‹ Histoire de la ville de Mussy-l'ÉvêqueChapitre 115 sur 133 · LETTRE DE BOURSAULT A LA REYNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE BOURSAULT A LA REYNE

A la reyne.

Grande Reyne à qui je me voue, Je sçais assez bien comme on loue.

Par des mots feints, par des vers faux ; Je sçais embellir des deffaux ; Je sçais lart que chacun pratique ; Je sçais flatter par politique Et je joins de Téclat de plus A de médiocres vertus ; Mais Princesse, mon cœur s'irrite Quand on obscurcit le mérite , Et qu'un écrivain trop abjet Ecrit mal sur un beau sujet.

Ainsi Majesté très-chrétienne.

Pour votre gloire et pour la mienne D un autheur de si peu de bruit, N'attendez que ce qui s'ensuit.

On mande de Rome la sainte (Où l'on mourut quasi de crainte Le dix-huict, au mois de juillet) Que la foudre y prit au collet Le superbe palais Borghèse, Qui depuis n'est pas à son aise ; Car le feu dont il s'est senti L'accommoda tout de rosty.

De quelque façon qu'on en cause.

Pour bien estre instruit de la chose, Lorsqu'à Rome la foudre cheut, Voicy comme tout alla. Chut !

Cinq ou six jours (car je calcule) Avant qu'estre à la canicule.

Il y fit un chaud sans pareil; On tournoit la broche au soleil.

Les chasseurs, sans chiens et sans suite.

Rencontroient la venaison cuite ; Messieurs les poissons d*autre part, Malgré leur habit de rempart.

Loin davoir un mouvement libre, Rotissoient (sic) au milieu du Tjbre ; Et les oyseaux, plus près des cieux, Rotissoient plus viste et bien mieux.

Depuis que certain Téméraire Prit le char de monsieur son père.

Et conduisit tout de travers Le Grand falot de TUnivers, Jamais Apollon Tire fleiche, Ne rendit la terre si seiche, Et le docte pays latin N eut jamais un si chaud destin.

Ce grand feu qu on voyoit à craindre Ayanl besoin d*eau pour Téteindre, Il n*est saint ny sainte en ce lien Qu*on n'intercédât près de Dieu ; Le pape, sur qui Ton sappuye.

Bon gré malgré veut de la pluye« Et demande à Dieu qu il luy plût Ordonner que d*abord il plût; Sa prière estant prononcée.

Pour montrer qu'elle est exaucée, Au lieu de >a robe d'azur, Monsieur le ciel devient obscur.

Et, par quelques coups de tonnerre.

Réjouit madame la terre ; Quelques gouttes d'eau qui soudain Tomboit {sic) doucement sur son sein.

De sa peau déjà rétressie, Arrosoient la superficie; Et ses flancs alors tout en feu, Estoient ravis de boire un peu.

Elle eut après loisir de boire Car le ciel prit sa robe noire.

Et quand il a son habit noir.

Depuis le matin jusqu'au soir, 11 pleure de si bonne sorte Qu'il célèbre le deuil qu'il porte. II eust beau pleurer ce jour-là,

Le Vatican s en consola, Quoique son humeur menaçante Lui donnast beaucoup d'épouvante, Et qu*à tous momens un éclair Pepçast l'obscurité de lair.

Si, par un malheur, le tonnerre Ne se fust laissé choir par terre, Rome, qui jamais n*eut de fiel, Ne se serait pas plaint du ciel; Mais enfin il tomba la foudre Il mit presque un Palais en poudre ; Ce ne serait rien que cela.

Mais la foudre, au sortir de là.

Piist une Romaine pour duppe, Et passa par dessous sa Juppé ; La personne qui m'en écrit Ne me conte point ce qu'il fit ; On s est contenté de me dire Que la femme en creva de rire ; Et si j'avais le goust plus fin Je ne dirois rien ; mais enfin...

Avant la fin de la semaine, (J'entends la semaine prochaine).

