SI
c lettes presque en poudre, savoir : quatre grands et un c petit, tous cinq rangés sur une même ligne, la tète tour-^ a née au Nord et les pieds au Midi. Chacun avait son cercueil ce de bois dont les planches étaient attachées avec de gros « clous semblables à ceux dont on se sert pour les bandes a de roues. L*un de ces cadavres avait au cou une chaîne € pendante jusqu'à la ceinture. Elle était formée d'anft neaux de bronze autour desquels était tordu un fil de « laiton jaune couvert de patine. Il avait à son côté droit « une urne de terre noire vernissée d'une très belle forme ; c à son côté gauche, un vase de verre en forme de lampe. « Un autre cadavre avait à la tête une urne de terre fort «[ fine et de couleur grisâtre. Les deux autres grands « corps avaient chacun près de la tête une tasse de terre € rouge vernissée.
a La seconde découverte a été plus considérable ; elle € s'est faite sous nos yeux et a eu pour témoin le même « subdélégué. MM. Le Couvreur, lieutenant criminel au € Baillage ; Prévôt, avocat du roi, alors maire de la ville ; t Thorin, receveur des aides, qui nous a secondé avec un « zèle et une ardeur peu ordinaires ; enfin, toute la ville « de Roye qui est arrivée en foule au bruit de cet événe- « ment. Nous avons fait ouvrir, en douze endroits diffé** « rents, où nous avons cru apercevoir des indices de « sépulture. C'en était, en effet, mais toutes les fosses ne (L renfermaient pas des monuments ; nous n'avons trouvé «( dans la première que les clous du cercueil ; dans la « seconde, les restes du cadavre d'une fille d'environ dix- (( huit ans, au jugement du médecin et du chirurgien de c la ville. £lle avait les pieds tournés au Midi et la tête « au Septentrion. Le crâne et les mâchoires étaient assez € entiers. Les mâchoires avaient toutes leurs dents, à « l'exception des deux dernières de la mâchoire inférieure ;
« Tune ne faisait que sortir de son alvéole, et l'autre était a encore enfermée dans la sienne. Nous avons trouvé à la € place du cou plusieurs petits morceaux de verre jaune, € bleu, vert, percés d'outre en outre, les uns allongés en € formes de cylindres, les autres taillés en facettes ; le « plus grand nombre en petits grains ronds. Les mains € étaient croisées sur le ventre, suivant l'usage d'inhumer c les femmes chez les païens, au lieu que les hommes c avaient les bras étendus le long du corps. Chaque c poignet était orné d'un bracelet de bronze ciselé. Le c même cadavre avait entre les cuisses un vase de terre c rouge vernissé et fort léger ; sur les côtés étaient trois « vases emboîtés l'un dans l'autre. Nous avons trouvé une « tasse rouge dans laquelle étaient rassemblés les osse- « ments d'un petit oiseau. Un autre vase de terre couleur « d'ardoise, dans lequel on avait mis du chénevis entier.
€ La quatrième fosse ne contenait qu'un grand vase de « terre rougeâtre très commune, qui renfermait : 1» Les € restes d'un coutelas de fer rongé par la rouille ; 2^ une « pierre à aiguiser, d'un grain aussi fin que les pierres à « repasser les rasoirs. Un barbier de Roye en a fait l'expé- € rience; 3^ une boucle de ceinturon avec le vernis « antique. La jatte était recouverte d'un petit bouclier c rond formé de deux ou trois plaques de fer jointes c ensemble par des clous rivés, dont les tètes servaient à « orner le dessus. Les autres tombeaux ne nous ont donné t autre chose que des dous ; mais une femme, quelques c mois auparavant, s'étant assise près de ces fosses et c ayant aperçu le bord d'un vase d'un rouge fort clair, eut t la curiosité d'y fouiller. C'était, en effet, une assiette. t Elle y trouva aussi une grande poterie de terre rouge, « vernissée, et une urne en terre de couleur d'ardoise. »
Aux découvertes faites par Dom Grenier, nous ajouterons celles que nous avons constatées nous-mème.
Dans les terres situées en face le moulin Dupuis, comprises entre le chemin de Montdidier et la rivière d'Avre, qui sont traversées par la ligne du chemin de fer, on trouve un grand nombre de tuiles à rebords, des fragments de poterie rouge et noire.
