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LA VILLE DE ROYE JUSQU'A SA CESSION A PHILIPPE-AUGUSTE

Nous Favons dit, la ville de Roye n*a presque pas d'histoire particulière ; la plupart des faits dont elle a été le théâtre s'y sont passés pour ainsi dire incidemment ; ils sont moins des événements de son histoire politique que des épisodes de l'histoire générale du royaume.

La ville avait prospéré sous l'administration de ses seigneurs ; la cité s'était considérablement agrandie, l'enceinte de la ville primitive avait été reculée au loin ; bien plus, la ferveur des habitants avait fait édifier de nouvelles églises. La population s'était agglomérée autour du château des comtes, bâti sur l'un des points les plus élevés de la ville et qui dominait toute la vallée.

Le château protégeait ainsi le pont jeté sur la rivière d'Avre, en assurait le péage et pouvait le défendre au besoin contre les ennemis obligés de traverser des marais fangeux sous le feu de la forteresse.

L'an mille était considéré par les populations comme devant être la fin du monde ; aussi la ferveur s'était refi*oidie ; mais lorsque cette année fut passée sans qu'elle eût amené aucun trouble dans la marche des astres, le peuple reconnaissant éleva à Dieu de nouveaux autels.

C'est entraînés par ce mouvement, que les habitants de Roye bâtirent trois nouvelles églises.

Cependant si la piété des Royens était à admirer, leur conduite vis-à-vis de leurs voisins de Montdidier était bien blâmable. Il paraît, — d'après ce que rapporte Enguerrand, abbé de Saint-Riquier qui écrivait vers 1020, — que

les habitants de Roye ayant déclaré la guerre à ceux de Montdidier, firent un jour irruption dans ce bourg et profanèrent réglise dédiée à saint Riquier ; sur l'autel était un cierge qu'ils emportèrent en se retirant.

Arrivés à Roye, ils essaient de Tallumer, mais en vain : le cierge semble changé en pierre et repousse le feu qui lui est présenté ; ils renouvellent leur tentative, mais sans plus de succès ; ils se repentent alors de leur mauvaise action et s'empressent de restituer à l'église ce qu'ils ont enlevé.

Cet acte regrettable de la part des habitants de Roye n'est pas bien affirmé par l'historien , car éloigné du lieu où s'est passé la scène, il n'a pu s'assurer de la véracité du fait ; néanmoins, nous l'admettons. Ces mauvais procédés ont eu pour résultat heureux de révéler le premier fait qui se rattache à l'histoire de Montdidier. <K En etîet, dit M. de Beauvillé, depuis la fondation de a la ville, dont U ne reste aucune trace certaine, jusqu'à m l'événement raconté par Enguerrand, rien ne la décèle <( aux investigations de la science. )>

En 1030, une horrible famine désola le pays ; pendant trois ans la population de Roye fut décimée. Ce fléau fut considéré comme un châtiment céleste pour punir les Royens de leiu* sacrilège. Après s'être nourris d'herbes et de racines, les habitants eurent recours aux animaux les plus immondes ; on rapporte même qu'ils furent réduits à manger de la chair humaine.

Le roi Henri P^, en 1054, résolut de ravager la Normandie : à cet effet, il fit mettre sur pied deux armées ; il ordonna aux gens d'armes des villes de Roye, de Noyon, de se rendre à Beauvais. Lorsque ses troupes furent réunies, le roi pénétra en Normandie et rencontra près de Mortemer les Normands commandés par le duc Guillaume-

le-Bàtard ; malgré leur vigoureuse résistance, les troupes royales furent vaincues et bon nombre de Royens périrent dans cette rencontre.

Philippe I®*" jeune encore, succéda à son père en 1060 ; la régence du royaume fut confiée à Baudouin comte dé Flandre. C'est sous ce roi qu'eut lieu la première croisade prêchée par Pierre l'Ermite et conduite par Godefiroy de Bouillon, à laquelle prirent part plusieurs seigneurs des environs de Roye : Drogon de Nesle, Dreux de Monchy, le sire de Créquy, etc.

A la bataille de Cassel, où le roi Philippe l^^ fut battu par Robert le Frison, se trouvait la milice de la châtellenie de Roye sous les ordres du comte de Yermandois.

Raoul de Crespy, comte de Montdidier, eut des démêlés avec le roi de France à l'occasion de son mariage avec Anne de Russie, veuve de Henri P"* ; les villes de Montdidier et de Péronne, à cause de leur importance, furent l'objet des convoitises des deux partis ; il y eut plusieurs rencontres et la guerre dura quelques mois pendant lesquels les habitants des campagnes de Roye eurent à souffrir toutes sortes de maux du voisinage des hostilités.

