CHAPITRE VII
SIÈGES, PRISE ET REPRISE DE LA VILLE PAR LES ORLÉANAIS ET PAR LES BOURGUIGNONS. — AFFAIRE DE BOUCHOIR. — ENGAGEMENT DE LA VILLE AU COMTE DE CHAROLAIS. — LOUIS XI LA RACHÈTE, — ELLE EST REPRISE PAR LE DUC DE BOURGOGNE. — LE ROI S'EN EMPARE, LA BRULE. — MISÈRE DES HABITANTS. — PESTE.
• Le siècle que nous nous proposons de parcourir fut pour la ville de Roye, fertile en événements.
Nous verrons tour à tour les Bourguignons et les Dauphinois se disputer la malheureuse cité, celle-ci se
débattre quelque temps dans leurs mains, pour succomber enfin sous la torche incendiaire d'un roi de France.
Aussi pouvons-nous dire, sans anticiper sur le récit des événements, que nous sommes arrivé à Tune des époques les plus désastreuses de notre histoire, et nous répéterons avec Tacite : a Opimum casibus^ atrox prœliis^ discors seditionibuSy ipsà etiam pace sœvum. j>
Par lettres du 4 novembre 1401, Charles VI établit dans la ville de Roye une chambre à sel répondaut au grenier à sel de Montdidier. La création de cet établissement fut un bienfait pour la ville, cent cinq paroisses venaient s'y approvisionner, son ressort s'étendait à trois lieues de Roye.
Deux partis se disputaient alors le pouvoir, la Maison d'Orléans et celle de Bourgogne. Jean-sans-Peur succéda à son père Philippe-le-Hardi mort en 1401 ; il hérita de sa haine contre le duc d'Orléans.
Le duc de Bourgogne, € par l'octroi du Roi », obtint le gouvernement de la province de Picardie. On se souvient qu'en 1402, la ville de Roye appartenait au duc d'Orléans, par la cession que lui en fit Charles VI. Dans le courant de l'année 1405, le duc d'Orléans avait adressé à la ville des lettres dans lesquelles il se justifiait des calomnies répandues contre lui par Jean de Bourgogne, il engageait les habitants à rester fidèles à sa cause.
A peine gouverneur de la Picardie, Jean-sans-Peur dirige ëes efforts contre Roye. La ville qui tenait le parti du duc d'Orléans, voulut résister aux Bourguignons ; Jean s'en empara de vive force et l'abandonna au pillage. C'était en 1406 qu'eut lieu cette prise, la première depuis l'abolition de la Commune.
La ville répara bientôt ses désastres, et son commerce n'avait rien perdu de son activité. Le marché se tenait sur
la Place près de l'église Saint-Florent ; il parait que le bruit causô par les marchands troublait le service divin, car le Chapitre de la Collégiale s'en plaignit au roi. Le 6 avril 1407, un arrêt fit défense aux négociants de vendre leurs denrées pendant la durée des offices. Déjà, en 1310, un arrêt du Parlement avait interdit aux marchands la fréquentation des appentis attenant- à la Collégiale ; cet arrêt mit alors fin à un procès qui s'étîdt élevé, à ce sujet, entre le Chapitre et l'Echevinage.
Après l'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407), la ville de Roye retourna au domaine royal, elle resta toutefois la possession de l'infortunée Valentine de Milan, qui en jouit jusqu'à sa mort arrivée le 4 décembre de l'année suivante.
Au mois de janvier 1411, le roi Charles YI accorda des lettres de rémission à Jean de Francières, écuyer, qui avait servi malgré lui, le parti contraire à celui du roi et qui avait été fait prisonnier à Roye par le Bailli de Senlis. C'est en considération des services qu'il avait rendus sous les ordres du sire de Longueville, que cette faveur lui fut accordée.
Le meurtre du duc d'Orléans inaugura une ère de massacres, la guerre recommença plus acharnée entre les deux factions. Jean-sans-Peur étant maître de Paris, les partisans du feu duc d'Orléans quittèrent la capitale, sous la bannière du comte d'Armagnac dont ils prirent le nom.
Le duc Jean de Bourbon et le comte d'Âlençon, à la tête d'un grand nombre de gens d'armes, se présentent devant Roye, au mois d'août 1411. Après quelques escarmouches, ils pénètrent dans la ville, n plus par fraude et par subtilité que par fait d'armes }» ; car les habitants qui ne savaient pas que les hostilités fussent recommencées,
furent surpris de cette brusque attaque. « Dès qu'ils eurent dîné, les ennemis firent appeler le gouverneur de la ville, qui commandait pour le Roi, et lui ordonnèrent de recevoir bon gré, malgré, une garnison d'Orléanais. » Puis, après avoir donné des ordres pour réparer les brèches faites aux murailles et mettre la ville à Tabri d'un coup de main, les Armagnacs quittèrent Roye pour se diriger vers Nesle.
Mais Jçan-sans-Peur, apprenant les progrès des Orléanais, pénètre en Picardie à la tête d'une armée nombreuse, composée de Flamands et de Bourguignons, s'empare de la ville de Ham et la livre au pillage. Justement effrayés, les bourgeois de Roye envoient des députés vers Jean- Sans-Peur pour lui représenter comment les Orléanais s'étaient emparés de leur \i\\e ; qu'ils l'avaient fait par surprise et qu'ils les avaient violentés pour leur imposer une garnison qui, du reste, s'était enfuie à l'approche du duc. Enfin, ils protestèrent de leur dévouement et offrirent au terrible Bourguignon les clefs de leur ville. Jean répondit aux députés : « qu'il était assez content des habitants » ; toutefois, il leur fit prêter serment solennel de ne recevoh* dans leurs murs ni les Orléanais, ni leurs alliés. Les députés heureux de cet accueil, retournèrent vers leurs compatriotes, pour leur annoncer les bonnes dispositions du duc de Bourgogne.
A son retour de Chauny, Jean-Sans-Peur vint à Roye et se logea dans la ville ; son armée composée de trente mille hommes et d'une nombreuse artillerie, campa dans la plaine du côté de Yerpillières, en tm lieu qui a conservé le nom de : Camp des Bourguignons. Etant à Roye, Jean envoya Pierre des Essarts, son conseiller, vers le duc de Nevers pour lui dire de diriger son armée vers Montdidier : le duc de Bourgogne après quelques jours passés
à Roye, marcha vers Montdidier. Cette ville était alors défendue par Jean de Hangest, grand-maître des arbalétriers et descendant de la Maison de Roye par Jean 1®^ du nom.
Les Orléanais s'étant mis en campagne, empêchèrent la jonction du duc de Nevers avec l'armée du duc de Bourgogne : cette diversion et la résistance des habitants de Montdidier forcèrent Jean à séjourner devant cette Place. Les Flamands qui composaient en grande partie l'armée des Bourguignons se révoltèrent, malgré toutes les instances du duc ils quittèrent l'armée et se retirèrent dans leur pays. Jean-sans*Peur obligé de lever le camp devant Montdidier, revint sur ses pas et entra à Roye vers le 20 septembre (1412). Puis il retourna à Paris, mais il fut obligé de céder la place aux Orléanais triomphants ; le duc se retira à Lille.
Bientôt les hostilités recommencèrent: avant de se mettre en campagne, Jean-Sans-Peur veut s'assurer du concours des villes de Picardie. Le 14 janvier 1413, les habitants de Roye reçoivent une lettre du duc par laquelle Jean, faisant appel à leur dévouement, les engage à lui envoyer des gens d'armes et assigne £péhy comme lieu de rendez-vous. Le 26 du même mois, Charles VI convoque à Montdidier ses fidèles sujets de la bonne ville de Roye. Dans ces circonstances difficiles, les habitants prirent le parti le plus sage, et ne répondirent à aucune invitation.
