CHAPITRE VI
LÀ VILLE DE ROTE EST RÉUNIE A LA COURONNE. — CHARTE DE COMMUNE. — MORT D'iSABELLE DE HAINAUT, — BATAILLE DE BOUVINES. — TESTAMENT DE PHILIPPE-AUGUSTE. — BËGNE DE LOUIS YHI. — SERMENT DE FIDÉLITÉ A LA REINE BLANCHE ET A LOUIS IX. — CROISADES.
Philippe-Auguste avait épousé Isabelle de Hainaut, nièce de Philippe comte de Flandre, qui fut couronnée et sacrée à Samt-Denis, le 29 mai 1180 ; ce mariage était de bonne politique : néanmoins nous avons vu la guerre éclater entre Fonde et le neveu. La mort d'Elisabeth de Vermandois, femme de Philippe de Flandre, vint encore compliquer la situation, à propos du comté de Yermandois, objet du litige ; nous connaissons le résultat de ces compétitions.
La reine Isabelle jeune encore mourut en laissant un testament par lequel elle instituait, comme exécuteurs de ses volontés, Tévèque de Senlis et Barthélémy de Roye^ chambrier ou chambellan de France. Une charte de Philippe-Auguste datée de Saint-Germain-en-Laye , ratifie le choix fait par la Reine et confirme les aumônes qu'elle doime aux abbayes de Saint-Victor et de Morienval, plus la fondation d'un anniversaire dans l'église de Saint-Denis. Isabelle avsdt aussi donné quelques biens à la collégiale de Saint-Florent de Roye, dans laquelle un service était dit, annuellement, pour le repos de son âme.
Après la mort de la reine, Philippe-Auguste épousa à Amiens, la veille de l'Assomption 1193, Ingeburge, sœur
de Canut, roi de Danemarck ; elle fut couronnée le lendemain par l'archevêque de Reims. Le roi éprouvait pour sa nouvelle femme une répugnance invincible et sous prétexte de parenté, il fit casser son mariage par un concile de prélats assemblés à Compiègne, sous la présidence de l'archevêque de Reims.
Le frère de la reine en appela à la cour de Rome, et le Pape annula la décision du concile de Compiègne, par une bulle du 13 mars 1196; néanmoins Philippe-Auguste épousa en juin 1196, Agnès de Méranie, fille de Berthold duc de Méranie.
Innocent III pour obliger Philippe à reprendre Ingeburge, fit mettre l'interdit sur le domaine royal, et l'exercice du culte fut défendu dans toutes les églises.
Au mois de septembre 1200, un concile national fut convoqué dans la ville de Nesle, par le cardinal-légat Octavien, évêque d'Ostie. Philippe-Auguste venant de Paris ou de Compiègne et se rendant à Nesle dut traverser la ville de Roye ; c'était, du reste, la seule route possible de Paris ou de Compiègne à Nesle. Dans cette assemblée, le Roi promit de reprendre Ingeburge et le légat leva l'interdit, qui avait duré huit mois. « Aussitôt on sonna a toutes les cloches des églises et la joie fut grande parmi « le peuple. »
Agnès de Méranie mourut de chagrin en 1207 ; le roi avait eu d'elle un fils nommé Philippe qu'il maria, après la bataille de Bouvines, avec la fille de Renaud de Dammartin comte de Boulogne. C'est au mois d'août, au Palais de Compiègne, qu'eut lieu le contrat de mariage de Mathilde avec Philippe ; Barthélémy de Roye signe à l'acte comme garant des conventions : Has conventioncs fecit nobis jtirari dominus rex à fideli milite Bartholomeo de Roià.
AU mois de Juin 1206, Philippe-Auguste ordonne à Barthélémy de Roye de se rendre à Courtrai dans Toctave de la Saint Jean-Baptiste, à la rencontre de Philippe, comte de Namur, et de faire jurer aux barons et aux communes de Flandre et de Hainault l'observation du traité conclu entre le roi et le comte de Namur, touchant la garde et le mariage des filles de l'empereur Baudouin et concernant le mariage du comte de Namur avec Marie, fille de Philipe- ÂQguste. Le roi déclare en août, que le mariage de Marie n'aura lieu que dans quatre ans, à partir du vingtième jour après la prochaine fête de Noël. Bartiiélemy garantit l'exécution de cette convention.
