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CHAPITRE IV

FORTfflCATIONS DE LA VILLE, REMPARTS, TOURS, PORTES, FOSSÉS, OUVRAGES AVANCÉS, FORTS DÉTACHÉS

La ville de Roye était entourée d'une enceinte fortifiée, que commandait le château ; il est difficile de préciser la date à laquelle furent élevés les premiers travaux de défense : toutefois la charte de commune fait mention des

fortifications et des conditions dans lesquelles elles peuvent être construites.

« En quelqu*endroit que le maire et les jurés yeuillent « fortifier la ville, ils pourront faire construire les fortifica- € tiens sur autrui, sans délit. »

Avant cette époque, le chftteau-fort était la seule défense de la cité naissante, protégée d'ailleurs au Sud et à TOuest, par des marais ; peut-être par des palissades ou par des ouvrages en terre, du côté de FEst et du Nord.

Mais aussitôt l'érection de la Commune s'élevèrent des fortifications régulières ; l'enceinte des murailles a dû être plus d'une fois modifiée, suivant le développement que prit la ville. On rencontre, en effet, des fondations en grès fortement reliées, qui ont dû être celles de fortifications ; à l'entrée de la rue Saint-Pierre, on a trouvé une muraille se prolongeant en travers de la rue, d'une largeur d'au moins deux mètres, qui a pu appartenir à un ouvrage fortifié : on en a retiré des boulets. La tradition prétend que là était une citadelle.

La ville ayant pris du développement, c'est vers le Nord, sur le plateau de la colline sur laquelle s'élève une partie de la cité, que les limites de l'enceinte ont dû être reculées ; avant la ruine de Roye en 1475, la porte de Saint-Pierre, qui fermait de ce côté l'entrée de la ville, était près de l'église de Saint-Pierre. Vers 1498, elle fut établie plus au Nord, à côté des fossés des Bolwars ; c'est alors que furent vendus les terrains compris entre l'ancien emplacement de la porte et le nouveau, pour y élever des constructions.

Ces holwars étaient desdéfenses, des ouvrages en terre, gazonnés, soutenus par des palissades en charpente, qui formaient parapets.

L'enceinte des murailles n'était pas régulière ; elle présentait, dans certaines parties, des angles saillants ou rentrants nécessaires pour protéger l'entrée des poternes ; elle suivait l'inclinaison du terrain et s'élevait plus dans quelques endroits que dans d'autres. Du côté du nord, les murs étaient presque au même niveau que les terrains environnants ; à l'Ouest, au contraire, les murailles dominaient la plaine de toute leur hauteur, qui variait de dix mètres et au-dessus.

La position des fortifications du Nord n'était pas dé&vorable ; loin de là, le commandement obtenu par la nature même du terrain, avait le double avantage de donner plus de portée aux projectiles et de mettre plus à découvert les travaux de l'assiégeant.

Les murailles étaient en briques et reposaient sur des assises en grès ; elles offraient jusqu'à quatre ou cinq mètres d'épaisseur. En arrière était une couche profonde de craie retenue, de distance en distance, par des murs d'appui en briques ou en moellons.

Autour des murailles régnait, à l'intérieur, un chemin de ronde qui passait par les tours des portes, et qui était exclusivement réservé à la garnison ou à la milice, pour la garde du rempart et pour la manœuvre des canons.

Les remparts avaient des casemates, des meurtrières, des poternes, pour mettre les défenseurs à l'abri ; à droite de la porte Saint-Pierre existaient dans l'intérieur des fortifications, des galeries souterraines de deux mètres de largeur, qui s'étendaient sur une longueur de cent vingt mètres, jusqu'à une poterne s' ouvrant dans le fossé, en face de l'anden cimetière. Ces casemates blindées se continuaient à gauche de la porte, passaient sous le Jeude-Paume et s'ouvraient dans le collatéral gauche de réglise de Saint-Pierre. Il y avait des puits, des fours.

des râteliers, puis des cavités ménagées dans Tépaisseur du mur.

