XI. — MATHŒU in DE ROYE
Mathieu de Roye, second fils de Mathieu premier, devint seigneur de Roye par l'extinction de la branche aînée.
Il était seigneur du Plessier et d'Aulnois (Aisne); il avait acheté la terre du Plessier en 1323, et sa femme Marguerite de Ville lui avait cédé tous ses droits sur cette seigneurie.
Le Plessier, qui prit le nom de Plessier-de-Roye, à cause des sires de Roye, possédait un château bâti par les seigneurs. Assiégé par les Jacques et ruiné dans les guerres, ce manoir féodal fut rebâti sous Louis XII ; il était entouré de murailles et défendu par des fossés. On remarque encore aujourd'hui un pignon chargé d'ornements de l'époque de la Renaissance. Vers 1790, en pratiquant des fouilles près du château, on trouva plusieurs objets en bronze de l'époque gallo-romaine.
L'église du Plessier-de-Roye qippartient au style gothique ; les fenêtres du chœur sont fofipées de trois ogives ; il y a des restes de beaux vitraux dont nous parlerons.
Près du Plessier est le village de Roye-sur-Matz, qui tire encore son nom de la famille de Roye ; il est traversé par la rivière du Matz et par l'ancienne route de Flandre.
Le village de Roye-sur-Matz renferme une église assez curieuse ; elle est bâtie sur un bloc de grès qui a environ trente mètres de longueur. Sa dimension et l'absence de tout rocher semblable, donne lieu de penser que ce roc est un monument druidique que l'on aura renversé pour
établir dessus un édifice religieux. On y voyait quelques vitraux qui représentaient des personnages de la famille de Roye.
Mathieu de Roye était à la bataille de Poitiers avec Dreux de Roye; ils combattirent ensemble près de la personne du roi Jean, le 29 septembre 1356. Après la défaite des Français, Mathieu fut chargé de défendre Poitiers contre les attaques des Anglais. Le sire de Roye . avait mis la nuit à profit pour faire aAner les bourgeois, passer une revue exacte des fortifications et prendre connaissance de la place. Ce fut avec surprise que Mathieu vit l'armée victorieuse défiler aux pieds des remparts, sans faire aucune démonstration hostile. {Grande guerre^ par M. René de Belleval.)
En 1359, Mathieu de Roye défit le duc de Gomminges qui, parti du Hainaut, allait opérer sa jonction avec le roi d'Angleterre assiégeant la ville de Reims.
Mathieu, avant l'extinction de la ligue directe des sires de Roye, portait : brisé cCun lambel d!azur.
De Marguerite de Ville, Mathieu laissa plusieurs enfants:
lo Mathieu, qui lui succéda.
2° Dreux de Roye, seigneur de Cangy.
3» Je^n de Rote, dit le Baudrain^ seigneur de Lagny, près de Noyon. Il habitait le château-fort flanqué de tours et de murailles, élevé sur la montagne, et qui fiit pris par le duc de Bourgogne. Jean de Roye fut, en 1399, capitaine-gouverneur de la ville de Saint-Quentin jusqu'à sa mort qui arriva en 1404 ; il fut inhumé à Tabbaye d'Ourscamp, dans la ehapelle de Roye.
Jean avait épousé Jeanne de Sains, dont il eut :
1® Jacqueline ; 2» Guillkmette ; 3^ Jean.
Devenue veuve, Jeanne de Sains épousa de Huppe de Savignies, chevalier, lieutenant de Raoul de Gaucourt, capitaine de Noyon ; le 7 avril, elle vend à Huppart de Compiègne dix muids de blé de rentes sur la grange de Warnavillers appartenant aux moines d*Ourscamp. Elle avait hérité de la moitié de la terre de Lagny, avec son fils Jean.
Jacqueune, en 1403, épousa Regnault III de Saussoy, seigneur de Ribécburt en partie, qui, comme fondé de pouvoir de sa belle-mère, fit la vente dont nous venons de parler.