Le duc de Bourgogne se met en campagne; partant d'Arras pour aller à Paris, il se présente devant Péronne pour passer la Somme, mais les Péronnais s'opposent à l'exécution de ce projet ; il traverse la rivière à Esclusier, et de là parvient à Roye. Etant dans cette ville, il envoie à Compiègne son frère le duc de Nevers, pour traiter avec
les habitants, de son passage à travers leur ville qui était au roi ; ce ne fut que sur le vidimus des lettres adressées au duc de Bourgogne par le duc d'Aquitaine qu'ils y consentirent. La copie de ces lettres fut expédiée de Roye et porte ce préambule : c A tous ceux qui ces e présentes lettres verront Jean Clabaut, écuyer, garde de a par le Roi, du scel du bailliage de Yérmandois établi à «( Roye, salut. Scachent tous que le vingt-troisième jour a de février de Tan mil quatre cent et treize de par très a haut et très puissant prince monseigneur le duc de e: Bourgogne nous avait été exhibé et montré trois paires (c de lettres clauses et montré signées de très excellent et <t puissant prince monseigneur le duc d'Aquitaine, les- € quelles avons vues, tenues et lues de mot à mot et desquelles la teneur suit
m En témoing desquelles lettres dessus dites écrites, par « nous vues, lues et tenues, nous avons mis à cestes le c: scel dudit bailliage, sauf le droit du Roi notre sire et « Vautrui et fait à l'original, la collation faite en la pre- <K sence de Jean Billart ecuyer, garde de par le roi de la « prévoté de Roye et des terres exemptes de Chauny et « des ressorts de Roye, Jean Pille Harte, maître Guillaume <K de la Garde, maître Gaudefroy Baudouin, Brissart tabelc lion royal l'an et le jour dessus dits, ainsi signé : « Brissart. 3>
Après trois jours passés dans la ville, le duc quitta Roye et se dirigea vers Compiègne ; Charles VI, à la tète d'une nombreuse armée, marcha contre lui, il reprit successivement les villes de Compiègne, de Soissons et s'avança jusqu'à Saint-Quentin. Le 26 juin 1414, le Roi vint à Péronne, où il séjourna quelques jours ; puis il assista à la prise de Bapaume et au siège d'Arras que dirigeait le duc de Bourbon.
Un traité de paix ayant été conclu avec Jean-Sans-Peur, Charles VI retourna à Paris en passant par Péronne et par Roye, car la ville avait été reprise pour le Roi par Charles de Flavy, gouverneur de Compiègne ; les Echevins présentèrent au monarque les clefs de la cité et lui offrirent quelques lots de vin.
Henri V, roi d'Angleterre, profitant des divisions de la Cour, déclara la guerre à la France (juillet 1415). Les Anglais envahissent le sol français et assiègent la ville d'Harfleur. Charles VI faisant appel à toute la noblesse, court au-devant des ennemis ; Mathieu de Roye vient se ranger sous la bannière royale. Les armées se rencontrent près du château d'Azincourt et en viennent aux mains. Les mauvaises dispositions prises par les chefs, la témérité de la noblesse française, amènent une défaite désastreuse, malgré la supériorité du nombre (25 octobre 1415).
Mathieu de Roye après avoir vaillamment combattu, après avoir reçu plusieurs blessures, fut fait prisonnier. Jean IV, sire de Créqui, mari de Jeanne de Roye, et Jean de Hangest trouvèrent la mort dans le combat.
L'issue de la bataille d'Azincourt augmenta ie désordre ; de nombreuses bandes armées composées de Bourguignons, à la tête desquelles était Jean Défosseux, parcouraient le Santerre, ravageant tout sur leur passage. Les environs de Roye ne furent pas épargnés. Ferry de Mailly s'empara des châteaux de Hangest et du Quesnel ; Lihons, Nesle furent pillés et incendiés. Enfin, Charles VI envoya sous les ordres du Bailli de Vermandois des troupes qui dispersèrent ces pillards et les massacrèrent sans merci ; les communes délivrées des ennemis, rentrèrent sous l'autorité royale.
La ville de Roye, toujours dévouée à son prince légitime, était revenue sous la domination du roi ; mais les
habitants, malheureux sous le gouvernement du faible Charles VI, crurent trouver plus de sécurité sous la main puissante de Jean-Sans-Peur. Le duc, en efiet, leur promettait par ses lettres datées de Hesdin, la tranquillité et la fin des exactions de toutes sortes, sous la violence desquelles ils succombaient. La ville se soumit de nouveau au duc de Bourgogne, espérant ainsi trouver quelque repos. Le découragement des Royens était profond ; sans cesse maltraités par l'un ou par l'autre parti, vainqueurs ou vaincus, ils suivaient les chances de la fortune et se donnaient à qui avait la force de les prendre. D'autres villes imitèrent l'exemple de Roye ; Gompiègne, Laon, Soissons, firent leur soumission. Jean de Roye ouvrit les portes de son château du Plessier à Philippe de Saveuse. Ce Jean était en même temps gouverneur de Chauny, il livra cette ville aux alliés du duc de Bourgogne.
L'année suivante (1418), le roi Charles VI ne pouvant payer à Philippe-le-Bon comte de Charolais, la dot de sa femme Michelle de France, et sur les instances de Jean-Sans-Peur, engagea au comte les châtellenies de Roye, Péronne et Montdidier, avec tous les droits, rentes, etc. Les lettres par lesquelles Charles VI fait part aux Royens de l'engagement de. ces villes, datées de Paris le 8 août 1418, sont signées par Bordes de la collégiale de Roye. Bordes sans doute secrétaire ou chancelier du Parlement, signait déjà en janvier 1411, des lettres de grâces accordées à Floridas de Moreuil, qui s'était déclaré contre le parti du roi.
Les trois villes consentirent à la ratification de l'engager ment, et furent alors réunies sous un même gouvernement, distinct de celui de la Picardie, et régies par un gouverneurparticulier ou grand bailli, qui avait le premier rang après celui de la province, mais sous l'autorité du comte
de Charolais. Le 26 août, le duc fit son entrée à Péronne, chef-lieu de son nouveau gouvernement.
Philippe-le-Bon prêta serment de fidélité à Charles VI le 14 avril 1419, pour les villes de Péronne, Montdidier et Roye, ainsi que le Roi en informe les bourgeois par de nouvelles lettres-patentes données à Troyes. Alors l'acte de cesssion reçut son entier accomplissement ; Baudot de Noyelles, seigneur de Davenescourt, fut nommé gouverneur-général pour le duc de Bourgogne. (7 septembre.)
Aussitôt la prise de possession des trois villes, le comte se mit en mesure de connaître la valeur de ses nouveaux domaines. Le 20 septembre, il avait chargé David Bourse, maître de ses comptes, de prendre des informations sur les produits des trois châtellenies. On voit par Tétat des revenus dûs au comte par la ville de Roye, qu'il existait des Echevins dans THÔlel-Commun. On lit, en effet : a La « prévoté de la ville et châtellenie de Roye fut bailliée à c la Chandeleur derrain passé, pour trois ans, commenc chant ledit jour de Chandeleur, à Pierre Potage, pour « chacun an, sauf le droit des Echevins qui est de « XII livres. » Le total des revenus pour Roye s'élevait à douze cent huit livres six sols. Dans* cette sopime était compris YOstel de V Echiquier qui appartenait au roi et qui rapportait au domaine XXII livres de rente annuelle.
Pendant ce temps, les Anglais étaient revenus* en France ; après s'être rendus maîtres de Rouen, ils se dirigèrent sur la ville de Roye, dont ils s'emparèrent, sans coup férir. Mais le duc de Bourgogne, ayant fait appel aux habitants de Péronne, ceux-ci envoyèrent des archers et des arbalétriers, avec des munitions de guerre et aidèrent ainsi les Bourguignons à recouvrer la ville, ce dont le duc les remercia vivement. (3 janvier 1419.)
La mort de Jean-Sans-Peur assassiné sur le pont de Montereau le 10 septembre, fut le signal de la reprise des hostilités, dont la ville de Roye devait être une des premières victimes.
Le comte de Charolais, duc de Bourgogne, adresse des lettres aux habitants pour les maintenir en son obéissance, il envoie en même temps des ouvriers pour travailler aux fortifications et charge Jean de Luxembourg de la défense du pays. Â cet efiet, ce capitaine rassemble un certain nombre de gens d'armes à Péronne, à la tète desquels sont : Philippe et Hector de Saveuse, le vidame d'Amiens, et autres seigneurs. Jean de Luxembourg, dans le but de s'emparer du château de Muyre que tenaient les Dauphinois, quitte Péronne pour aller loger à Lihons-en-Santerre. Jean des Quesnes dit Garados, qui était du parti du Dauphin, profitant de l'éloignement de Jean de Luxembourg, sortit la nuit de Compiègne à la tète de cinq cents combattants, accompagné de Charles de Flavy. Ils chevauchèrent toute la nuit et arrivèrent devant Roye. C'était le dimanche 10 décembre 1419, la ville n'était pas gardée, les bons habitants étaient encore plongés dans le sommeil. Les Dauphinois escaladent les murailles, entrent en grande partie dans la ville, arrivent sur la Place du Marché, en criant : Ville gagnée l vive le Roi et le Dauphin / A ces cris, les habitants s^éveillent, se jettent sur leurs armes et courent aui murailles ; mais bientôt ils voient toute résistance impossible. Garados avait ouvert les portes au reste de sa troupe. Perceval le Grand, capitaine de la ville pour le duc de Bourgogne, veut ralUer les bourgeois et charger les ennemis, mais les habitants saisis d'épouvante devant cette brusque attaque, s'enfuient dans toutes les directions. Le gouverneur, comprenant que tout était perdu, monte à
cheval et se dirige vers lihons, laissant dans la ville sa femme et ses enfants.
