. J'ai vu longtemps à Lyou, dans une collection particulière, une suite de douze compositions représentant des courses de chevaux à New- Market. Dubost mourut à Paris , en 1825 , des suites d'un duel. ( M. Passeron a publié une notice sur Antoine Dubost ; Lyon , J.-M. Batret . 1827.)

Quoique j'aie dû m'inlcrdirc de parler de mes contemporains vivants , peut-être me pardonnera-t-on quelques exceptions : Grobon est Tune , une autre sera M. Fleury-François Richard, membre de l'Académie et ancien professeur de l'école de peinture à l'Ecole des beaux-arts. Aucun peintre lyonnais n'a mieux réussi dans les tableaux de genre ; le pinceau de M. Richard a noBni précieux , et réussit surtout h rendre les effets de lumière: ou estime beaucoup en lui la vérité de la couleur et la science du dessin. Voici les principales compositions de cet excellent artiste , une des gloires de notre école de peinture : Valentine de Milan , l'Atelier de l'auteur, François ler^ M*"* de la Vallière , ;in Chevalier en prières dans une des cryptes de Saiut-Irénée , Jacques Molay , Marie Sluarl . Itnyart dans l'église d'Ainay , Bfm* de Montmorency , Tanneguy-Ducliâtel sauvant le Daupiiin ; le Tusse prisonnier à Fcrrare , visilé par Michel Montaigne ; la Chartreuse do Saint-Bruno, la mort du prince d(> Tnlmoni , Louis de la Trémouille revenant dans sa famillf après la bataille de Marignan , etc., etc.

ville de Lyon par un de ses plus dignes enfants, qui se souvint de la terre natale dans les régions lointaines où l'avait conduit son aventureuse carrière.

Un pauvre tonnelier de Lyon avait un fils : cet enfant ne reçut aucune éducation, mais l'inteUigence et la bonne volonté lui donnèrent ce qu'on demande souvent en vain à la fortune ; il travailla, et apprit seul le dessin et les mathématiques. Devenu grand, il ^'enrôla : « Tiens, lui dit sa belle-mére en lui jetant un rouleau de M pièces de vingt-quatre sous, tiens, mais ne reviens jamais qu'en « carrosse. » Le fils du tonnelier partit pour les Indes avec Lally, quitta bientôt le drapeau que la victoire abandonnait , passa aux Anglais, devint sous -lieutenant, capitaine, favori de Seddji- Eddanla , nabab d'Aoud , inspecteur général d'artillerie , gouverneur de Lucknow, et major-général au service de la Compagnie des Indes. Dans cette terre de féerie, ses pièces de vingtquatre sous se métamorphosèrent en millions : ses jeunes années s'étaient écoulées dans une misérable boutique; il eut, dans son âge mûr, un palais superbe qu'environnaient de magnifiques jardins , mourut comblé de prospérité et d'honnem^s , et fut inhumé dans un fastueux tombeau sur lequel il avait fait graver cette éloquente épitaphe : « Ci-git Claude Martin, né à Lyon en « i 755, venu simple soldat dans l'Inde, et molrt major-général. » Claude Martin avait réalisé le vœu de sa belle-mère ; il aurait pu revenir à Lyon en carrosse. S'il ne quitta pas sa royale résidence des rives de la Goumtie , du moins il n'oublia pas sa patrie dans son testament ^ Le généreux major-général lui légua douze

1. — Voici le texte original de l'article Tingl-cinquième du testament du major-général Martin , contenant le legs £ait à la ville de L^fon :

« Art. âS^li : I give and bequealh the sum of two hundred tliousand sika rupees to be deposîted in tlie most secore inlerest fund in the town of Lyon in France ; and the magistrales of that town , to hâve it managed undcr their protection and control. That above roenlioned sum is to hc placed , as I said , in a stock or fund bearing inlerest ; that interesl is to serve to establish an institution for the public benefit of ihal town » and the Académie of Ljon is to devise the best institution that can be permanentlj supported with the interest accruing of the above named sum ; and if not better , to follow the one devised in the article twentj fourth, as at Lucknow the institution to bearthe nameof Martiniére , and hâve an inscription madeat the house of the institution, mentioning the same titlle , as the one Calcutta , and this institution to be established at the place Saint-Saturnin , being where 1 hâve beeo christcned thcre ; at that place to buj or built a house for that purpose ; and to roarrj two

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