‹ Histoire de la ville de Mussy-l'ÉvêqueChapitre 2 sur 133 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CONTRÉE DE LA GAULE QUI DEVINT BOURGOGNE PUIS CHAMPAGNE, ET OU MUSSY EST SITUE.

Mussy ; sa situation ; son origine celtique ; les divers noms que cette ville a portés ; sa dépendance administrative ancienne. — Les hameaux et fermes dépendant de la ville. — Vue de Mussy . en 1G09. — Caractère, mœurs et religion des Gaulois. — Extraits de leur histoire. — I^ays des Ambarres. — Irruption des Ambarres, des Lingons et des Senons en Italie. — Pays des Lingons. — Canton du Lassois, dont Mussy faisait partie. — Archidiaconé du Lassois. — Lantz-sur-Laignes, ou Landunum, ou plutôt Vertilium, Vertault-Latiscum, ou Houssillon. — Villes du canton du Lassoisi, détruites (1).

La petite ville de Mussy, où Ton compte 1650 âmes, est située sur la Seine, tout près de hautes collines plantées

(1) Une deuxième scclion comprend ce qui est relatif à des droits et établissements, supprimés ù Mussy.

en vignes et couronnées de cerisiers. Un bras da fleoTe, renfermé dans un canal, coule au milieu du pays que traverse aussi la grande route de Paris à Dijon « par Troye»,

A lest, la Seine baigne les jardins qui ont remplacé, presque sur tous les points, les murs de la ville ; et, le long des anciens fossés, à louest, il existe une promenade formate de quatre rangées de tilleuls, appartenant à la ^x/inmune, et d oti la vue s étend sur la campagne. Le long de cette promenade, passe depuis 1868, le chemin de fer de Troyes à Châtillon-sur-Seine.

Kn arrivant à Mussy par une des portes, au midi, ce pay» offre au voyageur un aspect assez pittoresque ; à droite et h gauche, et tout près de la ville, on aperçoit deux larges vallons : Tun est arrosé, pendant une partie de lumt^iis, par les eaux dune fontaine, et les deux vallolis cMtiUnHmi h des forêts communales. Le clocher de Féglise qui (tki fort ancienne domine les modestes constructions dm habitants ; et une promenade, plantée par les soins de l'Kv/ique sur la partie la plus élevée d'un des coteaux, forme un agréable point de vue.

De bruiux ponts en pierres, sur la Seine, récemment n)'!oriMtruitH, Hont aux deux entrées de la ville par la grande rouUi : l'un au nord, et l'autre au sud. On arrive aussi à M<iM»y, dm communes voisines, situées sur la rive gauche (\ti 1/t Seine, par deux grandes portes, ouvertes de même au HuA ol au nord, et qui sont à peu près les seuls restes i\m murailles et anciennes fortifications.

Le tilro de ville a été donné fort anciennement et appartenait À MuHsy, parce que telle était la dénomination des p/iyM dune certaine importance, clos par des murs et fossés.

Apr^H avoir fait partie de la Bourgogne, jusqu'à là fin

du dixième siècle , Mussy fut réuni à la province de Champagne, et appartient, depuis 1790, au département de l'Aube, qui comprend 446 communes.

Antérieurement, Mussy a dépendu de la généralité de Champagne, dont le siège était à Châlons-sur-Marne ; de 1 élection de Langres, puis de celle de Chaumont, jusques en 1629 ; ensuite, de Télection et de la subdélégation de Bar-sur- Aube ; du bailliage royal et du présidial de Sens ; du parlement de Paris ; de révêché de Langres ; de Farchidiaconé du Lassois, et du doyenné de Bar-sur-Seine.

Mussy a existé dans les temps anciens : c est ce qu'on peut admettre , si Ton considère que la race gauloise habitait, de préférence à tous autres lieux, les bords des fleuves, tels que la Seine ; que Mussy est nommé Mussiacum dans de très anciennes chartes (1) ; que la terminaison iacum, en latin, est commune à un grand nombre de noms géographiques gaulois (2), et aussi que les noms de pays, qui se terminent par un y, passent pour être dorigine celtique. Nous ajoutons que cette ville a un territoire très étendu (3375 hectares) ; et que l'auteur d'un ouvrage sur l'archéologie celto-romaine, dans l'arrondissement de Chàtillon sur-Seine (3), annonce avoir reconnu que les pays ayant un nom celtique ont un finage beaucoup plus grand que les pays qui ont un nom romain.

Nous croyons enfin devoir rappeler une circonstance qui constate l'existence de Mussy, peu de temps après la ces-

(0 Charte du onzième siècle sur Sain t-VorIcs. Dom Bouquet, vol. Ill, p. 468, charte de 1086, sur les chanoines de Châlillon, n» 2 de TAppendice.

(2) Bial, Chemins et ville de la Gaule, vol. in-S» 1864. Bouliot, Géographie ancienne de l'Aube, Rogetde Bellognet; Ethnologie gauloise, in-8S 1858.

(3) Lcclerc, 1 vol. in-8o. Paris, 1839.

sation de Toccupation romaine : c est la charte da onzième siècle, sur le miracle que saint Vorles aurait fait à Plaines. Il y est rapporté que Plaines était, au sixième siècle, de la paroisse de Mussy (1).

Pour expliquer la dénomination qu'a reçue notre pays, quelques observations peuvent paraître nécessaires. On lit dans le préambule du Dictionnaire celtique de BuUet (2) que les noms de lieux d'habitation ont été pris en général, de leur situation. Les différentes familles s'étant augmentées, dit-il, se trouvèrent trop à Fétroit dans les lieux où elles s'étaient fixées d'abord ; diverses branches de ces familles quittaient l'habitation commune qui ne pouvait plus les contenir ; elles s'avançaient dans le pays, du côté qui n'était pas encore peuplé, et qu'il fallait défricher ; elles s'arrêtaient: l'une près d'un bois, l'autre sur une montagne, une troisième au bord d'une rivière. Gomme les premiers habitants ne connaissaient que leur voisinage, lorsqu'ils retournaient auprès de leurs parents et amis, ils désignaient le lieu de leur demeure par des mots qui signifiaient : près du bois, ou sur la montagne, ou au bord de la rivière.

Cette opinion sur la formation de la plupart des premiers noms de pays semble admissible ; et en en faisant l'application, pour ce qui concerne Mussy, nous voyons que, dans le langage celtique adopté par l'auteur du dictionnaire, Mus (3) signifie caché, et sy (4) rivière. Or, à une époque où les forêts couvraient une grande partie du sol, et où il n'y avait presque pas de culture, on a pu vouloir

(1) Voir la traduclion de celle charic au chapilre m.

(2) 3 vol. in-fo, 1719, cl 2 vol. in-f», 1751.