Jacqueline de Roye était cousine et filleule de Guillaume de Flavy, gouverneur de Compiègne, qui lui donna, par un échange du 4 janvier 1437, la seigneurie du Metz dont le chef-lieu séait à Dreslincaurt, près de Ribécourt, et dépendait du comté-pairie de Noyon. Elle fit elle-même donation de ce fief à Guillaume de Yillers, dit Lionnel, son gendre, à cause d'une nouvelle alliance qu'elle avait contractée avec Jean de Villers, appelé : Le Brun, chevalier.
Jean, dit Le Beau^ était seigneur de Meillancourt, de Cangy et d'Happencourt ; il épousa Marie de Châtillon, fille de Jean, seigneur de Dours, et de Béatrix de Chantevillain. Il mourut en 1414, laissant un fils unique, Aubert de Roye, mort sans alliance.
4^ Marie de Roye, qui épousa, vers 1337, Robert de Clary, dit Fauvel, un vaillant chevalier.
Le roi d'Angleterre ayant promis une grande récompense à celui de ses chevaliers qui l'emporterfiât en vaillance sur les Français, le sire de Gourtenay passa la mer et vint défier le sire de la Trémouille, qu'il vainquit en champ clos.
Le sire de Courtenay fut comblé d'honneur et de présents, se vantant qu'il n'avait pas trouvé un chevalier français en état de lutter avec lui. Comme il tenait de pareils discours, chez la comtesse de Saint-Pol, au château de Ham, le sire de Clary, chevalier languedocien, époux de Marie, s'en offensa et le défit. La comtesse, qui était sœur du roi d'Angleterre, permit le combat.
« Les deux champions, dit Froissart, étaient armés bien € et tort, ainsi que pour attendre l'aventure et étaient c bien montés; il leur fot baillié des glaives à pointes c acérées, tranchants et affilés. Ils coururent à cheval c Tun sur l'autre ; à la seconde joute, le sire de Clary c férit et atteignit le chevalier anglais d'un coup de son c glaive, lui perça tout outre sa targe (bouclier) parmi c l'épaule, tant que le fer passa outre et l'abattit de cheval. »
Le sire de Courtenay fut obligé de s'avouer vaincu. Le duc de Bourgogne fut très courroucé de ce que le sire de Clary de Roye avait ainsi acquis cet honneur aux dépens de son chambellan de la Trémouille ; il voulut le faire punir de mort pour avoir combattu sans l'ordre du roi.
L'époux de Marie de Roye fut obligé de se tenir longtemps caché, avant d'obtenir son pardon.
Le village de Crapeaumesnil dépendait de la seigneurie du Plessier-de-Roye ; il possédait une maladrerie ou hôpital que dota Mathieu de Roye.
Ce seigneur mourut vers 1360 et fut enterré dans l'église du Plessier-de-Roye.
Xn. — MATHIEU IV DE ROYE
Mathieu de Rove, quatrième du nom, dit : le Flamand^
était seigneur de Roye, du Plessier et d'Aulnois. Il fut
ainsi surnommé parce qu'il servit longtemps en Flandre, sous le connétable d'Eu, et fut chargé de traiter de la paix avec les Flamands.
En 13^9 Mathieu fut élevé à la dignité de : Grand- Maître des Arbalétriers de France par Philippe de Valois, en récompense de ses services. Les fonctions de cet of licier étaient très irapoï*lantes : a de son droit, il avait m toute la Cour, garde et administration, avec la connais- « sunce des gens de pied étant en l'ost, où chevauche le e: roi et de tous les arbalétriers, des archers, des canoniers, « des charpentiers et de toute l'artillerie de l'ost. »
Mathieu était, en 1364, avec le duc de Boui^ogne, à la bataille de Cocherel, où il se distingua sous les ordres de Duguesclin.
Mathieu de Roye fut élu, le lundi 16 mars 1367, par les habitants de Compiègne, pour être le Capitaine-gouverneur de leur ville, et le roi Charles V confu*ma cette élection par des lettres expédiées à Compiègne, le 3 avril de la même année. Il touchait comme Capitaine trois cents livres de gages.