Dès que Jean de Luxembourg eut appris la nouvelle de la prise de Roye, il fit sonner la trompette, rassembla ses gens d'armes et se dirigea en toute hâte vers la ville. Il envoya en avant, des éclaireurs qui trouvèrent encore dressées contre les murailles les échelles qui avaient servi aux Dauphinois. Ces derniers pourtant faisaient bonne garde, et à la vue des coureurs bourguignons, ils comprirent qu'ils allaient être attaqués. Ils se disposèrent à la défense et firent pleuvoir sur les assaillants une grêle de flèches et de boulets. Jean de Luxembourg fait investir la ville par ses troupes et fixe son quartier-général à Roiglise, les Flamands campent vers Champien. On se bat avec acharnement de part et d'autre ; enfin, les Bourguignons s'emparent du faubourg de Saint-Gilles a clos de bonnes murailles }!>, non sans une vive résistance qui coûta la vie à un grand nombre de soldats, notamment au brave Rebretaignes, mort à Roye des suites de ses blessiu*es. Jean de Luxembourg voyant la ténacité des Dauphinois et n'ayant pas à sa disposition le matériel nécessaire pour faire un siège en règle, dépêcha le sire de Humbercourt à Amiens, à Noyon et à Corbie, afin qu'on lui envoyât des canons et des arbalétriers. Ces secours arrivèrent bientôt ; la ville de Noyon donna un canon et L livres de poudre. Jean de Luxembourg commença une attaque vigoureuse de la Place, la ville fut couverte de boulets et les murailles furent battues en brèche. Les Dauphinois, comprenant qu'ils ne pouvaient résister plus longtemps à un assaut, demandent à capituler. Ils avaient tenu six semaines, et ce ne fut que vers le 18 janvier 1420 qu'ils consentirent à se rendre. Jean de Luxembourg leur promit la vie sauve, à la condition qu'ils
n'emporteraient rien de ce qulls avaient pu prendre dans la ville. Ce chef leur donna un sauf-conduit et les confia à la loyauté d'Hector de Saveuse.
Tandis que les Dauphinois se dirigeaient tranquillement vers Compiègne, arrivèrent à Roye deux mille anglais commandés par le seigneur de Gornouailles, qui venaient prêter leur concours aux Bourguignons ; c'étaient ceux que Henri V avait fait expédier à Jean de Luxembourg, par ses lettres datées d'Aumale du 26 décembre 1419. Dès que les Anglais surent que les Dauphinois étaient partis pour Gompiègne, ils s'élancèrent à leur poursuite de toute la vitesse de leurs chevaux ; ils les atteignirent à trois lieues de cette ville, et là, sans sommation aucune, tombèrent sur eux à l'improviste. Les Dauphinois, qui ne s'attendaient pas à cette attaque, marchaient en désordre ; ils furent massacrés sans pitié, 'malgré leur sauf-conduit. Hector de Saveuse fit de dures remontrances au seigneur de Gornouailles, qui voulait emmener prisonnier Garados des Quesnes et le lui arracha même des mains : c Gornouailles, c lui dit-il, vous savez bien que vous ne pouvez les mettre € à finances et qu'ils ont sauf-conduit de votre capitaine !» Mais Gornouailles ne tenant aucun compte de ces observations, lui donne un coup de gantelet sur le bras et garde son prisonnier. Hector de Saveuse dévora cette insulte en silence parce que les Anglais étaient en plus grand nombre.
Garados et le sire de Flavy devinrent prisonniers des Anglais ; Harbonnières fut pris par Aubert de FollevUle qui le conduisit à Noyon et le fit décapiter. Les Anglais emmenant leurs prisonniers, allèrent se loger au village d'Amy. Hector de Saveuse retourna à Roye pour faire part de cet événement à Jean de Luxembourg. Gelui-ci en fut fort courroucé et envoya, le lendemain, réclamer les pri-
sonniers ; les Anglais refusèrent de les rendre. Jean de Luxembourg menaça de les prendre par la force ; Cornouailles répondit que s'il le faisait, il les mettrait à mort. Jean se rendit lui-même au camp des Anglais et ne put rien obtenir, sinon que les Dauphinois fussent traités avec certains égards. Carados des Quesnes et Charles de Flavy furent emmenés en Angleterre et n'obtinrent leur liberté qu'en payant une forte rançon.
Jean de Luxembourg, de retour à Roye, licencia une partie de son armée et se dirigea avec Hector de Saveuse, vers le Laonnois.
Charles VI mourut à Paris, en son hôtel Saint-Pol, le 22 octobre 1422 ; Henri V l'avait précédé dans la tombe (31 août). Les Anglais étaient à peu près maîtres de la France ; des bandes armées parcouraient le pays, les populations rurales étaient ruinées par les dévastations continuelles des ennemis, la famine la plus affreuse décimait les habitants. Les seigneurs n'étaient guère plus heureux ; enfin ils résolurent de s'entendre sur les moyens à prendre pour remédier à cet état de choses. Au mois de juillet 1423, les principaux seigneurs du Yermandois s'assemblèrent à Roye et avisèrent aux moyens de délivrer le sol français de la domination étrangère ; il fut résolu de reconnaître Charles VH comme héritier de la Couronne, de s'emparer de plusieurs places fortes et de les soumettre à l'autorité royale. Après cette assemblée, les seigneurs se retirèrent chez eux pour prendre les mesures nécessaires, mais la perte de la bataille de Vemeuil-en-Perche, dans laquelle périrent Louis de Bracquemont et Louis de Waucourt, déjoua leurs projets dont le secret fut bientôt divulgué ; il fallut que le seigneur Charles de Longueval, Regnaud, son frère, les sires de Maucourt, de Mailly prissent la fuite. Leurs seigneu-
ries et leurs biens furent saisis et mis entre les mains du roi d'Angleterre ; peu après ils furent appelés à ban par Henri VI. Plus tard, le sire de Maucourt fut arrêté par Robert-le-Jeune, bailli d'Amiens, et eut la tête tranchée dans cette ville. Regnaud de Longucval fut pris à son tour, mais à la prière de la femme de Jean de Luxembourg, il fut relâché. Pierre de Recourt fut écartelé sur la place de Grève à Paris.
A cette époque (1424), Guise était la seule ville de la Thiérache qui tenait encore pour le roi ; Jean de Luxembourg, ayant sous ses ordres les arbalétriers de Roye, alla mettre le siège devant le château. Les royalistes opposèrent une vigoureuse résistance, et ce ne fut que l'année suivante que le gouverneur Jean de Proisy rendit la ville de Guise au capitaine Bourguignon.
Au mois d'août 4423, le duc de Bedfort, régent du royaume de France pour Henri VI, vint rejoindre à Amiens Philippe de Bourgogne et le comte de Richement qui devait épouser Marguerite de Bourgogne, veuve de Louis, duc de Guyenne, frère de Charles VII. Dans cette entrevue, ces seigneurs, afin de fortifier le parti des Anglais en France, firent un traité appelé : de la Sainte-Alliance. Par cet acte daté du 17 avril, les signataires s'engageaient à vivre en bonne amitié, à se prêter secours réciproquement et à faire en sorte d'assurer la tranquillité du royaume, « afin qu'on y puisse cultiver les terres. »
Le 13 mai suivant, le duc de Bedfort épousa Anne de Bourgogne, sœur de Philippe-le-Bon, le mariage fut célébré à Troyes.
Le 29 septembre de la même année, Henri VI roi de France et d'Angleterre, par des lettres données à Paris, « transporte et délaisse les villes, châteaux et châtellenies de Péronne, ^lontdidier et Roye avec toutes leurs dépen-
dances » à Philippe duc de Bourgogne, son oncle, pour la somme de vingt mille livres parisis, destinée à le dédommager a des grandes charges, dépenses et labeurs y^, que le duc avait eus à supporter pendant la guerre.
