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Histoire de la ville de Roye

Rodrina^ Rauga, Roya et Roia^ tels sont les différents noms sous lesquels la ville de Roye est désignée dans les anciens titres.

Quelques historiens ont confondu la ville de Roye avec le Rhodium de la table Théodosienne, actuellement Roiglise; cette confusion, qui pouvait avoir lieu à une autre époque, n'est plus possible aujourd'hui. En effet, Rhodium était une station romaine sur la grande voie militaire de Lyon à Boulogne-sur-Mer, passant par Soissons, Noyon et Amiens. De Noyon à cette dernière ville, la chaussée,

gulaires, qui ne renferment que de petits pots funéraires, avec des monnaies du Haut-Empire.

La voie militaire (via solemnis)^ en quittant Roiglise, venait directement à Roye (versus castrum royensé) ; elle n'entrait pas dans cette ville par la Porte-Saint-Pierre, comme aujourd'hui, mais elle passait derrière la chapelle Notre-Dame-de-Paix, traversait le grand cimetière, une partie de la ville et le faubourg de Saint-Médard, pour aller dans le Santerre, vers Amiens. Elle est nommée via publica dans un diplôme de Charles-le-Chauve (858), et via regia^ Gauchie d'Amiens, dans un acte de donation fait à l'abbaye d'Ourscamp en 1280.

Une autre voie romaine était encore dirigée sur Roiglise, et non sur la ville de Roye. Cette chaussée, qui passait à Roiglise, en face de l'Eglise, formait la seizième branche de la voie militaire de Beauvais à Bavay. De cette première ville, la chaussée arrivait, après un parcours de plusieurs lieues, à RoUot, suivait les allées de Bains, le parc de Tilloloy à gauche, laissait Beuvraignes à droite, passait entre le hameau de Saint-Georges et Verpillières, traversait la rivière d'Avre, puis parvenait à Roiglise- De ce point, la route gagnait le village de Champion pour aller à Vermand. Elle avait pour station Rhodium ; cette chaussée prend aujourd'hui le nom de Sentier de Beau-vais. Le long de ce sentier, près du village de Beuvraignes, des découvertes, faites à diverses époques, nous confirment dans cette pensée que ce chemin était une voie romaine, nous pourrions même dire un chemin gaulois romanisé^ car on a trouvé sur son parcours des haches en silex, puis des médailles, des vases, des peintures murales, d'époque gallo«romaine.

Le passage de ce grand chemin à Roiglise prouve une fois de plus que Rhodium ne peut être que ce village et

non la ville actuelle de Roye, qui n'était le centre d'aucune voie romaine. La cité de Roiglise, au contraire, était le siège d'un septemvium^ d'où partaient sept routes ou chaussées comme autant de rayons d'une même étoile.

C'est cette chaussée de Beauvais que Jules César a pu suivre lors de son expédition contre les Bellovaques, en Tan de Rome 697 (cinquante-sept ans avant Jésus-Christ). Après avoir vaincu, à Bibrax, les Belges, formés du contingent des Bellovaques, 'des Ambiens, et des Véromanduens, le général romain se dirigea sur Soissons pour punir les Suessions d'avoir pris part à la révolte ; ceux-ci firent bientôt leur soumission. Alors César résolut de marcher sur les Bellovaques, qui s'étaient enfermés, avec tout ce qu'ils possédaient, dans Yoppidum de Bratuspantium (Breteuil).

Pour aller de Soissons à Breteuil, J. César suivit sans doute la voie romaine d' Agrippa, par Noyon (noviomagus) jusqu'à Rhodium (Roiglise), puis a dû prendre, à gauche, le chemin de Bavay (Bavacum) à Beauvais (Cœsaromagus), par Saint-Georges, Beuvraignes, Bains, RoUot, Courcelles, près de Tricot et Breteuil. L'armée romaine n'était qu'à cinq milles de Bratuspantium quand les habitants vinrent implorer la générosité du général romain. De Breteuil, César partit pour Amiens.

