CHAPITRE VI
LES HABITANTS DE ROYE SOUTIENNENT PHILIPPE LE BEL CONTRE BONIFACE VIII. — LES TEMPLIERS. — • U6UE DES SEIGNEURS DU VERMANDOIS. — JEANNE DE BOUROOGNE, SA MORT, SA SÉPULTURE. — GUERRE DE CENT ANS. — LA JACQUERIE. — PRISE ET DESTRUCTION DE ROYE. — ABOUTION DE LA COMMUNE. — LA VILLE EST ÉRIGÉE EN BARONNIE- PAIRIE.
L'hiver de 1302 fut excessivement rigoureux, beaucoup d'habitants de Roye eurent à souffrir du froid ; la funeste journée des éperons ajouta le deuil à la misère.
Philippe le Bel avait assigné à son allié Edouard roi d'Angleterre, la ville de Saint-Quentin pour qu'il s'y trouvât avec des chevaux et des gens d'armes ; le roi s'y dirigea de son côté, à la tète des milices du Vermandois, .pour marcher contre les Flamands. Mais les Français commandés par le bouillant Robert d'Artois furent battus à Courtrai.
Les hostilités étant ouvertes, l^s Flamands se répandent dans le pays, qu'ils ravagent ; Philippe avait besoin d'argent pour les repousser, il leva des impôts sur le clergé, sans l'autorisation du Pape : le légat apostolique ayant
voulu protester, est arrêté par ordre du roi. A cette nouvelle, Boniface YIII lance une bulle d'excommunication contre le monarque français. Philippe IV convoque alors les trois Etats du royaume, à Notre-Dame de Paris, pour le 40 avriL
Les députés des Communes, réunis en assemblée, déclarent que la couronne de France ne relève que de Dieu. Les bourgeois de Roye adressent, au mois de juillet, un acte d'adhésion à cette résolution, s'engageant à soutenir le roi ; cet acte était la confirmation du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Philippe le Bel, lors de son avènement au trône en octobre 4288. La charte portait un sceau en cire blonde pendant à double queue. Au mois de juillet, le Chapitre de la collégiale de Saint-Florent donne également au roi son adhésion.
L'évêque de Noyon avec trois de ses collègues, partent pour Rome afin de réconcilier le roi avec le Pape ; mais la mort de Boniface VIII arrivée le 44 octobre 4303, met fin à ces démêlés.
Philippe continue ses armements contre les Flamands ; tous les habitants du royaume sont contraints de contribuer à l'équipement d'un nombre déterminé de gens d'armes, chacun dans la proportion de sa fortune. Il avait obtenu du Pape Clément V de lever une dîme sur le clergé du diocèse d'Amiens.
En 4304, les gens armés de la commune de Roye prennent une part active à la victoire de Mons-en-Puelle, dans laquelle les Flamands sont taillés en pièces. I^s sires de Roye, d'Hangest et de Moreuii, se distinguent par leur bravoure.
Les Royens furent encore éprouvés par l'hiver de 4305; le froid fut si rude que toutes les rivières furent gelées ;
les Chroniques de Sûnt-Denis prétendent que la nier fut prise de glace sur les côtes de France.
A l'invitation de Philippe le Bel, les bourgeois de Roye envoient aux Etats-généraux tenus à Tours, deux députés pour juger le procès fait aux Templiers. Le doyen de la collégiale de Saint-Florent fut un des délégués.
Ce fut Renaud de Roye qui fut chargé avec Guillaume de Nojcaret, de procéder à l'arrestation des Templiers de France. Renaud assiste à l'interrogatoire des Templiers, notamment à celui de Guillaume de Granvillers. Philippe pour récompenser le sire de Roye, lui donne cinquante Uvres de rente annuelle à percevoir sur le moulin de Ham. (1309.)
Les Templiers possédaient au Tronquoy (Trunca via), ancien hameau situé entre Crapeaumesnil et Roye, un établissement important. Après la destruction de l'Ordre, les terres provenant du couvent furent données, en grande partie, à l'hôpital Saint-Ladre de Roye, par Philippe le Bel. On a découvert sur l'emplacement qu'occupait cet établissement, une quantité, immense de tuiles à rebords, dont on s'est servi pendant longtemps pour réparer lep chemins ; on a retrouvé aussi des fours à tuiles, des tombeaux et des armures.
Le hameau du Tronquoy possédait une maladrerie installée dans les anciens bâtiments du couvent. Cet établissement de charité ayant été dévasté par les guerres, les revenus furent réunis à l'hospice de Noyon, à la charge par lui, de recevoir deux vieillards ou quatre orphelins pauvres de Crapeaumesnil.
Près du Tronquoy, mais plus rapproché de Roye, était lé : la salle de Ponthieu. On sait que dans siècles, la justice se rendmt en plein champ.
sur des mottes ; au xvin^' siècle, on désignait encore sous le nom de : la 8alle, les mottes féodales. Le fief de la saUe de Ponthieu ne tirerait-il pas son nom du lieu où rendaient la justice les comtes de Ponthieu, qui furent au dixième siècle possesseurs de la ville de Roye ?
Diaprés la tradition, ce serait à la Potière, aux PoteletteSj fief dépendant d'Amy et relevant du bailliage de Roye, qu'aurait existé l'établissement principal des Templiers. On voit| en effet, dans ce lieu, un vaste terrain d'un hectare de superficie, entouré de fossés profonds ; on y retrouve des débris de constructions considérables, des fondations de tourelles. De vastes souterrains ont été découverts, ainsi que des tombeaux en pierre et des armes. Près de 14, des bracelets en bronze et des monnaies romaines ont été recueillis.
Lagny-les-Châtaigniers dont Jean de Roye était seigneur, avait aussi un établissement de Templiers ; en 1808, on mit à découvert trente cercueils en pierre, dont quelques-uns renfermaient des armes à l'usage des chevaliers du Temple : c'était leur cimetière.