Son nom se voyait dans la salle de l'Hôtel-de- Ville de Compiègne ; au-dessus de l'écusson de Roye se lisaient ces mots :
Mathieu, sire de Roye, cheTalier, Conseiller du roi, élu le 16 mars, Continué le 3 ayril mil gcclxvii. Capitaine de cette ville, des forts de Choisy, visiteur des pays circonvoisins.
Mathieu avait à Compiègne son hôtel, qui s'appelait ; Hôtel de Roye; en 157 J, une partie de cet immeuble fut
achetée par J. Charmolue et offerte à la Ville pour faire un établissement destiné à l'instruction de la jeunesse ; c'est le collège actuel.
Mathieu de Roye mourut en 1380, à son château de Muret, qu'il possédait du chef de sa femme Jeanne de Chérisy ou de Qnierzy, fdle unique de Jean vicomte de Busancy et de Péronnelle de Nesle, qu'il avait épousée en 1350.
Il fut enterré dans la célèbre abbaye de Longpont, à laquelle il avait donné un demi-muid de blé, à prendre sur son moulin d'Aulnois, avec quarante sols de rente, pour faire dire son anniversaire. Sa tombe en cuivre, était dans le milieu de la salle capitulaire ; il y était représenté couvert de sa cotte d'armes armoiriée de ses blasons, avec répée et le casque à sa droite, sommé d'une couronne d'argent, aux feuilles d'âche qui était celle de duc, ses pieds étaient appuyés sur le dos d'un lévrier. On Usait son'épitaphe ainsi conçue :
Gy gist messire Mathieu de Royb, Seigneur d'Aonoi, qui fu hardi et plein De toute bonne foy, jadis sire du Plessier Qui eu roiaume eut grant mestier Car là destruit le mal que nien plain d'ennemis Se prions tous pour l'âme de li, et trépassa L'an de grâce m ggclxxx au mois de janvier. Priez Dieu pour son âme.
Sur la même tombe était aussi figurée sa femme Jeanne, dont la jupe était armoiriée de ses blasons : d^or à la fasce dazur.
Mathieu de Roye laissa huit enfants :
4^ Jean de Roye.
2^ 6u7 DE RoYE fut d'abord chanoine de la Cathédrale de Noyon, puis doyen de la Collégiale de Saint-Quentin, en remplacement de son oncle Pierre ; il donna à cette église, en 1404, plusieurs biens qui lui appartenaient dans le village de Clastres, provenant de la succession de ses oncles Dreux et Jean de Roye. Le Chapitre s'obligea, par reconnaissance, à célébrer certains services pendant sa vie et après sa mort ; au Mémento de la messe capitulaire, un enfant de chœur allait rappeler au célébrant le souvenir de Guy de Roye.
Guy devint ensuite évêque de Verdun, de Dôle, de Soissons, archevêque de Sens, où il donna l'aigle du chœur de la cathédrale, de Tours, et métropolitain de Reims. Ce fut lui qui, en 1399, fonda le collège de Reims à Paris ; il acheta, à cet effet, l'hôtel de Bourgogne sis sur le Montr Saint-Hilaire.
Sur un marbre placé au-dessus de la porte d'entrée du collège était gravée cette inscription :
Gollegium Remense qnod Borgondia docem Ailla quondam foit, ex pia et tcstamentaiia Munificentia îllostrimi et maximi revereudi Domini Guidonis de Roye archiepiscopi Âc ducis Remensis, magistri et discipuli Remenses Qui Lutetia tum degebant authore Joannœ Genonio viro dignitate doctiina vîta sancta Et miraculis clara acquisiverunt anno domini
MCCCCXII.
Guy de Roye, le 28 avril dimanche de Quasimodo 1408, tint un concile provincial dans sa métropole de Reims, auquel assistèrent Pierre de Savoisy, évêque de Beauvais,
révêque de Noyon et les autres suffiragants. L'assemblée fut haranguée par le célèbre Gerson, comme duc et pair de France.
En 4401, Guy de Roye s'opposa aux impôts excessifs proposés par les ducs d'Orléans et de Bourgogne, pendant la démence du roi Charles YI.