A une certaine époque, RoigUse et Roye, ou plutôt Saint-Georges, ne formaient, peut-être, qu'une seule localité. — En effet, placées vis-à-vis l'une de l'autre, sur le versant opposé d'une colline, elles étaient séparées par la rivière d'Avre, mais reliées entre elles par un pont; or, il est peu probable que deux groupes d'habitations si rapprochées aient pu former deux communes distinctes, possédant des noms différents. — Si RoigUse n'était qu'im faubourg de Roye, on a pu confondre la ville avec son

annexe. Ce qu'il y a de certain, c'est que le mot de Roye" Eglise démontre un rapport quelconque avec Roye ; de même qu'il existe une certaine analogie entre Rhodrina et Rhodium^ le premier est la dénomination celtique, le second, le nom romain pouvant désigner tout à la fois Roye et Roye-Eglise.

M. V. de Beauvillé dit, dans son histoire de Montdidier : « Plusieurs antiquaires placent au Plessier-de-Roye le Rhodium de la table Théodosienne. » Cette opinion est contraire aux indications de la table de Peutinger, qui cite Rhodium comme point intermédiaire entre Noviomagus et Samarobriva^ par lequel passait la voie romaine de Lyon à Boulogne-sur-Mer, et Rhodium ne peut être que Roiglise et non Plessier-de-Roye.

Dans une contestation élevée entre Simon de Nesle, Henri Bac (1260), et d'autres chevaliers, à l'occasion du bornage d'une garenne, on voit que cette garenne s'étendait de la Croix de la Bouveresse « ad villam qui dicilur Roieglise^ sicut cheminum regale se 2^rotendit usque ad dictam villam et à dicta villa usque ad locum qui dicitur (Pont d'Allemagne), versus Hoienglise usque ad murellos dicte ville et à dictis murellis, de foris dictam villam. ie> Par ces termes, villa^ mujxllis^ il semblerait que Roieglise ait été un lieu fortifié, entouré de murailles. Il y avait, en effet, avant le quinzième siècle, un château-fort appelé plus tard le Chdteau-Rleu^ et qui fut détruit dans ces derniers temps.

La ville de Roye remonte à une plus haute antiquité, car, suivant un de nos savants antiquaires, M. Labourt, elle ne serait rien moins qu'une bourgade gauloise.

a Rodrina ou Robriva\ dans la langue celtique, veut a dire pont ou passage sur une rivière; or, la ville de a Roye était située et était établie alors près de la rivière

« d'Avre. Il s'y trouvait un pont, de même qu'aujourd'hui, a et Ton doit attribuer à Rodrina la même signification, <r la môme origine qu'au Robriva qui termine la dénomia nation de Samarobriva de la ville d'Amiens. Il n'est, « du reste, pas étonnant que l'on ait fait Roye de Rodrina; <L dans les changements de langage, on aura négligé les « consonnes pour n'appuyer que sur les voyelles, ce qui < aura produit Roia^ nom latin qu'un grand nombre a d'auteurs donnent à la ville de Roye, mot enfin qui « paraît un dérivé naturel de Rodrina. »

Nous ferons une simple observation à cette citation ; ce n'est pas le mot Robriva qui, chez les Gaulois, voulait dire pont, mais seulement : bruck^ briga, briva : Sarrehruck, Eburo'briga, Samaro-briva ; il faut donc se garder de confondre le radical Ro avec la terminaison.

S'il était permis de chercher, au bout de tant de siècles, rétymologie du mot Rodrina^ il nous semble que c'est seulement dans les radicaux allemands qu'on peut espérer de la trouver. L'allemand était la langue du nord de la France, que Tinfluence latine lui a depuis arrachée ; mais, au-delà du Rhin, qu'elle n'a pas franchi, il est certain que la langue n'a pas foncièrement varié depuis les temps historiques. Les syllabes mêmes du mot Ro-dri-na paraissent avoir conservé, sous leur déguisement latin, un aspect évidemment germain. Cela admis, n'est-il pas naturel de penser que la vieille bourgade belge a emprunté son nom aux terrains humides où elle s'est établie, et qu'elle a disputés aux eaux alors abondantes de la rivière d'Avre ?

