DE L'ABBAYE D'OURSCAMP
Contre la voûte de la chapelle se voyait encore l'écusson de Roye couché à l'antique ; c'était celui de Jean IV de Roye, surnommé le Baudram, seigneur de Lagny, qui désira, par son testament de Tan 1400, être inhumé dans cette chapelle.
Mathieu II de Roye fonda plusieurs messes à dire, chaque semaine, à son intention et à celle de sa femme, Yolande de Hangest-Genlis.
Lorsque les reliques de sainte Anne furent données à l'abbaye par Jean de Roye, elles furent déposées dans la chapelle funéraire de Roye qui fut mise, dès lors, sous le vocable de Sainte-Anne.
L'Histoire de l'abbaye d'Ourscamp donne de cette chapelle la description suivante :
c L'antiquité d'une maison noble ne se peut pas mieux prouver que par les vieux monuments, anciennes armoiries et peintures qui ont assez souvent servi de titres, de généalogie et de noblesse à plusieurs familles ; ainsi, les monuments et les tombeaux ne sont pas seulement dépositaires fidèles des ossements et des cendres des morts, ils le sont encore de l'honneur et de la noblesse, comme nous assure le poëte :
Et nune iervat honos udens îuu$ ostaque nomen. Ainsi, d*un conquérant on enferme les os Dans un sombre tombeau, on n'y met pas sa gloire Par crainte qu'un long temps n'en perde la mémoire, Le marbre buriné dit qu'il porte un héros :
€ Cert donc en cette chapelle qu'il faut considérer toutes ces choses.
« On y voit, au haut de l'autel, une ancienne image de sainte Anne, en relief, de grandeur naturelle, et au
piédestal, l'écusson de Roye en ronde-bosse, tenu par deux anges, qui est un don des seigneurs de cette maison, et au-dessus est suspendu un grand dais de bois peint et doré, à l'extrémité duquel paraissent encore les mêmes armes.
c Le monument est placé dans l'épaisseur du mur tout proche de l'autel, à côté de l'Evangile, en forme d'un grand alcôve orné de. feuillages dorés autour, sous lequel est un caveau où sont inhumés entr'autres : Baudoin de Rote, chevalier, qui, par son testament de septembre 1390, demande sa sépulture dans l'église de cette abbaye, à laquelle il laissa quelques biens à Conchy, relevant de Mathieu de Roye, son parent. Il portait: De France ancien à une bande bronchant sur le tout y comme le fait voir son sceau attaché à ce testament en parchemin.
c Jean de Roye, chevalier, et Jeanne de Béthune, sa femme, y furent inhumés l'an 1379. Ce sont les armes de ce seigneur et de sa dame de Béthune (d'argent d une fasce de gueules)^ qui sont à la vitre de ce sépulcre, parti avec l'écusson de Roye, à deux molettes d'argent pour brisure en chef^ et marque qu'elle était puinée comme son mari, qui ajoutait à ses armes un lambel d!azur à trois pièces.
€ Mathieu de Roye chevalier et Marguerite de Ghisthelles sa femme, avec leur fds Guy de Roye, y furent déposés l'an 1469, et plusieurs autres comme Jean de Roye chevalier de la Toison d'Or, cadet de Guy, et Marguerite Dubois sa femme, leur fils et autres de cette maison, pour lesquels on célèbre, par chaque semaine, deux messes de requiem et une autre messe, tous les jours, à l'intention de Messire Olivier de la Vernade seigneur de la Bastye et de sa dame, d
Mathieu n'eut pas de postérité mâle, il ne laissa qu'une fille :
Mâbie de Roye, dame de Roye, de Guerbigny et de Monchy ; en 1374, elle épousa Alain de Mauny, neveu du connétable Duguesclin. Devenue veuve, elle se maria à Jean V de Hangest, sire de Hangest et de Davenescourt, grandmaître des Arbalétriers de France, également veuf.
D'accord avec son mari, elle engagea ses terres à Guy de Roye archevêque de Reims, en 1402 ; puis vendit, au mois d'octobre 1407, à Mathieu de Roye sire -d'Aulnois, son cousin, ce qu'elle avait à Maignevillers, et la seigneurie de Guerbigny, le 17 décembre 1415. Elle était veuve l'année suivante, et n'eut qu'une fille : Marie de Hangest de Roye, laquelle étant morte sans alliance, tous ses biens retournèrent à la Maison de Roye, à la branche cadette des seigneurs du Plessier de Roye. •
En 1410, Marie de Roye, du consentement de Jean de Hangest, qui avait une grande vénération pour les reliques de l'église de Saint-Corneille, où il voulait être inhumé, fonda dans cette abbaye, pour le remède de son âme, pour celle de son premier époux, de ses père et mère et amis, une chapelle en l'honneur de Dieu, de la Vierge Marie et de toute la cour du Paradis,' avec l'agrément de Tabbé du couvent.
Marie fit élever dans le <;hœur de l'église, vis-à-vis des s^tes reliques, à côté de l'Evangile, une chapelle qui prit le nom de : Cliapelle de Roye. Elle fonda quatre messes par sem^ne, qui devaient se célébrer les dimanche, lundi, mercredi et samedi ; elle donna tous les ornements nécessaires; elle voulut être inhumée dans cette chapelle à cause de sa dévotion envers le Saint-Suaire.
Puis, pour obliger les religieux à l'accomplissement de ses volontés, elle leur donna toute la terre, justice, seigneurie, moulins, foi et hommage de Becquigny.
Marie de Roye fut enterrée dans cette chapelle, ainsi que Jean de Humières et Jeanne de Hangest, qu'il avait épousée le 49 janvier 1424.