L'archevêque de Reims mourut d'une façon tragique ; envoyé au C!onciIe de Pise, il s'y rendit en compagnie de plusieurs prélats. Arrivé à Voltéri, près de Gènes, un maréchal de sa suite se prit de querelle avec un soldat du lieu et le tua. Cet accident causa une sédition parmi le peuple, qui envahit la maison du prélat; Guy voulut descendre de sa chambre pour apaiser le tumulte, mais en sortant, il fut firappé d'un trait d'arbalète qu'un des habitants tira par une fenêtre. Guy de Roye mourut de cette blessure, le 8 juin 1409, et fut transporté dans la cathédrale de Saint - Laurent de Gènes, où il fut enterré.
Guy de Roye est l'auteur d'un livre intitulé :
Doctrinale sapientiœ^ traduit par un religieux de Cluny, sous le titre : Doctrinal de la Sapience, in-4o.
Les .armes de Guy étûent: De gueules à la hande ff argent au lambél d'azur.
Guy de Roye était vicomte de Busancy ; comme il se tenait près du pape Clément, à Avignon, il confia la garde du château de Busancy à Jacquemin de Saint-GiUes qui le gouverna pendant sept ans.
La seigneurie de Busancy avait été apportée dans la Maison de Roye par Jeanne de Quierzy; c'était une des quatre vicomtes du comté de Soissons ; le seigneur de Busancy jouissait de nombreux privilèges : ses sergents pouvaient, sur ses terres, porter l'arc, le carquois et la verge ; ils avaient le droit d'arrêter les malfaiteurs et de
les faire enfermer trois jours dans l'abbaye de Saint- Crépin de Soissons.
Après la mort de Mathieu de Roye, Tristan son fils, eut la vicomte de Busancy qu'il partagea avçc Guy son frère ; ils eurent un procès avec l'abbé et les religieux de Saint-Crespin-le-Grand pour la justice de ce faubourg (1398), procès qui se termina par un accord amiable.
Au décès de Tristan, puis de Guy, Regnault de Roye leur frère, resta seul possesseur de la vicomte.
Plus tard, la seigneurie de Busancy avec le comté de Soissons, passa au prince de Condé par son mariage avec Eléonore de Roye, puis à Henri de Condé et à ses enfants, dont le tuteur, le cardinal de Bourbon, céda la vicomte de Busancy, pour quelques dettes, à Isabeau de la Tour.
Il existait dans la ville de Soissons, une maison avec ses dépendances, dite : Hôtel de Roye^ qui avait appar* tenu à l'avocat de la ville, Anselin-Baissiel, et qui, en 1418, fut donné pour logement, par le roi Charles VI, aux Cordeliers de Soissons. Les religieux y demeurèrent jusqu'en 1436. Cet hôtel était la résidence ou peut-être le chef-lieu de la vicomte de Busancy, que possédaient les sires de Roye.
3^ Mathieu dit Tristan, seigneur de Busancy et du fief du Metz, suivit le duc d'Anjou, lors de la réduction de la Guyenne en 1377, et donna des preuves de son courage au siège de Duras.
Trois ans après, il servait en Flandre, sous les ordres du connétable de Clisson, et fut fait prisonnier.
Tristan de Roye passa ensuite en Espagne, avec les troupes que son frère Regnault y conduisit pour le service du roi de Castille.
Mathieu 9 qui avait épousé Jeanne de Montchcvray, dame de Bersa (1380), mourut en Espagne, sans postérité. Son corps fut ramené en France et enterré dans la salle du chapitre de Tabbaye de Longpont, du côté de l'auditoire, près de ses père et mère.
Sur sa tombe en marbre, recouverte d'une lame de cuivre, il était représenté vêtu de sa cotte d'armes, ceint de l'épée, avec le casque en tète, la visière levée et l'écu attaché à l'épée, chargé : de la bande d'argent au lambel dazur d trois pièces^ avec cette épitaphe :
Ghy gist, TaiSTAïf de Roie, chevalier
Sire de Busancy, et de haute entreprise
Qui trespass^en Espagne, au mois de décembre
Jour de la Conception Notre-Dame mcgglxxx^i
Sy prions notre Seigneur dévotement pour son âme.