Nos pères ont dû tirer leurs idées et leurs noms du sol qu'ils cultivaient ; or, dans cet ordre de conjectures, les vieux radicaux Rod-rein (prononcez Rodreiné)^ qui veulent dire : défriché, pré^ ou pré défriché^ donnent une satis-

faction complète à Tétymologie du mot : Rodrina^ dont la voyelle finale a été ajoutée par les Latins.

Pour confirmer l'opinion que la ville de Roye est d'origine gauloise, nous citerons les monuments de cette époque qui existent dans le pays ; nous dirons que l'on trouve assez fréquemment des silex taillés, des vases, des bronzes....

Parmi les monuments druidiques, nous indiquerons les énormes grès fichés qui existaient sur la place du village de Beuvraignes et que l'on attribuait à un dolmen.

Près de Lassigny, sur la route de Roye à Gompiègne, on voit une masse énorme formée d'un grès d'une seule pièce et que l'on nomme : Pierre du Parrois ou du Martelais j pierre du massacre ou du sacrifice. Au centre de ce grès, on aperçoit une sorte de rigole, taillée dans le roc, ayant environ un mètre de circonférence sur dix centimètres de profondeur.

Dans les environs de Roye, on trouve des tombelles ou autels dédiés par les anciens Belges à leurs divinités ou à leurs chefs. D'après une charte de Saint-Louis, de 1236, une tombelle existait dans la banlieue de Roye, une autre était située entre Liancourt et Crémery ; on en voit encore des vestiges.

Enfm, il y avait à Roye des lieux consacrés à Jupiter, et qui se nommaient : Mont-Joie (Mons-Jovis) ; on rencontrait, sur le terroir de Roye, un lieu dit Mont^Joie^ près de Saint-Georges.

A Roys et dans les villages des environs, l'usage des Boguignolles^ qui se pratique dans les Jours-Gras, rappelle la cérémonie sacrée chez les Gaulois de la récolte du Gui.

Les monuments de cette époque seraient plus nombreux encore si le temps et les ordonnances des rois de la

première race n'avaient contribué à les faire disparaître.

S'il était nécessaire d'ajouter de nouvelles preuves pour montrer que la ville de Roye est d'une haute antiquité, nous citerions les découvertes faites en 4761 et en 1768, sous les yeux mêmes de Dom Grenier. Le savant Bénédictin présume ^ que le lieu où elles ont été faites était la sépulture publique d'une habitation plus ancienne que la ville de Roye^ et qu'on y découvrirait bien d'autres monuments si Ton fouillait plus avant dans la terre. y>

Les vestiges de la domination romaine sont nombreux autour de Roye : au chemin de Canny, à Damery, à Gruny, à {Etalon, à Laucourt, au Champ-d'Enfer, on rencontre des traces évidentes d'établissements romains ; le monument le plus important de cette époque est assurément: le VieuX'Catil ou Camp de César.

C'est sur le chemin de Villers, à deux kilomètres de Roye, qu'est situé le Vieux - Catil, que l'on regarde généralement comme un camp de César, tandis que d'autres historiens le considèrent comme un vieux château du Moyen-Age, Vêtus Castellum ; nous allons examiner ces différentes opinions.

Dans un mémoire sur Samarobriva^ le docteur RigoUot, au sujet du Vieux - Catil, s'exprime ainsi : a II existe « auprès de Roye un camp romain désigné sous le nom «c de Vieux -Catil, Vêtus Castellum^ précisément à vingtce cinq mille pas d'Amiens. Suivant M. d'AUonville, ce tt camp, placé sur le territoire des Bellovaci^ et destiné à a garder la plaine fertile du Santerre, se trouve être celui a qu'occupait Crassus, le questeur de César, lorsque ce n dernier le rappela pour lui confier le commandement <( des dépôts faits à Samarobriva. »

Mangon de la Lande réfute en ces termes l'opinion émise par le savant docteur : « Le Vieux-Catil, à Roye,