Un ambassadeur portugais.

Accompagné de gens fort gais, Doit venir, en belle posture, Saluer la Reine future (Ou rendre un très humble devoir A la Reyne qu'il doit avoir).

Cette majesté que j'étale, Est mademoiselle d'Aumale, Qu'on oste à son pays natal Pour a mener en Portugal.

Un Prince, fécond en mérite, Qu'avec soin le pirate évite Et qui va braver le danger, Jusques sur les costes d'Alger, Doit conduire jusqu'à Lisbonne Cette Princesse belle et bonne ;

De peur qu'en chemin l'Espagnol Voltigeant comme un Rossignol, Pour se venger tout à son aise.

De sa Majesté portugaise.

Et des torts qu'il en a reçeus Ne se jette d'abord dessus.

Peste ! ce seroit grand dommage Si l'on lui bouchait le passage, Sans avoir dit salamalec A l'époux qui l'attend illec.

Le dit sieur François de Vendôme, Admirai de tout le Royaume, Pour qui les flots n'ont rien d'amer.

Est enfin remonté sur mer ; Et vogue avec douze navires Des plus beaux et non pas des pires.

Après un combat disputé, Nos Galères, d'autre costé, Qu'un heureux destin accompagne.

Ont pris, sur les costes d'Espagne, A des Turcs qui fendaient les eaux Un brigantin et deux vaisseaux.

On apprend de Vienne en Autridhe, Que la mort, qui souvent nous triche, A rillustrissime Empereur A moins fait de mal que de peur.

Ses jours sont en pleine assurance ; Et le Prince Charles, je pense.

Qui devoit hériter de luy.

Est le plus malade aujourdliny.

L'Empereur, fût il plus auguste.

Il a tort, cela n'est pas juste.

Rien ne mortifie à tel point Qu'un testateur qui ne meurt point ; Pour ne point avoir de rancune.

Il devoit de deux choses l'une; Ou ne pas tester, comme il fit.

Ou ne pas vivre, comme il vit ; Je ne scay pas sa politique ; Mais s'il savait que cela pique.

Je crois qu'il mourroit tout d'adord , Du regret de n être pas mort.

Celuy qui prend soin de répondre Aux lettres que j*écris à Londres Me mande, malgré ses exploits, Que la peste étouffe TAnglois ; Que, les deux dernières semaines, Il en trépassa vingt centaines ; Que le Roy, surpris de cela, Mercredy s*en alla de là ; Que Sa Majesté se transporte Où la peste paroit moins forte ; Que ce lieu s appelle Hamptoncourt ; Et que toute la Cour y court.

Que sa majesté Britannique A sa majesté Catholique Envoya, comme elle prétend.

Un ambassadeur important, Pour unir, par son entremise, Ce que l'inimitié divise, Et rejoindre mieux que jamais L'Espagnol et le Portugais.

C'est aux Béarnoises campagnes Pays tant rempli de montagnes, Que Dandijox s est retiré.

Se croyant là fort assuré.

Les Dragons, qui sont à sa queste.

En font chaque jour enqueste ; Ils le cherchent par tous les coins ; Et comme il épuise leurs soins.

S'ils peuvent découvrir sa niche, Ils se vangeront de sa niche.

Et mesme, s'il fait le rétif.

Ils l'amèneront mort ou vif.

Un prisonnier de sa caballe, Malgré toute l'eau qu'il avalle,

Quelques maux qu il doive souffrir, S*obstine à ne rien découvrir.

Pour accuser tous ses complices Il attend les derniers supplices, C*est alors qu il les nommera Et s'il les nomme, on les s^ura.

Lundy, du mois d*aoust le troisième, La mort contre qui je blasphème.

Saisit la duchçsse de Foix, Illustre par bien des endroits :

Cette duchesse, noire ou blonde.

Voulant mettre un enfant au monde, Par un sort assez étonnant.

Perdit le jour en luy donnant.