4* Raoul be Roye entra dans les ordres ; il ftit moine à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, puis prieur de l'abbaye de Ressens, abbé de Saint-Lucien de Beauvais (1383), en remplacement de Foulques de Chanac, nommé évèque d'Orléans. Il prêta serment d'obéissance entre les mains de Nicolas Dormans, évèque de Beauvais. Baoul s'appliqua à réparer les désastres causés à son monastère par les troupes anglaises.
En 1391, Raoul passa à l'abbaye de Corbie, comme cinquante-quatrième abbé, par les bonnes grâces de Charles VI ; il fut reçu en grande pompe le jour de la Pentecôte. C'est alors qu'il était à la tète de cette abbaye, que fut restaurée, en 1399, la châsse d'or et d'argent qui renfermait les reliques d'Âdélard, abbé de Corbie ; on consacra quatre-vingts marcs d'argent à cette restauration.
La réintégration dès reliques dans la châsse réparée, eut lieu le 2 janvier de Tannée suivante, en présence des abbés de Saint-Lucien de Beauvais, de Saint-Fusden-au- Bois, de Breteuil, de Moreuil et d'autres religieux.
Raoul jouissait de Festime particulière de Philippe-le- Bon, duc de Bourgogne ; aussi fut-ce avec grand chagrin que le Prince apprit la mort de l'abbé, survenue dans la nuit même de son arrivée à Corbie, le 11 août 1418. Il s'était démis de ses fonctions l'année précédente.
Raoul fut inhumé sous les cloîtres de l'abbaye, dans la chapelle de Sainte-Bathilde, qu'il avait fait décorer et dans laquelle il avait préparé sa sépulture.
En 1872, on. a découvert sa pierre tombale dans l'emplacement de l'ancienne abbaye ; sur la tombe, en marbre noir de Belgique, on put lire :
Il était représenté couvert d'habits pontificaux, coiffé de la mitre et portant la crosse.
5* Dreux, dit Lancelot, seigneur de Launoy, maître des eaux et forêts du Languedoc ; il mourut célibataire à Nicopolis.
6° Béatrix de Roye, a la belle épouse de Jean de Chatillon », sieur de Basoches et vidame de Châlons. Béatrix joignait à une figure charmante toutes les qualités du cœur et de l'esprit.
Béatrix de Roye mourut au mois de décembre 1388 ; son mari, qui la chérissait beaucoup, en conçut un tel chagrin qu'il en devint fou.
Elle fut enterrée à l'abbaye de Longpont, auprès de son frère Mathieu ; sur sa tombe, on lisait cette touchante épitaphe :
Gy gist Bbjitbix db Rotb, vidamesse de Chalons Qui fu belle, bonne et sage et très décote Et trespassa à son chatel, à Basoques Le Y1I« jour de décembre mggclxxilviii.
Prions Dieu pour son âme.
7* Regnault est une des illustrations de la Maison de Roye.
Regnault était de taille moyenne, mais bien prise ; il fut l'un des plus adroits chevaliers de son temps, et se distingua dans les tournois ; la passe-d'armes de Saint- Englevert a immortalisé son nom. (1389).
Regnault de Roye forma une confraternité d'armes avec Jean-le-Meingre de Boucicault, vaillant capitaine ; tous deux convinrent de parcourir l'Europe en redresseurs de loris. Ds partirent accompagnés de vingt écuyers et allèrent à Venise. Ils y arrivèrent (4393) au moment où le doge A. Yemiers s'unissait au duc de Milan contre Carrara, tyran de Venise. Le Doge invita les chevaliers à lui prêter l'appui de leurs bras ; ils refusèrent, ne voulant pas se battre contre des princes chrétiens en paix avec la France. Ds allèrent à Constantinople et demandèrent au Sultan un saof-conduit, qui leur fiit accordé ; Amurah accueillit Regnault de Roye et son frère d'armes avec la plus haute distmction. Ils obtinrent la permission d'accompagner l'armée dans son expédition contre le soudan Aladin. Ils assistèrent aux différents engagements sans tirer l'épée.