Le roi Richard étant mort (1199), Jean-sans-Terre s'empara de la couronne d'Angleterre, au préjudice d'Arthur de Bretagne. Au mois de mai (1200) , un traité d'alliance fut conclu entre le roi Jean et Philippe- Auguste. Barthélémy de Roye assiste à l'acte et lui donne la garantie de sa signature : Domintis rex Franciœ dédit nohis securitaies de hominibus suis seilicet : Bartholomeo de Roià.
Vers cette époque, Henri de Chessoi, seigneur du Chessoy près Laucourt, fonde une chapelle sous le vocable de Notre-Dame, dont il donne la présentation à révoque Richard, qui approuve cette fondation par une charte du 6 février 1206. Henri dota la chapelle de la dîme de Hussoy ou Houssoy, près de Remaugies, et abandonna une masiu:e pour la demeure du chapelain, chargé de dire deux messes par mois. Cette chapelle existait encore il y a peu d'années ; on voit .son emplacement à Tangle du chemin de Laucourt au Chessoy.
Une cinquième croisade ayant été prêchée par Foulques, curé de Neuilly, Geoffroy de Crémery, chevalier, seigneur de Crémery, au moment de partir pour Jérusalem, donne à l'abbaye d'Ourscamp des terres situées à Lassigny.
Renier ou Renaut de Magny (Guiscard), chevalier, fait partie de cette croisade ; en son absence, sa femme Mauduite, châtelaine de Coucy, fait aussi aux mêmes reli* gieux, des libéralités que son mari approuve à son retour. Bernard de Moreuil rapporta de ce voyage d'Outre-Mer la relique delà Sainte-Larme dont il fit don à l'abbaye de Selincourt. Thibaut, comte de Champagne, était à la tête de cette expédition, qui n'alla pas en Terre-Sainte, mais qui s'empara de Constantinople, dont Evdes de Roye fut nommé connétable pour sa belle conduite; Ville- Hardoin cite encore un Amaury de Roye comme ayant été patriarche de Jérusalem.
Jean sans Terre ayant assassiné Arthur de Bretagne, le roi de France, comme suzerain, somma Jean d'Angleterre de comparaître devant la Cour des Pairs du royaume; Jean ayant refusé de se présenter, la Cour ordonna la confiscation des provinces qu'il tenait en fiefs de la Couronne de France. Philippe- Auguste marcha sur la Normandie et s'empara de Rouen ; la ville se soumit au roi par un traité de reddition que signent : Barthélémy de Roye et Raoul de Roye, le l'*" juin 1204.
Maître de la Normandie, Philippe-Auguste distribua des domaines à ses compagnons d'armes ; par une charte datée de Pans, la dix-huitième année de son règne, le roi donne à son fidèle Barthélémy de Roye dilecto et fideli le château d'Acquigny (Eure), avec toutes ses dépendances, en récompense de ses nombreux et importants services.
Le seigneur de Roye devait bientôt prouver au monarque toute sa gratitude. Accompagné de Raoul de Roye, de Jean de Roye, chevaliers portant bannières, il assista à la bataille de Bouvines, dans laquelle il se distingua par son attachement pour la personne du roi.
Après les fêtes de Pâques 1214, avant rafTaire de Bouvines, il fut dressé une espèce d'arrière-ban contenant les noms des principaux seigneurs. On voit par ce document, que la comtesse Aliéner de Yermandois, qui n'était pas morte encore, devait au roi cent livres de rente, à la Saint-Jean, pour les biens qu'elle possédait à Roye et à Montdidier.
Othon IV, Ferrand comte de Flandre et Renaud de Dammartin comte de Clermont, se liguent contre le roi de France et rassemblent des troupes à Yalenciennes. A cette nouvelle, Philippe-Auguste convoque le ban et rarrière ban, et assigne la ville de Péronne comme le lieu de rendez-vous des milices des communes du Vermandois, pom* le 10 juillet 1214. Barthélémy de Roye, à la tète du contingent armé de son comté, se rend à Péronne.
Philippe-Auguste part de cette dernière ville avec son armée le 21 juillet et arrive à Tournay où il passe ses troupes aoi revue ; il continuait sa route vers Lille, lorsqu'une partie des nûlices françaises qui s'était déjà engagée sor le pont de Bouvines aperçut Tannée ennemie. On avertit le Boi; aussitôt il monte à cheval et donne Tordre de fiiiie létrograder les colonnes qui avaient franchi le pont Pendant ce temps, Tennemi qui se disposait à combattre, eifcirtait un mouvement dont le résultat fut de
le mettre dans la position désavantageuse d^avoir dans les yeux le soleiL € qui fu pins chan et plus ardent dans cette journée qae il aroit esté devant. »
Voîei qii*€£& était la disposition des deux armées : du cdté des Fn^çû. > n s^étaît placé au centre, ayant avec lui GiAanne des Iforres. Barthélémy de Bore c zsaàea homme d sa^ >, Pierre Mauroisin^ Gérard Latrul^, Raoul et iean de Bore. cberaiiers-banneFets. Jean de RoufPOT- Heair: îe Ci*e&sC'T ei uiie fcuie d'autres cLtrraJers.
