ARMÉE DE LEST. AUOEREAU. XIX** SIÈCLE
L*occasion pour un homme de génie était bonne , Angereau ne sut point la saisir. U aurait dû marcher en force sur Genève , occuper le pays de Vaud , rallier à lui les milice^ vaudoises et argovlennes et porter un coup décisif à l'ennemi : tel était le plan de Napoléon. Mais Augereau resta paisiblement à Lyon ; il fit marcher le général Pannelier sur Mâcon par Villefranche , envoya le général Musnier par M ontluel et M eximieux sur Pontd*Ain et Bourg , le corps de partisans commandé par Damas sur les hauteurs de Tarare , et le général Pouchelon à Nantua. Napoléon blâma fortement ces dispositions du duc de Gastiglione ; il demanda à Farmée du duc d*Albuféra en Espagne un nouveau détachement de dix mille hommes , ordonna au prince Borghèse de rassembler huit mille Piémontais à Turin , et fit partir en poste de Paris , pour commander les gardes nationales , soixante-six officiers et deux cent quatre-vingt-six sous-officiers. Augereau , forcé d'agir , laissa à Lyon pour la défense de la ville un bataillon de troupes de ligne et sept bataillons de gardes nationales , en tout moins de quatre mille hommes , aux ordres du général Rémond. Je ne suivrai point le duc de Gastiglione dans ses manœuvres militaires, fort critiquées par les gens de Part; elles ne lui réussirent point. Les étrangers arrivaient en grandes masses; soixante mille hommes et cent bouches à feu se dirigèrent sur Lyon : Augereau se replia devant Tennemi , prit position , et se détermina à tenter la chance d'un combat. Un engagement d'abord heureux , puis défavorable aux armes françaises, avait eu lieu à Saint-George, au-dessus de Villefranche. Il eût été prudent de gagner du temps et d'attendre l'arrivée de la seconde division de l'armée de Catalogne; Augereau ne le voulut pas , ou n'en eut pas la possibihté. Voici quel fut son ordre de bataille : placé sur les crêtes de Limonest , le général de division Musnier occupait le pays entre la Saône et la route de Ghàlon ; le quatrième régiment de hussards et le treizième de cuirassiers s'emparèrent du plateau de Limonest , à Dardilly ; le douzième de hiissards et la brigade Beurmann s'étaient portés en avant de Grange-Blanche ; la division Pannetier appuyait le •général Musnier; il y avait à la Tour-de-Salvagny cent chevaux, un bataillon et les gardes d'honneur disponibles ; enfin , le général Bardet et sa division se tenaient à Miribel et à Galuire, prêts
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à se porter, selon le besoin, sur le Rhône ou sur la Saône. Âugereau avait devant lui les masses autrichiennes commandées par le général Bianchi, et la division Wied-Runckel.
Le 20 mars , les Autrichiens en force sur tous les points commencèrent Tattaque. Débordée par les colonnes du général Bianchi , la division Pannetier fit sa retraite en bon ordre ; M usnier pris à dos suivit ce mouvement, et Beurmann, craignant d'être coupé à Dardilly , se replia sur Grange-Blanche et contint pendant quelques heures le mouvement oifensif du prince Wied- Runckel. Assaillies avec violence , les troupes qui étaient demeurées à Dardilly résistèrent vigoureusement; mais , accablé par les masses ennemies qui se précipitaient sur ses bataillons fort éclaircis , le général Saint-Estève fut refoulé jusque sur les hauteurs de la Duchère. Le général Digeon fut plus heureux : nonseulement il tint bon dans sa position, mais encore il repoussa victorieusement les Autrichiens; lancés sur Tennemi, ses escadrons enlevèrent une batterie , sabrèrent deux bataillons du régiment de Hiller, et firent prisonniers le colonel et trois cent soixante hommes. Ce succès fut le dernier ; sur tous les autres points, les Autrichiens avançaient lentement, mais enfin ils avançaient. Leurs avant-postes parurent sur les hauteurs de la Croix-Rousse et de Roche- Cardon; ils s'y maintinrent malgré tous les elTorts d' Augereau pour les débusquer. A Caluire , le général Bardet et le colonel Gay , qui n'avaient avec eux que deux bataillons du soixante-dix-neuvième de ligne , ne perdirent pas un pouce de terrain ; mais les résultats de cette journée n'en étaient pas moins évidents. Commencée le 18, la bataille de Limonest ne fut terminée que le 20 mars, aux approches de la nuit ; elle avait coûté mille hommes aux Français , et trois mille aux Autrichiens.
Un conseil de guerre fut tenu à Lyon dans la nuit; le commissaire extraordinaire du Gouvernement, comte Chaptal, le préfet, le maire, le commissaire général de pohce et les membres du Conseil municipal se réunirent sous la présidence du duc de Castiglione. On reconnut à l'unanimité qu'une plus longue défense était impossible , et qu'avant toutes choses il fallaitéviter à Lyon les conséquences d'une prise d'assaut ; on arrêta donc que la ville capitulerait. L'armée fit sa retraite , le 21 mars,
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sur risère et sur Valence par les ponts Morand et de la Guillotière ; elle ne fut pas inquiétée.