Un prodige frivole, — dit le Royen Nicole Gilles, — se manifesta en 1073 dans le Vermandois : on vit une vache qui, en allant au pâturage et en en revenant, saluait religieusement une croix. GoUiette qui rapporte cette fable, ne peut s'empêcher de blâmer l'Abréviateur des chroniques de France.

Simon étant entré en religion, Herbert IV hérita des possessions de Raoul de Crespy dont il avait épousé la fille Adèle. Après la mort d'Herbert (1080), le comté de Vermandois, dont la ville de Roye faisait partie, devint la possession de Hugues-le-Grand, frère du roi Philippe, par suite de son mariage avec Adèle de Vermandois, seule

héritière d'Herbert IV, son père. C'est dans une de ses guerres en Anjou que le comte Hugues rapporta les reliques de saint Florent, qu'il donna à la ville de Roye.

Hugues étant mort à Tarse le 12 octobre 1102, Adèle de Yermandois resta seule en possession de Roye. Quelques années après son mariage avec Regnault comte de Clermont, qu'elle épousa en secondes noces, Adèle étant dans son château de Roye, en 1112, rend une sentence du consentement de Raoul son fils par laquelle la comtesse met un terme aux exactions qu'éprouvaient les habitants de Fécamp de la part de ses officiers, à cause des possessions qu'elle avait dans cette commune ; elle fait aussi remise à ses vassaux de Bus des droits onéreux dont ils étaient chargés.

Dans une autre assise tenue à Montdidier en 1114, la comtesse de Yermandois consent à restituer à l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne plusieurs serfs qu'elle retenait injustement, de l'assentiment de Raoul son fils et d'après le conseil des principaux seigneurs de la cour, au nombre desquels étaient Robert de la Toumelle et Werric châtelain de Roye^ qui signent à l'acte.

Vers cette époque, les miracles de saint Angilbert rapportent qu'un jeune aveugle de Roye {Casteîlo Raugiœ Ambianensi territorio) , fut guéri par l'intercession du pieux abbé de Saint-Riquier, dont il avait visité le tombeau dans l'église de Centule.

Louis VI dit le Gros, fils de Philippe P^ venait de monter sur le trône (1108), lorsqu'il vit son autorité menacée par plusieurs puissants seigneurs à la tète desquels étaient Gui de Rochefort et Thomas de Marie, soutenus par les forces d'Henri P*" roi d'Angleterre. Le roi vint au château de Péronne trouver le comte Raoul, afin de s'entendre avec lui pour réprimer les séditieux.

Raoul fait; appel à la noblesse du Vermandois ; Âubry et Dreux de Roye, avec les milices du comté de Roye, vieiment se ranger sous la bannière de leur suzerain.

Le comte Raoul, à la tète d'une armée nombreuse, marche à la rencontre des rebelles, qu'il poursuit l'épée dans les reins. Les conjurés s'étaient retirés dans une forteresse appelée Livry occupée par Amaury de Montfort ; Raoul les y assiégea, prit la forteresse et la ruina de fond en comble. C'est dans l'assaut de ce château que le comte reçut un coup d'arbalète qui lui fit perdre un œil.

Pendant les luttes d'Enguerrand de Coucy seigneur de Boves, avec l'évèque Geoffroy et les bourgeois d'Amiens, à propos de la Commune, la ville de Roye fut souvent victime des dépradations commises par les soldats du farouche Thomas de Marie, que son père avait appelé à son aidOé Malgré son ressentiment contre Enguerrand, qui avait laissé mourir sa mère de chagrin Thomas, dont l'esprit guerrier recherchait les aventures, s'empressa d'accourir à la voix de son père. Les habitants d'Amiens demandèrent alors du secours à Louis-le-Gros*; le roi s'avança vers cette ville (1144) à la tête d'une armée assez mal disciplinée et qui aurait été battue par les troupes de Thomas de Marie s'il n'eut été blessé dans une embuscade dressée par le vidame Guermond. Les soldats, privés de leur chef, furent obligés de battre en retraite. C'est surtout lors de leur retour dans le Laonnois que les partisans du seigneur de Marie, exaspérés par leurs revers, se livrèrent dans les campagnes de Roye à toutes sortes d'excès.

Louis le Gros s'empara du château d'Amiens, le fit démolir et donna le comté d'Amiens à Adèle de Vermandois, qui mourut peu de temps après, laissant à son fils Raoul la ville de Roye et ses autres possessions.

C'est la femme d'Enguerrand II, Ode qui domia, en 1247, au couvent du Paraclet de Boves, fondé par son mari, les biens qu'elle avait achetés de Rodolphe d'Etalon, plus trente-huit bouverées de terres situées sur le terroir d'Etalon. Ce domaine est désigné, sur le plan cadastral de la commune, sous le nom de Par<ieleL C'est dans ce lieu qu'ont été faites les découvertes d'époque gallo-romaine dont nous parlons ailleurs. {Notice historique sur Etalon.)