Regnault de Roye et son compagnon partirent ensuite pour la Syrie (1387) et arrivèrent à Jérusalem; là, ils
apprirent que Philippe d'Artois, revenant de visiter les lieux saints, avait été retenu prisonnier et conduit à Damas. Boucicault y accourut et fit des démarches pour obtenir son élargissement ; n'ayant pu réussir, il partagea, pendant quatre mois, la captivité du prince. Regnault était allé en France chercher la rançon du comte d'Eu, il l'apporta et Philippe devint libre. (1388.)
Ce fut à l'issue de l'expédition de Gueldre et de la trêve avec l'Angleterre, qu'eut lieu le pas-d'armes d'Englevert.
Pendant trente jours, accompagné du célèbre Boucicault et du sire de Sempy, Regnault de Roye jouta contre les chevaliers anglais, et toujours à l'honneur de la chevalerie française ; il avait alors trente-trois ans.
C'était à l'entrée du joli mois de mai (1389), la plaine d'Englevert offrait un vaste tapis de verdure émailié de fleurs ; la lice était spacieuse, de riches tentures ornaient l'amphithéâtre, les stalles étaient occupées par de nobles dames dont la beauté était rehaussée encore par l'éclat de leurs parures.
Les trois chevaliers avaient fait publier en Angleterre^ en Espagne et en France que, pendant trente jours, ils attendraient : « tous venants, prêts et appareillés de « livrer la joute à tous les chevaliers et écuyers qui c les en requerront, sans faillir jour, excepté les ven- <t dredis. » (Froissart).
La plaine était remplie de chevaliers, de pages et de hérauts d'armes ; le roi Charles YI lui-même assistait à ces joutes, sous un déguisement.
Le jour venu, Regnault se rendit avec ses compagnons dans la tente qui lui était réservée ; il fit suspendre aux branches d'un orme son boucher orné de ses armes. Il portait : écartelé au i et 4 éCune hande^ et au ^ et 3 d'une fasce. Supports : deux oiseaux. Cimier : une tête de sanglier.
Bientôt un chevalier anglais, le comte Maréchal, envoya heurter l'écu de guerre de Messire de Roye. Aussitôt, Regnault sortit de son pavillon, armé de toutes pièces et monta sur un cheval qu'un page lui tenait prêt ; on lui boucla sa targe au cou, il prit sa lance et descendit dans Tarène. Les deux chevaliers s'éloignèrent chacun à l'extrémité opposée de la lice, puis éperonnèrent leurs chevaux en venant tous deux l'un contre l'autre ; mais, à cette première joute, ils ne purent se rencontrer. A la seconde passe, Regnault fut enferré et rompit sa lance. A la troisième, une lutte acharnée s'engagea entre les deux champions et € se férirent de tel randon, sur leurs heaumes, dit Froissart, que des étincelles de feu en ssûllirent ». EnOn, le comte Maréchal fut desheaumé et se retira de la lice.
Regnault se mesura successivement avec Pierre de Coortenay, Guillaume Seymour, Henri de Duras et d'autres chevaliers, toujours avec succès.
€ Un genti chevalier bien joutant )» vient se poser devant Messire de Roye ; Regnault monte à cheval et, la lance au poing, court sur son adversaire, mais les lances s'émoossent contre leurs armures de fer. Alors ils mettent le glaive à la main et s'élancent l'un sur l'autre de toute la vitesse de leurs chevaux ; le choc est tel que les armes s'échappent de leurs mains. Echauffes par la lotte, ils T^ileat en finir ; ils recommencent le combat à oatraDce. Le ôre de Roye reçoit sur son casque un coup terrible qu'il pare avec son bouclier ; Renault tenant sa lance en arrêt, perce le bouclier du chevalier anglais, lui traverse le bras de part en part et brise son arme dans la pl^e. Ausâtôt les héranlts d'armes font cesser le combat et l'on ^empresse auprès du chevalier blessé.
— Depuis Regnault retourna parmi les siens; il reçut les
félicitations des Français et des Anglais, tant avaient été
grandes l'habileté et l'adresse qu'il avait déployées dans
cette journée.