Des tours flanquaient les remparts et portaient des embrasures pour le canon ; elles étaient construites : les unes en briques, les autres en grès. Au Sud, à droite de la Porte-Paris, était la Tour Lupart ou LouparL A propos de cette dénomination, Grégoire d'Essigny fait les réflexions suivantes : c II y avait autrefois, dans le château a de Péronne, une tour appelée Lupart, du nom de c Lupart de Péronne, vivant au xiii* siècle, frère de « Jean III, châtelain ; c'est peut-être de là qu'est venu le « nom de la Tour Lupart de Roye. j»

En 1538 existait à l'Est la Tour Billiart, c au-devant de l'huys Antoine Bauduin. 7> Au Sud était la Tour Saint-- Laurent. La tour Billiart flanquait l'entrée de la porte par laquelle passait alors la route de Noyon. On avait abaissé les tourelles, elles étaient dérasées au niveau du chemin de ronde et couronnées de parapets avec embrasures, pour y placer des batteries-barbettes.

Ces tours furent abattues successivement, il ne reste debout que celles qui se trouvent au Sud et à l'Ouest ; elles sont baignées par différents cours d'eau. Ces témoins des anciennes guerres portent des traces de boulets et tombent en ruines.

Sur les remparts étaient des corps-de-garde destinés aux sentinelles chargées de veiller sur la ville ; il y en avait aux quatre coins de l'enceinte ; une petite tourelle carrée, située à 1* Ouest, s'appelait : corps^de^garde Jean Guérin, un autre en face du cimetière, était le corps-degarde Saint-Pierre.

Les angles saillants des remparts formaient des ouvrages de défense, qui commandaient les murailles ; ces ouvrages, en maçonnerie, s'avançaient en saillie. Ainsi: YEperon

royai dit: de M. de Frais, situé au Nord-Ouest, formait un angle de manière à flanquer les courtines voisines. C'est vers l'Eperon royal (voir le plan) , qu'au siège de 1653, le prince de Condé dirigea lui-même l'eiTort des assiégeants ; cet ouvrage protégeait la route dite : Chemin des PosteSj qui conduisait à Péronne ; le prince fit battre la muraille en brèche, et après quelques heures d'une vive canonnade, le parapet tomba dans le fossé, tandis qu'une brèche de quarante pieds de long était ouverte à la courtine de la tour Saint-Laurent (H). C'est alors que le gouverneur fit arborer un signal sur la pointe ruinée de l'Eperon royal et demanda à capituler -, le prince de Condé, étant dans le chemin, écarté de trente pas de la contrescarpe, parlementa avec les assiégés.

Sur le bastion de l'Eperon royal s'élevait un cavalier^ ouvrage en terre destiné à renforcer ce point faible des fortiCcations et pour dominer les fronts ; c'est ce qu'on appelait encore : plate- forme. C'était une sorte de fortin possédant des feux de flanc et de face, avec une pente douce du côté de la ville, pour amener les pièces d'artillerie et les mettre en batterie ; il était demi-circulaire.

Après la prise de la ville, l'Eperon royal fut relevé de ses ruines ; le chaperon du parapet fut peint de couleur rouge. En 1702, ce parapet ayant besoin de réparations, les travaux en furent adjugés, moyennant vingt-cinq sols de la toise , à un sieur Leblanc de Crapeaumesnil ; le chaperon et la Carpenterie devaient être peints comme ils l'étaient d'abord : « la couleur dont devra se servir le « peintre, sera, dit le devis, de vin rouge, vulgairement € appelé : brun rouge, composé avec cuivre de plomb et « Utharge d'or, le tout bien broyé sur un marbre, avec « l'huile de lin et appliqué sur le bois, après l'avoir bien « nettoyé. »

Sur la plate*forme de TEperon royal se tint, de 1665 à 1712, le marché aux chevaux; mais le voisinage des fossés ayant donné lieu à des accidents, le marché fut transféré sur la place Saint-Jean. En 1781 , on fit sur cette plate-forme des plantations de tilleuls, disposées en quinconce, qui devinrent plus tard, de belles promenades appelées : le Caseret ; la vue s'étendait au loin sur la campagne : mais en 1848-1849, les remparts ayant été démolis, cette promenade cessa d'exister et le terrain fut nivelé.