Louis VI, voulant se venger des Anglais qui l'avaient battu dans la plaine de Brenneville, leva des troupes dans les villes de Noyon, de Roye et de Nesle, avec lesquelles il assiégea en vain le château de Breteuil. Le comté de Roye fournit à l'armée de ce prince quinze cents archers commandés par Pierre Obert. Le roi se jeta ensuite sur les Etats du comte de Champagne et s'empara de la ville de Chartres, qu'il aurait brtdée sans le respect qu'il eut pour la chemise de la Sainte-Vierge, avec laquelle le clergé et les habitants vinrent le prier d'épargner la ville.

Louis VI fit encore appel à la milice de Picardie ; Roye lui envoya cinq cents archers sous la conduite de Raoul de Vermandois; devant Reims, les Royens, qui tenaient la droite de l'armée, se signalèrent par leur bravoure et Thibaut fut réduit à faire sa soumission (1124). « Ces milices, dit Suger, étaient armées de pied en cap et tenaient l'aile droite. »

L'année suivante, une horrible famine augmentée par la continuation de la guerre avec Henri V, désola le pays et décima les populations. En 1134, il y eut une grande sécheresse, les poissons moururent dans les rivières ; la chaleur fut si vive que les foins restèrent flétris et brûlés: il n'y avait personne pour les couper. Les populations superstitieuses s'attendaient à un grand événement, parce que le 11 d'août, une éclipse partielle de soleil avait

obscurci les deux. L'hiver suivant fut long et rigoureux ; les semailles ne levèrent pas.

Raoul I®' succéda à sa mère Adèle dans le comté de Vermandois ; on voit plusieurs chartes de ce prince concernant différents sujets, dans lesquelles se trouvent comme témoins, Albéric de Roye et son fils Rogues ou Roricon. Ce dernier faisait partie de l'armée de Louis le Gros lorsque ce prince attaqua le château de Gouçy dans lequel s'était enfermé Thomas de Marie, qui mourut firappé par Raoul de Vermandois.

Le comte Raoul voulant ajouter aux libéralités de ses ancêtres, donne par une charte de 1143, aux moines de l'abbaye de Saint-Thierry de Reims, la vigne qu'il possédait à Âthies, près l'église Notre-Dame ; il donne en outre, pour la rédemption de son âme, des terres situées dans la vallée de Sainte-Marie. Albéric, seigneur de Roye, signe cette charte avec Raoul. On sait que c'était un honneur réservé aux grands dignitaires que de signer à une charte d'un prince ou d'un roi.

En 1145, sous le règne de Louis VU, eut lieu une nouvelle croisade, à laquelle prirent part Dreux de Roye et Raoul de Créquy. Un bas-relief, que l'on voit encore aujourd'hui au-dessus de la porte d'entrée du château de Moyencourt, retrace les épisodes du voyage d'Outre-Mer de Raoul de Créquy dont la famille posséda la seigneurie de cette commune. C'est une touchante histoire que l'on peut lire dans nos Chroniques Royennes. Pendant l'absence du roi, le gouvernement du royaume fut laissé à l'abbé Suger et à Raoul de Vermandois.

C'est pendant que Louis le Jeune était en Terre Sainte que le comte de Vermandois, par une charte de 1148, met fin à une contestation élevée entre l'abbaye de Saint- Barthélémy de Noyon, possesseur de la dîme du prieuré

de Gurlu et Raoul de Hardecourt qui, prétendant avoir certains droits sur la maison de Gurlu, tourmentait les religieux. Le comte ordonne à Tabbé du couvent et à Raoul d'Hardecourt de comparaître devant lui au château de Cléry-sur-Somme. Après avoir entendu les parties, il les exhorte à la paix et donne à Raoul un marc d'argent. Ce jugement fut rendu en présence des seigneurs de la cour du prince, parmi lesquels figurent : Albéric de Roye, (dapifer) son maître d'hôtel, Enguerrand, son conseiller, et Simon, son échanson.

Les habitants de Roye eurent encore à fournir des troupes à Raoul de Vermandois lors de ses démêlés avec Thibaut comte de Champagne. La milice du Vermandois était sur le point de faiblir lorsque Raoul, s'élançant au milieu du combat, ranimant son ardeur, la rend victorieuse. — Albéric de Roye se distingua dans cette affaire.