Près d'Ercheu est la ferme de l'Hôpital appelée : Hâpital du Temple; c'était une chapellenie de l'ordre de Ualte, dépendant de la commanderie d'Eterpigny. Primitivement, c'était un hôpital desservi par des Templiers. On lisait, dans l'intérieur de la chapelle, l'inscription suivante : « Cy gist Robert Vignon de Gohencort (Goyencourt), che- € valîer, grand mestre du Temple qui trespassa le xiii avril c Tan de Tlncarnation mil trois cent sept, a
La chapelle sous le titre de sainte Madeleine, est maintenant une grange ; c'est une construction solide de répoque du ' gothique à rosace, mais sans ornement ; elle était éclairée par trois fenêtres sur chaque face. Le bois domanial de l'Hôpital provenait aussi des Templiers d'Eter-
pigny, il avait deux cent soixante-douze hectares de superficie. {Graves.)
Le château de Verpillières aurait été primitivement une maison de halte ou de refuge des Templiers ; ce n'est plus aujourd'hui qu'un élégant manoir du xvi« siècle, avec ses tourelles à donjon, ses ornements de la Renaissance et ses coquettes cheminées gentilhommièreH. {Notice sur Beu-^ vraignes et Verpillières.)
Il ne faut pas s'étonner des nombreuses possessions qu'avaient les Templiers car, d'après Mathieu-Paris, ces chevaliers possédaient en 1214, neuf mille manoirs et des biens sans nombre.
Les exactions que commettait Philippe le Bel, l'altération de la monnaie, les nombreux impôts exaspéraient la noblesse et le peuple ; enfm, la gabelle de six deniers par livre que le roi établit sur toutes les marchandises pour subvenir aux frais de la guerre contre les Flamands, mirent le comble à l'indignation publique. ; Une émeute eut lieu à Péronne, à propos de la Maltôtej c'est ainsi que les habitants désignaient les nouveaux impôts, le Prévôt et le Doyen furent menacés de Yéchdle (adscalas). La Cour du Parlement rendit deux arrêts, que le Bailli de Vermandois eut ordre de faire exécuter. Ces arrêts qui se trouvent dans les Olim portent, après la date, ces mots : Roya reportavit. Aubert de Roye était à cette époque secrétaire du Parlement. (1308).
Le mécontentement contre le monarque était général ; c'est alors que les seigneurs du Vermandois et de l'Artois se liguèrent avec ceux de la Bourgogne et de la Champagne, pour obtenir le maintien de leurs privilèges et l'abolition des' tailles. Le seigneur de Roye fit le premier qui signa cette ligue, les sires de Hangest, de Moreuil, Jean de Laboissière, Le Borgne de Dargies, Jehan
de' Mailly, d(mnent leurs adhésions. Dans cet acte daté du lendemain du jour de Saint-Adrien 1314, les seigneurs protestent contre les nouveaux impôts dont le roi les avait chargés, c laquelle chose nous ne pouvons souifirir € en bonne conscience, car ainsi nous perdrions, nous, < nos honneurs, nos franchises et nos libertés et sereimes t en servitude à toujours et ceux qui après nous venront.» Déjà ils s'étaient phdnts au roi, qui avait répondu qu'il était assez puissant pour contraindre et punir les rebelles. Cest devant cette attitude de Philippe qu'ils songèrent à se réunir pour s'opposer, en nombre, aux prétentions royales ; ils s'engagent, par serment, à ne payer aucun impôt, à moins qu'il n'ait été reconnu juste par vingt-quatre chevaliers choisis, en nombre égal, dans la noblesse picarde et parmi les seigneurs Bourguignons et Champenois.
Philippe le Bel fut courroucé de cette opposition, et déjà il songeait à en tirer vengeance, lorsque la mort vint le frapper le 29 novembre 1314, laissant lo trône à son fils aine, Louis le Hutin.
Le nouveau roi accorda quelques concessions aux nobles des bailliages d'Amiens et du Vermandois, par une ordonnance du 15 mai 1315 ; puis quelques allégements dans les impôts payés par le peuple. Comme il avait besoin de subsides pour faire la guerre aux Flamands, Louis offrit la liberté, à prix d'argent, aux serfs du domaine de la Couronne.
Il convoqua les milices du Vermandois pour marcher contre les ennemis ; Dreux de Roye, Aubert de Hangest se trouvaient à l'armée, en qualité de chevaliers bannerets : mais la campagne fut sans succès, et le roi mourut le 5 juin 4316.
Cette année-là fut désastreuse, des pluies continuelles
gâtèrent les moissons et annulèrent les récoltes. Il en
résulta une grande disette et une cherté excessive des vivres ; ce qui fit périr beaucoup de monde de misère.
Philippe le Long couronné à Reims, convoqua pour la Saint^Remy, une assemblée des Etats-généraux, afin de juger le procès pendant entre Robert d'Artois et la comtesse Mahaut ; le roi, par des lettres datées de Pontoise du 19 juillet 1318, invita les Jurés de Roye à envoyer trois ou quatre députés à cette assemblée.
Les nobles du Yermandois se réunirent dans la ville de Roye, pour choisir les députés chargés de conseiller les Procureurs des nobles d'Artois et de traiter avec les gens du roi c sur certains discors », que lesdits nobles avaient avec la comtesse Mahaut. La réunion fixée à la quinzaine des Brandons, devait être présidée par l'évèque de Monde et par Louis, comte de Clermont.
Dans l'assemblée générale tenue à Compiègne (ou à (Corbie), le comté d'Artois fut adjugé à la comtesse Mahaut, > belle-mère du roi. Parmi les seigneurs présents à cette rrémiton, figurent: Jean et Mathieu de Roye, Dreux de Roye, seigneur de Guerbigny et Jean Dargies, dit Ile Borgne.
Dans cette même assemblée des Etats-généraux, les députés de la bourgeoisie demandèrent au roi à ce que dans chacune des bonnes villes de France, fut placé un capitaine expérimenté qui prêterait serment de maintenir au pouvoir du roi, le pays et les habitants. Philippe V fit 'droift à cette demande et créa dans chaque ville impor- «tante des capitaines-gouverneurs. Une ordonnance fut adressée, dans ce sens, au bailli du Yermandois. Cest à .partir de cette époque que la ville de Roye eut un gouveroieur particulier, auquel les habitants devaient obéir et qu'ils devaient aider à garder la Place. (1319.)
