‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 9 sur 37 · VI. — BARTHÉLÉMY DE ROYE · texte numérisé non relu

VI. — BARTHÉLÉMY DE ROYE

Barthélémy de Roye fut un des seigneurs les plus illustres du royaume et le personnage le plus considérable de la famille de Roye. Il succéda dans la seigneurie de cette ville, à Raoul de Roye.

Barthélémy fut présent à l'engagement que 'prit le duc de Bourgogne devant le roi, étant à Vincennes, en 1190, de ne pas s'allier avec le monarque d'Angleterre et de n'épouser aucune princesse anglaise.

Ce seigneur de Roye sut s'attirer les bonnes grâces de Philippe-Auguste, qu'il assista de ses conseils et de son

dévouement dans toutes les affaires graves de l'Etat ; en 1190, le Roi lui donna, comme témoignage de satis- Êctioni la forêt de la Hérelle, près de Montdidier. Barthélémy, qui était bienfaisant et charitable, fit, en 1199, une donation à THÔtel-Dieu de Montdidier de quatre bonniers de bois, à prendre pour son usage, dans la forêt de la Hérelle, à la condition de ne pouvoir ni les vendre, ni les engager, et ce, pour le repos de son ftme et celles de ses ancêtres.

Cet acte était scellé du sceau de Barthélémy, en dre verte pendant en lac de soie rouge, qui porte un écu fretté coupé éCun échiqueté avec la légende: ^igiltltm Swthobmd A^ ^mà. Le contre-sceau de même.

Au mois de mars de la même année, le Roi approuve la donation faite par Barthélémy, (dilectus fidelis miles noster Bartholomeus de Roie)^ et ratifie les conditions, par une charte donnée à Paris, qui porte un grand sceau de cire verte pendant en lac de soie rouge, sur lequel le roi est représenté assis ; le contre-sceau porte une fleur de lys. ,

En 1204, le Roi donne à Barthélémy le château d'Acquigny et ses dépendances en récompense de ses services. Le seigneur fait des libéralités en faveur du prieuré de Saint-Maximin (1222), et cinq années plus tard, il aliène le domaine d'Acquigny à Mathieu de Montmorency.

Bai^élemy fait avec le Roi un échange du péage de Roye contre certaines terres, par un acte daté de Compiègne, du 20 avril 1205, et qui est revêtu du sceau du sire de Roye.

Des difficultés s*étant élevées au sujet de la délimitation du comté de Soissons et de Valois; Philippe-* Auguste a la prière d'Aliéner, comtesse de Vermandois,

charge Barthélémy de Roye et l'Evêque de Meaux de faire une enquête à ce sujet

Comme témoignage d'estime et de confiance, Philippe- Auguste élève Barthélémy de Roye à la dignité de Grand Chambrier de France, une des cinq grandes charges de la Couronne. (1208). Le grand Chambrier ou Chambellan signait aux chartes royales, il exerçait sa juridiction sur certains corps de métiers et percevait certaines redevances, tf à cause de sa chambrerie ; ce dignitaire portait pour attributs deux clefs d'or dont les anneaux se terminaient en couronne royale, passées en sautoir derrière Técu de ses armes. »

Comme Chambrier, Barthélémy signe une charte de Philippe-Auguste à Renaud, comte de Boulogne, au mois d'octobre 1208, et, l'année suivante, il scelle la charte de Commune que le roi accorde aux habitants de Péronne. Au même titre, il appose son nom à la charte octroyée, en 1221, aux bourgeois de DouUens, par Guillaume comte de Ponthieu, et qu'approuve le roi.

Il atteste encore, qu'en sa présence, Jean de Temy, chevalier, du consentement de Sarrasine sa femme, a vendu à Téglise Notre-Dame de Soissons tout ce qui lui appartenait au village de Laffaux (Aisne), au mois de novembre 120&.

Barthélémy de Roye fut un des bienfaiteurs de la collège de Saint-Florent, à laquelle il laissa beaucoup de biens, ainsi qu'à celle de Saint-Quentin. Il donne à l'abbaye d'Ourscamp quatorze bouverées de terre provenant de Beaudoin de Goyencourt, afin de pourvoir à l'entretien de deux moines, chargés de célébrer deux messes par jour, à perpétuité, pour lui, pour sa famille et pour ses bienfaiteurs.

Ce Beaudoin de Goyencourt, chevalier surnommé le Duc, approuve, comme seigneur du fief de Ooyencourt, un échange de terre fait entre Thénard de Roye et Téglise d'Ourscamp. Cet acte est revêtu du sceau de Beaudoin, qui est rond, portant sur un écusson une croix losangée et une légende : ^ sigillvm baldvini ducis.

Un autre seigneur de Goyencourt, nommé Raoul, vend à Tabbaye d'Ourscamp des portions de terre situées devant la ferme des Frères de Gruny et appose à cet acte son sceau avec ces mots: »{( siaiLLVM radvlphi

GOIENOVRT.