Nous avons ramassé aussi des silex taillés, haches, couteaux, pointes de flèches et des morceaux de vases en terre noire parsemés de points blanchâtres, qui, d'après Boucher de Perthes, sont des pots funéraires de fabrication gauloise.
En 1869, en labourant un champ près du moulin, la charrue a ramené à la surface des •ossements humains ; nous avons constaté la présence de deux squelettes, sans débris de cercueil ; sur l'un des cadavres, vers le milieu du corps, était une chaîne formée de mailles en fer, allongées et à deux oreilles.
Ces découvertes prouvent, comme l'avance le savant Bénédictin, qu'il y avait là des habitants et des habitations, à une époque antérieure à la ville de Roye, qui date du Moyen- Age.
En effet, les invasions des Barbares, ayant détruit Rhodium et le hameau de Saint-Georges, les habitants vinrent se réfugier auprès d'une tour élevée pour protéger le passage du pont jeté sur la rivière d'Avre, et donnèrent ainsi naissance à la ville actuelle de Roye. Une autre partie de la population resta groupée autour de la station romaine et forma Roiglise. Bientôt Rhodium eut son église, et le village porta le nom de Roie-églisej qui rappelle tout à la fois son origine et la présence d'un monument religieux.
L'Auteur anonyme de la découverte de Vprigine et des élymologies de la langue française s'exprime ainsi à Tarticle Rote : a Ville située sur la route royale, dite : € route de Flandre, Roye adopta une devise et la proclama. € Cette devise fut l'annonce d'une nouvelle route, et c bientôt l'annonce fut le nom propre de cette ville. Roye, « route est icî, elle indique : route ici. t>
Nous laissons à juger ce qu'a d'ingénieux la découverte de cette étymologie ; dans tous les cas^ il y aurait peu de temps que notre ville porterait le nom de Roye, puisque la route d'où elle tirerait son origine n'existe que depuis 1770.
La bourgade de Roye faisait partie de la Belgique secondé, du pagus Yeromandui, du pays de Yermandois, et plus tard de la province de Picardie.
A la domination romaine succédèrent les conquêtes des Francs; les Barbares du Nord vinrent leur disputer le terrain conquis.
En hiver 407, des hordes de Vandales traversant le Rhin, couvert de glace, se ruent sur la Gaule-Belgique, ravageant le pays ; ils incendient Arras, Amiens et les environs, emmenant en captivité un grand nombre d'habitants.
Les Huns, joints aux Gépides, aux Goths, au nombre d'environ cinq cent mille combattants, sous la conduite de leur roi Attila, fondent sur le Yermandois, après avoir pillé et brûlé les villes de Metz, de Vermand....; les habitants du pays, joints aux troupes du roi firanc Mérovée, les attaquent dans la plaine entre Corbie et Roye, et en font un grand carnage. (Test même à Thorrible effusion de sang qui suivit cette bataille que quelques historiens attribuent, à tort, l'origine du mot Santerre {sanguinis terra) au pays en\îronnant (450).
Le roi Clovis, quittant la cité d'Amiens pour aller, en 486, combattre Syagrius, dans les plaines de Soissons, dut traverser la ville de Roye ; en effet, d'Amiens à Soissons, il n'y avait pas d'autre route à suivre que la voie romaine passant par Roye.
Déjà, en 430, Clodion, pénétrant dans le Soissonnais, où il fiit battu par Aétius, avait dû parcourir le Santerre et suivre le même chemin par Roye et par Noyon. Le roi résolut de venger sa défaite ; profitant de l'absence du général romain retenu dans l'Armorique, Clodion fit irruption dans la Belgique seconde, s'empara de la cité de Tournai et de Cambrai, dont la garnison gallo-romaine fut passée au fil de l'épée, puis ravagea toute la contrée jusqu'à la rivière de la Somme.
Aétius, à cette nouvelle, envoie sou lieutenant Majorien repousser l'invasion des Francs.