Le duc de Bedfort demanda en dot à Philippe de Bourgogne, la cession des trois villes, sans pauvoir l'obtenir.
Les résultats de la guerre en France profitaient plus aux Anglais qu'aux Bourguignons, Philippe le comprenait bien, aussi était-il vivement sollicité de quitter le parti des Anglais, de mettre ses troupes au service de la France, et de délivrer le royaume de la présence des étrangers. Pour Fencourager et pour l'aider dans cette œuvre de libération, les villes de Montreuil^ de DouUens, d'Amiens, de Roye, de Péronne et de Montdidier lui offrirent des subsides ; elles s'étaient imposées jusqu'à la somme de trente-deux mille Uvres. (28 février 1425.)
Mais l'heure de la délivrance était sonnée, et ce que Philippe refusait d'entreprendre, une jeune fille le fera : Jeanne d'Arc sauvera la France.
Les Anglais perdaient du terrain, ils avaient été obligés de lever le siège d'Orléans, et Charles VII avait été sacré à Reims.
Après la prise d'Orléans, de Beaugency et d'autres villes, les Français excités par la présence de Jeanne d'Arc, poursuivaient leurs exploits : l'avant-garde sous les ordres du maréchal de Boussac et de la Hire, précédait l'armée forte d'environ huit mille combattants, à la tête desquels étaient le duc d'Alençon et le maréchal de Roye (Mathieu), a Chevauchez hardiment, on aura bon conduit» avait dit Jeanne d'Arc. Bientôt les coureurs aperçurent les Anglais et prévinrent les chefs de corps qui firent avancer leurs troupes. Les ennemis se voyant serrés de près, choisirent un terrain entouré de haies et de buissons et atten-
dirent les Français de pied ferme. Ceux-ci ne se firent pas désirer, ils se jetèrent vivement sur les Anglais « avant qu'ils pussent être en ordonnance, i» Après un combat terrible, les Anglais prirent la fiite, laissant sur le champ de bataille un grand nombre des leurs et plusieurs prisonniei's, parmi lesquels était le célèbre Talbot.
Telle fut la journée de Patay, dans laquelle le seigneur de Roye se distingua par sa valeur.
Vers la fin de septembre 1429, Philippe-le-Bon qui se rendait à Paris, appelé par le roi Henri, passa par Montdidier avec la duchesse de Bedfort sa sœur. A son retour, le duc traversa de nouveau cette ville, vint à Roye, pour s'en aller en Flandre par Péronne.
Au mois d'avril de Tannée suivante, le duc de Bourgogne réunit son armée à Péronne et la dirigea vers Montdidier, pour mettre le siège devant Gournay ; il quitta cette place pour aller à Noyon, en passant par Roye.
Son capitaine, Jean de Luxembourg, vint le rejoindre à Roye, puis ils se dirigèrent sur Conipiègne afm d'assiéger cette ville, qui s'était rendue à Charles VIL Baudot de Noyelles, gouverneur de Roye, avait établi un ouvrage avancé pour défendre la tète du pont sur l'Oise. C'est de ce côté que fut dirigée l'.attaque conduite par Jeanne d'Arc en personne. Guy de Roye et Aubert de FoUeville, partisans des Bourguignons, qui avaient leur camp au village de Clairoix, se firent surtout remarquer par leur impétuosité : leurs efforts échouèrent contre la bravoure des Français. Jean de Luxembourg fit mettre le feu à la bastille ; il abandonna son matériel d'artillerie, une partie de ses bagages et battit en retraite vers Pont-l'Évêque» au milieu de la nuit, et en assez mauvais ordre. Le samedi suivant, Jean de Luxembourg, accompagné du comte
anglais Huntindon, quitta Pont-l'Évèque et vint loger à Roye. (1430.)
Lie duc de Luxembourg emmenait avec lui Finfortunée Jeanne d'Arc faite jprisonnière sous les murs de Compiègne. Dans une sortie qu'elle avait entreprise avec une faible escorte, Jeanne avait été obligée de battre en retraite devant le nombre toujours croissant des Anglais et des Bourguignons ; elle allait rentrer dans la ville, lorsque Guillaume de Flavy, le gouverneur, voyant les ennemis prêts à franchir le boulevard, fit lever le pont-levis et ferma ainsi l'entrée à la pauvre héroïne. Elle fut poussée avec les siens dans l'angle formé par le flanc du boulevard et parle talus de la chaussée.
Tous les ennemis se ruaient contre elle, sa bannière s'agita en vain, la fidèle troupe de Jeanne n'était plus là. « Le saint étendard tomba renversé par des mains françaises, i» Jeanne luttait toujours.... Cinq à six cavaliei^ l'entourèrent et mirent tous à la fois la main sur elle et sur son cheval, chacun d'eux lui criait : « rendez-vous à merci, baillez la foi ! » — « J'ai juré, répondit-elle, et ce baillé ma foi à autre .qu'à vous, je lui en tiendrai mon c serment. »
Un archer picard la tira violemment par sa huque (casaque) de drap d'or. Elle tomba de cheval. L'archer et son maître, le bâtard de Vandomme, homme tfarmes au service de Jean de Luxembourg, s'emparèrent de Jeanne ; elle fut emmenée prisonnière à Margny.
Elle fut ensuite conduite sous bonne escorte au château de Beaulieu, situé à huit kilomètres de Roye, sur la route de Noyon ; elle fut enfermée dans une salle-basse à)e ta forteresse et confiée à la garde de l'écuyer Lionnel. « Là, Jeanne d'Arc, presque indifférente pour sa situation personnellOj s'abandonnait à de mortelles angoisser en
pensant aux habitants de Gompîègne qu'elle avait laissés en proie aux fureurs d'un siège, elle sentait bien que sa captivité afiaiblirait le courage du roi Charles et doublerait Tespoir et l'audace des assaillants, o: Que vont-ils devenir? répétait-elle sans cesse en versant des larmes, d
Un jour, elle parvint à passer entre deux pièces de bois mal jointes, déjà elle a pu traverser plusieurs chambres, bientôt elle sera libre, elle respire enfin ; une expression de bonheur anime son visage : <( 0 ma mère, pense-t-elle, comme tu seras heureuse en apprenant ma délivrance ! » A la faveur de son costume masculin, personne ne l'a remarquée : une troupe se dispose à sortir, elle va franchir le pont en même temps qu'elle, encore quelques instants, elle foulera l'herbe de la prairie, dans peu elle sera sous les murs de Compiègne : a le cœur de la jeune fille bondit de joie, ses lèvres murmurent une prière. »
Tout à coup un cri d'alarme se fait entendre, il retentit dans le château, on appelle : Aux armes ! le gardien a reconnu la pauvre Jeanne ; elle rentre calme dans la prison en disant : c II ne plaît pas à Dieu que j'échappe cette fois ! id
Cette tentative d'évasion effraya Jean de Luxembourg qui, craignant de perdre sa rançon, ordonna que Jeanne serait conduite à son château de Beaurevoir.
Jeanne» d'Arc était restée à Beaulieu pendant les mois de juin et de juillet, elle le quitta vers les premiers jours d'août.
Pendant sa captivité, ses ennemis tramaient sa perte et trafiquaient de sa personne ; Jean de Luxembourg vendit la Pucelle aux Anglais, pour dix mille francs d'écus d'or. « Ce fut avec de l'argent français qu'on paya le sang de Jeanne d'Arc. »
Jeanne partit ensuite pour le Crotoy et de là pour Rouen, ce fut sa dernière station, une mort aiïreuse Ty attendait. (30 mai 1431.)
Un auteur moderne prétend que ce n'est pas à Beaurevoir, près du Catelet, que fut enfermée Jeanne, mais au château de Beauvoir^ près d'Elincourt-Sainte-Marguerite. Une tradition constante confirme la présence de la Pucelle à Elincourt. Il peut se faire que de Margny ou de Coudun, Jeanne d'Arc eut été transférée au château de Beauvoir. Ce qu'il y a de certain, c'est que Jean de Luxembourg avait un intérêt puissant à éloigner sa captive du théâtre des hostilités ; un retour de fortune pouvait la lui ravir et la rendre aux chevaliers de l'armée royale victorieuse.