« qu*en patois picard on nomme Viu-Cati^ ce qui veut * dire et n'a jamais voulu dire que le VieuayChâkau, •. n'est eflectiveraent qu'une ruine d'un vieux donjon des ^ premiei's temps de la domination des Francs. On a beau « vouloir lui donner une couleur antique et en faire un € Velus Castellunij ce n'est encore qu'un vieux château. « Le petit espace de terrain qui l'entoure, et que j'ai tant « de fois parcouru, n'a probablement servi qu'à des cours, «f u des jardins et peut-être à quelques vieux fossés de « défense, mais on n'y trouve rien, absolument rien, d'un a camp romain. j>

Nous regrettons de voir un Royen chercher à amoindrir le VieuX'Catil^ qui est un souvenir glorieux en faveur de l'antique origine de sa ville natale.

Si le lieu en question est désigné sous le nom de Vieux- Catil^ la tradition lui donne aussi le nom de camp de

Gésar^ et si le mot Vieux- Catil est la traduction de Velus Castellum^ cette dernière dénomination (Castellum) veut dire aussi bien castel^ château, que camp^ retranchement y ou mieux, petit camp, car ce mot est pris dans cette acception par Végèce {de re militari).

Le camp de Liercourt, sur la Somme, auquel on ne refuse pas une origine romaine, est connu, dans le pays, sous le nom de Castellé.

Le vieux donjon, dont parle Mangon de la Lande, aurait été établi de bien bonne heure, et, comme il le dit, dans les premiers temps de la domination des Francs ; car par une charte du pape Alexandre, de 4179, on voit déjà le VieuX'Catil désigné sous le nom de Velus Castellum.

Dans un acte du Cartulaire d'Ourscamp, du mois de décembre 1239, en parlant de la situation de certaines terres, on dit: apud vêtus castrum Roye\ si, comme l'uvaucc Mangon de la Lande, le Vieux-Cotil fut un

-^ Il -

château du Moyen-Age, on n'aurait pas dit. en 1179 et en 1230, vêtus cdstnim . Cette qualification de vêtus indique nécessairement, dans l'esprit des gens d'alors, un monument ancien déjà ; le Vievx-Catil étant d'époque romaine était, au xii" siècle, un vieux débris.

Puis le mot Castrum désigne bien un camp, camp de Roje, c'est le mot que la tradition a conservé en disant: Vieux-'Catil.

Du reste, on trouve indifféremment dans les titres de cette époque, Castcllum ou Castrum^ mais toujours l'expression de vêtus ; ainsi, dans un acte de 1238, on lit : a Juxtd locum qui vêtus castellum nuncupatur. » Ici le mot locum exprime mieux encore un terrain, un champ, qu'une construction. Il a pu se faire que sur l'emplacement du camp de César, qui était parfaitement situé, il se fût élevé un donjon, un château, puisant ses moyens de défense dans les retranchements construits par les soldats romains.

Mais il n'est pas moins vrai que le lieu qu'occupe ce camp, que la forme qu'il alTecte, que son voisinage des voies romaines et de Yeau salubre (salubris aqua) fournie par la rivière d'Avre, que les Commentaires de César, que les découvertes qu'y a faites le comte d'AUonville, que tout enfin, la tradition comme l'histoire, concourent à prouver que ce Vieux-Catil est un camp romain.

Le Vicux-Catil est situé, nous le répétons, à environ deux kilomètres de Roye ; il s'élève au milieu d'une plaine ; son altitude est de 87 mètres ; sa surface est élevée de trois mètres trente-trois centimètres au-dessus du niveau du sol environnant; il est placé à sept cents mètres au nord de la rivière d'Avre et à la distance de trois cent soixante-dix mètres de la chaussée romaine d'Agiûppa (route de Roye à Amiens), qui conduisait de Lyon à

Boulogne-sur-Mer, établie par le premier Drusus. Comme le camp de Tirancourt et de l'Etoile, le Vieux-Catil formait une partie du système général de défense, ou de moyen de grande communication, à travers Tancienne Belgique. Comme eux, il est placé sur le point proéminant de la plaine qui domine au loin le pays, et sur la crête de deux déclivités qui prennent naissance en arrière du camp, s'abaissent à mesure qu'elles se rapprochent de la vallée de l'Avre, en suivant, l'une, la direction du sudouest, et l'autre celle du sud-est, ainsi qu'il est dit plus haut.