Les troupes de Clodion étaient campées sur une colline baignée par une rivière, près d'un bourg appelé : Vicvs Helenaj ils célébraient les noces d'un de leurs chefs. Lorsque les légions romaines, fondant à l'improviste sur les Francs, les mettent en désordre ; revenus de leur surprise, les soldats se jettent sur leurs armes et se défendent avec leur intrépidité habituelle ; mais ils sont culbutés et mis en déroute (447).
Des historiens prétendent que ce fait d'armes s'est passé à Nesle, sur le bord de l'Ingond, et que la tradition qui veut qu'un général romain se soit désaltéré à la source nommée : YBoirie de César ^ rappelle cet événement.
Après la mort de Clovis (511), le royaume de France fut partagé entre ses enfants ; Clotaire, son quatrième fils, obtint le diocèse d'Amiens et le Vermandois; il fixa le siège de son gouvernement à Soissons,
Clotaire, comme les rois mérovingiens^ préférait la vie des champs au séjour des palms royaux, et passait ses loisirs dans les villas situées près des bois et des vallées pour se livrer aux plaisirs de la chasse. Ces villas étaient des espèces de métairies qui renfermaient, outre la demeure du roi, les logements de ses officiers et des leudes de sa truste^ puis les écuries, les étables, les gnmges, et enfin les cabanes habitées par les fiscalins ou esclaves du fisc rojal. C'étaient non-seulement des cultivateurs ou des gardiens de troupeaux, mais des artisans exerçant au profit du roi toutes sortes d'industries.
Le village de Villers-lès-Roye (Villers-le-Rot, villarcgalis)^ doit son origine et son nom à un établissement de ce genre. On à découvert récemment, au lieu dit le Blamont^ un cimetière d'épo([ue mérovingienne. Les corps étaient dans des tombeaux en pierre plus étroits aux pieds qu'à la tête, orientés du levant au couchant, et renfermant des poteries, des lances, des couteaux, des scramasaxcs en fer oxidé, des colliers, des plaques de ceinturons en bronze, etc. Au milieu des sépultures, on a trouvé un énorme grès de forme triangulaire, qui mesurait plus do deux mètres de la base au sommet ; la partie inférieure était calcinée par l'action du feu ; autour de ce monolithe étaient beaucoup d'ossements. C'était peut-être un monument druidique, un dolmen renversé par les Fitmcs lorsqu'ils embrassèrent la foi chrétienne. Les sépultures sont dans la craie, on n'y rencontre pas de gvvs. On trouve dans la plaine environnante beaucoup de tuiles à ixîbords.
A Beu\Taignes (Buverines), le lieu dit les Usages, qui consistent on une plaine de deux cent cinquante hectares de terre, entourés de fossés, sont les restes d'une villa fiscaliSy il*une ferme ou métairie royale des temps mérovingiens.
Rethonvillers (Relonda villa), où Ton a trouvé une magnifique statuette en bronze de la belle époque romaine, qui figure un Apollon présentant un César enfant, à Tapothéose; Rethonvillers, croyons-nous, devait être une villa.
Ainsi, la ville de Roye appartenait à Tautorité royale et faisait partie des biens de la couronne.
En 636, la princesse Clotilde, fille du roi Dagobert, avait pris la fuite pour se soustraire à la colère de son père, qu'elle avait irrité par son amour pour Lidérick, premier forestier de Flandre. Lidérick, beaucoup plus sage que la princesse, n'eut pas plutôt appris son évasion, qu'il se mit a sa poursuite ; il l'atteignit près d'un bois, la conduisit au roi, puis la demanda en mariage et l'obtint. Dagobert donna en dot à sa fille une partie de l'Artois et du Vermandois, puis plusieurs villes, entr'autres la cité de Roye. Le mariage fut célébré à Soissons, le jour de Noël ; mais Clotilde étant morte quelque temps après, sans héritiers, Roye revint à la Couronne, à Clovis IL Cette bourgade resta ainsi sous la domination royale, et la tranquillité dont elle jouit, servit à son accroissement.
Il existe un tiers de sol d'or, appelé monétaire de la première race, parce que cette monnaie ne porte pas le nom du roi, mais celui de l'officier qui était chargé de la frapper ; ce sol représente une tête tournée à gauche, on lit autour : balatedone, et au revers : leodovaldo m. Leodovaldo monetarius^ le savant Lelewelt a traduit ce premier nom par Beaudéduit^ près de Grandvilliers (Oise). M. Fernand Mallet propose Balâtre, auprès de Roye, et M. Poëy d'Avant, partage cette opinion.