Le chanoine de Sachy- avance qu'en 1320, il y eut à Péronne une assemblée des Etats-généraux, présidée par Philippe V lui-même, et qu'il se fit reconnaître roi de France.
Par suite du mariage de Philippe le Long avec la fille d'Othon IV et de la comtesse Mahaut, le comté d'Artois devait revenir à Jeanne de Bourgogne, sa femme, comme seule héritière de la comtesse.
Après la mort de sa mère, la reine Jeanne se rendit en Ajrtois pour prendre possession du comté, et s'arrêta dans la ville de Roye. Elle était descendue dans une hôtellerie, alors fort en renom, située sur la place du Marché.
La princesse s'était fait servir un splendide festin et s'était mise à boire, peut-être outre-mesure, de cette liqueur sucrée faite de vin et d'épices, appelée : daré ou clairet^ que lui versait avec tant de grâce son fidèle valet.
Elle passa la nuit à se divertir ; le lendemain, elle expirait, soit par l'excès de ses libations, soit par le poison. C'était le 21 janvier 1329.
Voici comment l'Auteur de la Chronique de Flandre raconte la mort de la reine Jeanne « Si fut une nuist avec c ses dames en déduist et luy prit envie de boire Clarey^ « et elle avait un bouteiiler qu^on appelait Huppin qui tt avait esté à la comtesse sa mère : ceiuy Huppin apporta € Clarey en un pot d^argent et porta un temproir (coupe) « pour la bouche de la Reine et là burent ainsi et allèrent « coucher. Tantôt que la Reine fut en son lit, si luy prit c la maladie de la mort et assez tôt rendit son esprit et € lui coula le venin par la bouche, par les yeux, par le c nez et par les oreilles et devint son corps tout taché de € blanc et de noir, t
Cette mort violente fit grand bruit, et Robert d'Artois fut accusé d'avoir fait empoisonner la princesse.
D'après Grégoire d'Essigny, Jeanne de Bourgogne aurait été inhumée dans un caveau près du cliœur de la collégiale de Saint-Florent. Il ajoute même, qu'en 1796, son cercueil en plomb fut retrouvé, qu'on l'ouvrit et que le squelette n'était pas rompu. Un particulier enleva le pot de grès qui renfermait le cœur de la reine et s'en servit pour mettre du sel. D'après le même Auteur, dix ans auparavant, Dom Grenier avait visité le tombeau et ea avait reconnu l'authenticité.
D'un autre côté, les Auteurs d'une notice sur l'église Saint-Pierre de Roye, disent: « qu'en 1772, on brisa diverses tombes dont le sol de l'église était couvert et que l'on ne respecta pas même alors la pierre qui indiquait que le cercueil contenant les restes de la reine Jeanne de Bourgogne avait été pendant quelque temps, dans la nef de ce temple. -»
Piganiel de la Force rapporte, d'après Gilles Goirozet, que le tombeau de Jeanne se trouvait dans l'église des Cordeliers de Paris et qu'il fut détruit par l'incendie qui, en 1580, réduisit en cendres une partie du couvent de ces religieux. Il cite même son épitapbe ainsi conçue: ce Madame Jeanne, royne de France, de Navarre, comtesse « de Bourgogne et d'Artois, qui trespassa à Roye le xxi^ jour « de janvier et fut enterrée le xxvii dudit mois Tan mil K trois cent xxix» d Près de la sépulture de Jeanne était le cœur du roi Philippe, son mari.
Les grandes Chroniques de France disent : c En 1319, le <c douzième jour de décembre trespassa madame Jehanne, « reyne de France, et fut enterrée en l'église de monsei- « gneur Saint-Denis, le dix-septième jour de ce même
« mois, c'est à savoir un jeudi, et son cœur fut enterré à « Cistiaux, en Bourgogne, i
Le Continuateur de Nangis ajoute : c et les entrmlles au Moncel-les-Pont-de-Sainte-Maxence. !►
Dans l'ouvrage intitulé : Les Fastes^ Antiquités et Choses plus remarquables de Paris, (par Boufons, 1606), on lit : c que dans Téglise des Cordeliers ont été inhumés les c cœurs de Philippe et de Jeanne. )» Après l'épitaphe de la reine, l'auteur ajoute : « son corps est à Saint-Denis, i^
Malgré des opinions si- diverses, il nous est facile de découvrir la vérité; d'abord, il est peu probable qu'une reine de France ait eu à Roye sa sépulture ; le jour indiqué sur l'épitaphe, comme celui auquel elle a été enterrée, démontre qu'elle a dû être transportée à Paris. Nous nous appuyons sur le témoignage de Dom Grenier lui-même ; car si, comme l'avance Grégoire d'Essigny, le savant Bénédictin a reconnu le tombeau de Jeanne dans l'église de Saint-Florent, il a dû consigner ce fait dans ses écrits. Or, parmi les manuscrits de Dom Grenier se trouve précisément une note qui reproduit textuellement l'épitaphe citée plus haut, et Dom Grenier ajoute ces mots : « Elle est enterrée au couvent des Cordeliers de Paris. »
Ainsi il y a évidemment erreur de la part des historiens qui prétendent que la reine a été enterrée à Roye. Elle n'y fut assurément pas. inhumée , on n'a pu , par conséquent, retrouver son corps ni dans la Collégiale de Saint-Florent, ni dans l'église de Saint-Pierre.
Philippe le Long mourut après cinq mois de maladie, le 3 janvier 4322.
Son frère Charles IV dit le Bel lui succéda ; sous ce prince, les habitants de Roye jouirent des bienfaits de la paix, et la ville commençait à se remettre de ses désastres. (1328). Mais sous le règne de Philippe de
Valois commencèrent les calamités qui désolèrent la Picardie et notamment la ville de Roye. C'était la guerre de cent ans.