Galon de Montigny portait l'étendard aux fleurs de lys d'or ; l'aile droite était commandée par le duc de Bourgogne et le comte de Saint-Paul ; l'aile gauche par le comte de Dreux. Le centre de l'armée ennemie était commandé par l'empereur Othon; il avait à sa gauche les Flamands, dirigés par le comte Ferrand et qui faisaient face à l'aile droite des Français, à sa droite, le comte de Boulogne, opposé à notre aile gauche. Ce qui contribua à rendre la journée très meurtrière, c'est que Ferrand et le comte de Boulogne, tendaient chacun de leur côté, à percer jusqu'au centre de l'armée française, où se trouvait le roi, objet de leur haine personnelle.
Le combat s'engagea à l'aile droite, là se trouvaient : Eudes, duc de Bourgogne, avec d'autres seigneurs, et notamment cent quatre-vingts chevaliers de Champagne. Cette aile droite avait été massée en un seul corps par révoque de Senlis Garin qui, sans se battre, dirigeait tous les mouvements ; il détacha des sergents à cheval pour commencer l'attaque. Les Flamands, qui brûlaient d'en venir aux mains, indignés qu'on les fit charger par de simples cavaliers et non par des chevaliers, ne s'engagèrent pas, ils se contentaient de les recevoir rudement et de tuer leurs chevaux ; néanmoins les Champenois eurent un premier succès qui fut appuyé par de vigoureuses charges du comte de Saint-Paul, du seigneur de Roye et de Mathieu de Montmorency. Pendant que ces chevaliers entamaient les Flamands, le vicomte de Melun les prenait en flanc ; après trois heures . d'une lutte acharnée, « Ferrand fu abatu à terre et blessé et navré de maint a gran plaie, fu pris, lié, si longuement se fu combattu « que il étoit ainsy comme demi mort, ni ne povoit plus a: la bataille endurer. » Il se rendit à Barthélémy de Roye
et à Hue de Moreuil ; tous les Flamands furent tués ou faits prisonniers.
Guillaume de Garlande et le sire de Roye « qui estoient < bons chevaliers et sages jugèrent et dirent que ce estoit c moult périlleux de laissier le Roi derrière eux, ainsi c seul. » Ils résolurent donc de retourner près de sa personne. Barthélémy rallie ses hommes d'armes au cri de : Roye ! au seigneu} de Roye ! et les lance au secours des troupes royales. Les légions des communes qui avaient passé le pont revenaient sur leurs pas et allaient en toute hâte se ranger devant le roi de France, qui avait fort à faire pour tenir contre Othon et sa puissante cavalerie allemande. En effet, ces ennemis qui en voulaient surtout au monarque français, eurent bientôt culbuté les communes et vinrent se heurter contre une partie de la gendarmerie française, qui s'était lancée au-devant du roi. Mais, pendant qu'elle arrêtait ainsi l'effort de la cavalerie allemande, des piétons de l'ennemi enveloppaient le point où se trouvait Philippe-Auguste, et pénétraient jusqu'à lui. Quelquesans l'atteignirent et, à l'aide de leurs lances à crochets, le tirèrent à bas de son cheval.
PhiUppe, blessé, désarçonné et foulé aux pieds des chevaux, allait perdre la vie, lorsque Pierre Tristan lui fit mi rempart de son corps ; le sire de Roye, le sire d'Estain lai présentèrent un cheval, c Le Roy saillit sus et monta c au destrier plus légèrement que nul ne cuidoit. )» Le roi remonté à cheval fit recommencer le combat avec une nouvelle ardeur ; le danger qu'il avait couru porta au comble la fureur des Français, rien ne put y résister. En un instant, l'armée ennemie fat enfoncée de toutes parts; Othon ne dut la vie qu'à la vitesse de son cheval.
Victorieux à l'aile droite comme au centre, l'armée française triomphait à l'aile gauche ; le comte Renaud blessé
par Pierre de la Toumelle, rendait son épée à Gaultier dtr^iFontaine.