(3) Vol. I«r de 1719, Bulict, p. 66.

(4) Vol. I" de 1719, Bullcl, p. 67.

désigner le pays comme un lieu entouré de collines, et caché dans le bois près de la rivière.

L*auteur du Dictionnaire celtique déclare qu'il lui a fallu chercher le celtique dans les auteurs grecs et latins, dans le langage des Bretons; des Gallois, des Basques et des Montagnards Ecossais, ainsi que dans les différents patois des campagnes. Fauchet fait observer que, selon César, les Druides usaient de la langue grecque ; et, d'après Saint- Foix, la langue celtique aurait été originairement la même que cette langue grecque.

M. Littré, dans son étude sur Tétymologie de la langue française, dit que ses recherches ont révélé la parenté des nations qui parlent le sanscrit, le grec, le latin, le celtique, Tallemand, le slave (1), d'autres auteurs soutiennent que le français est une langue originelle.

Cependant, on conteste l'exactitude du Dictionnaire de BuUet, en ce qu'il aurait admis comme celtiques une infinité de mots qui n'appartiennent pas à ce langage ; et les contradicteurs ont pensé que la véritable langue celtique se trouve dans le Dictionnaire français-breton et breton-français de Legonidec.

Nous n'entendons point discuter le mérite des opinions exprimées contre le Dictionnaire de Bullet, en général ; nous nous occupons simplement de l'origine du mot Mussy; et nous faisons remarquer que Mus qui, selon Bullet, signifie caché, en langue celtique, a la même signification dans diverses langues anciennes qui seraient la source de cette langue celtique, puisque Muz, en arabe et en hébreu, Musse f en grec (2), Mussare, Mussia (3) en latin, signi-

(!) 2 vol. in-8o, 1855.

(2) Vol. II, in-fo, de J75i. Addilion.

<5) Ducaoge, ëdilion Didot, 7 vol. in-4o.

fient aussi caché ou se cacher ; d'où il suit que le mot Mus a pu passer du grec dans cette même langue celtique, quoique le Dictionnaire de Legonidec ne le contienne pas.

D un autre côté, si Bullet a admis que les syllabes sy, xy, ry, ay, signifient rivière, il ne s est arrêté à cette règle qu'aprèâ^ avoir reconnu que tous les pays ayant ces terminaisons, et qu'il nomme, sont près d'une rivière.

Enfin, les mots Mus et sy^ ne se trouvant pas dans le Dictionnaire du langage Breton, on peut dire que ce dictionnaire ne saurait être considéré comme renfermant tous les mots celtiques, mais seulement ceux du langage breton ; car la restitution de la langue celtique est regardée comme étant encore peu avancée (1).

On lit dans l'histoire de Bar-sur-Seine que le mot Mus, celtique, signifie courbure, et le mot sy, rivière, ce qui donnerait pour traduction du mot celtique Mussy ; courbure de rivière. Le mot Mus a, en effet, deux significations, selon Bullet ; mais, dans la circonstance, il ne semble pas qu'il doive être traduit par le mot courbure, attendu que c'est seulement depuis la construction des fortifications que la Seine décrit, à Mussy, une courbe, résultant de ce qu'on la fit passer dans des fossés qui entourèrent la ville, ainsi que l'indique une charte de 1365. (N®32 de l'Appendice.)

Aux douzième et treizième siècles, Mussy s'écrivait souvent Muxy. Dans des chartes concernant les chanoines de Ghàtillon et le chapitre de Mussy, et dans d'autres chartes des abbayes d'Âuberive et de Molesme , on a employé les mots latins Mussiacum, Musseyum et Musseium ; tandis que, dans d'autres chartes de 1185 et 1221,

{]) Bial, Chemins et villes de la Gaule, in-8s I86i.

on s'est servi des mots Muxeium et Muxeyum ; ce qui indiquerait que Ton employait indifféremment la lettre x ou deux s.

Dans une charte de juillet 1247, concernant la garde de Tabbaye de Pothières, Mussy a été nommé Mussy-sur- Laignes. (N^ 20 de l'Appendice. )

C'est, en raison de ce que les évoques de Langres avaient un château à Mussy et en étaient seigneurs, que cette ville a été appelée Mussy-l'Evôque. Nous avons vu cette dénomination, pour la première fois, dans une charte de l'abbaye d'Auberive, en 1376. Elle a été ensuite employée dans un aveu, du 15 octobre 1403, passé devant le bailli de Langres, au proât du cardinal de Bar, ainsi que dans une ordonnance royale dii l^' octobre 1461, concernant l'impôt du sel.

Après la Révolution de 1789, on a substitué le nom de Mussy-sur- Seine à celui de Mussy-l'Evêque ; on voulut alors supprimer ce qui rappelait une seigneurie et une dignité ecclésiastique. Comme il existe dans le département de la Moselle un hameau, commune de Charleville, qui porte le nom de Mussy-l'Evèque, l'emploi du nom Mussysur-Seine a l'avantage de prévenir les erreurs dans la transmission des correspondances.

Mussy-sur- Seine ou l'Evêque n'a jamais porté le nom de Mussy-la-Fosse, comme Ta écrit l'auteur de Y Album piltoresque de VAube. Mussy-la-Fosse est une commune de trente feux, de l'ancien bailliage de Semur-en-Auxois, canton de Flavigny (Côte-d'Or), nommé en latin Musaïum, selon Courtépée.

Le corps municipal de Mussy faisait observer, dans un acte de 1784, que la ville avait eu anciennement des faubourgs. En effet, tout près de la porte des Bourdottes, en la contrée de Saint-Langis, il y a eu de nombreuses habi-

documents qui concernent la Bourgogne, la Champagne, le bailliage de Sens ou le diocèse de Langres en général, parce que Mussy, ayant fait partie soit de ces provinces, soit de la juridiction civile ou de la circonscription diocésaine de ces villes, il se trouvait atteint par les mesures ou circonstances qui concernaient Tune ou l'autre de ces divisions territoriales.

Je n'ai pas voulu négliger quelques faits historiques généraux, ni certains développements qui auront toujours de l'intérêt pour les habitants de Mussy.

J'ai cru devoir distribuer mes notes en trois parties, savoir :

1^ La partie historique, qui a été divisée en deux sections, afin de classer séparément et sans nuire à l'ordre chronologique de la première section, ce qui se rapporte particulièrement à des droits, des institutions ou des établissements qui n'existent plus ;

2® La partie statistique, qui comprend la topographie, l'administration, les établissements publics et les propriétés de la ville ;

3'* La partie biographique, formant deux seclions, dont l'une contient des articles spéciaux sur quelques personnes distinguées, par leur

commencement du quinzième siècle ; car. quinze personnes, parmi les habitants , faisaient partie de la confrérie de Notre-Dame de Mussy, vers 1413. La chapelle de Lisle existe encore. Le cimetière a été aliéné par TEtat. Les inhumations des habitants du hameau ont sans doute été faites, très-anciennement, dans le cimelière ; mais les registres ne constatent le fait des sépultures en Lisle qu'aux dix -septième et dix- huitième siècles.