La partie du camp qui est vers l'angle sud-ouest est dégradée par la culture, la charrue a presque complètement usé le rempart de ce côté, et de récents travaux ont abattu la partie la plus élevée du retranchement vers le chemin de Villers; il est présumable qu'avant peu de temps, il ne restera plus rien du Vieux-CatiL On ne peut plus apercevoir de traces des fossés ; cependant, comme il est impossible que, dans l'origine, il n'y en ait pas eu un, d'AUonville, dans sa Dissertation sur les camps romains de la Somme^ pense que le chemin fort large et assez profond qui conduit de Villers à Roye et qui longe le rempart au nord, aura d'abord formé le fossé de ce côté-là ; il a dû en être de même pour la partie qui regarde la vallée de l'Avre, et que sur les deux autres côtés, les fossés auront été comblés par l'effet du nivellement résultant des pluies ou de la culture ; toutefois, il en reste encore une partie vers Villers. On n'aperçoit pas non plus d'entrée ou de porte bien marquée ; l'auteur déjà cité croit qu'une rampe qui existe au nord a dû être l'une des portes, et quoiqu'elle ne soit ni à l'orient, ni tout à fait au miUeu du rempart, il pense, vu qu'elle est du côté de la voie romaine, que c'était là la porte

prétorienne. Il y a appaxence que la porte décumane était à l'opposé de cette entrée, faisant face à la rivière.

La superficie totale du Vieux-Catil n'est que de cinq hectares quatre-vingt-un ares (vingt-trois arpents romains) ; cette petite étendue ne pouvait convenir qu'à six ou sept cohortes d'infanterie, avec un petit nombre de cavaliers. Cependant, d'après les études nouvelles faites sur la castramétation des camps de César, M. de Baillencourt admet une moyenne de dix mètres comme unité de surface dans les camps restreints, d'où il s'ensuit que l'on pouvait renfermer une légion entière dans l'enceinte du Vieux-CatiL

Le camp du Vieux-Catil semble avoir été destiné à protéger les convois ; cependant, la hauteur de son rempart, dont le talus est fort raide, indique qu'il a dû être, tout au moins, un camp à demem^e {slativum castruni) ; sa forme, qui est celle d'un carré assez parfait, est recommandée par Polybe et Végèce comme étant la plus régulière.

La fouille qu'a fait pratiquer le préfet d'AUonVille, en octobre 1822, n'a rien produit ; on n'a pas trouvé d'abattis d'arbres {interpositi stipites) destinés à soutenir les terres ; peut-être aurait-il été nécessaire de continuer les fouilles et de les faire exécuter sur plusieurs points à la fois. Aujourd'hui encore, on trouve des débris de poteries et de tuiles brisées par la charrue ; au mois de juin 4867, on a mis à découvert une meule romaine en poudingue.

Grégoire d'Essigny dit qu'on y a découvert, en labourant, des vases antiques, des armes romaines oxydées et un très grand nombre de médailles d'or, d'argent et de bronze à reffigie de Jules-César.

Grégoire ajoute, dans son Histoire de Roye, que la tradition du pays est que le Vietix^-Catil est un camp de César.

Cette opinion est très plausible ; le comte d'AUonviUe ladoirtc et pense que ce camp fut occupé, pendant quarante jours, par P. Grassus, questeur de César, lors de la première dislocation des légions, qui eut lieu avant la fin <Ie la cinquième année de la guerre.

Les questeurs, il est vrai, cliargés de toute l'administration de Tannée, résidaient ordinairement près du général en chef ; mais k cause de la disette qui eut lieu à cette époque, César avait des motifs puissants pour employer d'abord son questeur à assurer la subsistance des légions.

Crassus y sera resté quarante jours à peu près, pendant lesquels il aura fait transporter, de la fertile plaine <lu Santerre et du pays des Suessiones jusqu'à Samarohrivay les grains que César y fit emmagasiner pour Tliiver. Le transport des grains devait être facile, soit qu'on suivît la route d' A grippa directement, soit qu'on empruntât le cours de l'Avre pendant vingt à trente kilomètres.