Telle fut la bataille de Bouvines dans laquelle les habitants de Roye, comme les autres Picards, firent des prodiges de valeur ; un grand nombre périt : six chevaliers de la commune de Roye tombèrent au pouvoir de l'ennemi et furent faits prisonniers. Ce sont : Ârnoult de Cressy, Gillebert-le-Cornu, Gaudefroy-brise-Tête, Gaulthier dit Long-Bec, Bernard-le-Prêtre et Baudoin.
Bien que des historiens modernes ne citent pas la commune de Roye au nombre de celles qui assistèrent à la bataiUe de Bouvines, il est incontestable que les sires de Roye qui figurent à cette affaire, Raoul de Roye comme vavasseur, Jean de Roye, comme chevalier portant bannière, et Barthélémy avaient amené avec eux le contingent armé de leurs communes. Les milices étaient en campagne depuis plus de quarante jours, temps pendant lequel elles devient Tost au roi : pour les récompenser, Phillîppe- Auguste leur abandonna quelques prisonniers qui durent pour être libres payer de fortes rançons.
Barthélémy de Roye accompagna son prisonnier lorsque Philippe-Auguste fit son entrée triomphale à Paris. Le comte de Flandre suivait le char royal enchidné dans une espèce de litière ouverte et exposé aux brocards de la populace, qui l'accablait de sanglantes railleries, c Ce &tal « chariot était tiré par quatre chevaux alezans qu'on « nommait alors ferrants^ ce qui donna lieu à la chanson « que fît le peuple :
Quatre ferrants Bien ferrés.
Traînaient Ferrand Bien enferré.
Ferrand fat ensuite mené -à Péronne et enfermé dans le ehâteau ; il obtint plus tard sa liberté.
Odon IV, seigneur de Ham, confirme par une charte du mois de novembre 1216, la donation de douze muids de blé à prendre sur la dime de libermont que fait à l'église de Biare, Jean de Libermont ; Odon fonde dans cette église, un anniversaire pour le repos de son âme. Cet acte du cartulaire de la cathédrale de Noyon, portait le sceau d'Odon, qui le représente à cheval, tenant une épée de la main droite, avec cette légende : « $. ®àùnx^ ïùmm 4^ lam. Raoul Flamand, seigneur de Carrépuits, confirme l'aumône que foit son frère Rerre seigneur de Biare, d'une terre qu'il tenait en fief de Raoul, pour bâtir à Biare une église neuve, pour faire bénir le cimetière et pour construire un presbytère. Cet acte est de 1220.
Renaud de Roye fut seigneur de Biare du chef de sa mère fille ainée de Péronnelle de Nesle ; cette seigneurie passa ensuite dans les mains de Jean de Y, qui l'acheta le 18 juin 1392. Pierre Turpin, maire de Roye, fut aussi seigneur de Biare en 1638. Ce village avait autrefois un château et un couvent qui furent ruinés par les Bourguignons. •(1472.)
Nous avoûs dit que Barthélémy de Roye était le fondateur de l'abbaye de Joyenval {gaudii vallisj^ et qu'il y était inhumé ; sa tombe dont nous avons donné l'inscription, portait aussi le nom du graveur : HvGO de Plailu, me feeit.
Joyenval était d'abord un prieuré de l'ordre de Prémontré ; en juillet 1220, Barthélémy donna, du consentement de sa femme, un emplacement pour élever l'abbaye, puis soixante quinze arpents de bois, trente-cinq arpents de terre, plus treize. livres de rente à prendre sur son hôtel sis à Paris et sa ferme de Gônesse avec toutes les dépen-
dances. Après sa mort et celle- de Pétronille, les religieux devaient avoir toutes les prairies situées dans File de Malvoisine au pont de Mantes et les vignes de Maule. Cette fondation fut approuvée par Philippe-Auguste.
Une église fut construite et la dédicace eut lieu en 1224 ; à cette occasion, le Chambrier enrichit Tabbaye des reliques de saint Laurent qu'il avait obtenues du Souverain Pontife. Le premier abbé du monastère fiit Guillaume de Picardie.