En 1455, alors qu'eut lieu la réhabilitation de cette héroïne, Guillaume Bouille, doyen de Sant-Florent de Roye, fut nommé par le Pape, commissaire, pour réviser le procès. Le doyen, avant que les juges ne rendissent leur sentence, prononça un discours qui avait pour texte : Mementote mirabilium ejus quœ fecit prodigia oris ejus^ et judicia oris ejus. {Psaume i04y verset V.)
Après la fuite des Anglais et des Bourguignons, le seigneur de Gamache fut nommé gouverneur de Compiègne, en remplacement de Guillaume de Flavy.
Gamache portait haut le sentiment de l'honneur. Un chevalier nommé Perin Templot, avait donné des témoignages de poltronnerie et avait abandonné son drapeau. Gamache le fait comparaître devant un tribunal composé des chevaliers de sa compagnie, parmi lesquels figurent : Antoine de Lannoy, Louis de Roye et Henri de Sourdeval. Perin, convaincu de lâcheté et accusé d'avoir fui devant l'ennemi, est condamné c à Mre dégradé de noblesse et du titre de chevalier. 7>
Le duc de Bourgogne qui avait été obligé de quitter le siège de Compiègne, était alors en Brabant. Lorsqu'il apprit la retraite de ses troupes, il convoqua les nobles de l'Artois pour obtenir une nouvelle levée d'hommes et vint à Péronne. De cette ville, il envoya une avant-garde sous les ordres de Thomas Kyriel, Jacques de Heilly et d'autres capitaines, qui devaient se diriger sur Uhons ; lui-même se disposait à les suivre, avec le gros de ses troupes, pour se porter à Guerbigny dont la forteresse était défendue par les Français. Les capitaines s'étaient logés dans les villages autour de Lihons ; le matin, ils se mirent en marche. Gérard de Brimeux, gouverneur de Roye, quittant cette ville à la tète d'environ quarante combattants, cherchait à rejoindre ses compagnons pour se diriger tous ensemble sur Guerbigny. Les troupes marchaient sans ordre, elles se répandaient dans la plaine, se livrant au plaisir de la chasse. Il arriva que Pothon de Xantrailles sortit de Guerbigny avec environ douze cents hommes, pour aller vers Lihons. En homme de guerre, Pothon faisait précéder ses troupes * par des éclaireurs ; tout à coup ceux-ci arrivent dire à leur chef qu'ils avaient vu, près de Bouchoir, un parti de Bourguignons qui marchait vers Guerbigny et dans le plus grand désordre. Pothon, à cette nouvelle, arrête ses troupes, fait apprêter les armes et donne l'ordre de marcher en avant ; les Bourguignons surpris, fuient de tous côtés. Cependant, Thomas Kyriel rallie autour de son étendard un certain nombre de gens d'armes, et combat vaillamment ; mais bientôt leur infériorité numérique les oblige à céder le terrain : ses soldats se sauvent, les uns vers Roye, les autres vers Lihons. Jacques de Heilly trouve la mort sur le champ de bataille, Gérard de Brimeux est vivement poursuivi et tombe entre les mains des Français. Les morts furent enterrés dans le
cimetière de Bouchoir, Tendroit s'appelle encore : Place du Martroy ou Martelois.
Philippe de Bourgogne apprit le jour même l'événement de Bouchoir, il rassembla immédiatement ses principaux officiers et vint le lendemain loger à Roye. Le duc séjourna huit jours dans la ville, attendant les renforts que devait lui amener le comte de Staffort. Tandis qu'il était à Roye, Pothon de Xantrailles et quelques capitaines, à la tête d'environ seize cents hommes, vinrent de Guerbigny et se logèrent dans les villages de Laucouii; et d'Ârmancourt. Le lendemain, ils firent offrir le combat au duc de Bourgogne, celui-ci voulait attaquer immédiatement, mais ses principaux officiers lui conseillèrent d'attendre le reste de ses forces. Le duc, sans tenir compte de leurs observations, rassemble ses troupes et les range en bataille hors de la ville ; les Français enhardis par leur précédent succès, les attendaient de pied ferme ; mais les marais formés par la rivière d'Avre qui séparaient les combattants, mettaient un obstacle à leur rencontre. Tout se borna à quelques escarmouches. La nuit venue, les Français se retirèrent vers Compiègne et Philippe rentra dans Roye, où le comte de StalTorl lui amena bientôt six cents combattants. Le lendemain, le duc quitta la ville et se dirigea surNoyon. (1430, septembre.)
Le duc alla loger au village de Lagny-les-Châteigniers, situé à droite de la route de Roye. Sur la montagne qui domine au loin le pays, existait un château-fort, occupé alors par quarante français que commandait l'abbé de Saint-Pharon de Meaux, Guillaume de Gamache. Le duc fît sommer la garnison de se rendre, mais celle-ci voulut résister. Le château fut vivement attaqué, et bientôt les communs tombèrent au pouvoir des Bourguignons; les assiégés, voyant toute résistance inutile, se rendirent à
discrétion. Le duc livra à Jean de Luxembourg la forteresse qui fut arse et démolie.
Le château et la seigneurie de Lagny appartenaient alors à Jean de Roye. •
Plus tard, le château fut relevé de ses ruines et flanqué de quatre tours ; Louis XV fit abattre une de ces tours, parce que le marquis d'Herbouville, alors possesseur du château, s'était caché parmi les morts, dans une bataille en Hanovre. (Graves.)
Le duc de Bourgogne poursuivit sa route jusqu'à Noyon; les habitants de cette ville lui adressèrent une supplique, à l'eOet de les délivrer de la forteresse d'/ne, dont la garnison ravageait le pays : mais le duc « n'avait pas gens à son plaisir », et comme l'hiver approchait, il résolut de retourner en Flandres.
Philippe revint à Roye, y laissa ime garnison et s'en alla à Montdidier, puis à Corbie et de là parvint à Arras.
Dans son histoire de Roye, (page 150), Grégoire d'Essigny rapporte d'après Dupuy-Demportes (Traitô du bZason), qu'en 1441, Charles VII attaqua et prit la ville de Roye sur les Anglais, qui s'en étaient emparés. Guillaume Delmas, gentilhomme de Rouergue, écuyer du comte de la Marche, monta le premier sur la brèche. Il reçut la permission, lui et ses descendants, de porter dans ses armes une couronne murale, comme une récompense due à une action dont Charles VII voulait éterniser la mémoire. Grégoire, en avançant ce fait, commet une erreur. Charles VII, après la prise de Creil, vint investir Pontoise avec une armée de dix à douze mille hommes ; après trois mois de siège, il donna l'assaut ; c'est alors que Guillaume de Delmas, natif de Cahors et domestique du comte de la Marche, se distingua par son intrépidité et qu'il reçut les lettres de noblesse dont parle notre historien. C'est
donc à la prise de Pontoise et non à celle de Roye qu'il faut rattacher ce fait. (P. Daniel).
Guy de Roye, qui tenait le parti des Bourguignons, et plusieurs autres hommes de guerre « experts et renommés en armes !>• accompagnent le jeune comte de Saint- Pol et Jean de Luxembourg, dans une expédition en Laonnais et en Thiérache, au mois d'octobre 1433.
Les habitants de Noyon, par une délibération du i^"" février 1432, avaient décidé qu'ils payeraient les dépenses, faites dans cette occasion, par Guy de Roye et le comte de Gaucourt, qu'en outre, « on leur ferait présent de deux ou trois poissons aussi gros qu'on pourrait les trouver. » Guy de Roye fut bientôt nommé gouverneur de la ville de Soissons, mais après le traité d'Arras et la mort de Philippe de Bourgogne, la ville lui fut reprise par Lahire au nom du roi. (1436.)
Le duc de Bourgogne donne à Jean, fils du comte de Nevers, le comté d'Etampes dont celui-ci prit le nom, et lui conlie la défense des frontières de Picardie. (1434). Le comte d'Etampes rassembla un certain nombre de troupes et de capitaines, parmi lesquels était Baudot de Noy elles, fils du gouverneur de Roye ; il alla mettre le siège devant le château de Moreuil, que tenaient les Français. Après la prise de cette forteresse, le comte s'empara du château de Mortemer qu'il fit démolir. {Chroniques de Monstrelet.)