Elle est fort plausible ; il y a, en effet, entre Balatedone et Balâtre une certaine analogie ; le village de Balâtre est d'origine fort ancienne, on trouve sur son terroir des silex
taillûi* et Aen tuiles à rebords. L'ancienne voie romaine (le Muauvais à Vermand, passait à Salaire; le portail dii l*i'gli»e offre les caractères de l'architecture roiiianu,
Ku 741, Charles Martel mourut à la t;*7/a de Quierzy, apràtt vingt-cinq ans de règne. Le château de Quierzy était lu (liuuoure des rois de la première et de la seconde race. Après avoir été dévasté par les Normands, le château de Quierzy fut abandonné par les rois et devint, plus tard, la propriété de Mathieu de Roye, par son mariage avec Jounno do Quierzy.
Popin-le-Uref tint, au même château, en 753, une cour pléiilèro à laquelle le Pape assistait, et où fut résolue la guerre contre les Lombards.
Sous le règne de Pépin, Begon de Belin^ son paladin, s'étant avancé dans le Vermandois, à la tête de quatre mille arbalétriers et de cinq cents chevaliers, s'empara de Hum sans résistance et vint livrer, sous le château de Hoyo, un gnuid combat dans lequel beaucoup de chevaliers furent tués ou faits prisonniers ; Begon marcha ensuite sur Olonnont.
Pépin-le*Href partagea son royaume entre ses enfants ^7t>8). C'harlemagne obtint entr'autres possessions, le Vormuudois, dont Roye faisait partie et fixa à Noyon, le siégo particulier do son gouvernement.
i'harUMuagne succéda à son père, il habita aussi le chi\toau de Quîeay, auquel il fit faire des embellissements considôn^bles ; il épousa* en 771, llildegarde dont il eut IVpin^ qui fut ix)i d* Italie.
Il existe, comme venant de Roye, un^denier de Charlemagne qui a t^t [Virtîe de la collection Rousseau, et qui a été iùuià vlècrit ï^ar M- Adrien Longpérier : « Ce denier * d\«*gvn)t porte d'un c\^té : i mro • lus en deux mots, et
a de Tautre : rav-dio en deux lignes séparées par une « barre. (Poids : 1 gramme 40 centigrammes). »
On lit à la suite de cette description : (C Roye est une « ville fort ancienne, située sur TAisne (sic)', dans la table « de Peutinger, elle figure sous le nom de : Rhodhim ; <c il parait, d'après la monnaie, que sous Charlemagne, « l'orthographe de ce nom commençait à s'altérer par « l'allongement de la première syllabe. Enfin, dans « Flodoard, on trouve Bauga^ qui, d'après le récit, doit « être Roye. Guillaume-le-Breton nomme ce lieu Roia^ ce c qui revient au nom antique avec élision du D, modifi- « cation qui est très fréquente. "»
Ainsi, d'après ce numismate, le denier de Charlemagne aurait été frappé à Roye ; nous regrettons de ne pouvoir partager l'avis de ce savant. La table de Peutinger et la table Théodosienne parlent de Rhodium comme étant la station romaine de la voie raccourcie de Pont-de-l' Arche à Amiens et à Boulogne-sur- Mer. Or, nous avons suffisamment démontré, Dom Grenier et Banville l'ont fait avant nous, que le lieu désigné dans la table de Peutinger, n'est pas la ville de Roye, mais bien le village de Roiglise (à moins d'admettre que Roiglise fut Roye primitive), qui porte encore les noms de : Rhodium^ Roudium et Raudium.
Quant à la ville de Roye, elle n'a jamais eu dans les anciens titres, d'autre dénomination que : Rodrina^ Rauga^ Roia ; quant à faire dériver Rauga de Raudio par l'élision du B, nous paraît un moyen facile d'arranger toute chose, mais cependant peu admissible. Nous pensons contrairement à l'opinion émise plus haut, que le denier de Charlemagne a été plutôt frappé à Roiglise qu'à Roye.