Les filles de Barthélémy firent aussi de nombreuses libéralités aux moines. AUx de Roye leur donna deux livres parisis sur le tonlieu de Roye. Son fils Jean de Nesle, sire de Flavy, ajouta dix livres de rente annuelle. Amicie de Roye légua deux livres parisis, à prendre sur ses biens apud montem calvum (Montchauvet), et sur les prairies de Herbelot; son obit se disait le 28 juillet. Marguerite de Roye, dame de Guerbigny, décédée en 1268, feit pour ie repos de son âme, une aumône de vingt livres de rente sur ses domaines de Thourotte et de Laforèt. Les neveux de Barthélémy sont dits c insignes bienfaiteurs v de Joyenval. Marie de Roye et Jean de Poissy lèguent cinquante écus de revenu annuel et tous leurs biens in portu domibus. Jean de Roye fonde une chapelle dans laquelle il est enterré.
La manse abbatiale fut, en 1697, réunie à Tévêché de Chartres ; en 1766, il y avait à Joyenval cinq religieux, deux novices et six externes. L'abbaye disparut à la Révolution ; elle était située près du désert de Retz, au nord de la forêt de Marly. Joyenval n'est plus aujourd'hui qu'un hameau dépendant de la commune de Chambourcy, à cinq kilomètres * de Saint-Germain. {Renseignements communia gués par M. le chanoine J . Corblct.)
Philippe-Auguste accablé par les fatigues plus que par rage, était dévoré par une fièvre lente ; il voulut revenir à Paris, mais la mort le surprit à Mantes le 14 juillet 1223, à rage de cinquante huit ans. Philippe se sentant affaiblir, avait fait son testament au mois de septembreM222, étant au château de Saînt-Germain-en-Laye. Par cet acte, le roi nomme pour ses exécuteurs testamentaires : Garin, évèque de Senlis, et Barthélémy de Roye, chambrier de France : Hujus testamenti constituimus dilectos et fidèles nostros Bartbolomeum de Roià Franciœ camerarium... Philippe faisait des libéralités aux pauvres et aux lépreux de Paris ; il donnait dix mille livres à sa femme Ingeburge, autant à son fils Philippe, et ses joyaux à Tabbaye de Saint-Denis, où il voulait èti*e inhumé.
Le choix du roi en faveur de Barthélémy prouve Testime, la considération qui entouraient le sire de Roye ; déjà, on se le rappelle, il avait été l'exécuteur testamentaire de la reine Isabelle.
Un anniversaire se célébrait dans l'abbaye de Joyenval, le 14 juillet, pour le repos de l'âme du feu roi, qui s'était associé aux bonnes œuvres de son Chambrier.
Louis VIII, un instant roi d'Angleterre, succéda à son père Philippe-Auguste ; il confirma la charte de Commune que le roi avait octroyée aux habitants de Beau vais en 1182, et Barthélémy de Roye signa cette charte comme chambrier de France.
Le roi continuait les projets formés par son père pour .déUvrer les provinces que les Anglais occupaient encore en France, lorsqu'il .en fut empêché par la révolte des Albigeois. Le monai*que convoque, au mois de janvier 1225, les Grands du royaume pour aviser aux moyens de repousser cette sédition ; le comte de Roucy, Jean de Nesle, Jean de Roye, s'empressent d'offrir au prince le secours
de leur vaillance. Mais atteint d'une maladie contagieuse, Louis VIII mourut à Montpensier^ le 8 novembre 1226, laissant à la Léproserie de Roye la somme de cent sols.
Lorsque Louis IX son fils parvint au trône, il n'était âgé que de douze ans ; sa mère Blanche de Castille fut régente. Â la fin de Tannée 1227, Philippe Hurepel comte de Boulogne, renouvela la Ugue formée contre la régence de la reine-mère. Le comte de Champagne Thibaut VI et le duc de Bretagne entrèrent avec le comte de Boulogne dans le complot, dont le but était de s'emparer du jeune Louis et d'enlever la régence a Blanche de Castille. Il parait même qu'il fut un instant question, entre les rebelles, de détrôner Louis IX et de mettre à sa place Enguerrand de Coucy.