Au mois de septembre 1435, un Congrès fut tenu à Arras, dans le but de traiter de la paix entre les trois partis dont les divisions déchiraient la France. Là se trouvaient les plénipotentiaires du roi Charles VII, du roi d'Angleterre et du duc de Bourgogne ; les ambassadeurs anglais ayant refusé de traiter sur les bases proposées par le roi de France, se retirèrent. Philippe et Charles VII
entrèrent en négociations. Parmi les illustres personnages qui assistaient le monarque français, nous devons citer le Royen Jean de Popincourt. La ville avait aussi envoyé des députés à cette réunion ; Guy de Roye s'y trouvait pour le duc de Bourgogne.
Une trêve de six mois précéda la paix ; aucune hostilité ne devait être entreprise contre les personnes ou contre les propriétés, a c'est assavoir aux villes, prévôtés, châteaux et châtellenies de Péronne, de Montdidier et Roye. > Cette suspension d'armes fut donnée à Péronne, le dixseptième jour de septembre 1434.
Par le traité de paix définitif d'Arras (22 septembre 1435), le Roi, en naAtissement de la dot de Michelle de France, consentit à céder à Philippe-le-Bon, les villes de Roye, Péronne et Montdidier et d'autres places sur la Somme,
avec les prérogatives, droits et libertés attachés à ces possessions, à la condition toutefois, que lui ou ses successeurs pourraient rentrer en la jouissance de ces villes en payant au duc ou à ses ayant-cause, quatre cent mille écus d'or, au marc de Troyes, (environ cinq millions). Le domaine suprême fut réservé au Roi.
La conclusion de la paix fut acceptée partout avec des manifestations de la plus vive allégresse ; le peuple criait : Noël ! Le duc Philippe, afin de maintetiir les villes de Péronne, Montdidier et Roye en sa possession, nomma par une charte donnée à Lille le 6 mars 1436, Jean de Bourgogne comte d'Etampes, son lieutenant et son capitaine-général du gouvernement des trois châtellenies.
La paix promise ne fut pas de longue durée ; certûns partisans n'avaient pas prêté serment, ni ratifié le traité d'Ârras. De ce nombre était Jean de Luxembourg. Le 30 septembre de la même année (1435), Guy de Roye avait fait enlever douze charriots de vin que le duc
de Bourbon faisait conduire à Arras, et ce, malgré le saufconduit du duc de Bourgogne ; c'est que c bien campés, les Français et les Bourguignons en venaient souvent aux mains et prenaient querelles non raisonnables l'un contre Tautre. » Le Yermandois avait surtout beaucoup à souffrir de ces désordres, le pays était constamment ravagé et les récoltes détruites.
Le capitaine royaliste Lahire, pour se venger de Jean de Luxembourg, s'empara de la ville de Soissons que défendait Guy de Roye. A cette nouvelle, Jean de Luxembourg fort courroucé, chargea Guy de Roye de rassembler des troupes et de placer des garnisons dans toutes les forteresses des environs, afin de les mettre à l'abri d'un coup de main. Lahire, à son tour, sortant du château de Glermont en Beauvoisis, se met en campagne et ravage tout le pays des Bourguignons, tandis que Jean de Luxembourg ruine les contrées dévouées au roi. Les châtellenies de Péronne, de Montdidier et de Roye, furent surtout le but des exploits de Lahire. Ce capitaine s'avance jusqu'aux portes de Roye, pillant tout sur son passage ; à une heure après minuit, il vint assaillir la ville a: cuidant la prendre et icelle et ses habitants détruire i» (1437). Mais habitués à se voir pillés par tous les partis, les Royens ne songeaient plus qu'à repousser ceux qui les attaquaient, quelle que fut la bannière flottant sur leurs remparts. Déjà favorisés par l'obscurité, quarante ennemis avaient escaladé les murailles, lorsque Aubert de FoUeville qui était pour lors gouverneur de la ville, se mettant à la tète de quelques hommes, repousse les ennemis. Afin de reprendre ce qu'ils emmenaient, il les poursuit jusqu'au village de Boulogne-la-Grasse. Là, les Bourguignons tombent dans une embuscade ; moins nombreux que les Français, ils se défendent courageusement, mais ils sont
mis eu déroute. Le brave Aubert de Folleville eut la gorge coupée ; beaucoup de ses compagnons périrent, entr'autres son neveu Soudan de la Bretonnerie, Heuet de Bazincourt et Simon Lemaire. Ceux qui purent échapper retournèrent à Roye. C'est à ce fait d'armes que se rapporte l'extrait suivant, du registre capitulaire de la collégiale Saint- Florent : « Or est ainsi que défunt Aubert de Folleville, a en son vivant étoit un très notable et vaillant écuyer, € lequel à l'aide de Dieu et par son entremise et grande « vaillance regagna et reconquêta la ville de Roye contre <L Lahire, Amadot, Blanchefort et plusieurs autres capicc taines et gens de guerre, jusqu'au nombre de vi à « VIII cents combattants, lesquels avaient mis dedans la « ville de leurs gens jusqu'au nombre xxxvi à xl hommes. . . a car pour lors ils étoient les ennemis de Monseigneur le d duc de Bourgogne. » (23 février 1439.)
Afin de mettre un terme à ces expéditions, le duc de Bourgogne donna l'ordre au comte d'Etampes d'envoyer dans la ville de Roye, ime garnison suffisante pour la mettre en état de résister.
Aux malheurs causés par la guerre, vint se joindre la famine ; les terres constamment ravagées par les soldats, ne pouvaient rien produire, la cherté des vivres était excessive et beaucoup de malheureux périrent de faim et de misère. L'Echevinage renouvela ses prescriptions concernant la fabrication des gastiaux ; la farine devait être uniquement réservée pour le pain. Les maisons aisées vinrent au secours des indigents, ce qui n'empêcha pas la mort d'un grand nombre. Cette famine dura deux ans.
Le comte d'Etampes ayant appris que des gens du seigneur de Mouy en Beauvoisis s'étaient emparés de la forteresse de RoUot, réunit quelques troupes et en confia le commandement à Guy de Roye, avec mission de
reprendre le fort. Ce capitaine attaqua si vigoureusement la place, que la garnison fut obligée de capituler ; le comte d'Etampes fit pendre vingt à trente royalistes et donna la défense du fort à Guy de Roye. (1438.)
L'année suivante, les Anglais après s'être emparés du château de FoUeville, séjournèrent plusieurs jours à Idhons ; ils faisaient des excursions jusqu'aux portes de Roye, pillant, incendiant les villages et emmenant les bestiaux. Sortant de leurs repaires, ils se jetaient à Timproviste sur une ville et s'en emparaient de vive force. Les Anglais, dit Monstrelet, firent moult (beaucoup) de maux
« aux pays d'Amiénois, de Corbie et de Santois et
« tellement contraignirent ces pays, que la plus grande « partie des villes étaient toutes appactisées à eux et c rançonnées à certaine somme d'argent et de froment « par chaque mois, dont le pauvre peuple était moult a oppressé. »
Le comte d'Etampes rassembla à Péronne les seigneurs de Picardie et marcha sur Lihons ; mais il apprit que les Anglais avaient quitté ce bourg se dirigeant vers la Normandie. Le comte envoyait des messagers par les villes de son gouvernement, pour les avertir de la marche des ennemis et pour les mettre en état de défense. C'est ainsi qu'il adresse de Péronne des lettres à Guy de Roye, pour qu'il fasse amener, sur un de ses chariots, la bom*^ barde Bregière^ qui était à Montdidiér. Il prévient en même temps les gouverneurs qu'il est passé à la Blanque^ Tâche une a foison d'Anglais )» et qu'ils aient à se tenir sur leurs gardes.
Pour payer la rançon du duc d'Orléans, prisonnier des
Anglais, et par ordre du duc de Bourgogne, une taxe de
cinq cents saints d'or fut levée, au mois d'avril, sur les
prévôtés de Péronne, Montdidiér et Roye.
Guy de Roye joint à d'autres chevaliers picards, sont chargés par le comte d'Etampes, de chasser les Anglais des châteaux de FoUeville et de Lafaloise, puis de s'emparer du château de Milly en Beauvoisis, dont la garnison commandée par Pierre de VignoUes, frère bâtard de Lahire, faisait des incursions dans la châtellenie de Roye. Après un siège de trois semaines, la forteresse de Milly fut prise d'assaut, la garnison capitula et le fort fut rasé, à la grande satisfaction du pays environnant.
Le siège de Creil avait été fort meurtrier pour l'armée de Charles VU, aussi le roi fut-il obligé d'adresser une demande de secours aux habitants des villes de Picardie.