Le comte vint souvent visiter la vUle de Roye ; en 1152, le 28 septembre, il assista, comme nous l'avons dit, à la cérémonie de la translation des reliques de saint Florent dans une nouvelle châsse. Raoul de Vermandois survécut peu a cette solennité, car il mourut le 14 octobre suivant et fut enterré à Saint- Amould de Crespy, laissant de son mariage avec Pétronille ou Adélaïde de Guyenne : Raoul II, Elisabeth et AUenor. C'est Yves de Nesle, comte de Soissons, qui fut chargé par le prince de la tutelle de son fils Raoul ; il l'éleva d'une façon digne de sa naissance. Le seigneur de Nesle avait donné, en 1146, le village de Fresnoy-lès-Roye à Simon, évêque de Noyon, du consentement du comte de Vermandois, dont il tenait la terre en fief.

Accompagné du seigneur de Roye, Yves de Nesle se trouvait près de Louis le Jeune lorsque le roi Henri II

d'Angleterre prêta serment entre les mains du monarque français pour le duché de Vermandois.

Louis VII, par une charte du mois de septembre 1155, aiSranchit du servage les hommes qu'il possédait dans la châtellenie de Roye.

Raoul II succéda à son père dans le comté de Vermandois ; par une charte de 1162, l'abbaye de Morienval donne au comte Raoul, moyennant un cens de quatre muids de blé, mesure de Roye, payable à la Saint-Martin, le moulin, le vivier et le bois de Fonches près de Roye, à la réserve de prendre dans la forêt tout le bois nécessaire aux religieuses pour la construction et pour la réparation de leurs bâtiments, et de prendre du poisson dans le vivier deux fois par an : à la fête de l'Assomption et à celle de la Nativité de la Sainte-Vierge. Cet acte fut consenti et signé par Albéric de Roye comme fondé de pouvoir du comte de Vermandois. {Pièce justificative n9 17.)

En 1163, Raoul II confirme la donation de la terre de Becquigny faite par Albéric de Roye à l'abbaye Saint- Corneille de Compiègne. Par une autre charte de 1166, le comte Raoul II exempte l'abbaye d'Ourscamp des droits de péage et de travers sur les terres de son comté ; il veut que les religieux puissent librement circuler et en toute sécurité partout où s'étend son pouvoir : il fait cette concession pour le repos de son âme. Cette charte est signée de Raoul de Campdavesne, d' Albéric de Roye, de son fils Rogués de Roye ; elle portait un grand sceau rond en cire brune pendant en lacs de soie rouge et jaune tressés, et représentait un cavalier vêtu d'une cotte de mailles qui lui pendait de la tête jusqu'aux pieds, tenant de la main droite une lance à bannière ; la légende était détruite.

Philippe de Flandre, après la mort de Raoul II, réunit à son patrimoine le comté de Vermandois et la châtellenie

de Roye. Il héritait de ces domaines par son mariage avec Elisabeth de Yermandois, sœur de Raoul II. Le comte visitait parfois la ville ; en 1169, alors qu'il était dans son château de Roye, par un acte de sa volonté, il mit un terme aux empiétements commis par Eudes, maire de Mesvillers, sur les droits qu'avait dans ce village Tabbaye Saint-Corneille de Gompiègne.

Etant encore à Roye, Philippe de Flandre rend un jugement touchant une contestation survenue entre Tabbaye Saint-Eloi de Noyon et Pierre de Hérita, chevalier, au sujet de deux portions de dîmes à prendre sur des biens situés à la Neuville-les-Beuvraignes. Dans cette charte, datée de 1176, figurent Vermond du Chessoy^ vénérable Helvide de Roye, mère de Jean de Crapeaumesnil^ et signent comme témoins : Rogues de Roye, Raoul, prévôt de Montdidier, Hugo, doyen de Roye, et maître Raoul de Roye. Ce jugement fut rendu dans la collégiale de Saint- Florent : Apud Roiam in ecclesià sancti Florentii. {Pièce justificative n^ 2.)

Philippe de Flandre et Elisabeth de Yermandois sa femme revendiquent, par une charte de la même année, la possession du vivier de Roye-sur-Matz {Roy suprà Afossum), que rendait très poissonneux la rivière du Matz. La terre de cette commune appartint au domaine royal lors de la réunion du Yermandois à la Couronne ; en 1297, le roi Philippe le Bel vendit la terre de Roye-sur-le-Matz, qui dépendait de la Prévôté de Roye.

Les seigneurs continuent leurs libéralités envers les monastères. Le comte de Soissons Conon, seigneur de Nesle, donne en 1176 à Tabbaye d'Ourscamp, pour le repos de Tàme de son père Yves, toute la terre arable qu'il possédait au terroir de Septfour {Sepfurs)^ près Roye. Cette donation fut approuvée par Rainaud, évêque de

Noyon, dans un acte signé par Jehan de Roye, Gaultier de Marché et Hugues d'Ognoles. Philippe de Flandre octroie aussi son consentement par une charte de 1179, portant le sceau de Jehan, chevalier de Roye, d'Odon, seigneur de Ham, ainsi que celui du comte de Vermandois, qui représente un cavalier tenant de la main droite l'épée levée, et de la gauche un bouclier avec cette légende :

^ ^ijiUtjm §hlU|$i {omiti^ JIandi[ii( i[t i9ii[0man4i^.