Il est probable que Charlemagne, parcourant ses Etats, aura passé par Roiglise, où il a pu s'arrêter, et qu'il y aura fait frapper ce denier. Car on sait qu'à cette époque, l'atelier monétaire suivait les rois en voyage.
Charlemagne eut pour successeur son fils Louis-le- Débonnaire qui, en 818, donna le gouvernement du Vermandois, qu'il constitua en fief, à Pépin, fils de Homard, roi d'Italie, qui devint la tige des comtes de Vermandois.
Chai*les-le-Chauve épousa, au château de Quierzy, Ermentrude, nièce du comte de Vermandois ; la cérémonie eut lieu en 840. Après quelque temps de séjour, il partit avec la reine pour Saint-Quentin, où il passa les fêtes de Noël et de l'Epiphanie.
Par sa chaile de fondation de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne, le roi Charles I^r donne aux religieux le village d'Erches, de la Prévôté de Roye, avec toutes les dimes.
Dom Grenier cite comme ayant été frappé à Roye, un denier d'argent portant d'un côté le monogramme de Charles - le - Simple, et de l'autre : ravgio palatio. « La monnaie dont parle Dom Grenier n'est pas, dit « M. Fernand Mallet, de Charles-le-Simple, mais bien de a Charles-le-Chauve ; elle n'a pas été fi'appée à Roye, mais « au château de Roucy. j»
C'est sous le roi Charles qu'eut lieu, en 846, une invasion des Normands, qui brûlèrent Amiens et mirent le pays A feu et à sang. Ces barbares se présentent de nouveau, en 859, dans la Picardie, s'emparent de la ville do NoYon dont ils massacrent Tévèque Immon, pillent et s^icciigent les environs.
Il pm^t, d\ipivs Rumet de Buscamp* qu'en 860, la ville do Roye faisait paiiie des possessions de Helgo, comte
— aide Ponthieu, qui la laissa à sa ûUe Florence, épouse (i'Hilduin, premier comte de Montdidier. Cette possession de Roye par Helgo ne s'explique guère, et THistorien de Montdidier conteste ce fait avancé aussi par le P. Daire, il prouve que Florence n'était pas la femme d'Hilduin, puisque, d'après la généalogie de la maison de Roucy, en Champagne, la femme d'Hilduin avait nom Helvide.
En 877, sous LouisJe-Bègue, nouvelle invasion des Normands qui ruinent Beauvais et toutes les villes de Tlle- Je-France. Au mois de février 881, les Normands reviennent, sous la conduite de leurs rois Godefroy et Sigefroy ; ils passent l'hiver à Amiens et continuent leurs ravages ; ils sont battus par Louis III au village de Saucourt.
Les années suivantes, les Normands contraignent le roi Carloman à fuir avec son armée et à passer l'Oise ; tout le pays est soumis à de nouveaux désastres ; les églises, les monastères sont pillés et incendiés. Enfin, un traité est signé à Amiens pour la rançon du royaume.
Mais c'est surtout en 891 que la ville de Roye et les villages environnants eurent à souffrir des incursions des Normands. Campés à Argœuvres, les ennemis s'avancent dans le Vermandois, en deux bandes, les uns suivent la rivière d'Oise, d'autres prennent la voie de terre et s'arrêtent à Guerbigny, village situé près de la rivière d'Avre, à dix kilomètres de Roye. Là, retranchés sur un point dominant, leur camp est protégé à l'Ouest par les marais que forme la rivière, un large fossé défend la partie abordable du côté de la chaussée d'Amiens à Roye.
Le roi Eudes, s'avançant de Compiègne, vient attaquer les Normands, mais il ne peut faire franchir à ses troupes les terrains marécageux de la vallée, et il est obUgé de regagner les bords de l'Oise. La cavalerie des Normands
marche vers Roye, pour gagner Noyon, semant partout TelTroi et la terreur. C'est dans un de leurs passages que les Normands incendient la chapelle de Saint-Firmin, au faubourg de Thoule de Iloye, et détruisent le village de Roiglise, l'ancienne station romaine.
Charles-le-Simplc, par un diplôme du 44 janvier 920, confirme à l'abbaye de Morienval la donation que lui avait faite Charles-le-Chauve de biens considérables situés à Parvillers et au village de Fonches, près de Roye.