Il y avait un pont à Tendroit où se trouve Tabreuvoir des animaux du hameau ; il en reste quelques traces dans le lit de la Seine; ce sont des pieux. Il est fait mention de ce pont, appelé Poncelot, dans un acte du 13 mai 1483, et dans deux autres actes, des 4 août 1700, et 20 mai 1737, des notaires Gillon de Bouix, et d*Hanteloche, de Ch&tillon. Ces deux derniers actes désignent un chemin de la rive gauche de la Seine qui conduit au pont de Lisle.

Un moulin avait été construit près du hameau, ce qui fait présumer que la population y était assez nombreuse. Ce moulin existait avant Tannée 1207, date de la charte ci-dessus énoncée. Il était encore en activité en 1700, suivant an acte du 18 août de cette année, reçu par M' Estienne, notaire à Mussy.

Les fermes de Revillon et de Champ-Cadot doivent être fort anciennes. La première, à deux kilomètres de Mussy, est située au-dessus de la montagne, dite d*Essoyes, au milieu des bois communaux de Mussy ; elle a été citée dans an acte de baptême du 3 janvier 1555.

La deuxième est à une distance de trois kilomètres de la ville, dans le vallon qui conduit à Autricourt, près de la fontaine de Valturien ; elle est mentionnée dans un acte du 2 mai 1611. Cette ferme semble être la même que celle quia été désignée dans une charte de 1337, de l'abbaye d*Aaberive, sous le nom àe Maison de la fontaine de Val de Thurien.

Une TDe de Mossy-l'ETèqQe, prise en 1609, existe à la bibliothèqae impériale, cabinet des Estampes, dans un Tolame 23 qni a poar titre : Addition aux Etats de la France. La copie, que nous donnons de cette yae, a été prise en 1855 sur notre demande, par M. Ch. Mojsen de la Laarencie, alors maire de Mossy.

Le territoire de Massy ayant fait partie de la Gaule, il importe de rappeler ici ce que furent les Gaulois, nos ancêtres, et nous ne saurions mieux faire que de rapporter littéralement quelques passages de leur histoire écrite par M. Amédée Thierry (1).

•• Les premiers peuples, dit-il, qui occupèrent la Gaule, « furent les Celtes ou Galls, et c'est d'eux que le pays a •• reçu son nom.

<• Les Galls, dans les temps reculés, menaient la vie des M peuples chasseurs et pécheurs. Plusieurs de leurs tribus « se teignaient le corps avec une substance bleue, extraite «« du pastel ; quelques-uns se tatouaient. Leurs armes M offensives étaient des haches et des couteaux de pierre, <• des flèches garnies d une pointe en silex ou en jcoquillage ; «* des massues, des pieux durcis au feu, qu'ils nommaient M gaiSf et d'autres appelés cateies, qu'ils lançaient tout en- M flammés sur l'ennemi. Outre ces armes, ils en eurent une M particulière et de leur invention : c'était une espèce de M pique, dont le fer, long de plus d'une coudée, et large M de deux palmes, se recourbait vers sa base, en forme de M croissant, à peu près comme nos hallebardes, arme for- M midable qui hachait et lacérait les chairs, et dont l'at- M teinte était réputée mortelle. Ce fut le commerce étranger M qui leur apporta les armes de métal et l'art de les fabri-

(i) 2 vol. in-lâ, 1858.

quer avec le cuivre et le fer de leurs mines. Leur armure défensive se bornait, dans lorigine, à un bouclier de planches grossièrement jointes, de forme étroite et allongée. De petites barques d*osier garni de cuir, composaient leur marine.

•• Les tribus se groupèrent en peuples ou nations. Telle était la confédération des Celtes ou tribus des bois, qui habitaient les vastes forêts entre les Cévennes et TOcéan,

la Garonne et le pied des monts Arvernes Celle

des Séquanes, qui devaient leur nom à la rivière de Seine, des Eduens, etc.

«• Le Gaulois était robuste et de haute stature ; il avait le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds ou châtains, auxquels il s'étudiait à donner une couleur rouge ardente, soit en les lessivant avec de l'eau de chaux, soit en les enduisant dune pommade caustique, composée de suif et de certaines cendres. Il les portait dans toute leur longueur, tantôt flottant sur les épaules, tantôt relevés et liés en touffe, au sommet de la tête. Le peuple se laissait croître la barbe ; les nobles se rasaient le visage, à l'exception de la lèvre supérieure, où ils entretenaient d'épaisses moustaches.

M L'habillement commun à toutes les tribus se composait d'un pantalon ou braie ; d'une chemise à manches, d'étoffe rayée, descendant au milieu des cuisses, et d'une casaque ou saie, rayée comme la chemise, oubarriolée de fleurs, de disques, de figures de toute espèce, et chez les riches, superbement brodée dor et d'argent. Elle couvrait le dos et les épaules et sattachait sous le menton , avec une agrafe en métal. Les dernières classes la remplaçaient par une peau de bête fauve ou de mouton , ou par une espèce de couverture en laine grossière ....

• Les Gaulois composaient diverses sortes de boissons fermentées, telles qae la bière d*orge, la bière de froment mêlée de miel, l*bydromel, Tinfusion de cunuD, etc... ; quant au vin, ce fut aux commerçants étrangers qu^ils en durent Tusage.

» Le lait et la chair des animaux sauvages et domestiques, surtout la chair de porc, fraîche et salée, formaient leur principale nourriture.

» Les maisons, spacieuses et rondes, étaient construites de poteaux et de claies, en dehors et en dedans desquelles on appliquait des cloisons en terre. «« Une large toiture, composée de bardeaux de chêne et de chaume, ou de paille hachée et pétrie dans Targile, recouvrait le tout.

« La Gaule renfermait des villages ouverts et des villes ; celles-ci, entourées de murs, étaient défendues par un système de fortifications dont il n existait pas ailleurs d'exemple.

M Les Gaulois, comme tous les peuples du monde, tuèrent longtemps leurs prisonniers de guerre.

•• Nulle vie de famille n'existait chez les nations gauloises ; les femmes y étaient tenues dans cet asservissement et cette nullité qui dénote un état social trèsimparfait. Le mari avait droit de vie et de mort sur sa femme, comme sur ses enfants (I).