En 1339, les Anglais commandés par Edouard III , menant avec lui Robert d'Artois, passent la mer. Ils vont assiéger la ville de Cambrai que défendait Jean de Roye qui contraignit les ennemis à se retirer. Après cet insuccès, Edouard pénètre en Picardie le fer et la flamme à la main; par ses dévastations, il augmente encore la misère des populations éprouvées déjà par la famine de Tannée précédente.
A la première nouvelle de la marche d'Edouard, le roi convoque la noblesse picarde et charge Bernard, sire de MoreuU de se rendre dans les diverses prévôtés du bailliage d'Amiens. Le sire de Roye et Jean II s'étaient rendus avec leurs vassaux à l'armée du souverain convoquée à Péronne, sous la conduite de Louis de Bourbon, comte de Clermont.
Philippe VI poursuivait son ennemi, déjà il était prôt de l'atteindre, lorsque Edouard s'arrêta à la Flamengrie, décidé à accepter le combat ; le lendemain vendredi les armées allaient en venir aux mains, lorsque les princes français conseillèrent au Roi de différer l'action, à cause du vendredi. Edouard III profita de ce répit pour décamper et se rejeter dans le Hainaut. Philippe, en apprenant cette nouvelle, rebroussa chemin et regagna la ville de Saint-Quentin.
En prévision de la campagne prochaine, il mit dans les principales villes de la frontière de fortes garnisons, commandées par des capitaines éprouvés ; puis Ucencia le reste de son armée. Il confia à Jean de Roye la défense de la place de Tournai.
Philippe VI voulant mettre la ville de Roye en état de se défendre, et comprenant Tépuisement dans lequel l'avaient jetée les différentes guerres auxquelles les habitants avaient envoyé « des soudoyers à leurs cous et dépens. }» Puis, considérant que Ton avait pris pour les guerres des blés, du vin et autres biens; considérant encore c les bons et agréables services que^ la commune c lui avait rendus, la bonne affection qu'elle avait toujours c eue pour lui et pour ses prédécesseurs », Philippe octroie par lettres-patentes données à Paris le troisième jour de décembre 1339 et scellées du sceau royal, le droit de percevoir sur les denrées et sur les marchandises qui se vendent dans la ville, quatre deniers sur chaque muid de blé vendu ou acheté, trois deniers sur chaque muid d'avoine, de pois, de fèves, plus trois deniers, tant sur le vendeur que sur l'acheteur de draps, de fils, de laines, enfin sur les vins et sur les autres denrées. Deux tiers de ces impôts revenaient à la ville et devaient être affectés aux fortifications et le reste au roi; deux prud'hommes choisis par le mûre et les jurés percevaient ces droits. (Pièce justifica^ tiveN^ a.)
Par des lettres du mois de mars 1343, le roi Philippe prend sous sa sauvegarde les religieux du Mont-Saint- Loois (Chartreux du Mont-Renaud), près de Noyon; il confère au bailli de Chauny le droit de s'occuper de leurs affaires. Mais l'Evèque, les Chartreux et le Chapitre de Noyon s'opposèrent à l'exécution de cette ordonnance, prétendant « qu'étant de fondation royale )!>, ils ne pouvaient pas être, ainsi que leurs vassaux, soumis à une juridiction seigneuriale exercée par Béatrice de Cbâtillon, dame de Saint-Pol, qui jouissait usufruc^uaireoient de la (Aàtellenie de Chauny.
Philippe de Valois tenant compte de leurs humbles remontrances, les exempta de cette juridiction et leur assigna pour siège et ressort, la prévôté royale de Roye. Cette exemption cessa en 1350, par la mort de Béatrice ; la Châtellenie de Chauny ayant fait retour au domame de la Couronne.
La perte de la bataille de Crécy (25 août 1346), à laquelle assista Mathieu de Roye, et la reddition de Calais, furent des événements malheureux pour la France et pour les Royens.
La présence dumonarque dans les envh-ons de Roye éloigna les ennemis ; le 1^^ mai 1347, Philippe était à Montdidier, il en partit le lendemain pour Davenescourt.
Vers cette époque calamiteuse, apparut une maladie terrible : la peste noire^ qui, pendant cinq années, décima les habitants. Cette maladie contagieuse offrait les mêmes symptômes que celle de Tan 540, la mortalité était énorme, oc partout le drap mortuaire flottait sur les clochers, on a apercevait sur tous les chemins des convois funèbres, dans « la ville, dans la campagne, c'était un glas général. » Les malades étaient couverts de pustules, de bubons, une fièvre ardente les dévorait et en peu de temps ils succombaient. La ville de Roye fut vivement éprouvée parle fléau ; la famine augmenta encore la détresse des habitants qui avaient survécu à cette hécatombe humaine.
Le 15 septembre 1347, les maire et échevins reçurent des lettres datées d'Amiens, par lesquelles Philippe de Valois convoquait t)Our le 25, à Montdidier, l'assemblée des Etats provinciaux du Vermandois. Le but de la réunion était de s'entendre a sur certaines grosses besognes touchant m nous et eulz sur le fait de nos présentes guerres et pour « ce que les choses et besognes sont grosses et hastives a et désire bref et hastif conseil. > En effet, le moment
était critique, Edouard III venait d'entrer dans Calais ; mais les résolutions prises dans l'assemblée durent être sans objet, car une trêve fut conclue entre les monarques à la fin du même mois de septembre.
Philippe de Valois mourut trois ans après. Le nouveau roi Jean le Bon, sur la demande des mayeur, jurés, échevins et habitants de Roye, prend sous sa sauvegarde spéciale et sous sa protection la Commune de Roye, les bourgeois et leurs possessions, il leur donne et leur envoie pour gardiens Alexandre Ferquos et Jean de Haublières. Le roi confirme la Commune dans ses franchises, libertés et privilèges ; puis, afin que personne n'ignore sa protection, il veut que ses panonceaux royaux soient apposés, au besoin, sur toutes les possessions des habitants. Ces lettres sont datées de Saint-6ermain-en-Laye, le premier mai 1351. {Pièce justificative n* i2).