Le comte d'AUonviUe pense que les environs de Roye devaient faire partie du pays des Bellovaques ; U s'appuie sur ce que la cité Ambianoise était fort peu étendue et, qu'au contraire, les BeUovaques étaient la nation la plus considérable et la plus guerrière de toute la Belgique.

La carte de Cluvicr s'accorde avec cette opinion ; enfin, la meUleure raison de croire que le camp de Roye a dû être occupé par Crassus, c'est que ce camp est précisément à la distance de Samarobriva que César indique dans son texte, c'est-à-dire à vingt-cinq mUle pas romains; aucun autre ancien camp, établi sur un point quelconque du Belgium^ ne présente un accord aussi parfait avec les Commentaires relativement à la position géographique.

Telle n'est pas, toutefois, la manière de voir de Mangon

de la Lande, dans le mémoire déjà cité ; il prétend que le Vieux-Catil n'est pas sur le territoire des Bellovaci et qu'il est éloigné de plus de trente mille pas d'Amiens ; c'est à Condren^ sur la frontière des Bellovaques, que ce savant compatriote place le camp occupé par Crassus.

Néanmoins, de l'examen des lieux, des distances et du texte des Commentaires, on peut aisément conclure que, selon l'opinion établie par la tradition locale, le Vieux- Catil est un camp de César; que, suivant sa distance d'Amiens, c'est le caslrum stalivum établi pour assurer le transport des grains du Santerre et du Soissonnais, à Amiens ; qu'enfin, c'est le camp qu'occupa Crassus, pendant quarante jours, dans l'automne de la cinquième année de la guerre des Gaules, pour l'approvisionnement du camp principal de Samarobriva,

Nous devons ajouter, pour compléter la monographie du Vieux-Catil, que l'opinion du préfet d'AUonville est vivement combattue par M. l'abbé Devic, auteur d'une Etude sur les VHP et Xt livres des Commentaires de César ^ en ce qui concerne le séjour de Crassus dans l'enceinte du Vieux-Catil.

D'après cet écrivain, Crassus était campé chez les Bellovaques, à Bratuspantium^ où César lui expédie un courrier ; il ne pouvait être au camp de Roye, dont le pays appartenait aux Ambianois^ ou tout au moins aux Viromanduens.

Selon quelques auteurs, la ville de Roye était du pays des Bellovaques; le P. Merula l'appelle : CœsaromaguSj ville qui, après la destruction de Bratuspantium, devint la capitale des Bellovaques. On lit, en effet, dans la topographie de la Gaule : « Roya urbs, cum robusta arce, « inditione Santerrana, inter Monstrolium et Feram (Lafère) « ad amnem Auregne (Avre) quam P. Merula censet

« esse Antonini et Tabalanim itinerario Ccesaromagns. »

L'Histoire de J. César, (T. 2), ajoute que le général, à son retour de la Grande-Bretagne, mit ses cinq légions dans leurs quartiers d'hiver, qu'il envoya une légion à Amiens, sous les ordres de Trébonius ; une autre chez les Bellovaques. sous la conduite de M. Crassus, son questeur, à vingt-cinq milles d'Amiens. César, dès qu'il apprit, par l'envoyé de Cicéron, la révolte des Nerviens, expédia à Crassus un courrier chargé de lui porter l'ordre de partir avec sa légion, au milieu de la nuit, et de le rejoindre en toute hâte, à Amiens, pour y relever la légion de Trébonius.

Aussitôt les ordres reçus, Crassus se mit en route, le lendemain, vers la troisième heure (dix heures) ; ses courriers annoncèrent son approche. César le laissa à Amiens, avec une légion, pour garder les bagages de l'armée, les otages, les archives, les approvisionnements de l'hiver, et partit aussitôt son arrivée.