(I) Jean Rcynaud, aulcur fort estimé, annonce dans son ouvrage intitulé : VEmpire de la Gaule (in-S» 1864), que tout lui parait protester contre I interprétation de M. Amédée Thierry ; il cite un article des commentaires do César (1. VII, n^ 26), qui exclurait la .supposition que la polygamie ait existé chez les Gaulois. Il croit que le pouvoir de vie et de mort sur les femmes et sur les enfants existait en Gaule de môme qu*à Rome, et qu*il ne fut en exercice parmi les Gaulois contre les femmes, que dans le cas d'adultère.

» Les femmes de la Gaule étaient généralement blanches, «* d une taille élégante et élevée ; leur beauté était célèbre <• chez les anciens.

<« Le polythéisme gaulois rappelait le polythéisme de la <* Grèce, et le fétichisme resta la croyance des classes «« ignorantes de la Gaule ; cependant le Druidisroe, imposé *" dans la Gaule par la conquête, s organisa dans les do- - maines des conquérants, plus fortement que partout ail- •• leurs.

M Le génie du commerce reçut les adorations des Gaulois, M sous le nom de Tentâtes, inventeur de tous les arts et •» protecteur des routes. Les arts manuels avaient leurs « divinités particulières et une divinité collective (1).

•• Le gui se trouve rarement sur le chêne. A cette rareté « qui avait mis en grand crédit le gui né sur cet arbre, se •> joignait la vénération dont le chêne lui-même était l'objet; ^ car les Druides habitaient les forêts de chêne, et n'accom- « plissaient aucun sacrifice où le chêne ne figurât. Le « gui de chêne était, aux yeux des Gaulois, un remède •• universel.

M Des magiciennes et des prophétesses étaient afiiliées à <* Tordre des Druides ; elles servaient d'instruments aux •• volontés des prêtres ; elles rendaient des oracles. La • religion druidique avait, sinon institué, du moins multi- «• plié, en Gaule, les sacrifices humains (2).

(Suivant quelques auteurs, on sacrifiait des victimes humaines pour la guérison des particuliers, dans la pensée

(\) Esus oa Eiisus 2iUTSi\i, selon Jean Rcynaud, représenté la Providence.

(2) Voir ÏHutoire des Celtes, par Simon Pelloulier, 8 vol. in-12, i770.

qu*on ne pouvait satisfaire les dieux que par l'échange de la vie d'un homme contre celle d'un autre.)

« Le cérémonial le plus usité et le plus solennel pour «« les sacrifices humains était aussi le plus affreux. On M construisait, en osier ou en foin, un immense colosse à M figure humaine ; on le remplissait d'hommes vivants ; on M le plaçait sur un bûcher, et un prêtre y jetait une torche «• brûlante.

<« Les Druides ou hommes des chênes devaient ce nom à M la vie solitaire qu'ils menaient dans de vieilles forêts, <• consacrées au culte.

(Ils avaient dans leurs mains, écrit un auteur, la religion, la justice et l'éducation de la jeunesse.)

M La partie extérieure et matérielle du culte était confiée M à des prêtres nommés ovates.

•• Le troisième et dernier degré du sacerdoce compre- « nait les bardes, qui étaient les poëtes sacrés et profanes <« de la Gaule.

Voici comment M. Âmédée Thierry a exprimé son opinion sur la race gauloise.

M Aucune des races de notre occident n'a rempli une M carrière plus agitée et plus brillante. Les courses de M celle-ci embrassent l'Europe, l'Asie et l'Afrique ; son nom M est inscrit avec terreur dans les annales de presque M tous les peuples. Elle brûle Rome ; elle enlève la Ma- M cédoine aux vieilles phalanges d'Alexandre, force les M Thermopyles et pille Delphes, puis elle va planter ses •• tentes sur les ruines de l'ancienne Troie, dans les places M publiques de Milet, aux bords du Sangarius et à ceux du M Nil ; elle assiège Carthage, menace Memphis , compte « parmi ses tributaires les plus puissants monarques de • l'Orient. A deux reprises, elle fonde dans la haute M Italie un grand empire ; et elle élève, au sein de la

•• Phrygie, cet autre empire des Galates, qui domina long- « temps toute TAsie mineure (I).

«• Dans la période des luttes nationales et de la con- » quête, la Gaule succomba, mais d'épuisement, après un « siècle de guerres partielles et neuf ans de guerre sous

• César Peu de nations montreraient, dans leurs an-

«• nales, une aussi belle page que la dernière guerre des « Gaules, écrite pourtant par un ennemi...

« Les traits saillants de la famille gauloise , ceux qui la •• différencient le plus, à mon avis, des autres familles « humaines, peuvent se résumer ainsi : une bravoure per- M sonnelle que rien négale chez les peuples anciens, un <• esprit franc, impétueux, ouvert à toutes les impres« « sions, éminemment intelligent ; mais à côté de cela, une «^ mobilité extrême, point de constance, une répugnance « marquée aux idées de discipline et d'ordre, si puissantes « chez les races germaines ; beaucoup d'ostentation , M enfin une désunion perpétuelle, fruit de Texcessive va- M nité. «

Les eaux thermales (Bourbonne-les-Bains et autres lieux), étaient sous la protection de Belinus, divinité très révérée dans les Gaules.

Des inscriptions gallo-romaines font mention de fleuves déifiés, tels que Dea Sequana, la Déesse Seine. {Revue archéologique, tome v, 1862.)

Cette adoration des rivières et des sources existait aussi chez les Grecs.

Les évêques crurent devoir placer certaines sources sous rinvocation des saints, afin de faire oublier le culte des

(I) L*au(eur, dans son lablcau de TEmpirc romain (vol. 1«% in-<2, i862), rapporte qu'au cinquième siècle, on reconnaissait encore dans la l>ouchc des Galates, Tidiome des Trévires et des Lingons.

— locaux. {Revue archéologique, vol. viii, et V semestre 1860.)

Nous voyons que deux de nos sources, à Mussy, se nomment : Tune Saint- Nicolas, et lautre Saint-Hubert.

Les Gaulois communiquaient entre eux, par des feux, par des crieurs ou par des messagers. (Lardin, Revue germanique 1862.)