Les Anglais, sous les ordres de Talbot, ayant investi Dieppe, le roi envoya le Dauphin au secours de cette ville, avec une armée composée de la noblesse du Santerre et du Yermandois. Le prince, quittant Compiègne, alla coucher à Ghaulnes, passant par Roye et par Moyencourt, puis marcha sur Dieppe. Il mit le siège devant cette place, le 14 août 1443, et bientôt il s'en empara ; Louis de Soyecourt, bailli de Yermandois, se distingua dans cette affaire.
Philippe de Bourgogne lève des troupes dans le Yermandois pour aller' dans le duché de Luxembourg reprendre ses domaines, dont le duc de Brabant s'était emparé sur Elisabeth, duchesse douairière. Ces troupes, au nombre de treize cents hommes, étaient cojnmandées par Guy de Roye, Yalerand de Moreuil et autres vaillants capitaines. Avant de pénétrer dans le duché de Luxembourg, Guy de Roye, avec d'autres seigneurs picards, fut chargé de s'emparer de la forteresse de Yilly située sur la frontière du duché et occupée par Jacquemin de Beaumont. Si le château fut vigoureusement attaqué, il fut aussi vivement défendu, et le duc de Bourgogne fut obligé
d'envoyer de rartillerie aux assiégeants ; mais après quelques incidents du siège et la surprise du camp des Bourguignons, Jacquemin de Beaumont abandonna lâchement les siens, et la forteresse tomba aux mains de Guy de Roye.
Philippe de Bourgogne, après avoir confié au comte d'Etampes le gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye, cédant à ses instances, lui abandonne la possession de ces trois villes, pour jouir des profils et bénéfices pendant l'espace de quinze années, à partir du l®"" janvier 1438, à la charge de deux mille saints d'or par an, jusqu'à complet remboursement d'une somme de vingt mille saints d'or que Philippe devait au comte, et pour l'acquit de vingt mille francs que réclamait Jean de Bourgogne, provenant du chef de sa mère, Bonne de Bourgogne. Cet acte de cession fut fait à Bruxelles le 11 juillet 1446, et signifié aux habitants de Roye.
Les Anglais, violant la trêve, s'emparent de Fougères le 24 mars 1449 ; malgré le désaveu infligé au chef de cette expédition Charles VII résolut d'en tirer vengeance et de chasser les Anglais de la Normandie.
A cet effet, il charge le comte de Saint-Pol de réunir une armée dans le Vermandois. A son appel, Guy de Roye, Jean d'Applaincourt et d'autres seigneurs viennent se ranger sous sa bannière, à Ailly-sur-Noye, lieu du rendezvous. Le comte de Saint-Pol va rejoindre le comte d'Eu, ' et se dirige avec son armée, sur Pont-de-l' Arche. La conquête de la Normandie fut une brillante expédition qui couronna le règne de Charles VII, et qui lui valut le nom de Victorieux. Guy de Roye, avec les autres seigneurs picards, prit une part active à toutes les affaires ; il se distingua surtout au siège de Pont Audemer le 8 août 1449 et fut armé chevalier par le roi.
Charles VU, après avoir déli\Té la France des Anglais, mourut le 14 juillet 1461, à l'âge de cinquante-huit ans ; le dauphin Louis lui succéda.
Louis XI monté sur le trône, ne tarda pas a comprendre de quelle importance était pour la couronne, la possession des villes concédées à Philippe par le traité d'Arras. Au mois d'octobre 1461, Louis XI paya au duc de Bourgogne les quatre cent mille écus stipulés pour le rachat des villes sur la Somme. Le gouvernement en fut laissé au comte d'Etampes qui, le 22 mars 1463, renonça à ses droits sur les villes données par le duc de Bourgogne, en garantie de la dot de sa femme.
Louis XI voulut visiter les villes qu'il venait d'acquérir, il vint à Roye et fut reçu avec joie par le peuple qui criait : Noël ! sur son passage.
Le comte de Charolais ne ratifia pas la cession faite par son père Philippe-le-Bon, mort le 12 mars, et songea à faire rentrer les villes de la Somme sous sa domination. Dans ce but, au mois de mai 1465, Charles-le-Téméraire quitta Bruxelles à la tête de son armée ; le 6 juin, il passa la Somme à Bray et se présenta devant la ville de Roye, Dans une proclamation adressée aux habitants, il leur promet d'abolir les impôts et de leur procurer le repos ; les Royens, confiants dans les paroles du comte, lui ouvrent leurs portes. Charles entre dans la ville et envoie Antoine, bâtard de Bourgogne, devant Montdidier, dont les habitants ne font aucune résistance. Le 12 juin, le comte de Charolais expédie de Roye aux Montdidériens des lettres par lesquelles il les conforme dans la perception d'un octroi de deux sols parisis sur chaque minot de sel. Les lettres commencent ainsi : a Charles de Bourgogne, comte de Charolais et de Béthune, lieutenant-général de notre très redouté seigneur et père, à tous ceux que ces
jH^sentcs verront salut » et se terminent par ces mots :
« Donné en notre ville de Roye le !«'' jour de juin l'an de grâce 1465, ainsi signé par monseigneur. Lecomte. ]»
Le 16 du même mois, le comte de Charolais étant encore à Roye, nomme aux fonctions de procureur général des villes, prévôtés et châtellenies de Roye et de Montdidier, maître Georges Duras, son bien-aimé solliciteur de causes à Paris.
Alors s'était formée contre le roi, l'alliance des Grands, appelée : Ligus du bien public. C'est de Roye que le comte de Charolais lança son manifeste contre Louis XI, dans le but d'exciter à la guerre. Les ligueurs rencontrèrent les troupes du roi, près de Montlhéry, le 7 juillet 1465. On en vint aux mains, mais le résultat de la bataille fut indécis.
Le seigneur de Mouy, à la tête des garnisons royalistes de Creil et de Senlis, profite de la confusion jetée par la nouvelle de la bataille de Montlhéry, pour ramener quelques villes en l'obéissance du roi. Il se présente devant Roye, mais le seigneur du Fay, qui commandait la ville, lui oppose une vigoureuse résistance et l'oblige à se retirer. Le seigneur de Mouy, furieux de cet échec, menace de revenir avec une armée plus nombreuse. Les habitants demandent du secours au comte de Charolais qui leur envoie Hector de Saveuse avec quelques troupes ; devant ce renfort, les royalistes n'osent se présenter de nouveau.
Le 28 juillet 1466 mourut au château d'Ailly-sur-Noye, Jean de Luxembourg, bâtard de Saint-Pol, dont on *voit le mausolée dans l'église Saint-Martin d'Ailly. Sous le nom de sire de Hautbourdin, Jean prit part aux luttes du comte de Charolais — dont il était le chambellan, — avec I^uis XI. Il accompagna le renfort que le duc de Bourgogne envoyait à Roye sous les ordres de Saveuse. Jean
de Luxembourg n'ayant pas eu d'enfant de Jacqueline de la Trémouille, sa femme, la seigneurie d'Ailly revint à Marie de Luxembourg, qui épousa en secondes noces François de Bourbon, comte de Vendôme. Après la mort du comte, son fils Charles de Bourbon hérita de ses possessions. Il mourut à Amiens, laissant de sa femme Françoise d'Alençon onze enfants, dont Louis de Bourbon, prince de Condé, qui apporta en mariage à Léonor de Roye, les terres d'Ailly, de Sourdon, etc.
Le duc de Bourgogne, mécontent de ce que le roi soutenait Jean, comte d'Etainpes et de Nevers, dans ses prétentions sur les trois châtellenies, et à son préjudice, résolut d'en tirer vengeance.
^ Le comte d'Etampes voulant épargner au pays les Il erreurs de la guerre, charge le seigneur de Saveuse d'employer sa médiation auprès du duc de Bourgogne, en faveur de la paix, sans pouvoir -y parvenir; Elisabeth de Bourgogne fait des démarches dans le même sens, sans plus de résultat. Le comte alors se renferme dans Roye, avec la comtesse ; mais apprenant la marche du connétable de Saint-Pol sur Péronne, il quitte la ville pour se jeter dans cette place, confiant à sa femme la défense de Roye.
A la tète de la garnison, la comtesse d'Etampes organise la résistance, donnant partout l'exemple du courage et se portant là où le danger était le plus jiressant. Malgré sa défense héroïque, la ville fut emportée d'assaut et la comtesse devint prisonnière des Bourguignons ; mais le duc de Charolais ordonna que la comtesse fut bien traitée et la fit conduire, avec toutes sortes d'égards, à Compiègne, où elle désirait se retirer.