Augereau a été accusé de trahison par Napoléon ^ ; il ne parait pas avoir mérité ce reproche. Sa défense fut molle , incomplète , inintelligente : placé sur les derrières et sur les flancs de Fennemi, il pouvait tirer un meilleur parti de cette position et opérer une diversion heureuse ; le duc de Gasliglione n'en fit rien et ne. répondit nullement à son ancienne renommée, mais enfin il ne trahit pas. Quelques jours après , l'esprit de parti le présenta comme le sauveur de Lyon et lui décerna , à ce titre , une ovation très peu justifiée; Augereau n'avait rien sauvé.
Un parlementaire fut envoyé par les autorités municipales de Lyon au quartier général du prince de Hesse-Hombourg, général en chef des Autrichiens , non pour demander une capitulation (il n'y avait pas de conditions à débattre), mais pour réclamer la suspension des hostilités et annoncer la retraite des troupes françaises. Peu d'heures après, une députation du Conseil nmnicîpal présenta au général ennemi les clefs de Lyon : quarante mille Autrichiens entrèrent dans la ville le 21 mars , mais vingtcinq mille ne s'arrêtèrent point et continuèrent leur mouvement en avant. Le comte de Salins, général de brigade, prit le commandement de la ville au nom des armées alliées ; un arrêté du prince de Hesse-Hombourg nomma M. de Gotton préfet provisoire du Rhône : il n'y eut pas de désordres. Lyon souffrit peu de l'occupation étrangère , et n'eut à se plaindre d'aucun acte de violence. Le baron de Mylius , major-général autrichien, fut nommé gouverneur civil et militaire des départements du Rhône et de Saône-et-Loire. L'Empire s'écroulait jusque dans ses fondements; on attendait avec anxiété l'issue définitive de cette grande catastrophe. -
1. — Voici les paroles de Napoléon ; ellos sonl terribles : « Au golfe Juan, le i*' mars ■ 1815. — Au peuple français : Français! la cléfeclion du duc de Casiiglione livra Lyou « sans défense à nos ennemis ; l'armée dont je lui avais confié le commandement était , par m le nombre de ses bataillons , la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, • h même de battre le corps d'armée autrichien qui lui était opposé , et d'arriver sur les « derrières du flanc gauche de l'armée ennemie qui menaçait Paris.... *•
9. — GuERRB (/.). Campagnes de Lyon en 1814 et 1815, ou Mémoires sur les principaux événemeuts militaires cl politiques qui se sonl passés dans celle ville et dans quelques con-
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Il y avait toujours eu à Lyon des partisans de la famille et du gouvernement des Bourbons , non parmi le peuple ou chez les classes moyennes , mais dans les rangs de Taristocratie. Le commerce avait beaucoup souffert de Tinterruption prolongée des relations de la ville avec TAmérique , et il avait été réduit plus d'une fois à de cruelles extrémités pendant les longues guerres de l'Empire. Décimées par la conscription , beaucoup de familles de la bourgeoisie appelaient de tous leurs vœux la fin du régime militaire ; elle n'était pas moins désirée par quelques esprits indépendants que fatiguaient le despotisme du gouvernement impérial. Quelques cocardes blanches commencèrent à se montrer; on les vit avec étonnement. Le 30 mars, une députation de l'administration municipale se rendit à Dijon auprès de Tempereur d'Autriche , chargée de la mission de solliciter une réduction aux réquisitions dont la ville était frappée, et avec Tinten-' tion d'apprendre, s'il se pouvait, quelles étaient les intentions ultérieures des alliés. L'empereur François reçut fort bien les Lyonnais, mais il fut impénétrable. Une autre députation, dont l'objet était plus décidément pohtique , alla à Nancy au-devant du comte d'Artois. Tout marchait à grands pas vers une contrerévolution ; elle fut proclamée officiellement , le 8 avril , par le Conseil municipal, qui prononça la déchéance de l'empereur Napoléon et reconnut Louis XVUI roi de France et de Navarre , détermination dont il avait eu l'initiative. Cette grave délibération Alt prise à minuit ; quelques conseillers s'empressèrent de la communiquer au baron de Mylius. Le Conseil général du département , les sociétés savantes et les fonctionnaires de tous les ordres suivirent l'exemple qu'avait donné le Conseil municipal; au drapeau tricolore succéda le drapeau blanc. Tout ce mouvement politique se passait dans les classes supérieures; pro-
irées de l'Est cl du Midi de la France , à Toccasion de la restauralion de la monarchie française. Lyon , J,-B. Kindelem, 1816, in-8o. — Entrée à L^roo de l'armée autrichienne , le 2f mars 1814. — Défense glorieuse dé cette ville par Tarmée française. Retraite honorable du maréchal Âugereau ( par Mazade d'Avèze). Lgon , Barrei , in-8o. — Le même. Séjour i Ljon des armées autrichiennes , etc. Lyorif Barrei , 1814 , in-8". — Souvenirs de Lyon , mai et juin 1814 ; in-8^. — Journal abrégé des événements qui ont amené en France te changement du gooTernement et le retour an trône de la maison des Bourbons, par P. R. (Pierre Revoit }. Lyon f 1814 , in-S**. — A. Péricauo. Tablettes chronologiques. Lyon, 1834, in-S**.