La ville envoya des députés aux Etats du bailliage de Yermandois (1352). L'assemblée accorda une aide de six deniers pour livre au roi, qui déclara que si la paix avait lieu, l'imposition cesserait d'être perçue. Mais une nouvelle aidée fut, au contraire, nécessaire et l'assemblée des Etats-généraux tenue à Amiens, en 1355 et 1356, vota de nouveaux subsides.
C'est à la bataille de Poitiers que fut fait prisonnier le roi Jean. Mathieu et Dreux de Roye assistaient à cette affaire, ainsi que Jean de Hangest. Après la défaite de l'armée, Mathieu fut chargé de la défense de la ville de Poitiers, il s'acquitta de cette misssion avec une grande habileté.
Le roi fut emmené prisonnier en Angleterre.
Dans ces circonstances malheureuses, le dimanche avant la Chandeleur 1357, il se tint à Roye une assemblée des trois ordres du Yermandois, du Beauvoisis et de Corbie,
afin d'aviser aux moyens de défendre le pays. Le mardi après la Chandeleur, les Etats du Vermandois et du Beauvoisis se réunirent de nouveau à Noyon, pour établir une aidée qui s'élevait à un denier pour livre, destinée à résister aux ennemis du royaume. Corbie n'envoya pas à cette seconde réunion.
Le dimanche 21 mai 1358, jour de la Fête-Dieu, les paysans des environs de Clermont ne pouvant plus supporter les malheurs qui les accablaient et voyant que leurs seigneurs, loin de les défendre, les opprimaient, c crurent que les lois de la justice leur permettaient de se soulever contre les nobles. )» Telle fut l'origine de la Jacquerie. La révolte des paysans se propagea avec une rapidité effrayante, c'est au cri de : Mort aux gentilshommes 1 qu'ils se rallièrent. Ils n'avaient pour armes que des couteaux, des bâtons ferrés et des fourches, ils se répandirent dans le Noyonnais et dans le Laonnois, détruisant sur leur passage les manoirs des seigneurs et commettant partout les plus grandes cruautés, « car sans pitié et sans merci attisaient femmes et enfants. > Ils emmenèrent plusieurs nobles à Beauvais qui furent «c occis par le consentement de la ville, et aussi le maire € d'Amiens envoya cent hommes de Commune en l'aide « des vilains paysans, mais cette chose déplut au Conseil, ils <c furent redemandés et reparurent sans rien faire aux a nobles. >
a C'est qu'aussi ce qu'avaient enduré les habitants des campagnes depuis deux années, passait Ik mesure des misères humaines. > Les environs de Roye ne furent pas épargnés et la révolte trouva des partisans.
Les Jacques allèrent assiéger le château du Plessier-de- Roye, où Mathieu de Roye et plusieurs nobles s'étaient réfugiés avec leur famille, ainsi que le château de Lafa-
loise, dont Jean de Roye fut possesseur, et qu'ils démolirent après s'en être emparés.
La stupéfaction et la terreur furent grandes parmi les chevaliers, quelques-uns sortirent du royaume, d^autres se retirèrent dans de bonnes forteresses, car c moult doublaient la cruauté des paysans > ; mais bientôt revenus de leur ef&oi, les seigneurs songèrent à se défendre. Raoul de Coucy, le sire de Roye, le sire de Moreuil et plusieurs autres chevaliers se réunirent ; ils attaquèrent les Jacques, les défirent et en tuèrent un grand nombre. Les gentilshommes de la Flandre, se joignant à ceux du Vermandois, tombèrent à leur tour sur les révoltés et en firent d'horribles massacres. Le roi de Navarre, accompagné du comte de Saint-Pol, fondant à l'improviste sur un gros de paysans insurgés campés près de Montdidier, en tua trois mille et s'empara de leur chef Caillet qu'il punit du dernier supplice. Abattus par ces revers, les Jacques cessèrent de se rassembler et le sire de Coucy, à là tète de quelques gentilshommes, leur donna la chasse ; partout où ils les trouvaient « ils les mettoient à fin sans pitié et sans merci. ^ Triomphante pendant quinze jours, la Jacquerie avait eu en tout six semaines d'existence.
Le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, profitant de Tabsence du Roi et de la faiblesse du Dauphin, fomentait des troubles. Le Régent, sachant que des compagnies de gens de guerre du parti des . Navarrais pillaient le pays, envoya par toutes les bonnes villes de Picardie et du Vermandois pour obtenir quelques troupes à pied et à cheval. Les villes répondirent à son appel et lui envoyèrent des corps de soldats qui, sous la conduite des seigneurs de Coucy, du sire de Roye et de Mathieu son firère, allèrent assiéger le château de Mauconseil situé sur la montagne
de Chiry. Ce château-fort commandait la vallée de TOîse et pouvait communiquer avec ceux de Beaulieu, de Montplaisir et de Coucy. Le Régent s'en était d'abord emparé et y avait concentré des troupes ; c'est pendant le séjour du Dauphin dans la forteresse de Mauconseil, que Bertrand Duguesclin vint mettre son épée au service du roi. Bientôt la forteresse tomba au pouvoir des Anglais et des Navarrais ; c'est en vain que le capitaine Pierre de Flavy tenta de la reprendre, sans pouvoir y réussir. Alors le Dauphin fait un nouvel appel à la noblesse et aux milices des communes d'Amiens, de Roye, de Noyon.... et parvient à réunir un corps d'armée important. « Si furent capitaines a de tous ces gens d'armes et communes l'Evèque de a Noyon, Raoul de Coucy, le sire de Canny, le sire de € Roye et Mathieu de Roye, son frère, et avoient les < seigneurs avec eux, plusieurs chevaliers et écuyers du « Vermandois. Si assiégèrent de grant volonté Mauconseil « et y livrèrent plusieurs assauts et contraingnirent dure- <i ment ceux qui le gardaient. » (Froissart.)
Les Dauphinois étaient sur le point de se rendre maîtres de la forteresse, lorsqu'ils furent surpris par les Navarrais commandés par Jean de Picquigny, qui tombèrent sur eux à l'improviste et en firent un grand massacre. Quelques seigneurs purent s'échapper et se réfugier à Noyon, tandis que d'autres, moins heureux, furent faits prisonniers.