Le hameau de Septfours, annexe de Rethonvillers, parait tirer son nom c d'un four cuisant auquel tous les habic tants étaient baniers et ne pouvaient aller cuire ailleurs »; la tradition prétend que ce four avait sept entrées, de là le nom de Septfours. Le maire avait droit de saisir le pain cuit ailleurs, comme le grain moulu dans d*autre moulin que celui du seigneur. Il y avait aussi à Septfours un château, une maison manable^ qui était le fief de la mairie ; un dicton populaire rappelle sa présence :

Quiciaéry, Long-pain, Chàteau-fort à Landevoisin :

Herly, Septfours, Cfaâteau-fort à Billancourt.

Le Chapitre de la Cathédrale de Noyon possédait le village de Damery à titre de mairie qu'il donna en fief en 1179, à Robert, maire de Damery, à la condition de faire sa résidence dans le Courtil Achard le Varlet^ qui lui était donné, sdnsi que six bouverées de terre, mesure de Roye ; à la condition encore de recevoir le sergent du Chapitre, qui avait droit à la couverture, à l'oreiller, à deux draps, au gobelet et à la nappe. Si le doyen ou un chanoine du Chapitre venait à Damery, le maire devait envoyer son cheval ou un autre jusqu'à Roye chercher du

vin ou ce qui pouvait être nécessaire ; le maire devait aussi faire bâtir une grange assez vaste et un endroit convenable pour servir de Cour aux plaids qui se tenaient trois fois par an. Cet accord fut consenti par la femme Eremburge, par les deux fils et les filles de Robert, puis confirmé par l'évêque de Noyon Etienne de Nemours, au mois de juillet, et par Evrard évêque d'Amiens, en août. Le roi Philippe-Auguste ratifia aussi cet acte par des lettres de vidimus datées de Compiègne (1220).

Dans un autre acte, Simon de Damery dit le Maire, vend au Chapitre diverses pièces de terre, l'une est appelée le Marché'Milety une autre est située près du Puits-de- Gaënchon^ une autre à la Mariette, et une dernière à VEstraëly près du chemin du Quesnoy à Roye.

Vermond, autre maire de Damery, a six journaux de terre au lieu dit le Damerion, qui devaient au Chapitre cinq sols parisis à chaque changement de seigneur ; à ce lieu dit le Damerion, on trouve des tuiles à rebords et de nombreux débris de l'époque gallo-romaine, près de la ferme des Murs.

Le village de Damery donna plusieurs prêtres à l'église de Noyon ; dans la cathédrale, on lit une épitaphe ainsi conçue :

« Cy gist vénérable et discrète personne M® Martin ^ le Blatier natif de Damery, maistre es arts et bachelier (c en décret^ en son vivant prestre chantre chanoine de

c Noyon, bienfaiteur de PEglise de Céans lequel très-

« passa le dernier de may M.V^XLVIIL ^

D'autres membres de la même famille, Jean et Antoine, Airent successivement chanoines de Noyon et furent inhumés dans la cathédrale à côté de Jehan du Moncel, natif de Lagny-les-Châtaigniers, <k paravant chantre des feus roys Charles VIII et Louis XII. »

La comtesse Elisabeth toujours charitable, donne en aumdne aux frères de l'abbaye d'Ourscamp, toutes ses possessions de Waucourt, près de Roye, du consentement de son mari Philippe de Flandre. Cet acte daté de 1180, n'est pas revêtu du sceau d'Elisabeth ni de celui du comte, parce qu'à cette époque son seigneur n'avait pas de sceau personnel, le sien ayant été perdu. Dominus meus sigil" lum proprium non habebat^ perditum quippè crat. Le pape Luce III confirme aux religieux leurs possessions de Waucourt et celles de quelques terres à Septfours, que le comte de Flandre Philippe leur avait données.

Elisabeth étant morte à Arras en 1182, Philippe de Flandre son époux, réunit le comté de Vermandois et la ville de Roye à son domaine* nullo jure ; parce que n'ayant pas d'enfant avec sa femme, il s'était fait donner tout ce qu'elle possédait.

