LETTRE EN VERS A LA REINE
Reyne Auguste ! à qui par semaine, J'adresse un petit compliment.
Je suis si jaloux du moment
Auquel je vous ouvre ma veine, Que, quoy qui me puisse arriver Du dessin qui me fait rôver, Puisque la Reyne l'autorise, Je vas prendre un si bel effort.
Que qui verra mon entreprise.
Deviendra jaloux de mon sort.
Poussé de Tardeur la plus vive Qui puisse inspirer un cerveaa, Il ne se fera rien de beau Que je n'observe, et je n'écrive, Et dans ces divertissements»
Les meilleurs de tous mes moments Feront voir à qui voudra lire L'entousiasme de mes vers.
Que celle qui me fait écrire.
Me fait connètre à l'univers.
Ainsi jaloux de ma fortune.
Je tâcherai par mes essais De pouvoir répondre aux excôs D*une faveur si peu commune, Et n ayant autre ambition Que de suivre avec passion La belle ardeur qui me transporte, Je n'auray jamais le loisir Que pour bénir avec plaisir L'objet auguste qui m*y porte.
Tous les Polonois sont joyeux.
Et leur Roy nouveau bien plu8qa*enx.
De se voir très pauvre prince Monarque de mainte province ; Ainsi, monseigneur le Destin, Fait au Roy du soir au matin.
Un malheureux d'un homme riche» .
Tantdt il ne parêt qu'un chiche,
Et d'autrefois si généreux.
Qu'il fait d un pauvre un bien heureux. Quand à moi dans mon mal extrême Je l'ai trouvé toujours le même, Ce qui fait que je ne croy rien De ce qu'on en dit mal, ou bien.
Mon Dieu qui donne les Royaumes, Elève sur les autres hommes Ceux que bon luy semble et lui plaist. Leur confiant. tout l'intérest Dont il leur donne connoissance Afin que dans cette puissance.
Comme il les a tous faits des Roys, Ceux qu'il a soumis à leurs Loix, Soient capables des récompenses Que manquent leurs expériences :
Ainsi le Nôtre qui le conçoit Mieux qu'aucun autre Roy qui soi, Où va le mérite d'un homme, Il en use tout ainsi comme Dieu fait, quand il choisit des Rois, Il donne les plus beaux emplois A qui mérite davantage.
Ceux qui sont du second étage, Moins avancez que les premiers.
Sont beaucoup mieux que les derniers.
Pour moy qui ne suis que poète.
Et Poète conte-sornette, Je proteste que je n'ai point D'ambition jusqu à ce point.
Et que tout ce que je souhaitte.
Est qu'en qualité de Poëte De votre auguste majesté, J'obtienne pour chaque traitté Une récompense certaine De nouvelliste de la Reyne.
Ceci soit écrit en passant.
Cependant le mal si pressant Auquel la Pologne est subjette, Dans les temps qu'on tient la Diète , Pour faire élection d'un Roy, N est plus dans ce terrible effroy
Que cause un cruel inter-rôgne.
Une solide paix y règne.
Et chacun vit là, dieu-mercy.
De même que Ton vit icy ;
Le Roy qu on a mis sur le trdne.
Fait ses efforts pour que personne
N'ait aucun mécontentement,
Il 8*applique solidement
A faire que des biens solides
Succèdent à tant d*homicides,
Qu on a commis pendant le temps
Qu*il s est fait bien des mécontens.
En Allemagne, on se propose, Comme on fait ailleurs, mainte chose.
Dire si tout réussira, Je nen scay rien, on le scaura Quand on en aura les nouvelles, C*est pour certaines bagatelles Dont je me soucie aussi peu, Que je ne mets rien à leur jeu.
.Ce n est pas seulement en France, Qu*on a belle expérience De chasser et prendre les cer&, A force d'étendre leurs nerEs, L'électeur et sa chère épouse (De Bavière), En ont mis à mort plus de douze, Mais par un trait des plus galands.
Dont on ait parlé de longtemps, La plus heureuse de ces bestes.
