LETTRE DE BOURSAULT EN VERS
Lettre en vers de Boursault, à Son Altesse SéréniMnme
madame la duchesse d'Bnguyen,
C'est chez vous que je vais paraistre, Princesse si digne de Festre ;
Princesse de rang et de cœur.
Princesse de biens et d'honneur.
Princesse par vostre naissance, Princesse par vostre alliance, Et pour finir vos qualitez Princesse de tous les cotez ; C'est à vous, dis-je, que ma veine Veut raconter chaque semaine, Par les plus aisés de ses vers.
Les intrigues de lunivers ; Pour ne pas paraistre prolixe.
C'est sur vous que mon choix se fixe.
Ou pour parler chrestienneraent.
C'est pour vous qu est mon compliment.
Un autheur de plus de durée, Avec une plume dorée, P^our tascher de faire sa cour, Mettroit cent jolis mots au jour ; Il vous soustiendrait par exemple.
Que vous estes digne d'un temple, Et qu'autrefois les dieux des Grecs, Méritèrent moins de respects ; Il diroit que pour vous, Princesse !
C'est peu du grand titre d'altesse.
Et que le sort a protesté.
Qu'on vous nommeroit Majesté, Qu'estant en clartez si profonde.
D'un des fameux trosnes du monde.
Le destin doit être bien doux, S'il peut estre rempli par vous.
Ensuite il dirait qu'à vos charmes Un grand Prince a rendu les armes, Et que vous avez des appas.
Que beaucoup de Reynes n'ont pas ; Que de vostre naissance illustre Vos vertus augmentent le lustre ; Que l'éclat qui sort de vos yeux Vaut l'éclat de tous vos ayeux ; Qu'on n'a pas besoin de connaistre De quel rang le ciel vous fit naistre ; Et qu'à vos seules qualitez On connoit de qui vous sortez
Il diroit enfin qu'il admire
Il diroit ce qu on ne peut dire ; Supposé mesme qu'il le pût.
Il ne diroit rien qu on ne sceût ; Ainsi (sauf avis plus utile) !
Un autheur à langue subtile, Farderoit avec beaucoup d'art, Ce qui n'a pas besoin de fard.
Mes couleurs sont plus naturelles ; Et quand les véritez sont belles, Un mensonge, rempli d'attraits, N est toujours qu'un mensonge auprôs ; Si bien sérénissime altesse, Qu il suffit de ma petitesse.
Pour, sur les ailles du renom, Faire galoper vostre nom ; Vous verrez de quel air j'exalte; Mais pour aujourd'huy je fais alte, (Alte à mon compliment s'entend) Pour parler de ce qu'on attend :
Ce qu'on attend, c'est que je presche Quelque nouvelle qui soit fraische ; Pour des nouvelles j'en sais prou.
Je commence et voici par où.
De peur de passer pour mazette, Je ne ferois pas la gazette, N'estoit le conseil que j'ay pris De tous messieurs les beaux esprits :
Ces beaux esprits là sont Corneille, Qui passe pour une merveille, Kt qui satisfait, à tel point, Qu'on voudrait qu'il ne mourût point :
Il prend trop de soin de sa gloire.
Pour laisser mourir sa mémoire, Tant que l'univers durera, Petrus Cornélius vivra ; L'immortalité qu'il dispense Met son grand nom en assurance ; Et puisqu'il éternise autruy.
Jugez ce qu'il fera pour luy
Un autre esprit fort qui souhaite Que je fasse aussi la gazette, C*est Quinault, vous le connaissez, Dire son nom c est dire assez :
C'est un autheur doux, agréable, A qui la scène est redevable, Il écrit toujours tendrement :
Il conjugue amo galamment :
Jamais autheur hormis lui mesme N'a tant de fois dit, je vousayme ; Et de plus, selon le goust mien.
On ne Ta jamais dit si bien. J'oubliais un autre homme illustre, Qui du Languedoc est le lustre.
Et qui Cadejour est tout cur, (Boyerius sub-auditur.) C'est un autheur de fine trempe ; Jamais son pegaze ne rampe ; Quand il prend l'essor comme il faut»
D'ordinaire il monte si haut, Que bien souvent, quoi qu'on s'y tue, On ne peut le suivre de veue.
Par des vers pompeux cadédis, Il soutient l'honneur du Païs ; On peut adjouter à sa gloire.
Que ce qu'il fait n'est point grimoire ; Et qui dit un autheur bien pur, Boyerius sub-auditur.
Encor un autheur qui veut presque Que je fasse aussi du burlesque.