César et Tite-Live, en désignant les divers peuples de la Gaule, Tun dans ses commentaires et l'autre dans ses décades historiques, ont fait mention des Ambarres ; et, à ce sujet, Vignier, qui a écrit sur le diocèse de Langres, a émis l'opinion que Bar-sur-Seine, Bar-sur- Aube, Montbard et lieux voisins, parmi lesquels il cite Mussy, firent partie du pays des Ambarres. Il a motivé cette opinion dans les termes suivants :

«« A la question si les Ambarres avaient sous eux d'autres «« quartiers moindres, je réponds que oui, et qu'il existait de M petites contrées dans lesquelles on a, depuis, créé des M prévôtés ou des bailliages particuliers; tel était probable- M ment le pays de Lassois {pagus Latiscensis), la vallée de «* Ricey ; telles furent les contrées par où passent les riviè- «• res d'Ource, d'Arce, d'Aujon, départie de l'Aube et de la ^ Seine ; et, quant aux villes, puisque César donne à en- «* tendre qu'il y en avait plusieurs, j'y mettrai les villes de « Bar-sur- Aube, Bar-sur-Seine, Laferté, Laussuine, Mont- «* bard , d'Arc-en-Barrois , de Châtillon , de Mussy et «• autresfdont aucunes ont été ruinées, spécialement ixia>c cum ou Lassois, dépendant de Châtillon ; Laussuine et <• plusieurs autres qui sont amoindries de noblesse et de u pouvoir, w

M. I^lanchard, ancien lieutenant de la prévôté de Barsur- Aube, dont le manuscrit est à la bibliothèque impériale (topographie de Champagne) ne met pas en doute que le nom d'Ambarres ne s'applique au pays des deux Bar (Am-

bobarri). Il donne pour motif la situation des deux Bar et des pays de leur dépendance, à la proximité et dans le voisinage des Eduens, qui ont eu, dit-il» depuis le temps de César et plusieurs siècles ensuite, les Ambarres dans leur alliance ou dans leur vasselage (1).

Le diocèse d*Autun fut formé, en effet, du pays deâ Eduens qui comprenait les Mandubiens, notamment Montbard (Auxois) el le diocèse de Langres, contigu à celui

d*Autun, fut composé du pays des Lingons, renfermant les cantons du Lassois (touchant aux Mandubiens), et du Barrois, les deux Bar ou les Ambarres, ainsi que Arc-en- Barrois (Arx Ambarcensis).

Les Eduens et les Lingons, qui comprenaient les Ambarres, étaient donc voisins et ont pu être alliés, au moins pendant un certain temps.

Dans son manuscrit sur le diocèse de Langres (vol. vi, page 159) Tabbé Mathieu place, au nombre des cantons qui formaient la province langroise le Comitatns Ambarorum, le Barrois.

M. Migneret {Précis de V Histoire de Langres), s appuyant sur les conjectures des auteurs ecclésiastiques, désigne les douze doyennés (2) dont se composait le diocèse de Langres, et qui devaient représenter les cantons formant le territoire des Lingons. Au nombre de ces cantons, il place celui des Ambarres, autrement le Barrois, s'étendant entre TAube et la Seine, et renfermant Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine et Arc-en-Barrois.

(1) Caesar, I. l*% Ambarn, necessarii el consanguinci œduoram,

(2) i vol. in-8, «835. après rércclion de lévôché de Dijon, en 1731, il ne resta que douze doyennés de Tévéché de Langres, au lieu de dix-sept.

Les traducteurs de César et de Tite-Live ont annoncé simplement que le pays des Âmbarres était le Charolais.

Dautres ont conjecturé que les Ambarres étaient les habitants du Nivernais et du Monran, ou d une partie du diocèse de Châlon.

Durandi-Bachet et Martin , cités par Walckenaer, ont pensé que les Ambarri étaient les mêmes que les Rembri.

Dom Bouquet déclare (vol. i**", page 322) que Ton ignore le lieu que les Ambarres habitaient.

Samson, selon ce que rapporte Courtépée, veut que le pays des Ambarres soit le Châlonnais ou la Bresse.

M. Paul Guillemot exprime lopinion que les Ambarres occupaient la vallée de TAin, dans le Bugey ; et, pour le justifier en partie, il donne à Ambérieux pour nom latin Amharriacumy ce qui nest pas exact, et il désigne ane commune de Bugey, sous le nom d*Ambartrix au lieu d*Amburtrix(l).

Dans les Mémoires de la Société Archéologique de Langres, de 1847 à 1857, on lit que les Ambarres pa* raissent avoir été une peuplade de deuxième ordre, unie tantôt aux Eduens, tantôt aux Lingons, quils étaient par conséquent dans le voisinage de ces deux peuples ; mais qu on ne saurait déterminer, d*une manière précise, les lieux qu'ils habitaient. Au vol. xiv de la Revue archéologique^ page 106, année 1866, il est fait mention de monnaies gauloises, découvertes à Lavilleneuveau-Roi, près de Glairvaux (Aube) et de Juzennecourt (Haute-Marne), avec la légende Ambarres.

L'auteur de la Géographie ancienne et comparée^ Walckenaer, est d'avis que la marche de César et un rapport

(t) Excursion archéologique dans les montagnes Eduennes de la Côte-d'Or, 1 voi. in-8o, 1801.

évident dans les noms, doivent faire placer les Ambarres près de Lyon, dans les environs d*Ambérieux et d*Ambronay.

M. de Saulcy {Revue archéologique de 1860) dit, comme Walckenaer, que le nom des Ambarres s*est conservé dans ceux d'Ambérieux et d'Ambronay.

Ces deux auteurs, ainsi que M. Guillemot, ne paraissent pas avoir eu connaissance des manuscrits de MM. Vignier, Blanchard et Mathieu. Le rapport dans les noms, sur lequel ils appuient en partie leur opinion, leur aurait paru sans doute plus frappant entre le mot Ambarres (Ambarri) et les habitants des deux Bar ou Barrois, qu'entre le même mot et les populations d'Ambérieux, d*Ambronay et d*Amburtrix, car Ambérieux se nommait, en latin, Ambleriacus^ selon Pardessus, Diplomata charta , et non pas Ambarriacum, et Ambronay se nommait Ambronacum.

M. Bial, auteur déjà cité, estime que le mot Ambarres a pu être tiré de Ambairari, habitants de la Saône, en latin Arar.

Ainsi qu'on le voit par ce qui précède, il y a peu d'accord dans les opinions émises. Tout en admettant donc que la question peut encore paraître indécise, nous allons transcrire, comme concernant le pays que nous habitons, le passage de Tite-Live sur l'invasion de l'Italie, 588 ans avant Jésus-Christ, par les Ambarres et par les Lingons ; attendu que le territoire de Mussy, s'il ne faisait pas partie du pays des Ambarres, dépendait incontestablement de la cité des Lingons, comme il a continué à en dépendre avec le Lassois et pour le diocèse depuis l'origine jusqu'en 1789. Ce passage est ainsi congu :

•* Sous le règne de Tarquin l'Ancien, à Rome, la Cel- •• tique, une des trois parties de la Gaule, s'était soumise à •« la domination des Béturiges. La Gaule s'accrut tellement •• par la fertilité de ses plaines et de ses habitants, que le

M débordement de la population se pouvait à peine con- « tenir. Le roi charge Bellovèse et Sigovèse, fils de sa « sœur, d'aller chercher de lointaines demeures aux con- • trées que les dieux indiqueraient par les augures. Les « dieux montrèrent Tltalie à Sigovèse. Il appelle à lui, du «• milieu de ses surabondantes populations, des Béturiges •• et des Ârvernes, des Senons, des Edues, des Âmbarres» •* des Carnutes, des Ausergnes. Il part avec de nomu breuses troupes de piétons et de cavaliers, et arrive o chez les Tricastins. Les Alpes arrêtent les Gaulois; <• ils apprennent que des navires avaient amené les Mas- « siliens de Phocée, qui, comme les Gaulois, cherchaient •> une patrie ; ils les aident à se fixer sur le rivage *>• où s'étendaient de vastes forêts. Eux, ils franchissent «• les Alpes par des gorges inaccessibles ; ils combat- •• tent les Toscans près du fleuve Tésin, et fondent sur •« Médionalum.