Trois portes donnaient entrée dans l'enceinte de la ville, elles étaient flanquées à droite et à gauche de tours (C), couronnées de mâchicoulis, de créneaux et d'embrasures ; ces tours servaient de corps-de-garde aux soldats. Les portes étaient en bois garni de fer ; plus tard, elles furent remplacées par des grilles en fer. En avant de la porte s'abaissait un pont-levis ; en arrière, il y avait une herse, puis un passage étroit, sinueux, défendu par des meurtrières et protégé par deux autres tours communiquant entre elles.

Une de ces portes, la Porte-Saint-Pierre^ était placée au Nord, une autre au Sud, la Porie-Paris^ et une troisième à r Ouest, la Portée Amiens.

Entre le bastion ou ravelin de la Porte-d'Amiens et l'entrée de la ville, il y avait une fausse-porte fermée par une herse et défendue par les feux croisés des bastions et des courtines percés à leurs bases d'embrasures et de meurtrières.

Tout autour des murailles étaient creusés des fossés larges et profonds, remplis d'eau seulement de la partie méridionale à la partie occidentale ; le fossé de la Porte- Paris était alimenté d'eau par une source qui prenait naissance auprès de la tour Lupart, passait sous le pont-

levis et se dirigeait vers l'Ouest, baignant la tour Saint- Laurent.

Une autre fontaine, venant de la Porte-d'Amiens, coulait vers l'Est et venait rejoindre celle de la Porte-Paris, derrière le corps-de-garde Jean Guérin^ pour former un cours d'eau important, qui empêchait l'approche des murailles.

Du côté de la Porte-d'Amiens, les marais formés par la rivière Saint-Firmin baignaient le pied des fortifications.

Il était défendu de faire paître les bestiaux dans les fossés, sous peine d*une amende de soixante sols. Par un arrêt du Parlement du 27 janvier 1767, le roi aliéna, au profit de la ville, les remparts et les fossés, ainsi que le droit de voirie. Deux ans après, les fossés furent donnés à des particuliers par bail emphytéotique, pour être mis en culture.

D'après un plan conservé aux archives nationales et que nous reproduisons, des ouvrages de défense existaient en avant des murailles et communiquaient avec la Place au moyen de casemates. C'étaient des espèces de demi-lunes quelquefois en maçonnerie. Il existait au Nord, en avant de la porte Saint-Pierre, un ouvrage avancé qui traversait la route de Péronne ; il fut supprimé, et sur son emplacement s'établit le Marché-aux-Chevaux : un autre existait plus loin, près de la plate-forme d'Enfer (E).

En avant de la Porte-d'Amiens, se trouvait le bastion Saint-Jean, détaché du corps de Place, dont le saillant se dirigeait à l'Ouest, vers le cours d'eau Saint-Firmin ; il fut démoli en 1751 .

Entre la Porte-d'Amiens et la tour Saint-Laurent s'élevait, encore un autre ouvrage avancé ou demi-lune^ entouré d'eau et de marais.

Une autre demi-lune défendait l'approche de la Porte- |

Paris, son saillant s'étendait jusqu'au pont actuel de Saint-Gilles, la route traiversait sa face, à gauche.

Près de la chapelle de l'ancien cimetière, à l'Est, était !

une corne formée d'une courtine et d'un demi-bastion.

Tout ce système de forts avancés a disparu depuis long- ,

temps ; ces fortifications étaient en terre, soutenues parfois par des murs en maçonnerie eft défendues par de l'artillerie ; mais ces ouvrages ne pouvaient offrir une longue résistance à une attaque >en règle, c A la vue de pareils a moyens de défense, on ne peut concevoir comment Roye ^ osait résister aux sièges dont elle fut tant de fois l'objet. > En effet, la ville de Roye eut à soutenir onze sièges en règle; c'^st que les habitants ne mesuraient pas leur courage à la force de leurs murailles.