Herbert I^^ succéda à son père, Pépin (900), dans le comté de Vermandois, et le château de Roye resta sous sa domination. Mais Herbert H ayant reconnu Robert d'Anjou, frère du roi Eudes, comme roi de France, au préjudice de Charles-le-Simple, celui-ci lui déclara la guerre et s'empara de la forteresse de Roye, sur les troupes d'Herbert qui la défendaient. (922).
Vaincu à son tour par Hugues-le-Grand, fils de Robert, Charles-le-Simple, fugitif, avait passé la Meuse, quand Bernard, comte de Senlis, lui offrit l'appui d'Herbert de Vermandois. Charles avait été parrain d'une des filles du comte ; le roi eut une entrevue avec lui ; plein de confiance dans la loyauté du comte, il le suivit à Saint- Quentin : là, Herbert le fit perfidement jeter en prison. Pendant ce temps, Hugues-le-6rand mettait la couronne sur la tête de son beau-frère Raoul, duc de Bourgogne. Au mois de mai 923, Herbert prête son appui au nouveau roi pour repousser les Normands et les poursuivre audelà de la rivière d'Oise.
Raoul s'était fait sacrer roi dans le monastère de Saint- Médard de Soissons ; le comte de Vermandois assiste à la cérémonie. Il obtint du roi Raoul la ville de Péronne, et réclama le siège épiscopal de Reims pour un de ses fils, âgé de cinq ans.
Dans un Concile tenu à Trosly-Loire, sous la présidence de Sculphe, archevêque de Reims, Herbert est condamné à restituer les biens qu'il avait usurpés à TEvêché de Cambrai. Dans une autre assemblée d'évêques, il y fut question de l'élargissement de Charles-le-Simple qu'Herbert retenait toujours prisonnier.
Les Normands reviennent dans le Beauvaisis, dans le Laonnois et le Noyonnais, répandant partout la ruine. Le roi Raoul, accompagné d'Herbert et à la tête des milices de Vermandois, marche sur les ennemis et leur fait subir de si grandes défaites que RoUon, leur chef, demande la paix.
En 926, le comté de Laon devint vacant, et Herbert, insatiable de possessions, le demanda à Raoul pour Eudes, son fils. Cette fois, Raoul refusa et la guerre éclata entre le roi et Herbert; après plusieurs rencontres, Hugues offre sa médiation, et les combattants signent la paix à Reims. Charles-le-Simple est alors ramené à Péronne, enfermé dans les prisons du château, où il meurt peu de teinps après.
L'historien Nicole Gilles, de Roye, raconte ainsi cet événement: « Herbert étant courroucé de la mort et c déconfiture de Robert, duc d'Aquitaine, son beau-père, « délibéra de s'en venger contre le roi Charles, et de fait, « l'invita par grande semblance d'amitié, et fit tant qu'il c le fit aller jusqu'à Péronne, et en sa compagnie plusieurs « des grands princes et barons de France ; quand il y fut, « et qu'il le tint en sa puissance, il le mit prisonnier au « Chastel de Péronne, et le tint si étroitement prisonnier, « qu'en l'an ix<^xxvi, il mourut : ut cxul et martyr « moritur^ et fut enterré en l'église collégiale de Saintci Furcy, audit Péronne. »
fx* roi Itooul, débarrassé de son compétiteur, n'eut plus de ménagement pour Herbert et se brouilla avec lui alors qu*il réclamait le prix de sa trahison envers Cbarles- Ic-Simple ; il lui déclara la guerre. Hugues-le-Grand, après la prise de Saint-Quentin, vint, accompagné d'Artaud, archevêque de Reims, mettre le siège devant la forteresse de Roye (Rauga\ et parvint à s'en rendre maître. (932.)
La ville de Roye revint sous la domination royale ; mais Herbert, rentré dans les bonnes grâces du roi, obtint de nouveau le comté de Vermandois, à titre de vassal.
Le roi lui donna aussi une partie de la Champagne et devint ainsi comte de la ville de Troyes. On fait remonter ù ce prince l'usage contracté par les parrains, de faire des présents aux enfants tenus par eux sur les fonts baptismaux.