Malgré ce succès, les Navarrais ne jouirent pas tranquillement de leur conquête, car de vaillants chevaliers continuaient à leur faire une rude guerre et les décimaient. € Etoit ainsi que un appert chevalier vaillant homme qui € s'appeloit le chanoine de Robersart ressoignoit plus les « Anglois et les Navarrois plus que nul des autres, car il
€ en rua plusieurs fois maints jus et ainsi fit le sire « de Roye. » (août 1358.)
En eflet, Mathieu II de Roye s'était retiré dans le château de Rozoy-sur-Serre, dont son allié Pierre de Graon, était seigneur ; une partie des troupes anglaises traversant le Laonnois et la Thiérache, vint mettre le siège devant Reims : Mathieu saisissait toutes les occasions de harceler Fennemi par des attaques imprévues. A Pierrepont, le château très-^fort par ses murailles et plus encore par sa position au milieu des marais, était défendu par un chanoine de Laon, nommé Robersart. Informé par le sire de Roye que le seigneur de Cominges venait renforcer l'armée du roi d'Angleterre avec trois cents hommes rassemblés à Maubeuge, Robersart va se joindre avec quarante lances à Mathieu qui en avait trois cents. S'étant mis ensemble à la poursuite de l'ennemi, ils le joignirent à Herbigny, où il s'était arrêté et là, lui tendirent une embuscade. Cominges, jeune et inexpérimenté, était sorti du village sans ordre et sans défiance, accompagné de Christophe de Mur qui portait sa bannière, et de six écuyers ; les Français fondent tout à coup sur lui en criant : € Roye l au seigneur de Roye I » Cominges, après une courte résistance est tué avec ses compagnons, ses valets seuls parviennent à s'échapper. Sans perdre de temps les soldats du sire de Roye et de Robersart envahissent le village, y attaquent les Navarrais qu'ils trouvent sans armes répandus dans les maisons et dans les granges, et en prennent un grand nombre. Quelques-uns s'étant jetés dans une maison entourée de fossés pleins d'eau, essayèrent de s'y défendre en attendant des secours ; mais Mathieu de Roye les amena bientôt à se rendre, en les menaçant de ne leur point accorder de quartier s'ils tardaient à le faire. Se sentant ainsi harcelé et menacé sur ses derrières.
Edouard leva bientôt le siège de Reims, dont les braves habitants, aidés de ceux de Châlons et de plusieurs seigneurs du pays, avaient résisté quatre semaines à toute l'armée anglaise. {Rozoy-sur-Serre^ par A. Martin).
Au mois de mai 1358, une assemblée des Etats-généraux fut tenue à Compiègne par le dauphin Charles, le majeur de Roye y assista; Mathieu de Roye y représentait la noblesse. Après l'exposé de l'état critique de la France, l'assemblée promit des subsides ; la noblesse devait payer cent sols pour cent livres de rentes, les communes devaient fournir un cavalier monté par chaque soixante-dixième famille.
A cette époque, le Dauphin accorda des lettres de rémission à Jean Coquerel de Fresnoy-les-Roye, qui avait tué Jean Houppe du même lieu et qui, pour ce crime, avait passé vingt années dans les prisons du sire Hangest, seigneur de Genlis, possesseur de la terre de Fresnoy.
Aux Archives de la Chambre des comptes, se trouve- un état des revenus de la baillie du Vermandois, dans lequel on voit que la ville de Roye devait au fisc royal, « pour le change^ pour tout l'an, au terme de la Chandeleur, XXX sols. ]» La Commune était alors écrasée de dettes, elle avait eu tant de sacrifices à s'imposer; que* les finances étaient tout-à-fait épuisées.
La paix de Bretigny (1360) eut pour effet la délivrance du roi; le seigneur de Roye Jean, qui avait été envoyé en Angleterre, comme un des otages, revint en France. Il retourna avec le roi, trois ans après, suivi de Jean de Hangest, qui mourut à Londres. Son corps fut ramené en France et inhumé dans l'église de Davenescourt, sous un mausolée qui porte ses armes: d* argent à la
croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or^ avec cette inscription :
Ci gist noble et honoré cheralier
Jehan, jadis appelé Uabache
Seigneur de Hangest,
lequel fut en son temps,
prud'homme et vaillant aux armes
et par l'espace de dix-huit ans
gouTema et liit lieutenant du roy de France^
es pays de Bretaigne, Xaintonge et Angoulnois,
et depuis trépassa à Londres.
en Angleterre, ostaîge pour son souverain
seigneur, Jean de France,
que Dieu absolve,
au mois de décembre 1363.
Priez Dieu pour son âme.
Le roi Jean le Bon mourut lui-même en Angleterre, le 8 avril de l'année suivante.
Par suite des guerres continuelles, des désordres causés par la Jacquerie et par les grandes handes qui parcouraient le pays, ravageant tout sur leur passage, la misère était profonde. Pour comble de malheur, Thiver de 1964 fut très rigoureux ; le froid fut si excessif que toutes les rivières gelèrent.
La brillante victoire de Cocherel remportée par Duguesclin sur les troupes de Charles le Mauvais, fut d'un bon augure pour le règne du nouveau roi Charles V ; Mathieu de Roye s'était signalé dans cette bataille : en récompense de ses loyaux services, Charles V, par un mandement du 11 octobre 1364, lui accorde une somme de deux cent dix livres parisis.
Dans une assise tenue à Roye, le 13 mai 1365, Drouars du Hainaut, lieutenant du bailli de Vermandois, rend une
sentence confirmant l'accord fait entre le Chapitre de Saint-Florent et Mathieu, seigneur de Roye, touchant quinze setiers de blé que le Chapitre était en droit de percevoir sur toute la terre labourable, que le seigneur avait au terroir de Roye et concernant la justice haute, moyenne et basse.
En 1367, Tempereur d'Allemagne Charles IV se rendant à Paris avec Venceslas, roi de Bohême, traversèrent la ville de Roye ; ils reçurent les honneurs dûs à leur rang.