Dans ces circonstances difficiles, la reine Blanche voulut rallier autour d'elle toutes les forces de la couronne et s'assurer de la bourgeoisie, contre les seigneurs révoltés. Une formule de serment fut envoyée aux communes qui relevaient immédiatement de la couronne. La ville de Roye répondit à l'appel de la Régente ; le maire Raoul et les habitants jurèrent, par un acte du mois d'octobre 1228, de défendre de tout leur pouvoir « le corps, les membres, la vie et Thonneur de leur très cher seigneur Louis et de la Reine, sa mère. ]>
Voici ce document :
JURAMENTUM COMMUNIŒ DE ROIA
c Universis ad quos présentes lilterœ pervenerint major « et juratores Royœ lalutcm. Noverit universitas vestra « nos jurasse quod pro toto posse nostro fiàelitcr serves « bimus corpuSj membra, vitam et honorem terrenum flc karissimi domini nostri Ludovici régis Franeie^ illus^
« Iris et domine regina malris ejus et ftltorum suoriim, € el ddheribimus et nos tenebimus eidem domino régi « et domine regine matri ejus et fdiis suis contra omnes a homines et feminas qui possunt vivere et mori. In c cujus rei testimonium sigilhim nostrum presentibtis « littcris duximus apponendum. Aclum anno àomini « MCCXX cctavo mense octobri, »
A cet acte était appendu un sceau rond en cire blonde à double queue, en cuvette, de soixante-treize millimètres, représentant un homme à cheval en costume civil, tenant un bâton noueux à la main, tête nue et tournée vers la
droite, avec ces mots : * ^tjjillrm uiagori^ j^t juratorLiim
^oit^. Le contre-sceau : Un lion passant à gauche^ avec cette légende: ^qtwtum gigiUrm ammiinti^ ^ioî^.
Cette démonstration de la part de la ville de Roye et des autres communes soumises à l'autorité royale, ainsi que la défection du comte de Champagne, firent échouer le complot.
Dans un dénombrement que fait à Louis IX en 1230, Jean sire de Nesle, il se reconnaît homme lige du roi pour les terres qu'il possédait à Etalon, Ciu'chy, Marché, le Montel, Roiglise, et pour les mairies de Septfours et de Bouchoir; il déclare, en outre, avoir comme hommes qu'il tient du roi, messires Barthélémy de Roye, Simon de Dargies, Jean de Roye fils de Raoul de Roye et Florent de Hangest. Ce Jean de Nesle était frère de Raoul, seigneur de Falvy, qui avait épousé Alix de Roye fille de Barthélémy; Gertrude, sa sœur, était femme de Hugues de France, comte de Vermandois.
Le roi peu après son mariage avec Marguerite, comtesse de Provence, se disposa à une expédition en Bretagne, car la trêve faite avec Henri III et Mauclerc expirait en juillet 1234; Louis fit appel au concours des comtes de
Ponthieu, à la noblesse de Yermandois et à la commune de Roye, qui lui envoya des secours en hommes et en argent ce deux mille livres parisis et plus j> (cinquante mille firancs), d'après un compte de la commune de 1259.
Au mois de septembre 1236, des lettres du roi furent adressées aux habitants de Roye ; ces lettres confirmaient les droits et les privilèges de la Commune et obhgeaient les Royens à reconnaître tenir du Chapitre de Soissons, trois journaux de terre situés dans la banlieue de Roye, moyennant quatre-vingts livres parisis ou quarante marcs sterling, dans le cas où la monnaie parisis viendrait à être affaiblie.
Cette charte portait un grand sceau en cire verte pendant en lacs de soie rouge et verte, sur lequel le roi était représenté en habits royaux et assis sur un trône ; le contre-scel offrait une fleur de lys.
Un accord intervient en avril 1237, entre Jean, châtelain de Noyon et Tévèque Nicolas de Roye, touchant la justice sur le terroir d'Ercheii, avec l'assentiment du chapitre de la Cathédrale, auquel appartenaient Tautel et la dîme d'Ercheu ; un diplôme du roi Louis IX confirme cet accord.
Au mois de juin de Tannée suivante eut lieu à Compiègne, un splendide tournoi donné en présence de saint Louis, à l'occasion de l'hommage rendu au roi par le comte de Flandre Thomas de Savoie et la comtesse Jeanne, sa femme ; le sire de Roye Mathieu assistait à cette fête, avec Jean de Falvy, qui avait alors son hôtel à Roye.
Louis IX, voulant punir de sa révolte le comte de la Marche, convoque en 1242, une semonce ou revue à Chinon ; puis il marcha contre les Anglais qui soutenaient le vassal révolté. Le roi les battit à la journée de Taillebourg, passa le pont sur la Charente, rencontra les alliés à Saintes et leur fit éprouver une nouvelle défaite. La
commune de Roye soutint le monarque de ses deniers et de ses soldats : Âubert de Hangest était au nombre des combattants.
 cette époque, tous les vassaux de la couronne, les hommes valides^ devaient le service militaire ; ils étaient convoqués à des semonces. En 1253, la commune de Roye envoya trois cents sergents à pied à la semonce qui eut lieti dans la ville d'Issoudun, au mois de septembre, le samedi après la fête de TAnnonciation.