On voit que le système des fortifications fut plusieurs fois modifié, suivant les besoins de la défense et selon la perfection des moyens d'attaque ; la partie des murailles flanquée de tours, constitue l'enceinte primitive élevée sous Philippe-Auguste. Dans le xvi® siècle, la ville ayant été i

agrandie au Nord-Est, les murailles prirent alors un plus grand développement ; puis, l'art des fortifications ayant fait des progrès 4S0US Vauban, des bastions, d'après le système de cet ingénieur, furent ajoutés aux murailles : le ravelin de Montplaisir et celui de la Tour-Lupart datent de cette époque.

€ Roya arcem hahebat que maxime Peronnam versus € defensianis ducat Ztneos, urbem autem in loco editione a tenuiter slructam j>, dit Mérian, dans sa Topographie de la Gaule. Ainsi, la ville possédait une citadelle, une forteresse dont les lignes de défense s'étendaient au loin vers Péronne ; il ne reste aucune trace de ces travaux. |

Grégoire d'Essigny, en parlant du Vieux-Catily s'exprime ainsi: «Il s'étendait jusque sur la route qui conduit de c Roye à Péronne, où l'on aperçoit encore deux élévations c de terrain, l'une circulaire entourée de sinuosités, « l'autre en forme de demi-lune. > C'est peut-être ce que ToD appelle : les fonds de Péronne ou les enceintes du bois des Essarts.

Cependant, il est certain que l'approche de la ville était protégée, au Moyen-Âge, par des forts détachés qui formaient, autour de Roye, une ceinture de forteresses. Ainsi, dans l'enclos de M. Bertin, on a trouvé les fondations d'une tour qui devait appartenir à un fort détaché, distant d'environ cinq cents mètres du corps de Place ; la Motte de Clermont^ le Mont Saint» Claude y le Fort du Chessoy semblent indiquer un système d'ouvrages, de forts détachés, qui défendaient les approches de la cité.

Ce n'est pas là un fait isolé, M. Duhamel-Décéjean a constaté l'existence au Moyen-Âge, autour de la ville de Nesle, de forts détachés qui protégeaient l'enceinte. Nous pouvions même ajouter, qu'en arrière de cette première ligne de défenses existait, sur la limite de la banlieue de Roye, une ceinture de châteaux, de maisons fortes (fertés) : à Carrépuits, à Roiglise, à Verpillières, à Laucourt (le Catiau)j à Saint-Mard et à Braquemont. Ces châteaux-forts sont aujourd'hui ou détruits ou convertis en maisons de plaisance, mais leur emplacement est reconnu et constaté. Ils servaient aussi de refuge aux habitants des campagnes, lorsque les ennemis battaient la plaine.

Les fortifications de Roye nécessitaient, pour être en bon état, un entretien énorme ; aussi verrons-nous les rois créer des impôts dont le produit devait être exclusivement consacré aux fortifications : tous les habitants étaient

tenus d'y travailler. Pendant plusieurs siècles, les revenus de la ville furent affectés à ces travaux ; il y avait un contrôleur des fortifications qui indiquait les réparations à faire et en surveillait Texécution.

Les maçons de la ville et des environs étaient constamment occupés aux travaux des murailles ; on faisait venir la chaux de Villers. Heureusement, la main-d'œuvre n'était pds cher alors, on donnait vingt deniers par jour aux ouvriers.

En 1538, un nommé Thomas Baudequin, charpentier, demeurant à Ercheu, reçut six sols tournois (30 centimes) pour avoir fait, en un jour, « une esselle à monter sur le c parachevet de l'engein à tirer théraux, et a ramené le «( torillon dudict engein hors de l'arbre pour raguiser avec c la pflette et noyaulx, dacher en renfermer ladicte a palette en ung tailloir et avoir remis ledict toiillon « dedans ledict arbre. i> De laquelle somme, Thomas donne une quittance à Jehan de Sangters, receveur des deniers, dons et octrois de la ville de Roye. {Documents inédits par M. Y. de Beauvillé).

Après les conquêtes de Louis XIV, Roye n'étant plus ville frontière, les fortifications furent négligées ; on démolit les ouvrages avancés pour n'avoir plus qu^à entretenir les murailles : par la suite, on se contenta de tenir en bon état les remparts, de réparer seulement les dégâts causés par le temps ; enfin de nos jours, on tend à les faire disparaître.

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