Comme aux solennitez des festes Qu'on observoit chez les Romains, Estant tombée entre les mains De cette agréable amazone, Elle luy fit une couronne De rubans de toutes couleurs, Y raesla môme quelques fleurs,
Puis la mettant dessus la teste
De cette heureuse et belle beste,
Au lieu qu*il dût estre mangé,
Elle lui donna son congé.
Dont les chiens fâchez clabaudôrent.
Mais leurs altesses lordonnôrent,
Et bon gré malgré force fut
Le voir fuir sans qu'on le courût.
Les Bandits font toujours ravage.
On ne parle que de pillage, Ils prennent chacun à rançon, Et sans faire d'autre façon Les mettent sous la seure garde D une troupe qui les regarde Comme deux chiens puissants et gros Observent et lorgnent un os.
Ils vont de contrée en contrée Chercher à se faire curée, Du bien de quelque bon Bourgeois, Aucuns pourtant dès l'autre mois Ne voulant pas se faire pendre.
Sont allés à Naples y prendre.
Le party qu'on leur a donné, Après leur avoir pardonné.
La santé du Pape est si bonne A son âge, qu'on s'en étonne.
Dans Rome il n'est pas un sujet Qui n'ait pour principal objet, La santé de ce très saint Père ; Pour que toute chose prospère Suivant le dessein qu'il a pris, Contre ceux qui n'ont entrepris Que la ruine de l'église, Ses galères que Dieu conduise Jusqu'au port où les Candiens.
Attendent tous ces bons chréti ens
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Madrid a ra ce* jonn pûtes, iMp^cfaer douze trépanez Au Paradis de ces athlètes. Qui n'ont pas les tètes bien bitas.
Et qui s'exposent sottement A des bestes dans le moment
Qu*elles sont les plus acharnées A se faire descharbonnées De ce qui parêt devant eux :
N*en déplaise à ces malheureux, Non plus qu'à quiconque les souffre.
Vaudrait mieux périr dans un gouffre, Que se faire mettre en morceaux Par des lions, et par des taureaux.
Je plaindrais leur sort, si ces bêtes Qui n auroient pas de viandes prestes.
Par des accidents împréveus.
Ne les auroient pas sitôt veus.
Que questant partout de quoi frire, Et cherchant à qui feroit pire Comme ils sont tous accoutumez, Les auroient pris et consumez.
Malgré toute lexpérience Qu'ils auroient eu pour leur défence :
Mais comme le tout s'est passé, Un Requiescant in pace.
Ne seroit jamais eflBcace Pour mériter aucune grâce.
Et valoir à ces pauvres morts, Dieu pour leurs âmes, ny leurs corps.
Tout va quoy qu'on semé et qu'on die, Le mieux du monde dans Candie, Puisque ces pauvres assiégez.
Par leurs ennemis envoyez.
Vivent toujours dans l'espérance Du secours qui leur vient de France, Et va miner en peu de temps.
Les efforts des mahometants.
La bonace parét si grande Dans l'Angleterre et la Hollande Qu'on croiroit que ces alliez Ont les mains et les bras liez.
Monseigneur le Dauphin respire Comme la France le désire.
Sa fièvre qui nous allarmoit , N'est rien qu'un feu qui s'allumoit Et qui n'a pas le temps de naître, Qu'il faut qu'il cesse de parètre, Les sçavants Vallot et Daquin, Traitant ce mal de grand faquin.
L'ont obligé de bonne sorte A passer vivement la porte, Et ne rendre pas confondus Tant de bons peuples éperdus.
Reyne c'est assez vous en dire.
Si vous pouvez an peu sourire De ce que je vous ai tracé.
Je suis assez récompensé.
Quoique l'espérance de l'être.
Gomme j'ai dit en cette lettre Seulement en passant chemin.
Fasse venir à Saint-Germain, Celuy qui consacre sa veine A la plus grande et digne Reyne, Qui depuis que le monde fut, Jusques à cejourd'huy parut.
De juillet, le vingt-et-unième Dont l'ardeur tout-à-fait extrême Oblige à se jeter dans l'eau, Maint et maint pour laver sa peau.
A Paris, chez Denis Langlois le Jeune, me Saiot-EUense-det-Grect» au Bon-Pasteur, 1669.