Chaque sergent recevait douze deniers par jour,, ceux qui voulaient s'exonérer du service payaient une certaine somme au roi. Le nombre des sergents qu'une commune devait fournir à l'armée était de six par cent feux ; d'après cette donnée, on pourrait supposer que la ville comptait alors cinq mille feux, ce qui est invraisemblable. C'est par la châtellenie de Roye, plutôt que par la ville, que ce con^ tingent fut fourni. Il est bon de remarquer encore que les détenteurs de fiefs étaient tenus de fournir des hommes d'armes, suivant l'importance de leurs revenus.
Les seigneurs de Roye étaient les chefs militaires de ces milices, elles les suivaient dans les campagnes que faisaient les sires de Roye, comme on le voit par un compte de la Commune.
Saint Louis se croisa en 1248, avec son frère Robert de France, comte d'Artois; Mathieu P*" sire de Roye, fit partie de cette croisade, ainsi que d'autres seigneurs du pays. On voit les armes de Mathieu de Roye, dans la salle des Croisades du palais de Versailles.
Le roi, après avoir pris Damiette et fait éclater sa valeur à la bataille de la Massoure, fut fait prisonnier par les Sarrasins en 1250. Cette expédition lointaine et la rançon du roi vinrent imposer à la Commune de nouveaux sacrifices et augmenter le malaise des populations.
Beaucoup d'habitants ne pouvaient plus payer la taille^ qui fut levée jusqu'à quatre fois la même année ; à cause de leur povreté. ils s'acquittaient par semaine.
Le roi rentra en France après la mort de sa mère (J252). Au mois de novembre 1255, Louis IX, venant de Saint-Just et se rendant à Corbie, s'arrêta dans la ville de Montdidier ; quelques historiens (Dom Grenier) prétendent que le monarque vint à Roye. Nous n'avons pu vérifier l'exactitude de ce fait : toutefois il est vraisemblable que saint Louis ait désiré visiter une ville qui lui avait donné des preuves d'attachement. La reine Blanche était bienfaitrice de la collégiale de Saint-Florent, un service se Cilébrait annuellement pour le repos de son âme.
L'année suivante, le roi assista à Péronne, à la translation des reliques de saint Fursy dans une nouvelle châsse. Cette cérémonie avait attiré plusieurs évèques, un grand nombre de religieux et de personnages de distinction ; le doyen de la Collégiale, Jacques des Essonnes, y était présent. En 1245, saint Louis était encore venu à Péronne présider un parlement qu'il avait convoqué dans cette ville, au sujet du partage de la succession de Bouchard d'Avesnes, entre les enfants de Marguerite. Dans ces différents voyages à Péronne, soit que le roi vienne de Paris ou de Compiègne, il a pu traverser la ville de Roye.
D'après un ancien compte de la Commune dressé l'an de rincarnation 1259, on voit que la ville fit de grandes dépenses, parce que tous les habitants qui a armes po voient porter », furent obligés d'aller, sous le commandement du seigneur de Roye, à l'armée du comte d'Anjou en Hainaut, à Crevecœur et à Saint-Quentin. La guerre de Hainaut, dont il est ici question, est l'expédition que Charles d'Anjou, frère du roi, entreprit en 1254, à la suite de la cession de cette province, qui lui avait été faite
par Mat^erite comtesse de Flandre, au préjudice de la famille d'Avesnes.
Saint Louis, après avoir signé la paix avec Henri lit roi d'Angleterre, fit un nouveau voyage en Terre-Sainte ; avant son départ, U institua comme régent du royaume, Raoul de Nesle, époux d'Alix de Roye. Mathieu de Roye accompagna encore saint Louis, qui mourut de la peste en 1270 ; son fils Philippe le Hardi ramena ses restes en France.
Nous avons dit que le village d'Ercheu tirait son nom de la présence d'une forteresse ; en effet, on voit par un actô de 1264, que Simon fils de Jean d'Ercheu, chevalier, vend à l'Evêché de Noyon, moyennant soixante-douze livres parisLs a une motte entourée de fossés pleins d'eau, avec une maison bâtie sur la motte, un jardin et un préau. » Ce château dont la tour servait habituellement de refuge aux habitants quand l'ennemi tenait la campagne, était en ruines, il avait été détruit a: dans les guerres de la reine de Hongrie. j>
Plus tard il fut rebâti, puis démoli au commencement de ce siècle ; lors de la démolition de la tour de l'Est, on trouva dans les fondations, des pierres portant des sculptures et des peintures murales, qui avaient dû appartenir i un monument antérieur au château. L'emplacement de cette forteresse est rappelé par le lieu dit la Motte « près de la sole de VEchafaud », sur le chemin de Roye.