L'Auteur (Napoléon III) place à Montdidier le camp de Crassus ; or, rien dans la tradition ni dans l'histoire ne rappelle le séjour d'une légion romaine dans les environs de cette ville , ni l'existence d'un retranchement rommn. a Aucune antiquité romaine, de quelque impor- « tance, n'a jamais été découverte, soit dans la ville, € soit dans la banlieue ; > tandis que les vestiges du Vieux-Catil démontrent, évidemment, la présence d'un camp romain, qui se trouve précisément à vingt-cinq milles d'Amiens ou neuf lieues moins un tiers.

Près de ce camp existe un chemin qui s'appelle le vieux Chemin de Compiègne à Arras, passant par Bapaume et Roye. Cette route traversait la chaussée romaine d'Amiens à Noyon, venait aboutir au chemin d'Ivry, traversait la voie romaine de Beauvais à Bavay , et conti-

numt au nord de Grapeaumesnil au lieu dit la Haute-Borne, la route de Compiègne à Roye. Ce chemin passait par Canny-sur-Matz, Gury, Elincourt-Sainte-Marguerite, Chevincourt, Coudun et Compiègne. C'était assurément une voie romaine per Compendium, qui dispensait du passage par la ville de Roye, mais d'un ordre inférieur : Via privata oa vicinalis.

Grégoire d'Essigny cite un autre camp romain au fort du Chessoy ; on aperçoit là, en effet, une enceinte, des retranchements, puis un monticule, une motte entourée de fossés ; sur son emplacement existait, au Moyen-Age^ un château féodal qui avait une chapelle fondée en 1206 par Henri de Chessoi. c Ce monticule, dit Grégoire, domine a sur la ville de Roye et sur une grande étendue de « terrain, où sont hâtis plusieurs villages. On a trouvé « dans un bois voisin quelques petits vases antiques, en K cuivre. »

Sur le même terroir de Laucourt existe un lieu dit le Vieux-Catiau ; on y trouve beaucoup de vases, de tuiles romaines et des cadavres entenés sans cercueils dans l'argile ; il pouvait y avoir là une espèce de retranchement, de fort avancé (blokhaus), qui servait de station à de faibles détachements, nécessaires seulement pour surveiller la voie romaine de Compiègne à Arras.

Piganiol de la Force pense que c'est sur l'emplacement du Vieux-Catil que la ville de Roye a dû prendre naissance. Nous sommes loin de partager l'avis de cet historien ; nous croyons, au contraire, que c'est à l'Est, et non à l'Ouest, que la cité a pris naissance; pour nous, le hameau de Saint-Georges est le berceau de la ville de Roye. Placé près de la voie romaine de Beauvais à Vermand, sur le versant opposé à celui occupé par l'ancien Rhodium, séparé seulement de cette station par la vallée, où coule la rivière

d' Avre et sur laquelle existait un pont, le hameau de Saint- Georges a dû être assurément la première agglomération d'habitations qui donna naissance à la ville de Roye. Elle s'étendait d'abord sur la colline qui domine au Sud la cité actuelle, avant de descendre dans la vallée. Le village de Saint-Georges est l'ancien Rodrina de la carte de Ptolémée.

Sur les bords de la rivière d'Avre, à Saint-Georges, on a trouvé des traces d'habitations (lacustres), des débris de l'âge de pierre et des monnaies gauloises.

L'église du hameau de Saint-Georges était elle-même citée comme un des monuments les plus curieux ; on la considérait comme un temple dédié à Myihras^ à cause de son orientation, à cause de son voisinage des eaux, à cause surtout des signes du zodiaque et des figures d'animaux qui étaient représentés dans l'édifice.

Les débris de l'époque romaine que l'on rencontre à Saint-Georges, et notamment sur le chemin qui conduit de ce hameau à Roye, sont plus nombreux encore : des fragments de poteries, des tuiles à rebords^ des médailles, se rencontrent communément, tandis que l'on ne découvre rien de semblable sur l'emplacement actuel de la ville de Roye.

En 1859, en labourant une pièce de terre, sur le terroir de Saint-Georges, on a trouvé beaucoup d'ossements et deux sarcophages en pierre, plus étroits aux pieds qu'à la tète. Ils renfermaient deux squelettes, qui tombèrent en poussière au contact de Fair.

