‹ Histoire de la ville de Mussy-l'ÉvêqueChapitre 65 sur 133 · IX. — Clocher. — Cloches · texte numérisé non relu

IX. — Clocher. — Cloches

L usage des cloches existait, dit on, dans les Gaules, dès le cinquième siècle. Les Romains s en servaient et ce furent eux qui les introduisirent dans les pays qu'ils occupèrent. (Courtépée, Abécédaire de Caumont.) (1)

Une des plus anciennes cloches de France était encore récemment à Fontenailles (Calvados). Elle est de l'an 1202 {Annales archéologiques, 1862.)

Dans diverses communes l'usage était de sonner les cloches comme moyen d'éloigner ou de dissiper les orages ; mais un arrêt du parlement de Paris du 21 mai 1784 homologua une ordonnance du bailliage de Langres qui défendait de sonner les cloches quand il tonnait. (Notice sur le tonnerre, par Arago.)

Les Turcs n'emploient pas les cloches, parce qu'ils craignent que le son ne trouble le repos des âmes qui, selon eux, sont errantes dans les airs (Revue archéologique, vol. 1®'.)

Le 17 avril 1670, le clocher de Mussy fut frappé par la foudre et tellement endommagé que les basses voûtes et le corps de l'église tombèrent plus tard en ruine, à défaut de réparations.

(1) L*usage des cloches, en Chine, est de la plus haute antiquité. (Voltaire, Essai sur les mœurs des Nations,)

Par une requête du 7 mai 1672, les habitants demandèrent à rintendant de la province de Champagne, Tantorisation de faire vendre et couper un canton de bois pour subvenir aux frais des réparations.

On voit dans le rapport des experts que le clocher, existant sur une tour de quatre-vingt-dix pieds delévation, avait soixante-douze pieds de hauteur; qnnne partie haute de trente-cinq pieds était brûlée, et que la dépense pour réparer et reconstruire, devait s'élever à 4,500 livres.

La coupe à faire dans les bois pendant vingt-cinq ans, ne fut adjugée que le 12 janvier 1686. Le prix fut de 24,000 livres. Puis des procès avec levêque et avec les habitants de Plaines, sur le droit à la propriété de partie de ces bois, firent différer les réparations.

Une nouvelle requête fut adressée à Ilntendant le 29 mars 1687. Les habitants y exposèrent que depuis 1670, les pluies et les orages avaient considérablement augmenté le mauvais état de Féglise et qu*il était urgent de poanroir aux réparations.

Ce ne fut qu'après cette époque de 1687, et lorsque les procès eurent été terminés par un arrêt du 24 février 1688, favorable à la ville, que les réparations nécessaires parent être faites.

En 1789, le clocher renfermait sept cloches. La principale et la seule qui put être conservée en 1793, diaprés les décrets des 25 février et 23 septembre de la même année, avait été fondue en 1531, sous Tépiscopatde If de Longwic, cardinal de Givrj. On lisait sur cette cloche qui n'existe plus, Finscription suivante :

Claudius antique generosus origine Longwic Prœsul erat quando tympana facta ftii.

Crebra Sacerdotes hortor libamina Jesu Reddere et ad veniam sollicitare Deum.

MVXXXI.

Cette cloche ayant été cassée, le métal a servi en partie à en fondre une autre en 1850.

Le 9 août 1775, M^' Delaluzerne évêque, fut parrain de la seconde cloche, du poids de 3,375 livres, et M™® Brévot née Delamarche, la marraine.

Le baptême des cloches était mis au nombre des superstitions, au temps de Charlemagne. (Courtépée.)

Sur la« quatrième cloche, fondue en 1542 on lisait Tinscription qui suit :

Vox mea non fletu patulas modo corporis aures, Sed vocal ad sanctas corde benigna preces. Françoisa. mvxxxxii.

Voici Imscription qui se trouvait sur la cinquième cloche :

Dicite vos année pura de mente salutem Quœ meruit sacrœ Virginis esse mater.

Giulia me suscepit mvxxxii.

On n*apas connaissance des inscriptions qui ont pu exister sur les autres cloches.

Le 19 novembre 1793, la municipalité adjugea au rabais les travaux à faire pour la descente des six cloches dont Tenlèvement était ordonné, et pour les transporter à Troyes.

Deux cloches ont été fondues à Mussy, le 29 octobre 1850, aux frais de la commune et de la fabrique ; M. Duboys (Auguste-Guy) étant maire, et M. Perrin (Edme-Nicolas Hubert) étant curé. Elles ont été bénites le 30, la dépense, qui s*est élevée à 5,900 francs a été approuvée par le préfet le 24 novembre 1850.

L'une a été formée en partie, avec le métal de la cloche de 1531. Le parrain a été M. Jean -Baptiste- Angélique

Monginet, juge de paix du canton de Mussy, membre du Conseil général de TAube, président de la fabrique ; et la marraine, M""® Louise Thoureau, épouse de M. Duboys, maire.

Cette cloche a été nommée Angélique -Désirée; elle pèse 2,057 kilog. 500 grammes.

L'autre a eu pour parrain M. Charles-Auguste-Joseph Lambert, chef de division à la direction générale de TEn* registrement et des domaines à Paris, chevalier de la Légion d'honneur, et pour marraine, W^^ Marie-Césarine de la Laurencie, veuve de M. Moysen, capitaine d'artillerie, chevalier de Saint-Louis, ancien juge de paix du canton de Mussy.