Au mois d'octobre 1368, le roi Charles V, sur la prière de Mathieu II de Roye, accorda pour sa seigneurie de Guerbigny une foire à la Saint-Simon, avec franchise au marché du premier lundi du mois et jouissance des droits des Aides et autres.
La guerre s'étant rallumée entre Charles et Edouard III, les Anglais pénétrèrent en Picardie et ravagèrent tout le pays. Le roi d'Angleterre, pour faire diversion à l'expédition de Guyenne commandée par le duc de Lancastre, fit débarquer à Calais un corps de troupes sous les ordres de Robert Knole ; après quelques jours de repos, cette armée, forte d'environ quinze cents lance3 et de quatre mille archers, pénétra dans l'intérieur du pays. Elle se présenta devant la cité de Thérouane^ mais sans chercher à s'en emparer, car cette ville était pourvue d'une bonne garnison commandée par Jean de Roye et par le seigneur de Sempy.
Après avoir ravagé l'Artois, les Anglais prirent le chemin de Bapaume, pénétrèrent dans le Vermandois et se présentèrent devant Roye, non sans avoir brûlé plusieurs villages des environs, comme Ognoles, Crémery, Ecuvilly et autres.
La ville livrée à sa propre défense, fut prise arse et détruite (1370) ; Robert Knole en abandonna le pillage aux Flamands, ses auxiliaires.
La mission confiée au duc de Lancastre ayant échoué, le duc revint en Angleterre. Trois ans après, Edouard le renvoya en France avec un corps d'armée d'environ six mille archers et trois mille hommes d'armes ; il débarqua à Calais • au mois de juin 1372. Les Anglais passèrent la Somme à Corbie et arrivèrent, vers le mois de juillet, devant la ville de Roye. Ils s'en rendirent maîtres, mais après une vigoureuse résistance de la part des habitants. Les Anglais furent obligés de faire le siège de chaque rue, de chaque maison ; pendant six jours, ils assiégèrent l'église Samt-Florent dans laquelle des femmes, des enfants défendus par quelques courageux citoyens, avaient cherché un asile. Pendant six jours leurs efforts furent impuissants ; vaincus par cette résistance, ils se vengèrent sur la malheureuse cité qu'ils détruisirent de fond en comble, c Et pour ce, dit le royen Nicole Gilles, qu'ils ne parent prendre l'église qui était forte, ils brûlèrent la ville à leur partement (départ), d
Les habitants qui avaient pu échapper à la fureur des Anglais se réfugièrent à Noyon et dans les villes voisines ; la &mine vint les y poursuivre, tandis qu'une maladie affreuse, le mal des ardents, les dévorait.
Le désastre fut complet, pas une maison, pas un édifice ne restèrent debout, partout la ruine et la désolation ! des animanx immondes, des chiens errants dévorant les cadavres, étaient les seuls habitants de la mall^eureuse Cité.
S'il était permis de douter de la destruction complète de la ville, le document suivant prouverait )a véracité du iait. Le rm Charles V ayant appris ce désastre, fit demander
à plusieurs personnes , auparavant habitants de Roye , tant maire, jurés et échevins « qui estoient disparus et retrais en divers lieux, leur volonté et intencion > en les engageant à rentrer dans la ville et à la réédifier. Ces infortunés ne voulurent pas y consentir tant qu'il y aurait c( Commune^ de laquelle ils n'entendaient jamais user, mais u ils désiraient la voir abattue. » Conformément aux désirs exprimés par les habitants, Charles V publia une ordonnance datée du mois de janvier 1373, portant aboUtion de la Commune ^de Roye. « Attendu, y est-il dit, que ladite « ville, par le fait de nos ennemis, qui à leur dernière «c chevauchée sont passez par là, a esté et est toute <( déserte, les maisons et édifices gastez, ars et détruis a avecque les biens des habitants, tellement quelle est ^ demourée inhabitée et en ruyne et les habitants « transportez en plusieurs villes et tant que à présent ne a y a habitans aucuns, ni personne qui y veuillent ni « entendent plus a demeurer ni reédifier icelle. Pourquoi (c nous désirans notre dicte ville estre reédifiée et habitée, « pourveoir à la chose publique et le droit du domaine de (c notre Couronne, de notre autorité royale et pleine « puissance, abatu et abatons la dicte Commune, jurage, « eschevinage d'icelle.... mettons et appliquons à nostre c domaine sans que plus dorénavant les habitants <K puissent ou doivent user de Commune, de justice, ni € aultres droits, mais demourront simples habitants nos « subjets en prévosté.... en octroyant que ils puissent a réédifier et habiter paisiblement ladite ville sans charge « de Commune. »
On voit encore par ce document que la ville avait une certaine importance « laquelle ville a toujours eu sièges « royaux en prévôté et en bailliage, ville et châtellenie de « grant autorité et renommée, décorée de plusieurs nobles
c ressorts et souverainetez marchiez et aultres honneurs. » Elle était, du reste, d'un certain revenu pour la Couronne, car le roi percevait un droit sur les aides et touchait de plus c cent onze livres dix sols parisis de rente sur ladite c commune et les biens d'icelle dès sa fondation. » {Pièce justificative n® 13.)
Ainsi les Royens abandonnèrent les privilèges de la Commune plutôt que de payer la redevance royale; ils aimaient mieux s'expatrier que de rentrer en possession de leur Commune, tant leur ville était grevée de charges et de dettes de toutes sortes. Débarrassés de Ubertés communales qui leur avaient coûté de si grands sacrifices, les habitants de Roye se hâtèrent de revenir ; le roi fit relever les murailles , ils rebâtirent leurs maisons, et à la fin du règne de Charles Y, la cité avait à peu près recouvré son ancienne prospérité.
Charles le Sage, voulant témoigner à la ville de Roye toute sa satisfaction pour son attachement à la cause royale, lui accorda l'immense faveur d'ajouter à ses armes: Un chef d'azur semé de fleurs de lys dor^ qui est de France. Charles VI, en 4381, réduisit à trois le nombre des fleurs de lys. La cité avait abandonné , avec les franchises communales, son sceau du xii^ siècle et avait pris pour armoiries celles de ses seigneurs : de gueules à la bande d'argent^ surmontées d'une couronne murale.