« Bientôt arrivent les Boïes et les Lingons par les Alpes- •• Pennines, et ils chassent de leur territoire les Etrusques M et les Ombres. Enfin, les Senons prennent possession du •• pays compris entre le fleuve Uteus et TEsis. Il est cer- •• tain que ce fut cette nation qui vint à Clusium et ensuite •• à Rome. La multitude et Tétrange stature-de ces hommes, «* la forme de leurs armes et le bruit de leurs victoires, «• tout épouvanta les Clusieus. ^

Ambarres ou Lingons, les habitants de notre pays furent bien du nombre de ceux qui firent irruption en Italie, il y a près de vingt-cinq siècles.

Longtemps avant Tère chrétienne, le pays des Lingons fut divisé en cantons. L'opinion commune est que cette division fut maintenue pendant la domination romaine, sous laquelle ces cantons furent nommés Pagi. Plus tard et successivement, les Pagi Majores furent les cités et les diocèses.

et les Pagi minores le siège d une juridiction séculière et ecclésiastique (I). Les Pagi étaient divisés par cent familles, sous Clotaire P% suivant Devalois. Les dénominations des divisions du sol étaient les mots latins : Finis, actus, ager, pendant l'occupation romaine.

Mussy faisait partie du canton du Lassois ou Lagois, Pagus Latiscensis. Vignier, qui écrivait en 1650, pensait qu une charte de Robert V^, évèque de Langres, de Tannée 1086, sous le titre d'institution des chanoines de Châtillon, pouvait faire reconnaître l'étendue de ce canton ; attendu qu'elle nommait les lieux que les processions devaient parcourir. (Voir n° 2 de l'Appendice.)

Cette charte, dont l'objet était d'assigner un revenu

aux chanoines, désignait les paroisses où se feraient des

processions annuelles, parce que, d après l'usage, les fidèles

qui y assistaient faisaient des offrandes à l'église qu'ils visitaient, et les chanoines devaient en profiter ; mais on ne

voit, dans cette même charte, rien qui autorise à croire que les paroisses nommées fussent les limites du canton du Lassois.

D'après Courtépée, auteur de YHistoire du Duché de Bourgogne (2), le canton du Lassois aurait eu six lieues (3 myriamètres) du sud au nord, et autant de l'ouest à l'est. II renfermait, ajoute-t-il, le territoire qui est entre Bar-sur-Seine et Châtillon.

(1) Guérard, Essai sur les divisions de la France, i vol. in-8», i832 ; Garnicr, Mémoires de rÀcadémie, antiquilés, t. ii. Dcrochc, Géographie historique de la Gaule, Sfémoires de C Académie, vol. IV, (Alfred l'dcobs. Géographie de Grégoire de Tours, i86f, n'admel pas de distinciiou cutre les Pagi, altcudu que le mot lalin Pagus signiûait seulement pays. Il croit cependant que les archidiaconés étaient placés dans les chefs-lieux des Pagi, des époques celtiques et romaines.)

(â) Editions de 1774 et 1818.

Cet auteur restreignait retendue du Lassois ; et c'était la conséquence de ce qu il admettait que Bar-sur-Seine, qui faisait partie du Lassois, aurait été le chef-lieu d'un Pagns Batrensis^ et plus tard d un archidiaconé.

M. Guérard (Essai sur les anciennes divisions ecclésias^ tiques de la France, 1837) a partagé l'opinion de Courtépée, son compatriote, sur l'existence d'un archidiaconé à Barsur-Seine.

M. Garnier, auteur des Chartes Bourguignones (1), a écrit que le Pagus Latiscensis comprenait, dans son ressort, le territoire de Bar-sur-Seine et au-delà ; mais il ajoute, sans donner de preuves, qu'un archidiaconé aurait été institué à Bar- sur-Seine, après la division du comté de Gérard qui était le Lassois, c*est-àdire fin du neuvième siècle ou com* mencement du dixième.

On lit dans la Topographie ecclésiastique de M. Jules Desnoyers (1854), que les deux doyennés de Bar-sur-Seine et de Bar-sur-Âube, réunis en un seul, furent passagèrement séparés en deux archidiaconés, correspondants à deux Pagi différents.

En 1861, M. Boutiot a publié la géographie ancienne du département de l'Aube (2), et, selon l'auteur, l'archidiaconé du Barrois, créé à Bar-sur-Aube, aurait compris, dès l'origine, le doyenné de cette ville et celui de Bar-sur-Seine. A une époque que Touvrage n'indique pas, ces doyennés auraient été séparés l'un de l'autre , et Bar-sur-Seine aurait alors fait partie de l'archidiaconé du Lassois ; puis, après la destruction do Laussuine (3), il serait devenu le chef-lieu

(i) Mémoires de C Académie des inscriptions, deuxième série, vol. II,

(2) Mémoires de la Société académique de CAube, 1861.

(3) Uauteur veut parler de Latiscum, détruit au neuvième siècle, t POP de Laudunum ou Fertilium, détruit au troisitoc siècle.

de cette tirconscription du Lassois, reporté plas tard à Chàtillon-sur-Seine.

On peut présumer que ces opinions se sont formées principalement au vu du pouillé imprimé d'AUiot (1 vol. in-4®, 1648) qui, après avoir donné les noms des six archidiaconés du diocèse de Langres : Langrois, Dijonnais, Tonnerrois, Barrois, Lassois et Bassigny, a désigné dans la liste des bénéfices Bar-sur-Seine, comme chef-lieu d'un archidiaconé, et en a fait dépendre le doyenné de Bar-sur-Aube, sans parler du Lassois ; puis a porté Chàtillon-sur-Seine, comme dépendant de l'archidiaconé de Dijon au lieu de celui du Lassois.

Indépendamment de ces erreurs matérielles principales, Touvrage d*AIIiot en renferme beaucoup d'autres pour les noms de pays.

