NAPOLÉON A LYON EN 1815. — XIX^ SIÈCLE
de soldats du siège, auprès d'une estrade sur laquelle se trouvaient le prince , le maire , le préfet et les principaux fonctionnaires. Plusieurs discours furent prononcés; on remarqua les belles paroles du comte d'Artois , qui parut n'être dans la ville qu'on Lyonnais de plus. ^
Ce commencement de bonne harmonie entre la population et les Bourbons n'eut qu'une cour le durée; le calme n'existait qu'à la 8ur&ce, et bientôt des symptômes de mésintelligence se firent apercevoir. Napoléon était cher aux' classes ouvrières et à la population des campagnes ; on redoutait des réactions , la demande d'indemnités , et le retour du gouvernement royal aux traditions de l'ancien régime. On remarquait surtout l'avidité des honunes nouveaux pour les honneurs et pour les places ; enfin, le peuple de Lyon ne pouvait se faire à l'aspect du drapeau blanc , et ne dissimulait pas sa répugnance. 11 n'y avait pas d'unité chez les royalistes : ceux-ci se résignaient à la charte, ceux-là n'en voulaient pas et en parlaient avec dénigrement. Un changement soudain eut lieu dans le personnel de Tadministration le 22 novembre : des hommes de couleur politique très prononcée , MM. de Chabrol et de Fargues , furent nommés , l'un préfet du Rhône et l'autre maire de la ville ; le corpa municipal subit une réorganisation complète. Un malaise inexplicable fatiguait l'opinion publique , agitée , inquiète et dans l'attente d'un événement extraordinaire.
U ne se fit pas attendre : on apprit, le U mars 1815, le débarquement au golfe Juan de Napoléon venu de l'Ile d'Elbe avec mille hommes de vieux soldats de sa garde. Cette nouvelle produisit une commotion électrique ; elle se répandit dans la ville et dans les campagnes avec une extrême célérité. L'empereur marchait sur Grenoble : .s'il y entrait , il se dirigerait sans doute sur Lyon; comment l'empêcher d'y pénétrer? U n'y avait d'autres fortifications que des murailles démantelées , deux mille gardes nationaux armés et équipés, mais d'une bonne volonté douteuse , et pour garnison deux régiments seulement , le treizième dragons et le vingt -quatrième de ligne, auxquels fut
t* — L'adminislralioii des H^^iUux avait f.iit U conce.ision du terrain destiné au moiiunent funèbre.
4126 XIX® SIËCLB. LYON PBNDANT LKS CENT-JOUBS.
réuni le vingtième, parli de Montbrison. On considérait dans les salons de l'aristocratie le débarquement de Napoléon comme un acte de folie , dont un châtiment terrible serait la prompte conséquence. Telle (îit la pensée , pendant quelques jours , des chefs de l'administration; mais, avec ce tact qui Téclaire de lueurs si vives , le peuple pressentait une révolution : « Habitants du « Rhône, disait le préfet, M. de Chabrol, dans une proclamation «( placardée le 7 mars, une résolution aussi téméraire qu'in- M sensée vient de jeter sur nos côtes un homme qui , au sein M des calamités qu'il avait fait peser sur la France, avait solen- N nellement brisé tous les liens qui l'attachaient à elle. Une «< poignée d'hommes l'accompagne , et cette troupe sans armes , «< sans vivres, sans munitions, se trouve poursuivie dans toutes « les directions par des soldats fidèles à leurs serments et à
« l'honneur » Ce langage ne persuada personne. Le comte
d'Artois, le duc d'Orléans , quelques oflBciers supérieurs , et bientôt après Macdonald, duc de Tarente, arrivèrent pour organiser la résistance; mais les événements marchaient avec une inconcevable rapidité. On apprit, le 9, que l'empereur était entré à Grenoble et qu'il se dirigeait sur Lyon, suivi du régiment du colonel Labédoyère et de troupes qui accouraient à son drapeau avec enthousiasme. Le comte d'Artois passa le lendemain eii revue la garde nationale et la garnison ; ce fut un triste spectacle : tous les efforts du prince , ses instances et ses chaleureuses paroles ne réussirent point à émouvoir les troupes et à leur arracher un seul cri de « Vive le roi ! » Macdonald fit une nouvelle tentative, il échoua. Beaucoup de discours menaçants contre l'usurpateur avaient été tenus dans les cercles de l'aristocratie ; ils ne furent suivis d'aucun effet , et la désertion du drapeau blanc devint générale. Monsieur, comte d'Artois, quitta précipitamment Lyon le 11 mars , à onze heures du matin , accompagné , dit-on , d'un seul garde national à cheval. Macdonald demeura, et fit des efforts désespérés pour conduire deux bataillons de la garnison au-delà du pont de la Guillotière. A deux heures ils obéirent , et se mirent en position derrière une barricade qu'on avait construite à la hâte; mais à peine eurent -ils aperçu, à quatre heures du soir, quelques hussards du quatrième régiment arrivant de Bourgoin et criant <« Vive l'empereur ! » qu'ils suivirent cet exemple.