Et qui croit que c'est mon talent, C'est Gilbert, cet esprit galant, Pour qui la canicule ardente N'a point d'ardeur assez cuisante.
Et qui durant tous les hyvers N'a de chaleur que dans ses vers ; Qui compose au reste, à miracle ; Et qui fait si bien ce qu'il fait Que chacun en est satisfait.
Je vous en viens de nommer quatre Qui soutiennent jusqu'à se battre
Que je puis calmer le regret.
Qu'a causé la mort de Loret, Et que je suis, en droite ligne.
De ses successeurs le plus digne.
Pour me chatouiller lappétit, Ils me lont tant dit et redit.
Tant prosné que mon air d'écrire Est un air propre à faire rire ; Que sur un rapport si fameux, A la fin je lai cru comme eux. Mais (et n en déplaise à Pegaze), Quand on est gazette, Ton jaze ; Ma muse, vous nen scaviez rien, Je vous rapprends, jazez donc bien.
Un vaillant comte a pris la peine D'écrire à Monsieur de Turenne, Et de mander, en mots exprès, Que les Espagnols sont deffaits.
Non que la deffaite soit pleine.
Car le marquis de Carsacene Ralliant assez à propos, L'espagnol qui tournait le dos, Fut couvert de sang et de gloire.
Et fît balancer la victoire.
Ce n'est pas aussi, qu'après tout Quantité soient restez debout ; Les uns ont eu testes cassées ; Les autres jambes fracassées ; L'un est blessé haut , l'autre bas ; A ceux-ci l'on abbat les bras , A ceux-là l'on perce les cuisses ; Et nestoit cinq fois mille Suisses, A qui beaucoup d'honneur sont dûs, De s'estre si bien deffendus, La deffaite eût été plus grande ; Le comte de Schomberg le mande.
Et c'est de sa part que je scay.
Que du mareschal de Grancey
Un neveu fort digne de lestre, Fit au combat un coup de maistre ; Lui seul vainquit, luy seul mena Prisonnier, certain Médina, Fils de Monsieur le duc son père.
Qui peut-être s'en désespère.
Mais qu'il s'en désespère ou non, Qu'il le trouve mauvais ou .bon.
J'ai cru devoir dire la chose, Et c'est là ma première pose.
On dit que Tarchiduc d'Inspruch.
(Je ne sais point de rime à Pruch), Si c'estoit l'archiduc d'Inspruche Je dirois ruche, cruche, autruche Et cela rimerait fort bien ; Quoiqu'il en soit, cela n'est rien, (Dieu me gard d'une autre disgrâce) On dit donc qu'étant à la chasse, Cet archiduc courut si fort Que par malheur il tomba mort Tout roide ; le pis que j'y trouve.
On dit que madame sa veuve Est presque réduite aux abois De n'avoir couché qu'une fois.
Avec un époux qui, possible, Avoit du tendre, du sensible.
Et tout ce qu'il faut que l'on ait Pour estre un époux à souhait.
Il est venu lettre de Nantes, Qui ne sont pas si surprenantes.
Et qui causent moins de chagrin Le très pieux duc de Mazarin Qu'on révère en cette contrée, Y fit dimanche son entrée ; Ce n'estoitque feux, que canons, Que fifres, tambours, et clairons,
Qu*eschafaux, que monceaux de inonde ; Et du duc, a perruque blonde.
Tous les bretons disoient du bien ; Surtout, qu'il estoit bon chrestien.
Que Dieu béniroit la Province, Â qui Louis, ce fameux Prince, Avait voulu faire Thonneur De choisir un tel gouverneur.
On attend dans la mesme ville Un autre duc non moins habile (le duc de Coislin) ; Il doit présider aux Estais ; On croit qu'il ne manquera pas Au plus tard dans cette semaine, (Y dût-il consentir à peine Et même en avoir du chagrin), De tascher à gagner chemin.
Nostre grand Roi qui du mérite Fait une estime non petite, En remarquant un singulier, Dans Thabile abbé Le Tellier, En a fait choix pour estre Evesqae ; Si Ion s'informe pour quoy? C'est que L abbé, qu'il a daigné choisir.
Est un abbé fait à plaisir ; Des grands docteurs il suit la piste ; Presche comme un Evangeliste ; Est autant zélé que Saint-Paul ; Ne souffre ny fraude ny dol.
Est scavant, profond, et sublime ; Enfin tout le monde l'estime.
Et l'on ne se plaindra jamais De le voir Evesque de Metz.