Le roi Charles VI récompensa les trois chevaliers par
un don de deux mille écus d'or.
Les Trouvères du temps ont chanté les hauts faits de nos
chevaliers ; un poème contemporain s'exprime ainsi :
Regnault de Roie, se sachiés, Fu en la plache, moult prisi^s, Ses XXX jours de toute gent.
De Renault de Roie, ch'est cler Puis-je hardiment parler.
Regnault fut chambellan du roi Philippe-de-Yalois, seigneur de Milly, proche Clermont, puis seigneur de Biare, près Roye ; il avait acheté cette seigneurie le 18 juin
Regnault servit en Flandre avec cinq chevaliers et quarante écuyers ; il assista à la bataille de Rosebecque. Puis, avec Jean de Bracquemont, Regnault alla en Espagne fiûre la guerre contre le roi de Portugal ; pendant une suspension d'armes, Regnault de Roye envoya un cartel à Jean de Hollande, connétable du duc de Lancastre. La lutte fut brillante, et Messire de Roye y déploya toutes les qualités d'un habile chevalier.
En 1396, Regnault se joignit à Enguerrand de Concy et à d'autres chevaliers pour aller en Palestine. Le siège de Nicopolis traînant en longueur, Regnault de Roye, le sire de Coucy et d'autres seigneurs, pour se distrmre, faisaient
des courses dans les environs. Un jour, ils partiront à la tête de cinq cents lances et de cinq cents arbalétriers, tous à cheval ; mais il arriva que les Turcs, fatigués de ces courses continuelles, avaient résolu do se mettre en embuscade, à l'effet de tailler en pièces les traînards et les maraudeurs : dans ce dessein, ils s'étaient embusqués, au nombre de plus de quinze cents, derrière un défilé, où ils pensaient que quelques troupes de chrétiens pouvaient passer. Ils y attendaient depuis deux jours quand plusieurs chevaliers de la suite du sire de Coucy, qui marchaient en avant, les y découvrirent sans être aperçus. Ils retournèrent aussitôt auprès des leurs pour annoncer la présence des Turcs ; tous se réjouirent de rencontrer enfin une occasion de combattre des mécréants, et le sire de Coucy s'écria : c II nous faut voir de plus près quelles gens ce sont 1 c puisque nous sommes venus si avant, nous ne déparc tirons pas sans eux combattre, car, si le contraire « Êûsàons, noos recevrions blâme. » c CTest vérité 9, répondirent les chevaliers tous d'une voix. Chacun apprêta ses armes, resan^ son cheval et s'avança avec ardeur au-devant de Yenneaà. Les Chrétiens arrivèrent près d'un petit bois qui les séparait des Turcs et les cachait à leur vue. Alors EogoiarTand faisant arrêter ses compagnons, dit €XL s'adressant à B^gnanlt de Roye et au sire de Sempy : Je oonseiDe pour traire hors de ce pas les Turcs que vous preniez tant seolement des nôtres cent lances et noos mettrons le demeorant en œ bois, et vous, chevancfayez svant et les tsra saillir hors de ce pas^ où Os se sont bontés et vous vons ferez chassar d'eux tant qulk noos anrant passés, adonc, vous retournerez à ce moment sor enx^ nous les endorrons par derrière et les anroos à volonté. • Les chevaliers se rendirent à cet avis: ils partirent en avant, au nombre de cent
lances des mieux montés. Quand les Turcs les aperçurent, croyant n'avoir aflaire qu'à une poignée d'hommes, ils les accueillirent avec les cris d'une joie sauvage, s'imaginant déjà les tenir, ils s'élancèrent en désordre pour les combattre. Mais les soldats de Regnault tournèrent bride aussitôt, firent mine de s'enfuir et les attirèrent dans l'embuscade, où se trouvaient le sire de Coucy avec les autres croisés.