La ville méritait ce témoignage de la bonté royale, car elle avait été cruellement éprouvée.
Par mandement du 6 octobre 1373, donné à Paris, le Roi nomme Jehan Charles capitaine du château de Roye, en récompense de ses services. « Comme notre amé € sergent d'armes Jehan Charles par notre ordonnance a « vaquié pendant trois ans à emparer et fortifier notre « forteresse de notre ville de Roye et la mettre en état de
a défense pour résister aux ennemis, et y furent assiégés ce pendant l'espace de sept jours et en haine de ce que e le dit Jehan en était capitaine et a perdu tous les biens <ic qu'il avait dans la ville, ils lui ont arses et détruites ses « maisons et granges, gasté et ars ses blés «t les des- « pouilles de ses terres et héritages dont il a esté grande- «c ment dommagiez. i>
Les environs de Roye n'avaient pas été épargnés pai* l'ennemi. Charles V par des lettres du 4 janvier 4374, dispensa d'impôts les paroisses de Roiglise, de Lassigny et autres, en considération des grandes pertes que les manants et habitants de ces villages avaient éprouvées par suite de laprésence des gens d'armes du duc de Lancastre. Le roi distribue^ ea outre, des aumônes aux malheureux sans asile ; une somme de deux cents francs qui lui avait été remise par le grenetier du Grenier à sel de Noyon, fut affectée à des œuvres de bienfaisance.
Au mois de septembre, Charles V adresse un mandement au Chapitre de Saint-Florent pour le confirmer dans ses acquisitions faites depuis quarante ans et dans l'acceptation de legs pour des obits. Par ce document, on peut voir que le Chapitre songeait à réparer lés désastres causés à la Collégiale. C'est sans donte vers cette époque que les chanoines de Saint-Florent abandonnèrent le sceau du chapitre Âe Saint-Georges pour prendre les armoiries : d'azur d la fleur de lys d'or accompagnée de trois cou-ronnes de même, qui rappelaient la protection spéciale des rois de France. (Tome il.)
Le seigneur de Roye, de retour d'Angleterre et toujours prêt à guerroyer, accompagna Enguerrand de Coucy dans son entreprise en Autriche ; le sire de Coucy prétendait avoir des droits au trône d'Autriche laissé vacant par la mort de l'empereur Léopold, dont la fille avait épousé le
père d'Enguerrand. A la tète de ces bandes que laissait inoccupées la paix avec rAngleterre, nos seigneurs pénètrent en Allemagne ; mais les habitants brûlent et dévastent leur propre pays pour afiamer les troupes d'Enguerrand, qui Alt obligé de ramener en France les débris de son armée épuisée. (1375.)
Le roi dans la prévision de la reprise des hostilités, confia la garde du château de Ham à Tristan de Roye et à Guy de Honnecourt.
Enguerrand de Coucy vu* du nom, fut nommé gouverneur-général de la* Picardie pour le dédommager de l'épée de connétable, que le roi Charles V lui avait offert et qui fut donnée à Ollivier de Clisson, selon le désir d'Enguerrand. A la tète des milices de Picardie, le sire de Coucy se mit à la poursuite des Anglais débarqués à Calais et les contraignit à fuir dans la Champagne. (1380.)
Etienne de Marché à la Warde, clerc, se trouvant à Ham, avait été insulté par le cabaretier chez lequel il buvait ; le clerc tirant son épée , en frappa Tinsulteur sur la tète. Etienne fut , pour ce fait , condamné à la peine capitale par la cour du Parlement ; mais le roi Charles VI, en raison des circonstances, lui accorda des lettres de rémission au mois de janvier 1382.
Le 27 novembre de la même année, eut lieu la bataille de Rosebecque dans laquelle trente mille Flamands périrent par les armes françaises. Jean III de Roye assistait à cette affaire ; il avait été chargé par le connétable Ollivier de Clisson d'une mission importante dont il s^cquitta avec intelligence ; il contribua, par une entreprise hardie^ au gain de la bataille, en facilitant le passage de la rivière de la Lys.
Au mois d'août 1383, le roi Charles VI acheta de Regnault de Dargies et de Jeanne de la MiesviUe, sa femme, la châtellenie de Roye. Le document auquel nous empruntons ces détails ne dit pas à quel prix elle fut adjugée. Charles ne garda pas longtemps cette châtellenie en sa possesion, car il la donna au duc d'Orléans, ainsi que Féronne et Montdidier.
En 1404, la ville fut érigée en haronnie-pairie en faveur de Louis, duc d'Orléans, qui avait su captiver les bonnes grâces du roi, et qui augmentait ses domaines au grand déplaisir de son rival Jean-Sans-Peur, duc de Bourgogne.
Le mariage de Charles YI avec Isabeau de Bavière fut célébré, en 1385, dans la cathédrale d'Amiens, en présence d'une foule de seigneurs, parmi lesquels était le sire de Roye. La princesse y fut menée sur un chariot dont les cerceaux étaient recouverts d'étoffes d'argent. En mémoire de cet événement on frappa des médailles représentant deux amours.
Quelques années après, Charles YI, pour venger la mort du connétable de Clisson assassiné par le duc de Bretagne, déclara la guerre à ce prince. Le roi en traversant la forêt du Mans, fut pris d'une terreur panique qui altéra sa raison. Ce fut Guillaume de Harcigny, célèbre médecin de Laon, puis Jean Clément de Marie, qui donnèrent leurs soins au monarque pendant sa démence. Ils furent assez heureux pour le guérir, ou du moins pour lui faire recouvrer une partie de sa raison.
La ville ayant tout perdu dans l'incendie de 1373 fut obligée d'établir de nouvelles mesures de capacité. C'est en 1390 que l'Echevinage fit fondre des mesures-étalon, qui consistaient en lot, demi-lot et la pinte — le lot équivalait à deux chopines. — Ces mesures en potin existent
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