Nous croyons que les auteurs que nous venons de citer sont dans Terreur en ce qu ils admettent que Bar-sur-Seine aurait été le chef-lieu d un Pagus, puis d'un archidiaconé ; et nous sommes d*accord en cela avec MM. Roget de Bellagaet et d'Arbois de Jubainville. Le premier, dans son ouvrage sur le premier royaume de Bourgogne (1), cite diverses autorités d'après lesquelles le Pagus Laiiscensis aurait compris Bar-sur-Seine et môme les parties du diocèse de Langres, au-delà de cette ville de Bar-sur-Seine, du côté de Troyes.

M. d'Arbois de Jubainville a publié une note sur le Lassois (2) où Ton voit que le Pagus Laiiscensis s'étendait, dès Torigine^du sud au nord, depuis et y compris Châtillon-sur- Seine, jusqu'à Tancien diocèse de Troyes, en suivant le

(1) i vol. m-8«, «848.

(î) Bitliothèqué de l'Ecole des Charles, quatrième série, t. iv.

cours de la Seine ; qu'il comprenait la vallée de TOurce, depuis Recey inclusivement, et une partie de la vallée de TAube, entre Lanty et Dancevoir.plus Laignes, Bagneux» Ricey, la Chapelle-d'Oze, Lantages, Vougrey, Larrey.

M. Contant, auteur de Y Histoire de Bar-sur-Seine^ qui a paru en 1855, a écrit quun des capitulaires de Charles-le- Chauve, de 853, aurait donné les limites du Lassois, et il en a traduit les dispositions dans les termes suivants : « Le Las* <• sois a pour étendue tout le pays compris entre Brienne, « Tonnerre, Duesme et Laugres ; il a treize lieues de long. •« Ses limites comprennent, depuis les sources de l'Ource •» jusqu'au dessous de Bar-sur-Seine ; de la source de la *« Laigne à la source de TOurce, entre Montigny et Ligne- «« roUes, il y a une largeur de huit lieues.

Nous avons recouru au Recueil des Capitulaires des Rois^ par Baluze (2 vol. in-f*, 1780), nous y avons trouvé la nomination de Missi Dominici, pour le comté de Gérard qui était le Lassois. Nous n'y avons pas découvert ce qui concernait les limites de ce canton.

A la Bibliothèque impériale nous avons consulté les trois pouillés cités par M. Jules Desnoyers, au sujet du diocèse de Langres , savoir : un manuscrit, n® 879, du fond de Saint-Germain-des-Prés, sans date ; un autre manuscrit, n"* 5218, provenant de la bibliothèque de Baluze, aussi sans date ; un troisième manuscrit, n^ 5199, où il ne se trouve rien sur la composition des archidiaconés.

M. Jules Desnoyers n a pu exprimer son opinion qu*au va des documents qu'il a consultés. Or, ces documents, sans signature et sans date, sont des copies qui pourraient n'être pas exactes.

Mais il existe, à cette même bibliothèque, un autre pouillé du diocèse de Langres, rédigé par l'évèque Jean d*^mboise, en 1492, et dont la copie est en forme authen-

— astique, où Ton voit que ce diocèse comprenait alors six archidiaconés et dix-sept doyennés : P Tarchidiaconé de Langres, comprenant le doyenné de Langres et celui de Moges ; 2** larchidiaconé de Tonnerre , comprenant le doyenné de cette ville, celui de Molesmes et ceux de Moutier-Saint-Jean et de Saint Vinnemer ; 3^ Tarchidiaconé du Lassois, comprenant le doyenné de Bar-sur-' Seine et celui de Chàtillon ; 4'' Tarchidiaconé du Barrois, comprenant le doyenné de Bar-sur- Aube et celui de Chaumont ; 5** larchidiaconé du Bassigny, comprenant le doyenné du Bassigny et celui de Pierrefitte ; 6® Tarchidiaconé de Dijon, eomprenant les doyennés de Dijon, de Saint-Seine, de Grancey, de Bèze et de Fouvent.

Ce pouillé, ancien et authentique, doit faire cesser l'incertitude sur l'étendue et la composition de l'archidiaconé du Lassois, à la date de 1492 ; il donne la preuve qu'il n'y avait pas alors d'archidiaconé à Barsur- Seine.

Pour établir que, antérieurement à cette époque de 1492, la môme ville n'a pas été le chef-lieu d'un Pagus ; et que, postérieurement, elle n'a pas été le chef-lieu d'un archidiaconé, voici les éléments de notre opinion :

P Des chartes de 606, 711, 721, 723, 753, 853, 872, antérieures à l'institution des archidiaconés ruraux, rappelées sous le n^ 52 de l'Appendice, et qui concernent des paroisses ou pays, situés autour et près de Bar-sur- Seine, (Bagneux, Ricey-Haute-Rive, Villemorien, Lantages, Lachapelle d'Oze, Vougrey, Bourguignons), fournissent la preuve que Bar-sur-Seine n'était point un Pagus, aux septième, huitième et neuvième siècles, puisque ces communes faisaient partie du Pagus Latiscensis (Lassois, selon ces mêmes chartes).

2*» D'autres chartes de 1068, 1085, 1097, 1220, 1222,

relatives à Bar-sur-Seine même, et à Landreville, Fouchères et Balnot, pays peu éloignés de cette ville de Bar- sur-Seine, servent à constater que Bar-sur-Seine, et ces autres pays faisaient alors partie de rarchidiaconé da Lassois.

3^ Un compte de la recette du produit des absolutions, rendu au cardinal de Givry, évèque de Langres, le 15 avril 1532, mentionne les cinq archidiaconés ruraux do diocèse (1), notamment celui du Lassois, sans qu*il y soit question de Bar-sur-Seine, comme archidiaconé.

4^ La liste des archidiacres du Lassois, de 1198 à 1735, se trouve dans le manuscrit de Tabbé Mathieu, déposé aux archives du séminaire de Langres (2), et ce manuscrit contient aussi les noms des archidiacres du Barrois, à Barsur Aube, de 1189 à 1670, et on ne voit pas figurer dans ce manuscrit un seul archidiacre de Bar-sur-Seine.

5*^ Il existe, dans le même ouvrage de Tabbé Mathieu, la copie d'un procès-verbal d une assemblée synodale tenue à Langres, en 1783, énonçant chaque archidiaconé, y compris celui du Lassois, sans aucune mention de Bar-sur- Seine, comme archidiaconé.

6^ Nous possédons beaucoup de chartes des archidiacres du Lassois ; nous en connaissons plusieurs des archidiacres de Bar-sur-Aube ; et nos recherches dans les cartulaires de ITonne, de Tévëché de Langres, des abbayes de Molesmes, de Pothières, d'Âuberive et de Montiéramey, ne nous ont fait découvrir ni une charte, ni une simple mention d*un archidiacre de Bar-sur-Seine.