C'est sur le même plateau où est situé le hameau de Saint-Georges, près du moulin Dupuis, sur Yancien chemin de Mondidierj que l'on découvrit ce lieu de sépulture remontant, selon Dom Grenier, à la plus haute antiquité.

L'ancien chemin de Montdidier, comme son nom l'indique, conduisait de cette ville à Roye, en passant par Etelfay, La Boissière, Marquivillers, Ârmancourt et Saint- Mard. Jl traversait le faubourg Saint-Gilles, de Roye, coupait la route n"" 30, pour aller jusqu'au hameau de Saint- Georges, rejoindre le sentier de BeauvaiSj et gagner, près de la forêt de Bouveresse, la route de Noyon.

D'après M. Y. de Beauvillé le chemin de Montdidier serait l'ancienne chaussée romaine de Beauvais à Bavay^ par Rhodium ; elle traversait le faubourg de Montdidier, passait par Ansauvillers, Pérennes, Favrolles et Armancourt. Ce serait, comme on le voit, un itinéraire tout autre que celui décrit par Dom Grenier; d'après ce dernier, la chaussée romaine de Beauvais à Bavay, passant par Rhodium^ venait de Tricot à RoUot, Bains, Tilloloy, Beuvraignes, Saint-Georges et Roiglise, c'est-à-dire qu'elle suivait une direction tout à fait opposée à celle tracée par FHistorien de Montdidier.

Nous ne contestons pas que l'ancien chemin de Montdidier soit une chaussée romaine : sa construction, sa largeur dans certains endroits, son emplacement à mi-côte des collines bordant la vallée de l'Avre, les découvertes faites le long de son parcours, peuvent donner quelque présomption de croire à son origine romaine. Seulement nous n'admettons pas que Yancien chemin de Montdidier soit la voie militaire conduisant de Beauvais d Rhodium^ nous partageons l'avis de Dom Grenier, et nous constatons que Tancien chemin de Montdidier vient rejoindre, à Saint- Georges, le sentier de Beauvais, c'est-à-dire la chaussée romaine de la capitale du Beauvaisis à Bavay, passant par Rhodium.

L'ancien chemin de Montdidier, avons-nous dit, traversait le village d* Armancourt ; au sujet d'une découverte

de médailles faite dans cette commune, M. de Beauvillé cite ce que rapporte Lempereur, notaire à Montdidier, qui écrivait vers 4690 : « Le sieur Dubus, receveur du petit ce hameau d'Armancouit, situé sur le chemin de Montdi- « dier à Roye, faisant labourer la terre du domaine de cette « ferme, environ Tan 1642, les charretiers y découvrirent a dans la terre plein deux ou trois boisseaux de ces sortes <( de médailles de cuivre, de plusieurs empereurs romains, ce parmi lesquelles il s'en rencontra quelques-unes d'ar- <c gent. »

En sortant d'Ârmancourt, le chemin arrivait à Saint- Mard et traversait Tancienne voie romaine à'Arras à Compiègne, pour se diriger vers Roye ; c'est avant de faire son entrée dans le faubourg de Saint-Gilles qu'ont été faites les découvertes qui tendraient à prouver que, selon l'antique usage, les sépultures avaient lieu sur le bord des chemins.

Ces vestiges du passé donneraient à penser que le chemin de Montdidier pourrait avoir une origine romaine .

Aussi croyons-nous devoir entrer dans quelques détails concernant les découvertes faites sur cette route ; nous laissons la parole à Dom Grenier, témoin oculaire : a Les « découvertes qui ont été faites dans les environs de Roye, « en 1764, et le 6 juillet 1768, sont des preuves, certaines (( que les anciens habitants de ce canton, au défaut de « cercueils de pierre se faisaient enterrer dans des * « cercueils de bois. M. GauUière, subdélégué de l'Inten- . « dance d'Amiens à Roye, fit baisser, pour rendre le ft chemin de cette ville plus praticable, un monticule de <( cran qui est à cinq cents toises du faubourg et près le « moulin à vent, dit le moulin Dupuis. Les travailleurs « rencontrèrent à quatre pieds de profondeur, cinq sque-

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