Les Turcs les poursuivaient avec tant de confiance et d'ardeur, qu'ils traversèrent le bois sans précaution et sans apercevoir ceux qui y étaient cachés. Alors ils se ruèrent tout à coup sur eux, au cri de : c tiotre-Damc I au sire de Couci ! j> et les taillèrent en pièces malgré leur nombre. LesTurcs avaient perdu toute assurance en se voyant surpris ; les Chrétiens « les occioient à grans monceaux et comme bestes, sans leur faire aucun quartier ».
Regnault de Roye trouva la mort au siège de Nicopolis ; son corps fut ramené en France et inhumé dans l'abbaye de Longpont, à côté de ses père et mère.
Regnault était seigneur de Missy-sur-Âisne du chef de sa femme, Isabelle de Ferrières dont il eut un fils, appelé: Jean.
Les habitants de Missy furent affranchis de la servitude par Isabelle, après la mort de son mari.
8^ Jeanne de Roye, abbesse de Chelles, décédée en 1399.
Xm. — JEAN ni DE ROYE.
Jean de Roye, troisième du nom, seigneur de Quierzy, do riossier-de-Roye, chambellan et conseiller du roi, succoda à son père Mathieu dans la seigneurie de llovo.
Ce chevalier fut un des otages envoyés en Angleterre pour le roi Jean-le-Bon; il y demeura jusqu'en 1374, époque à .laquelle le connétable Duguesclin l'échangea contre un seigneur anglais.
Le sire de Roye ne se lassa pas de faire la guerre aux Anglais ; il contribua, avec Enguerrand de Coucy , à les chasser de la Guyenne.
Sigismond de Luxembourg roi de Hongrie, étant venu demander du secours en France, le roi envoya des troupes, sous la conduite de Jean de Nevers. Jean de Roye fut au nombre des seigneurs qui prirent du service.
Cette armée partit dans les premiers jours d'avril 1396 et arriva dans la Bulgarie, sur les terres de Bajazet ; elle fut victorieuse après des prodiges de valeur. Ce pnnce étant revenu à la charge avec le gros de son armée, Jean de Vienne, amiral de France, comprit tout le danger de la situation, à cause de l'infériorité numérique des Français, il engagea chacun à Ëdre son devoir.
La mêlée fat terrible, Bajazet allait succomber lorsque fondant avec ses réserves sur cette poignée de braves, il la mit en déroute. Six fois l'amiral releva l'étendard de la Sainte-Yierge, mais épuisé par la perte de son sang, il succomba.
Jean de Boye couvert de blessures, trouva la mort sur le champ de batsulle.
Son corps fiit ramené en France et inhumé à Tabbaye d'Ourscamp, dans la chapelle de Saint -André ou de Béthune.
Jean avait épousé, ea \?nb^ Jeanne de Béttmne, fille de Jean de Bétbime, seigneur de Vendeuil, et de Jeanne de Cguct ; il eut de sa femme :
!• Mathieu de Rote.
2^ Jeanne de Roye, mariée le 14 mai 1394 à Jean de Créquy, dont elle eut un fils, appelé : Créquy^T Etendard, à cause des nombreux drapeaux qu'il prit aux Anglais, il fut chevalier de la Toison d*or. Jeanne mourut en 1434.
3<> Marie de Rote qui épousa, en 1395, Thibaut, seigneur de Rivery, mort sans postérité.
Jeanne de Béthune mourut en 1380 ; elle fut enterrée dans l'abbaye d'Ourscamp ; à l'entrée du cloître, sur une table de marbre, était son épitaphe ainsi conçue :
Gy gist Jehanne de Béthune jadis Dame d*Aunois qui trespassa Tan De grâce mil ccglxxx.
Priez Dieu pour son âme.
Jean de Roye épousa alors Aleaume, châtelaine de Berghes, dont il eut :
Jeannette ou Jeanne de Rote, mariée en 1409, à Aubert de Hangest, seigneur d'Arzillières, chambellan de Louis dauphin, duc de Guyenne; elle apporta en mariage trois mille cinq cents fi^âncs d'or, avec une rente de quatre-vingts livres parisis. Elle eut de ce mariage : Guillaume de Hangest, mort sans alliance, et Claude de Hangest tué au siège de Pontoise, en 1441.