Apres la mort de Raoul, * en 936, de nouvelles compétitions s'élèvent entre le comte de Vermandois et le duc do Franco au sujet de la couronne ; pour mettre les partis d'accord, Louis IV d'Outre-Mer, fils de Charles-le-Simple, revient en France et reçoit les hommages de la royauté par Hugues-le-(Trand qui le fait sacrer à Reims. (937.)
Louis, monté sur le trône, se souvint de la perfidie (VHcrbert et résolut de venger la mort de son père; il lui fit la guerre, lui enleva successivement le comté de Troyes, do Laon, et le fit pendre « sur un haut mont, lequel, à cause de lui, est encore de présent appelé : le Mont- Herbert, »
Colliette rapporte ainsi les circonstances de sa mort : (k Le comte Herbert était à Laon avec le roi et allait se « mettre ù table avec lui ; la conversation s'engagea sur <i les troubles qui avaient agité le royaume. Louis lui « deniaiida de ciuelle manière, ii son avis, on devait punir ^ le sujet (]ui avilit oto perfide à son souverain ? de celui
« de la hart, répond Herbert. Le discours tomba. Le « comte se mettait à table lorsqu'il trouva sa sentence « rapportée sous son couvert. Le roi fit saisir le comte à « l'instant et le fit conduire au Mont-Fendu pour y « demeurer le spectacle des villes de Laon et de Saint- (t Quentin. Herbert marcha à la mort avec courage, il se « mit lui-même la corde au cou, puis, piquant le cheval « qu'il avait monté sans étriers, il demeura suspendu. « (943.) »
La mort d'Herbert est ainsi annoncée, par Raoul de Cambrai, à ses guerriers assemblés :
Mort et Herbert, li qui tint Origni
El Saint-Quentin et Péronne et Clari, '
Et Ham et Roie, Néele et Flavi.
Herbert laissa de sa femme Hildebrante cinq enfants ; le comté de Vermandois échut à Albert.
Albert, surnommé le Pieux, se déclara vassal du roi Louis IV ; la paix eut lieu entre la Couronne et le
nouveau comte de Vermandois. Albert ne s'occupa que d'œuvres pieuses et fit de grandes libéralités envers les églises ; il ajouta quelques biens à ceux qu'avait donnés son père à la collégiale de Saint-Georges. Il mourut vers 986, laissant, de sa femme Gerberge de Lorraine, Herbert.
C'est sous Albert-le-Pieux que les Hongrois, appelés par Conrad, duc de Lorraine, parcourent le Vermandois, massacrant les habitants, répandant dans le pays la ruine et la désolation. (954.)
Herbert HI succéda à son père dans le comté de Vermandois et fut confirmé dans la possession de la ville de
Roye, par Hugues-Capet, couronné roi de France à Noyon. (987.)
Ce comte fut aussi libéral que son père envers les églises; de concert avec sa femme Ermangarde, il jeta sur la Place du Marché de Roye, près du château, les fondements ^ d'une nouvelle église qu'il dota richement. (990.)'
Une bulle du pape Luce III, de 1184, désigne Herbert et Ermangarde, sa femme, comme les bienfaiteurs et les fondateurs de l'église.
C'est sous Herbert IV que l'église élevée par Herbert, fut placée sous le vocable de saint Florent, les reliques de ce saint, ainsi que le chapitre des Chanoines, furent enlevés de la collégiale de Saint-Georges pour être donnés à la nouvelle église. Herbert IV assista, en 1059, au sacre de Philippe I®*"; il épousa Adèle de Crespy et mourut peu après en laissant, par son testament, et du consentement de sa femme, une somme de cent sols {centum sotidos)^ à chacune des églises de son comté, pour le repos de son âme.
Après la mort d'Herbert (1081), son neveu du même nom, obtint le gouvernement de la ville et du château de Roye, et prit le titre de Comte de Roye. Il donna ainsi naissance à une illustre famille qui devait, plus tard, jeter tant d'éclat et tant de gloire sur la cité. Aussi l'histoire de la ville se confond-elle, dès lors, dans celle de ses comtes; sa vie publique est tout entière dans l'illustration de ses seigneurs.