L'acte de donation de Barthélémy à Tabbaye portait un sceau en cire verte en lacet de soie, représentant un cavalier armé de toutes pièces, tenant de la main droite l'épée haute et de la gauche un bouclier en écusson échiqueté au chef Bem4 de fleurs de lys d'ovy pour légende :

* S^ii* ^MtMovm àt ^oh (i^anurarn ^^mtx^. Sur le

contre-sceau étaient les mêmes armes, avec ces mots :

(Sam. J'ranm»

Pétronille, épouse de Barthélémy, confume cette donation, à laquelle elle s'associe.

Barthélémy signe une charte confirmant la vente faite par Valéran de Moreuil et sa femme, à Raoul seigneur de Raineval, de trois cents journaux de bois, moyennant cinq cents livres parisis, vente approuvée par le roi. (1210). Sur une charte de Philippe-Auguste, concernant les Templiers d*Eterpigny, on voit le monogramme de Barthélémy de Roye.

A un acte de donation, en faveur de Tabbaye de Joyenval (1224), se trouvait un sceau semblable à celui que nous avons décrit déjà, seulement, le chef de Vécu était losange.

Barthélémy de Roye assiste à la bataille de Bouvines et prend une part active à cette affaire, dans laquelle il sauve la vie au roi. (1214).

n assiste aussi le Monarque dans un accord conclu avec les chanoines de Saint-Quentin, concernant les hommes du Chapitre. (1220).

Il est présent à un échange fait entre Jean Vilain fils de Robert Cavalier de Gruny et l'abbaye d'Ourscamp, de quelques pièces de terre situées à Gruny, contre d'autres sises aux lieux dits Prestel et Caleux. (1203).

Jean de Viry, chevalier, neveu de Barthélémy de Roye, déclare que Hélaïde de Grivillers a vendu aux Frères d'Ourscamp sept bouverées de terre de son héritage de Grivillers ; le sire de Roye donne son consentement à cette vente comme possesseur du fief. (1223).

Le grand Chambrier assiste, comme témoin, au jugement de la cour du Roi, rendu à Vernon, qui attribue le comté de Beaumont à Thibaut d'Ully. (1223).

n fut présent, l'année suivante, à la sentence arbitrale donnée par Guérin, évoque de Senlis, chancelier de France, par-devant le Roi, en faveur de la comtesse de Nevers, contre le Prieur de la Charité, touchant la garde de son monastère qui fut confiée à la comtesse.

Barthélémy fut un des grands du royaume présents au conseil du Roi, où il fut ordonné qu'il serait fait une enquête pour savoir si les évèques et les autres prélats de la Normandie ne devaient pas le service de Yoat (armée) au souverain, en leurs propres personnes, sur le refus que certains d'entr'eux avaient fait de servir dans l'armée royale.

La même année (1224), il assiste au traité qui se fit entre la comtesse de Flandre et Jean de Nesle, châtelain de Bruges, et à la cession que fit au roi, Marie, comtesse

• U^ l\>uthicU| (lu château d'Aubigny et de celui de

Uuahôlouiy do Roye fut le fondateur de Tabbaye de )4\\iMivul du Tordre des Prémontrés, à laquelle il donna luaiutoup do biens du consentement de sa femme Ivtrunillo.

A|»r^H sa mort, qui arriva vers la fin de 1224, Barthélémy tut enterré dans l'église de l'abbaye^ devant le grand uiUul, 80US une tombe de cuivre, sur laquelle était riiiHcrlption suivante :

Hi^jus basilicœ, fundator Bartholomoevs Db Rou, jacct hic cui pius isto Deus Régis consilium, rcgis camerarius, inter Regni minores Maximos ille fuit ; Ut tantus fieret meruit discretio, sensus, Mores, vfta, manus lai^, probata fides.

Barthélémy avait épousé Pétronille de Montfort, fille de Simon III et d'Âmicie de Beaumont, qui, par un acte do 1209, donne à Tabbaye d'Ourscamp des terres à charge de foire dire des messes pour le roi, pour son mari, pour die et ses enfants. Cette donation fut confirmée par son époux.

lUrthélemy eut deux filles :

1* Aux DB Rote, mariée en premières noces, au mois de mai 1205, avec Jean II, comte d'Alençon, fils de Robert; lUrtliélemy constitue en dot à sa fille, deux miUe livres parisis, et il lui donne, après son dt^ces, la moitié dos biens qu il possède en France, «i Normandie et toute sa t^rre de Vermandois; mais, si de ce mariage n;iit un enÊint maie. Alix n\mra dixHt qu^au tiers de ses

biens. Ces conditions furent stipulées dans un acte de mariage et confirmées par le roi Philippe - Auguste assisté de son Chambrier.

Devenue veuve, Alix de Roye épousa, en 1214, Raoul de Nesle, seigneur de Falvy.

Ce seigneur était mort avant 1225, car à cette date, Guillaume, châtelain de Beauvais, et Marguerite sa femme, dame de Guerbigny, concèdent à Tabbaye d'Ourscamp une terre que Barthélémy et Pétronille avaient donnée à Alix, épouse de Raoul.

