‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 10 sur 37 · VIII. — MATHIEU I«' DE ROYE · texte numérisé non relu

VIII. — MATHIEU I«' DE ROYE

Mathieu I®^ fut seigneur de Roye, sire de Guerbigny et de Monchy-le-Perreux.

Comme seigneur de Monchy, au mois de juillet 1230, sur les conseils du doyen de Senlis et du prieur de Gournay, il fait un arrangement avec l'abbé de Saint- Quentin de Beauvais, qui avait les grosses dimes de la paroisse de Monchy ; Mathieu était alors dans l'intention de fonder un couvent dans ce village.

Philippe de Dreux, évèque de Beauvais, avait le même projet, et, d^ns ce but, il avait laissé par testament (1217), d'abord à l'église de Moncby, un drap de soie pour en faire une chasuble, et aux religieuses de l'ordre de Citeaux, une terre* le verger et les vignes qu'il avait achetés à Beaudoin de Monchy. Son successeur, Robert de Cressonsacq donna suite à ce projet ; le seigneur de Monchy, Mathieu de Roye, le mit à exécution, et les fondements du nouveau monastère furent posés en janvier 1238. Il bâtit, au lieu dit : YErmitage^ l'église et le couvent qu'il donna à Tordre de Citeaux, avec la justice de Monchy.

L'évèquo de Beauvais ayant approuvé l'arrangement fait par Mathieu, avec l'abbaye de Saint-Quentin, consacra l'iV^^^o s<>^^s 1q vocable de Sainte-Marie et érigea le couvent on oixlro do Citeaux, 1242.

Mathieu dota Tabbaye de biens considérables situés à Andechy et à Villers-les-Roye. Au mois de mai 1239, Jean de Thoule fait aux religieuses une rente annuelle de trois muids de froment à prendre sur la grange de Thoule, au faubourg de Roye. Colard de Roye, frère de Mathieu, donne aussi des terres au couvent.

D'autres seigneurs des environs voulurent concourir à la bonne œuvre de Mathieu de Roye : Philippe de Fayel, Jean de Coudun, Jean de MarquégUse, firent des largesses à la nouvelle abbaye.

En 1241 intervint un accord entre les moines d'Ourscamp et le monastère de Monchy, par l'intervention des frères Du Pré et P. de Brioslet, délégués par le Chapitre général de l'ordre. Inspection faite des lieux, il fut décidé, à cause de la grange d'Aronval appartenant à Ourscamp, que le couvent de Monchy serait incorporé à l'abbaye d'Ourscamp du même ordre, que les religieuses ne pourraient ni faire bâtir, ni faire paître leurs troupeaux sur les terres d'Ourscamp. Mathieu, comme fondateur du couvent, donne son approbation à ces conventions et signe l'acte daté du mois d'octobre.

Les guerres ayant obligé les religieuses à abandonner leur couvent, quelques moines de l'abbaye d'Ourscamp s'en emparèrent et y fondèrent un prieuré des revenus duquel ils jouissaient c Cette usurpation dura jusqu'en 1672, malgré les réclamations des seigneurs de Monchy. :»

Cependant, le maréchal d'Humières voulant terminer cette lutte, fit venir dans son château de Monchy ses deux sœurs Elisabeth et Anne, reUgieuses de l'abbaye de Jouan et deux autres sœurs du Précieux-Sang du couvent de Paris, n invita à dîner le Prieur et les deux moines qui ne refusèrent pas l'invitation ; tandis qu'ils étaient à table, le maréchal envoya, avec main-forte, les quatre religieuses

qui s'installèrent dans la maison et en fermèrent les portes. Les moines, étant sortis fort tard du château, essayèrent, mais en vain, de rentrer dans leur logement ; ils revinrent vers le maréchal qui leur montra les (mires secrets du roi et les obédiences ou places monacales qu'il avait eu la précaution d'obtenir pour chacun d'eux ; ils s'en retournèrent à Ourscamp et l'affaire en resta là.

En 1247, Mathieu de Roye accorda aux Frères d'Ourscamp par une charte du mois de mars, la permission de conduire leurs troupeaux sur le chemin de la Potière, près d'Amy, et d'y déposer les bois provenant de l'exploitation de leur forêt. Il leur abandonne, en outre, toutes les terres qu'il avait reçues de Pierre, châtelain de Coudun, seigneur de Thourotte.