Mais Aliéner, sœur d'Elisabeth, mariée au comte de Beaumont, revendiqua la possession du comté de Vermandois. PhiUppe de Flandre repoussa les prétentions d'Aliéner, qui alors s'adressa au roi, lui promettant de l'instituer son héritier si elle n'avait pas d'enfant. Philippe- Auguste appuya la demande d' Aliéner et déclara la guerre aa comte de Flandre.

Ce dernier passe la Somme, envahit les terres du roi et s'avance jusque sous les murs de Noyon, au mois de décembre 1182 ; renforcé des troupes alliées que lui amène Baudouin du Hainaut, il se dirige sur Roye, pillant, incendiant tout le pays ; de là, le comte marche sur Montdidier et se jette dans l'Ile-de-France.

Philippe*Auguste usant de représailles, marche à la tète d'une armée contre le comte de Flandre ; ils allaient en venir aux mains, lorsqu'une suspension d'armes d'un an fat signée entre les partis par l'entremise du cardinal-

légat» Le comte de Flandre campa son armée dans les environs de Montdidier et de Roye.

Pendant cette trêve, le comté de Vermandois et la ville de Roye passèrent sous l'administration du domaine de la Couronne ; une clause de la convention stipulait que deux cents livres seraient prises annuellement sur le vinage de Roye, in vinagio de Roiàj au profit d'Âliénor. Du reste, Philippe de Flandre n'avait que la jouissance de la ville, dont le roi Louis le Jeune, qui l'estimait beaucoup, l'avait investie, et que Philippe- Auguste encore enfant et filleul du comte, lui avait facilement confirmée.

Peu de temps après, Philippe de Flandre conçut l'espoir de rentrer en possession du Vermandois et repoussa les propositions que lui avait fait faire Philippe-Auguste, par l'intermédiaire du roi d'Angleterre. (1484). D s'allia avec Tempereur d'Allemagne Henri VI et se mit en campagne ; mais Philippe-Auguste le prévint, et, à la tète d'une armée nombreuse, il s'empara du château de Boves et campa ses troupes entre Amiens et Saint-Acheul. Le roi allait attaquer Philippe de Flandre, lorsque Thibaut, comte de Champagne, et Guillaume, archevêque de Reims, qui géraient le royaume, mirent fin aux hostilités.

Alors le comte entra en arrangement avec le roi et un traité définitif fiit signé à Amiens, après les fêtes de Pâques 1185 (juin). Par ce traité, Philippe d'Alsace s'obligeait, moyennant la jouissance viagère des villes de Saint- Quentin et de Péronne, à rendre à AUénor les comtés de Valois et de Vermandois.

L'année 1186 fut excessivement pluvieuse, un véritable déluge inonda la terre ; les rivières débordèrent, il y eut partout des inondations et il périt beaucoup de monde.

Philippe de Flandre passa l'hiver de 1190 à 1191 en Italie, d'où il partit au printemps pour rejoindre l'armée

des Chrétiens devant Saint-Joan-d'Acre ; il y mourut de la peste le 11 juin (1191), et fut enterré dans Téglise de Saint-Nicolas ; son corps fut ensuite rapporté en France et inhumé dans l'abbaye de Clairvaux.

Sa mort laissa la jouissance du comté de Vermandois à Aliéner, qui prit le titre de comtesse de Saint-Quentin.

En 1191, elle fit avec Philippe-Auguste un nouveau traité, par lequel, du consentement de son mari Mathieu comte de Beaumont, elle abandonne au roi les villes de Péronne, de Roye, de Saint-Quentin, les bourgs de Ressens, de Lassigny, moyennant la somme de treize mille livres et le droit de rachat, se réservant une rente annuelle de deux cents livres de monnaie noire à prendre sur la ville de Roye, et une autre de chiquante marcs d'argent aa poids de Troyes, à toucher sur Péronne ; plus cent livres parisis de rente pour être distribuées en aumône. Dans le cas où elle entrerait au couvent, Aliéner pouvait percevoir encore trois cents livres parisis de revenus sur les mêmes villes. {Pièce justificative n"* 5.)

Toutefois, cet abandon n'était encore définitif que si elle décédait sans héritier de sa chair : filio vel filia. Cet acte daté de Paris, est signé de Mathieu Chambrier quatrième époux d'Aliéner, et de Guy de Senlis. L'original était en parchemin avec un fragment de sceau ovale en cire jaune. sur lanières de cuir blanc ; le contre-scel portait dans le champ : d'or à Vécu de gueules armé et lampassé^ avec ces mots : * ^* ^^^ivm ^\xtnù\.