(i) L*archidiacODé de Langres élail le sixième.

(2) Voir la copie de cette liste, à la troisième partie. Clergé.

Si Ton ne connaît ni nom, ni actes, d'un archidiacre de Bar-sur-Seîne, il faut bien reconnaître qu'il ny a pas eu institution d un archidiaconé dans cette ville.

Après la destruction de Latiscnm, ordonnée par Charlesle-Chauve, et exécutée vers Tan 8G0, les attributions du chef-lieu du Pagus Latiscensis ont passé à Châtillon-sur- Seine, ville voisine, qui est devenue aussi au douzième ou au treizième siècle, le chef-lieu d'un bailliage de la Bourgogne, nommé de la Montagne, parce qu'il représentait la juridiction du Mont Lassois ; et la ville fut alors con^ sidérée comme la capitale du Lassois. Quant à larchidiaconé , le titre n'en fut pas changé , et il subsistait encore, en 1783, comme on l'a dit plus haut, sous le nom du Lassois (1).

Si nous avons démontré que Bar-sur-Seine a constamment fait partie, avec son doyenné, de Tarchidiaconé du Lassois, nous n'avons pas à discuter l'objection qui a été faite, sans aucune preuve, que ce doyenné aurait dépendu de l'archidiaconé de Bar-sur- Aube.

M. D'Arbois de Jubainville, rappelant l'opinion de Dora Calmet, qu'il partage, semble avoir parfaitement établi, dans sa note sur le Lassois, que les deux Barrois dont il a été question dans l'assemblée d'Aix-la-Chapelle en 837, étaient, l'un le Barrois Lorrain, qui était un Pagus Barrensis dès 674, et l'autre le Barrois Langrois qui, dès le principe, a eu Bar-sur-Aube pour chef-lieu, et qui était aussi un Pagus Barrensis.

Après la division du comté de Gérard, au neuvième ou au dixième siècle, ou après la fondation de l'abbaye de

(1) VigDier, manuscrit, bibliothèque impériale, vol. II, p. 239 et 963, Qo 5,997, Lapérouse, Histoire de Chàlillon, 1837, p. 502.

Molesme, en 1075, une partie du Pagiis Latiscensis^ ou archidiaconé du Lassois, est passée dans le Pagus Tornodoroisis, ou archidiaconé de Tonnerre, selon lopinion de Vignier (1) et a servi à former le doyenné de Molesme, pour partie.

Nous terminerons nos observations sur le Lassois et les Barrois, en transcrivant ce qu'écrivait labbé Mathieu en 1808, sur le diocèse de Langres (2) : »• La province Lan- " groise était partagée, originairement, en. six cantons, #» qu'on a depuis nommés comtés : V Comilatus Lingonensis^ «♦ le comté de Langres ; 2° Comitaius AUuariorum ou Osca- »• rcme, l'archidiaconé du Dijonnais (3) ; 3** Comitaius Torw nodorense , le Tonnerrois ; 4*^ Comitaius Lassense ou " TMssnoriim , le Lassois ; 5** Comitaius Ambarrorum, le «♦ Barrois ; 6*^ Comitaius Dasngniorum, le Bassigny.

«• Voilà, ajoute-t-il, la plus antique et certaine division »* de la république ou cité de Langres. En tous les comtés, •* il y avait une place principale ; chez les Attuariens, •• Dijon ; Tonnerre a toujours été par sa situation et son « château, la ville principale de son comté ; Châtillon était «* la principale du Lassois (après la destruction de Las- " sensé) ; Bar-sur- Aube, du Barrois, et le château dis et " de Montigny, du Bassigny. »♦

Il a écrit aussi (vol. ix), qu'il n'y a jamais eu, dans le diocèse de Langres, deux archidiaconés du Barrois.

Ce qu'on lit dans Tabbé Mathieu, ne diffère point de

(1) Vignicr, p. 6 da premier volume de son manuscrit, fond de Sainl- Gcrmain, n° 22G, bibliothèque impcrialc.

{t) Manuscrit en seize volumes, déposé au séminaire de Langres, vol. VI, p. 159, et vol. IX.

(5; Un évéché a été créé à Dijon en 1731.

ce qua écrit Beaumier, pour la désignation des archidiaconés de Tévèché de Langres , dans son Recueil des Evêchés (2 vol. in-4^ 1726).

Nous donnons, sous le n° 52 de rAppendice; P un tableau des paroisses qui ont été désignées dans divers documents ou chartes, comme appartenant au canton du Lassoîs ; 2® une copie du pouillé de Jean d'Araboise, de 1492, pour ce qui concerne le Pagus Latiscensis ; et , à la suite de ces copies , des extraits du même pouillé pour le Pagus TornoJorensis, et pour le Pagiis Barrensis. " •

Le nom celtique du canton du Lassois nest pas connu. On pense que la ville, dont les ruines sont sur le territoire de Vertault, village près de Molesme, et qui aurait été Vertilium, et non Landunum, était le chef-lieu de ce canton, et qu'après la destruction de cette ville, le chef-lieu du canton du Lassois, aurait été transféré à Latiscum, sur le mont Lassois ou Roussillon, maintenant Saint-Marcel, commune de Vix ; et que ce canton aurait alors pris le nom de Latiscensis. Ce dernier nom serait venu de ce que le pays aurait été repeuplé, au troisième siècle, par une colonie de Lœtes, qui auraient donné à la forteresse et au canton le nom de Lxiisciim, dont on aurait fait ensuite Latiscum, Lassois.

Une inscription latine, de la fin du deuxième siècle, découverte en 1863. dans les ruines des Thermes de la ville, nommée jusqu'à ce moment Landunum, a fait reconnaître que cette même ville portait le nom de Vertilium, Vertault, qui est celui du village existant près des ruines. Cette inscription est rapportée dans la, Revue archéologique, vol. vu, p. 238, et elle a été traduite par M. Léon Renier, ainsi qu'il suit : •• En l'honneur de la famille impériale, les deux •• frères Lacius Patricius Martialis et Titus Patricius Mar-

•• eus, de la cité des Lingons, ayant rempli dans cette cité, «• toutes les fonctions réservées aux citoyens, ont donné, " de leurs deniers, aux habitants du Viens Verlilius (ou

•i Vertilium) la Cella , qui est située en face de la

•• colonne, avec tout son mobilier (1). •»

(!) Voir le compte-rendu dos séances de TAcadiSmic des inscriptions de 1863, par Ernest Uesjardins, et le rapport de M. Lapérouso sur yertiliunu dans le volume concernant le Congrès scientifique de Troycs, 1864.

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