Sa mort est d autant plus cruelle Quelle estoit fort jeune et fort belle : Que l'on meure à quatre-vingts ans.

J'en suis d'accord, c'est le vray temps» Mais à seize, l'on va, je meure.

En Paradis de trop bonne heure.

Et je plains quasi tous ceux-lÀ Qui sont si pressés que cela. .

Son corps qui n'est plus qu une souche. Ses beaux yeux et sa belle bouche.

Son beau sein et ses beaux cheveux.

Pour qui Ion forma tant de vœux.

Son teint qui semblait de lalbastre, Dont chacun estoit idol&tre.

Et tout ce qu'elle eut de plus beau Ensevely dans un tombeau.

Est en dépôt chez une Sainte, (1) Où gisent déjà maint et mainte, Recommandons la bien & Dieu, Et sortons d*abord de ce lieu.

Passons à quelque autre nouvelle, Qui divertisse et qui soit belle ;

(1) A Sainte Genevièvre.

J entends belle, s'il en fut onc, Je vais la dire, écoutez donc.

Un amant, remply d allégresse, D'avoir attendry sa maîtresse En eut rendez-vous samedy, A treize heures après midy ; Cet amant, que lamour seconde, Durant que tout dort dans le monde, (Excepté les maris jaloux Et les preneurs de rendez- vous, ) Vole où son amour se souhaite, Sonne une petite clochette, Et ressonnant un peu plus fort, 11 éveille sa sœur qui dort ; Cette sœur qui sort de sa couche, N osant alors ouvrir la bouche, De peur que le père, la nuit, N'aperçoive ce qui s'ensuit.

Ouvre en tremblant une fenestre ; Et voyant nostre amant paraistre ; Attendez, dit elle, attendez; J'attends, dit-il, mais descendez, Quoy que la frayeur la transporte, Elh descend, ouvre la porte.

Conduit nostre amant par la main.

Et lui fait gagner le terrain ; Ayant la fortune prospère Il entre en la chambre du père ; En traverse le beau milieu ; Et, se recommandant à Dieu, Il s'applaudissait dans son ame De l'heureux succès de sa flamme.

Quand se glissant, sans dire mot, Un maudit noyau d abricot.

Qui se trouve là, comme il passe.

Fait du bruit, se fesle, se casse.

Et raisonnant un peu trop haut Le père s'éveille en sursaut. Le vieillard, à son tour qui gronde Plus que tous les vieillards du monde.

Demande, qui mal à propos

Interrompt ainsi son repos ,

C'est un gros matou que je chasse,

(Luy répond de fort bonne grâce

Sa fille qui trembloit de peur

Tant pour elle que pour sa sœur.)

Hé bien donc que Ton se dépèche.

Dit le père, d'un ton revesche : ,

Et pur le champ fermant les yeux

Il se rendort tout de son mieux.

L'amant que le courage accointe,

Désirant poursuivre sa pointe

Entre doucement dans Tendroit

Où sa maltresse Tattendoit.

Il trouve laimable insensible

Qui prenoit un repos paisible ;

Les grâces veillaient àl'entour;

Mais 1 amant ny vit point Tamour;

Il cherche, et recherche au plus viste

Aux endroits où Tamour se giste

Et ne le trouvant là ny là.

Ne fut pas surpris de cela ;

Je me viens, dit il, de méprendre.

Elle en donne et n en veut point prendre;

Mais puisque mon cœur est en feu,

Je prétends qu'elle en prenne un peu...

Par malheur lautheur de l'histoire, Soit par un deffaut de mémoire»

Abaissant un peu là sa voix Mit le reste à quelqu'autrefois ; Si je puis scavoir ce qui reste.

Par un récit court, et modeste.

Vous scaurez comme tout alla.

Lorsque Climène s'éveilla.

Fait le huistiesme aoust, tout exprès.

En mangeant quatre ou cinq œufs frais.

Signé : BOURSAULT.

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