Aliéner s'occupa de fondations pieuses et passa sa vie à faire de bonnes œuvres ; elle fit des donations aux abbayes de Longpont et de Valsery. En 1184, elle avait donné aux religieux d'Ourscamp toute sa terre arable de Waucourt et la masure qu'elle possédait au même lieu ; cette donation fut faite pour le repos de l'âme de ses père et mère.

celle de sa sœur Elisabeth, mais non pour les âmes de Mathieu son mari, ni pour le roi Henri d'Angleterre, ni pour ses premiers époux, mais pour tous ses ancêtres. Cet acte fut fait en présence de Rainol évêque de Noyon et de Gui, alors abbé d'Ourscamp. {Cartulaire d^ Ourscamp.)

La comtesse Aliéner soutint Philippe-Auguste dans sa guerre avec le roi d'Angleterre ; son nom figure avec celui de Barthélémy de Roye parmi les seigneurs qui conseillèrent au prince, en juin, juillet, août 1203, de ne faire ni paix ni trêve avec le roi d'Angleterre.

Aliéner mourut après 1216, dans un âge avancé et fut enterrée dans l'abbaye de Longpont, à côté de la tombe de son frère Raoul. La comtesse ne laissant pas d'enfant de ses cinq maris, la cession de la ville de Roye à la Couronne devint définitive.

Ce fut une bonne fortune pour Philippe-Auguste que la possession de la ville de Roye ; bien que la cession ne dû être définitive qu'après la mort de la comtesse, le roi agit comme s'il en était le possesseur, et, en 1183, il octroyait aux habitants de Roye une charte de commune confirmant les franchises que la ville avait déjà obtenues. En effet, avant lui le roi Louis-le-Gros, par une charte de 1115, avait déjà accordé certaines firanchises aux habitants de Roye.

La charte d'établissement de la commune donnée par Philippe II renferme cinquante-huit articles ; la plupart des dispositions prévues se trouvent reproduites de la charte octroyée aux Bourgeois de Saint-Quentin par le comte de Vermandois. Ce qui ferait supposer avec raison, — bien qu'aucun document de cette époque ne nous soit parvenu, — que le comte Herbert, possesseur de la ville de Roye, comme il l'était de celle de Saint-Quentin, avait

donné à Roye les privilèges quUl avait octroyés aux habitants de la capitale du Vermandois en 986.

Nous analyserons ailleurs la charte de Philippe-Auguste; disons seulement que les copies de ce document ne . donnent pas les noms des signataires, elles s'arrêtent à ces mots : Quod ut ratum... Par une des clauses de cet acte d'émancipation, le roi veut que le produit des droits à percevoir sur les charrettes à deux roues et sur les chariots à quatre roues, soit employé à faire une chaussée {ad faciendam calceatam)) que Dom Grenier traduit à tort, selon nous, par : réparation de la chaussée ; nul doute qu'il ne soit ici question de l'ancienne route de Paris en Flandre, sur le passage de laquelle était le pont de la rivière d'Avre et qui devait relier le faubourg de Saint- Gilles avec la ville. Il s'agirait plutôt, suivant la pensée du savant Bénédictin, de la réfection de la chaussée romaine de Noyon à Amiens.

Dès que Philippe-Auguste fut en possession du comté (fe Vermandois, les seigneurs qui possédaient des fiefs durent prêter serment entre les mains du roi ; le rôle des chevaliers pour la châtellenie de Montdidier fait mention de Jean de Roye. Ce seigneur était homme-lige du roi et lai devait foi et hommage pour son domaine de Guerbigny et pour sa terre de lignières-les-Roye ; il devait de plus fournir nn cavalier à l'armée du Vermandois.

Par une bnUe du pape Luce III du mois d'avril 1184, on voit qne la ville possédait alors cinq églises, dont trois en dehors de Tenceinte fortifiée : les églises de Saint- Georges, de Saint-Gilles et de Saint-Médard.

n fiDait qne Roye eût une certaine importance pour pouvoir ronplir les conditions de la charte de commune, car ce ne fut pas exdusivement un acte de générosité royale que 1 odroi de cette charte aux bourgeois de Roye; en effet, la

ville devait payer au roi, annuellement et à perpéluilé^ la somme de cent livres parisis. -Nous verrons plus tard les Royens dans l'impossibilité d'acquitter leurs charges publiques, réduits à demander l'abolition de la Commune.

Un acte daté de Boye (publiée apud Royam) en 1188 • (entre le 17 avril et le 31 octobre), semble prouver que Philippe-Auguste était alors dans la ville. Par cette charte le roi approuve la division que Gautier de Gourcelles, connétable du Vexin, avait faite du bois de Genainvillc, qui était Tobjet d'un procès entre les moines de Jumièges et les hommes de Genainville. (Catalogue des actes de Philippe-- Auguste par L. Deliste).