En temps de guerre, la châtellenie de Roye devait fournir à l'armée royale, pour les semonces ou autrement, trois cents sergents à pied et deux chariots ; en 1253, un édit royal fixa à cent le nombre des sergents et à deux chariots le contingent à fournir par la commune de Roye.
Les chevaliers et les hommes d'armes de Roye soDt mandés à Tours pour assister au ban fait par le roi Philippe le Hardi, en 1272.
Deux ans plus tard, sur les ordres de Gautier BardinSi bailli du Yermandois, adressés au maire, la Ville envoie, à ses frais, cent sergents dans la cité de Troyes, où le roi devait faire la semonce dans l'octave de la Nativité de la Sainte-Vierge.
Cette semonce, comme les précédentes, étaient uue lourde charge pour la Commune, déjà fort obérée ; un arrêt du Parlement de 1279, enjoint au maire et aux jurés de Roye de faire lever la taille sur les habitants, afin de payer les dettes de la Ville qui étaient énormes.
Parmi les seigneurs de la châtellenie de Roye qui se rendirent à cette convocation, se trouvaient comme chevaliers : Jean de Tilloy, Gilles de Catigny, Jean de Lessart, le seigneur de Tricot, Raoul d*£strées et le châtelain de Roye, Comme écuyers : l'héritier de Chaulne, celui de Roucy, Jehan de Chessoy, Bernard de Plessier et Jean Gambard d'Ercheu.
La seigneurie de Roye était représentée par les chevaliers : Jean de Remicourt, Hugues de Fieulaine, Raoul de Genvry, Régnier de Vendeuil, Raoul d'Inchy et Jean son fils. Par les écuyers : l'abbé d'Homblières, Jean de Golancourt, Colard de Vendeuil, Jean de Saint-Prix et autres.
En 1285 eut lieu l'expédition de Philippe VI en Espagne contre Pierre d'Aragon, qui avait dépossédé la maison d* Anjou du trône de Naples. Dans un combat qui eut lieu le 12 août, Mathieu de Roye se distingua entre tous les chevaliers. Les Espagnols, au nombre de deux mille fantassins et de trois cents cavaliers, s'étaient embusqués pour surprendre les convois qui arrivaient aux Français.
Un soldat s'en aperçut, en prévint le Connétable et le maréchal d'Harcourt; aussitôt cinq cents hommes sont commandés et se trouvent bientôt en présence des ennemis. Les chefs hésitent alors et délibèrent sur le parti qu'ils ont à prendre ; lorsque Mathieu de Roye, « chevalier pieux et sage d, leur dit : a Yoyez-là nos ennemis, il est veille de l'Assomption Notre-Dame, la douce vierge pucelle Marie nous aidera, prenez-en bon cœur en vous, car ils sont excommuniés. j> Aussitôt la troupe s'ébranle au cri de: Roye ! au seigneur de Roye ! tombe sur les Aragonais ; rien ne peut résister au choc des Français, et bientôt les ennemis sont mis en fuite, laissant bon nombre des leurs sur le champ de bataille.
Lorsqu'il fut question de la conquête du royaume de Naples et de la Sicile pour mettre en possession Charles d'Anjou, on convoqua l'arrière-ban de la châtellenie, les habitants de Roye firent partie de la milice du Vermandois, qui eut l'honneur de la victoire. (1285.)
Une contestation s'était élevée entre lifathieu de Ramburelles, jadis chantre de Roye {cantoreus) et le collecteur des tailles, au sujet de maître Jean de Houppeline, receveur des dîmes destinées à la Terre Sainte ; un arrêt du Parlement intervint : la Cour renvoie Jean de la plainte portée contre lui, et ordonne au Bailli de Vermandois de faire rendre à maître Mathieu bs biens qu'on loi avait saisis. (1288.)
Une autre difficulté surgit aussi entre les officiers du Domaine royal et l'abbaye de Saint-Eloi de Noyon, à propos de la justice sur le chemin de Roye à Crapeaumesnil. Un arrêt de la cour du Parlement de 1293, décida que le roi avait toute justice sur le chemin qui conduit de Roye à Grapeaumesnil et à Ressens.
En 1299 se fit la canonisatioii du roi saint Louis par le pape Boniface VIII ; les habitants de Roye se rendirent dans les églises pour f&ter le nouveau saint, auquel une chapelle fut dédiée.