Le sceau appendu à cette charte est rond, représentant un cavalier armé, avec cette légende : >b s. mahïv de ROiA. Le contre-scel se composait : -d'une bande brisée d'un lambel à cinq pendants.

Mathieu de Roye, pour couronner ses bonnes œuvres, accompagna le roi Saint-Louis dans son voyage en Terre- Sainte (1248) ; il se distingua par sa valeur à la bataille de la Massoure, puis revint en France.

En 1253, Mathieu prend part au Tournois du Hem, il fit sa joute contre Jehan de Soisi qui, de la première lance, reçut un choc terrible ; la lutte recommença, Jehan toucha Mathieu à la gorge, si rudement, qu'il brisa sa lance ; dès lors le combat cessa. Matiiieu se distingua encore contre Pierre d'Aragon et rendit l'armée française victorieuse.

J^e seigneur de Roye se croisa de nouveau en 1270, les conditions de son départ et ses dépenses furent ainsi réglées avec le roi Saint-Louis :

a Moncieu Mahi de Roye ira soy huictiesme de chevaliers (( et mangeront à court et aura deux mil livres et deux

c cens livres de don privé. Et doit avoir restor de chevaux « du roy, à la coustume le roy et le passaige, demourront ung € an luy et ses gens, lequel an commancera si tost comme « ils seront arrivés à terre vsèche de la mer et s'il advenoit c par accord ou par tourment de mer, il convenoit que l'on c séjoumast en ysle où le Roy et là séjournassent, par quoi « il y demouroit mer derrière eulx, l'année commenceroit .« quand ils seroient arrivés pour séjourner et si est à scavoir « que de ce quil donne à ses chevaliers, il leur doit payer la c moitié de leurs dons là où l'année commence et lautre < moitié quand la première moistié du demy an sera passé. € Et si est à scavoir que il doit passer à chacun banneret deux € chevaulx et a chacun qui suit par banneret ung cheval et « ly chevaulx emporte le garson qui ly garde et doit passer c le banneret luy six de chevaulx. » (i).

A son retour de cette dernière croisade, après la mort du roi, Mathieu donna, en 1262, à l'abbaye de Joyenval, douze livres de rentes à prendre sur les terres de la seigneurie de Roye.

Mathieu mourut en 1295 et fut enterré dans l'église de l'abbaye de .Monchy,. devant le grand-autel où on le voyait représenté en cotte de mailles, l'écu chargé de ses armes, avec cette épithaphe :

Cy gîst, Mathbus db Rou, fondateur, Sire de Laferté, qui trespassa Tan De grâce mcclxxxxv, le lendemain De rimmolation sainte.

Priez Dieu pour son âme.

(1) ArchiTes de la Pirardic, par Roger.

Près de sa tombe, on en voyait une autre qui représentait une dame avec la couronne de lauriers, et qui portait cette inscription :

Cy gist Alix, dame de Garmeny, Moncy Et antres lieux, femme de Mathieu de Roye Et mère de monseigneur Dreux de Roye.

Priez Dieu pour son âme.

Mathieu de Roye eut d'Alice plusieurs enfants :

l® Jean de Roye.

S'' Mathieu de Roye, seigneur du Plessier.

3^ Albert de Roye, qui fut évèque de Laon ; la bonne odeur de ses vertus lui mérita une créance toute particulière dans l'esprit du roi Philippe VI, dont il fut un des premiers conseillers* Albert continua l'œuvre de son prédécesseur, afin d'obtenir l'abolition de la commune de Laon ; il vit ses efforts couronnés de succès, en 1331.

Dans l'intérêt du temporel de l'église de Laon, Albert fit, l'an 1332, un accord pour la vicomte de la rivière d'Ailette, avec Eustache de Conflans, vicomte de Chavignon.

Albert de Roye mourut le jour de Saint-Marc (25 avril 1336) ; il légua cent livres à la Cathédrale de Noyon, avec lesquelles le Chapitre acheta, pour célébrer son anniversaire, dix setiers de terre, au village de Béthencourt.

Il fut inhumé dans la cathédrale de Laon ; sur sa tombe était une épitaphe en vers latins, qui rappelait ses vertus;

on y voyait aussi ses annes: de gueules à la bande d'argent.

Proesulis Alberti cineres sunt cooperti Juribus experti, Yirtutum lande referti Pradenti, jusU, titulo probitatis honesto In spe robttsti pietate^ fide que Nobîlîtas generis probat hune de gratià nomen.

4'' ArnouLi archidiacre de Cambrai.