En 1103, un chanoine de la Collégiale, Robert fait don à l'abbaye d'Ourscamp, d'une maison qu'il possédait à Roye en face de l'église Saint-Pierre, et sa famille donne à cette aumône son consentement qu'elle dépose sur l'autel d'Elincourt-Sainte-Marguerite. Ce document prouve qu'à cette époque il existait des constructions rue Saint- Pierre, et que c'est la rue Neuve-Saint-Pierre qui ftit construite lors des concessions de terrains faites par l'Echevinage au xvi« siècle. Cet acte est revêtu du sceau du Chapitre de Roye qui représente un cavalier avec cette légende : ^tj}in<;m tRj^iivli ^. (i^orgii ll0ia, qui était le •scel des chanoines de Saint-Georges. (Planche.)

Le village d'Ercheu {Arceium) qui parait tirer son nom de la présence d'une forteresse, appartenait à l'évèché de Noyon. En 1194, l'évêque Etienne accorde à ses vassaux une charte d'affranchissement appelée Coutume dErcheu. Il les exempta de la taille et de la corvée, à la condition que les habitants cultivant vingt-cinq verges de terre lui paieraient une rente annuelle de cinq sols parisis. Tous les différends qui pouvaient s'élever entre TEvèché ou ses officiers et les vassaux étaient appelés devant un tribunal

composé de cinq échevins, qui devaient juger d*après les us et coutumes de Téchevinage de Noyon.

On voit par ce curieux document que la tigne était cultivée sur le terroir d*£rcheU| car Tévèque se réserve pendant quarante jours, la vente exclusive du vin renfermé dans ses celliers.

Les habitants étaient tenus de faire moudre leur blé au moulin de Tévèché ; mais s'ils en manquaient et qu'ils en achetassent à Roye ou à Nesle, ils pouvaient le fidre moudre où bon leur semblait. Ils devaient faire cuire leur paiû au four banal de l'évêché ; il était situé dans une rue d'Ercheu, qui porte aujourd'hui le nom de : rue du Four- Banal.

En llfô, au mois d'avril, le roi Philippe-Augustei par une charte donnée à Provins, approuve cet acte d'affran* chissem^it.

Après la mort de Philippe de Flandre, le comte Baudouin du Hainaut prétendant que le comté d'Artois devait lui appart^iir du chef de sa mère Marguerite d'Alsace, et profitant de l'absence de Philippe-Auguste, qui était devant Saint-Jean-d'ÂCTe, s'empara par surprise de la ville de Bore. Mais Philippe II accourut du fond de la Palestine et fit rentrer Boye sous sa domination (1i08)« Par suite de la guerre, les champs furent dévastés, les châteaux brûlés et tout le pays ravagé jusqu'à Compiêgne* Les éléments se déchaînèrent et des ouragans terribles bouleversèrent la contrée ; p^idant l'été, un orage accompagné de grêle^ édata et ruina les récoltes des environs de Boje et de Compîègne. € C'était chose épourantaMe, <fit Bigord. que d^entendre le fracas de la foudre et le bruit de la teoûpete ; ce qui augmentait eûcore répouvante étâent les perres et cailloux qui tombaient du Ciel : lioonnes et SeiLz::jes j^^nreiA en grand nombre. §

Le sultan Saladin qui s'était emparé de Jérusalem persécutait les Chrétiens ; une troisième croisade fut résolue, Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion la commandaient. Raoul, sire de Goucy et de Marie, avant son départ pour la Terre-Sainte, fit par un testament de Tan 1190, le partage de ses biens entre ses enfants. Il donna à son troisième fils Raoul, qui avait embrassé la vie religieuse, une rente viagère de quarante livres parisis à prendre sur les revenus qu'il possédait dans la ville de Roye. Le sire de Coucy fut tué au siège d'Acre, en 1191, avec Florent de Hangest, dont on voit le mausolée dans l'église de Morienval. Ce Florent fut le chef de l'illustre famille de Hangesl^en-Santerre, qui eut plusieurs alliances avec la maison de Roye, comme on l'a vu : ce n'est donc pas sortir de notre sujet que de citer les seigneurs de Hangest, qui prirent une part active aux événements dont nous retraçons l'histoire.

Raoul III de Nesle, gendre de Barthélémy de Roye, faisait partie de cette croisade, ainsi que Guillaume de Mello, châtelain de Roye, fait prisonnier par les Infidèles.

En l'année 1198, disent les Grandes Chroniques de France, apparurent c en maints lieux du Yermandois, maintes nouvelletés ; environ la Saint-Jean, cbéïa sur les blés une rosée que Ton nomme nièUe^ dont ils furent si ennièlés que quand on en mettoit un épi dans sa bouche, on sentoit le miel tout proprement. > Ce phénomène mieux connu est dû à la présence d'un champignon qui attaque le grain de blé, altère la substance farineuse en la convertissant en poussière noire. C'est la destruction des moissons.

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