2^ Amicie de Rote, qui iut femme de Guillaume Crespin, seigneur d'Eterpigny ; ayant perdu son mari, Amicie se fit reUgieuse et devint abbesse de Frémy, à Cambrai*

Barthélémy étant mort sans postérité mâle, la seigneurie de Roye revint à Jean, son frère.

Vm. — JEAN DE ROYE

Jean de Roye, premier du nom, hérita de la seigneurie de Roye.

Il était seigneur de Guerbigny et de Monchy ; en cette qualité, il donne, en 1207, son consentement à un échange que fait Jehan Cotel de Thoule (Johannes Cotela de Tftote), de terres qu'il tenait en fief de Jean de Roye, et qui étaient situées dans le Val de la Bataille, à Marché-Allouarde et sur le Mont de Gruny (m Valle belli, in monte de Greuny), contre d'autres biens que l'abbaye d'Ourscamp tenait de la libéralité de Rogon de Roye aïeul de Jean, et qui se trouvaient près d'Andechy relevant aussi du sire de Guerbigny. {Pièce justificative n^ 7).

Jean de Roye est appelé à prêter serment devant le roi Philippe-Auguste pour les fiefs qu'il possédait à Guerbigny ; il devait au monarque : estage, ost et chevauchéct selon les us et coutumes du Vermandois.

Par un acte du 12 juillet 1274, Jean de Roye décharge le Commandeur et les Frères du Couvent des Templiers d'Eterpigny, du droit qu'il avait sur le four d'Eterpigneul, Cet acte est en français et porte un sceau brisé en cire verte.

Jean épousa Comtesse de Hangest, fille de Jean l^j seigneur de Hangest-en-Santerre et de Davenescourt, héritière de la Maison de Hangest par le décès de son frère Florent, mort sans postérité.

Après le trépas de Jean de Roye, sa femme se remaria avec Raoul de Soissons, sire de Cœuvres.

Jean fut inhumé, près de ses frères, dans l'église de l'abbaye de Joyenval, où l'on voyait son épitaphe :

Qui spectans hères, cinerem me respice, miles Qui fuerit, nihil es proficit, imo preces Hoc corpus domini sublala tumba Joannxs Abditus fieri est ista senilibus amiis Dictus de RoiA, juxtà fratrcs inhumatus Ut sit ei venia, fundat pia virgo precatus.

Jean de Roye laissa pour enfants :

1® Mathieu de Roye.

2* Florent de Roye, à qui Guy, comte de Flandre, donna, le 13 février 1292, quarante Uvres tournois de rentes ; il avait épousé Emmeline de Marigny, fille de Jean de Gibelet de Lassigny, chevaUer.

3® Marie de Roye, femme de Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant, en 1282. Devenue veuve, Marie de Roye

eut des difficultés avec Guillaume de Norrein, écuyer, qui s'était rendu coupable de violences et de déprédations envers la noble veuve, et son fils Robert. Marie en appela à la justice, et Guillaume promit de cesser ses mauvais procédés ; il n'en fut rien.

Marie fit alors appel à la Cour du Parlement qui nomma pour commissaires les chevaliers Giraud de Châtillon et Giles Acelin; ils constatèrent, par enquête, que non-seulement Guillaume n'avait pas tenu la parole donnée, mais qu'il s'était violemment qmparé du château de Saint-Venant. Guillaume, comme moyen de défense, prétendait que, d'après la coutume du pays et les privilèges concédés aux nobles par les lois françaises, il pouvait feire la guerre à ses voisins de Saint-Venant. (Pas-de-Calais.)

La Cour n'admit pas ce système, et le 3 juillet 1320, elle rendit un arrêt par lequel elle condamnait Guillaume à dix mille livres de dommages-intérêts envers Marie, à la confiscation du surplus de ses biens nobles et non nobles au profit du Roi.

Guillaume fit des démarches pour obtenir sa liberté; le 29 juin 1323, Gharles-le-Bel ordonna son élargissement provisoire pour lui permettre de faire sa justification ; mais Guillaume n'ayant pu rien produh'e en sa faveur, un arrêt du 7 avril 1324 ordonna l'exécution du jugement.

4P CoLARD DE RoYB, chcvalier, seigneur de Dury, épousa Béatrix, comme on le voit par son testament du mois de juillet 1246, par lequel il donne, du consentement de sa femme, à l'abbaye de Sainte-Marie, près de Monchy, pour le repos de son âme, de celles de ses frères, de sa mère et de ses ancêtres, plusieurs pièces de terre situées entre Golancourt et Grugy, qu'il avait achetées de Colin de Caumesnil et d'autres biens proche d'Aubigny. Il constitue, pour exécuteurs de ses volontés, Vermond,

doyen de la collégiale de Saint-Quentin, et son frère Mathieu de Roye. Sa femme Béatrix approuve la donation faite par son mari et déclare ne pas s'opposer à l'exécution du testament ; en foi de quoi elle signe l'acte avec Colard. { Pièce justificative n9 iO.)

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