5^ Pierre, seigneur de Maurecourt et maître enquêteur des eaux et forêts de France.

G'' Dreux de Roye, sire de Guerbigny.

A la suite d'une enquête faite par Âncel, bailli de Oisors, et le Prieur de l'Hôtel-Dieu d'Evreux, commissaires délégués par la Cour, Dreux de Roye fut condamné par arrêt du Parlement à demander au Roi Tautorisation de vendre ses bois et à payer une amende pour les forêts de Defons, de Saint-Germain, de Mont-Oson et celle du Plessier dit de Cangy, qu'il avait déjà exploitées.

En sa qualité de chevalier banneret, Dreux se trouve à l'armée de Flandre, en 1315. Le 30 mai 1322, il est envoyé par le roi, vers la reine Blanche de Bourgogne, au Château-Gaillard, et au mois de novembre, il fut dépêché en Allemagne, comme négociateur.

Le Roi le députa encore, avec Michel de Recourt et Hugues de Rouville, vers Jean de Luxembourg roi de Bohème, pour affaires secrètes.

En octobre 1328, Dreux de Roye avait reçu du roi Charles-le-Bel, en récompense de ses bons services, une maison avec ses dépendances, situées à Recourt, près de Saint-Quentin, venant d'Ancille Poitet, veuve de Baudoin

de Gouy ; Dreux la vendit, argent comptant, aux moines de Tabbaye d'Isle dont le vivier « attouchait. » Jean, abbé de Saint-Prix consentit à cette acquisition, comme seigneur suzerain du lieu, sous la réserve de la justice et de ses droits.

Dreux épousa Alix de Gorlande, fiUft de Jean de Gorlande, sire de Possesse, et de Marie de Rouçy, dont il n'eut pas d'enfant.

rv. — JEAN n DE ROYE •

Jean« deuxième du nom, succéda à son père Mathieu, dans la seigneurie de Roye ; Froissart le nomme c un des plus grands du royaume. »

Jean de Roye fut mandé à Paris, avec ses frères, pour l'affaire du comté d'Artois ; puis à Corbie, avec l'évêque de Monde, "pour la réconciliation de la comtesse d'Artois avec la noblesse de son comté.

Le sire de Roye rendit de grands services à Philippe-de- Valois, qui l'envoya à Tournay, en 1338, pour défendre cette place assiégée parles Anglais ; il opéra cette défonce avec la plus grande bravoure . Il fut ensuite nommé gouverneur de la ville de Cambrai et fit la guerre contre les Flamands.

Jean de Roye avait épousé une fille de la maison de Thourotte-Offémont ; les titres du couvent de Sainte-Croixd'Offémont font mention que Jean de Roye, en mai 1339, ayant été soupçonné d'avoir contribué à la mort de Jean Daridèle, sieur de Saint-Crépin-aux-Bois, parent de Jean de Nesle seigneur d'Offémont, fonda, dans l'égUse des Célestins, et pour se disculper de cette accusation, une chapelle d'une valeur de seize livres parisis de rentes, pour le

repos de Tâme de Jean Daiîdèle tué par des ennemis inconnus.

Jean mourut en 1350, il était représenté sur une verrière de l'église du couvent de Sainte-Croix, près du grandautel, du côté de l'épitre, revêtu de sa cotte d'armes, ceint de Tépée, avec l'écu chargé : de la bande d^ argent au lambel d^or de trois pièces.

Ce couvent de Sainte-Croix-d'Oflémont avait été fondé, en 1329, par Jean de Nesle, chambellan de Philippe-de- Valois, qui le dota de beaucoup de biens.

Jean de Nesle devint seigneur d'Offémont, en 1302, par la mort de son père, Guy de Clermont-Nesle tué à la bataille de Courtrai, qui, en 1296, avait épousé Marguerite, fille d'Ansoult de Thourotte-Offémont, situé près de Saint-Crépin-aux-Bois ; ce lieu était d'abord ime maison de chasse, relevant du fief royal, que Hugues-Capet donna, en 1029, à Guy de Beaumanoir, bailli de Senlis.

Dans la nef de la même église , étaient inhumés François de Montmorency et Charlotte de Humières, sa femme. Il ne reste de ce couvent que des ruines.

Jean de Roye eut trois enfants :

1* Mathieu de Roye.

2* Jean, chanoine de Senlis en 1326, puis grand prévôt de Cambrai.

3' Pierre de Rote, doyen de la collégiale de Saint-Quentin «

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