Les noms donnés à cette cloche sont : Marie-Augastine ; son poids est de 1460 kilog. bOO grammes.

XL — Charpente.

La charpente de Téglise passe pour être en bois de châtaignier, et cependant il y a tout lieu de croire qae cette opinion commune est erronée. On voit dans les mémoires de la Société d agriculture, etc., de FAube, année 1841 et 1843, que les charpentes des églises de Reims» de Sens et de Chartres, que Ion croyait être aussi en bois de châtaignier, sont réellement en bois de chêne. Selon ces mémoires la ressemblance très grande entre les deux espèces de bois les aurait fait prendre souvent l'un pour Faatre. M. Payen, membre de l'Institut, dont Topinion est citée dans le Moni" leur du 2 décembre 1856, ne croit point que le chAtaignier ait été appliqué en grand aux constructions anciennes. En effet, des vérifications ayant été faites à Faide de procédés chimiques sur d anciennes charpentes provenant des démo-

litions de Paris, après les avoir préalablement appliquées à du châtaignier et à du chêne blanc, il a été reconnu que les bois provenant des démolitions n'étaient point du châtaignier.

Courtépée a écrit aussi, au sujet des églises de Saint- Jean et de Sainte-Bénigne de' Dijon, que les charpentes, que Ion croyait en bois de châtaignier, sont en chêne blanc.

En admettant que la charpente de Téglise à Mussy, fût en châtaignier, il faudrait se demander d où seraient provenus ces bois, puisqu^il n en existe pas dans les forêts qui sont proches de Mussy, et s*il y en eût eu abondance il y a 600 ans, il en resterait aujourd'hui au moins dans quelques cantons.

• On lit d ailleurs dans un ouvrage de Doyen, auteur fort estimé, que les forêts d'aujourd'hui ont conservé leur nature ancienne (1). Si des bois de châtaignier n'ont pas été pris dans les forêts de Mussy, il serait bien étonnant que Ton fût allé fort loin pour s'en procurer, au lieu d'employer le chêne qui est l'espèce principale des bois de Mussy et des forêts voisines ; surtout lorsqu'on employait â la construction des murs des pierres prises dans les carrières de Mussy, sans aller en chercher d'une qualité supérieure dans les communes de l'arrondissement de Châtillon, assez rapprochées de Mussy.

Grosley, dans ses éphémerides, attribue la disparition du châtaignier dans les forêts d'Âix-en-Othe, d'Estissac, etc., près de Troyes, aux besoins extraordinaires de bois de

(I) Alfred Maury, sur les forêts de la France, Mémoires de l'Académie des inscriptions, vol. IV, 2« série, p. 53.

construction qu aurait fait naître un grand incendie de la \illo (le Troyes en 1524, et par suite duquel les arbres anciens de châtaignier auraient été coupés dans ces forèt-s. Ce motif ne semble pas concluant. Admettons que tous les arbres anciens aient été coupés pour les constructions, et que le bois de châtaignier ne repousse pas sur les vieilles souches, ainsi que ce savant le fait remarquer, mais Ton ne peut prétendre que tous les jeunes châtaigniers, tous les taillis aient été coupés pour la même destination, et lors même que les plus jeunes arbres auraient été coapés pourd*autres besoins, ils auraient repoussé comme tous les taillis, il en aurait donc existé plus tard et il y en aurait encore maintenant. Une preuve que le châtaignier ne servait pas aux constructions à Troyes, cest que la reine Blanche, comtesse de Troyes, dans un règlement de 1220, ne réservait que le chêne et le fau {fagun) ou hêtre. (Colleciion de Champagne, vol. 132, page 280.)

On lit dans V Histoire des Evêques de Langres^ par Tabbé Mathieu, que Marguerite de Bourgogne, reine de Sicile et comtesse de Tonnerre, fit construire, en 1293, Téglise de Thopital de cette dernière ville, et que la charpente est en bois de châtaignier, tiré des Ardennes. Si ce renseignement était exact, il fournirait une nouvelle preuve quMl n'existait pas plus alors qu'aujourd'hui de forêts de châtaigniers près do Troyes, ni dans un rayon plus rapproché de Tonnerre que la forêt dos Ardennes, car pourquoi aurait-on fait venir d'un lieu fort éloigné ce qu on aurait pu se procurer à une moindre distance ? Du reste, on voit dans le Bullelin de la Société des Sciences de ITonne, pour 1852, vol. 6, page 187, que Tancienne charpente de lliôpital était en chêne, et qu on y a seulement trouvé quelques chevrons en châtaignier.

On fait observer dans les Mémoires déjà cités de la Société

d* Agriculture, etc., de CAube, que le châtaignier se plaît dans les régions plus froides et plus élevées que le département de TAube, assertion dont l'exactitude a été reconnue par des essais de culture restés infructueux à Mussy même.

Enfin, un changement total de production dans le sol forestier, s'il eût eu lieu, aurait d autant plus attiré l'attention des historiens, que le fruit du châtaignier sert à Talimentation des populations.

Il faut donc s arrêter à l'opinion que la charpente de 1 oglise est en bois de chêne blanc.

Des travaux pour l'accrochement de la charpente ont été faits en 1863, et la dépense s'élevant à 1,900 francs a été autorisée par le préfet, le 19 septembre de la même année.

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