Brantôme raconte ainsi cet événement : « Nous avons et eu, dit-il, le temps passé, force princesses et grandes
ff dames en notre France, qui ont fait de belles marques c de leurs prouesses ; comme fit Paule, fille du comte c de Penthièvre, laquelle fut assiégée dans Roye, par le c comte de Charolais et s'y montra si brave et si géné« « reuse, que la ville étant prise, le comte lui fit très « bonne guerre et la fit conduire à Gompiègne sûrement, « ne permettant -pas qu'il luy fust fait aucun tort et « l'honora fort pour sa vertu, bien qu'il voulust grant mal ic à son mary, qu'il accusait de l'avoir voulu faire mourir « par sortilèges et par charmes d'aucunes images et chanc délies. »
Les Auteurs des Femmes militaires de France placent la comtesse d'Etampes au nombre des femmes guerrières de Picardie, à côté de Marie Fouré, de Catherine de Lyre et de Marie de Barbançon.
Le comte d'Etampes étant tombé, par surprise, aux mains des Bourguignons, alors qu'il était dans le château de Péronne, le duc de Charolais le fit enfermer dans la prison de Béthune, jusqu'à ce qu'il ait obtenu de lui des lettres par lesquelles le comte, renonçait à ses prétentions sur les trois châtellenies.
Louis XI cède alors au comte de Charolais, par un traité conclu à Conflans, le 5 octobre 1465, les villes de Roye, Péronne et Montdidier, à la condition de pouvoir les racheter moyennant deux mille sols d'or. Le même mois, le comte de Charolais fit au roi l'hommage de ces trois villes. Les conditions de ce traité parurent si désavantageuses, que le Parlement et la Cour des comptes refusèrent longtemps de les enregistrer.
Les prévôt, échevins, manants et habitants de la ville de Roye furent convoqués le deux décembre suivant, à une heure après-midi, sur une pièce de terre près de Lihons, relevant de la prévôté de Roye, par les députés
du comte de Charolais, pour prêter serment de . fidélité à leur nouveau maître. Le seigneur de Torcy, tenant un bâton blanc à la main^ fit part de la volonté du roi et commanda de reconnaître, dorénavant, pour leur naturel seigneur, le comte de Charolais ; les Royens le jurèrent et prêtèrent le serment de lui être fidèles. (Histoire de Montdidier.)
Le duc Philippe-le-Bon qui mourut le 15 juin 1467, avait fondé Tordre de la Toison-d'Or. Pour récompenser Jean de Roye des services qu'il lui avait rendus, Philippe le créa, en 1461, chevalier de la Toison-d'Or ; Jean était conseiller et chambellan du duc.
Le 11 septembre 1468, Louis XI était allé à Péronne trouver le duc de Bourgogne pour s'entendre sur les conditions de la paix. Mais le duc qui accusait le roi d'être l'instigateur de la révolte des Liégeois, le fit arrêter dans la maison qu'il occupait en ville et renfermer au château. Sur la proposition du duc, Louis XI jura sur la croix de Charlemagne, d'observer fidèlement la paix, mais le rusé monarque se promettait bien de ne pas exécuter les clauses. En effet, deux ans après, Louis déclara la guerre à Charles-le-Téméraire.
C'est alors que commence pour la ville une nouvelle suite d'événements malheureux.
A peine la guerre déclarée, les hostilités s'exercent contre Roye ; au mois de janvier 1470, le comte de Dammartin, auquel Louis XI avait confié la garde des frontières de Picardie, se présente devant Roye ; le sire de Poix, alors gouverneur, n'oppose aucune résistance.
La ville de Montdidier fut également reprise, Louis XI donna la seigneurie de ces deux cités à Louis de Luxenabourg, comte de Saint-Pol, par une charte datée de Noyon du mois de février, sous la réseiTe des foi et hommage,
ccompense des services a dignes de grande rémuidon > que le connétable avait rendus au roi.
Le duc de Bourgogne, irrité de la perte de ces deux places, écrivit une lettre haute et dure au comte de Dam-^ martin, qui lui répondit sur le même ton.
La cité d'Amiens ouvrit également ses portes, et le 4 février, fut célébrée à Paris, une grande fête en l'honneur de la prise de ces trois villes.
Louis XI, afin de s'assurer la possession de Roye, fait travailler aux fortifications et fait couvrir les murailles « de belles serpentines. )»
Charles-le-Téméraire ne restait pas inactif, déjà il était entré en Picardie, à la tète de cinq cents chevaux et attendait le reste de ses forces, lorsque Louis XI proposa une suspension d'armes de trois mois, qui fut ensuite prolongée pour un an.
Le roi de France et le duc de Bourgogne, désirant s'entendre sur les bases d'une paix définitive, le 13 août 1471, envoyèrent à Roye des plénipotentiaires; le connétable de Saint-Pol était pour le roi, le chancelier de Bourgogne et le seigneur de Humbercourt pour Charles-le-Téméraire. La ville d'Amiens envoya aussi un député, ainsi qu'il résulte de l'extrait suivant des registres aux délibérations : « Echevinage tenu le vingt-unième jour d'octobre l'an «( mil IIII<^LXXI, messieurs, ont parlé audit echevinage « d^un voiage que a fait M^ Jehan Legris, advocat pour la K la ville d'Amiens, en la ville de Roye, par devers le « connétable de France, Monsieur le président du Parle- « ment, le doien de Paris et autres seigneurs qui estoient € assemblés audit lieu, avec les ambassadeurs du duc « de Bourgogne, pour trouver forme et moyen de traictié « de la paix du royaume. ]»
Dans une réunion tenue à l'hôtel de rÉchiquier, une discussion s'engagea entre le comte de Saint-Pol et Guy de Brimeux; le connétable démentit vilainement le seigneur de Humbercourt. Celui-ci répondit au comte : «c que s'il endurait cette injure, il n'attribua point cet honneur à lui, mais au roi, à la sûreté duquel il était venu là pour ambassadeur et aussi à son maître duquel il représentait la personne et qu'il lui en ferait rapport. » ce Cette seule vilainie bientôt dite t> coûta depuis la vie au connétable de Luxembourg. {Ph. Commines.)
Cette querelle eut du retentissement, il y eut même plus tard à Bouvines, près de Namur, une réunion à laquelle assistèrent le seigneur de Curtay et Jean Herberye, pour le roi, puis le chancelier de Bourgogne avec le seigneur de Humbercourt ; il fut question dans cette assemblée, de tirer vengeance de l'injure du comte de Saint-Pol, mais ce projet fut déjoué.
Quelque temps après, le connétable suspect à tous les partis, poursuivi et proscrit, cherchait un asUe sur les terres du duc de Bourgogne, lorsqu'il fut livré aux émissaires de Louis XI, par le seigneur de Humbercourt qu'il avait si gravement offensé. Le comte de Saint-Pol fut condamné à la peine capitale, ce fut le Royen Jean de Popincourt, président du Parlement, qui annonça au connétable sa condamnation.
On ne put s'entendre que sur les préliminaires du traité, malgré les longues conférences qui eurent lieu à Roye ; la paix définitive se fit au Crotoy, le 2 octobre suivant. Par ce traité, Louis XI s'engageait à remettre au duc de Bourgogne, aux conditions stipulées dans les actes précédents, les villes de Roye et de Péronne.
Mais cette paix ne devait pas être de longue durée ; la mort du duc de Guyenne fut le prétexte de la reprise des hostilités.
Gbarles-le-Téméraire rassembla ses troupes à Ârras et en partit le 4 juin 1472. Le 11, le duc de Bourgogne se présente devant Nesle dont la garnison, commandée par le capitaine Petit-Picard, lui oppose de la résistance.' Les Bourguignons s'emparent de la ville, la livrent au pillage et à l'incendie, ils massacrent sans pitié les habitants réfugiés dans l'église et se livrent à toutes sortes de cruautés.
Les victimes de ce massacre furent enterrées au nord de la Collégiale, non loin d'une statue du Christ, appelée : Dieu de pitié. En 1847, lorsqu'on répara la chaussée de la route de Roye à Nesle, on mit à découvert cette sépulture, on trouva des pots en terre renfermant des cendres.
Un procès-verbal d'enquête fait à Roye le 3 janvier 1521, devant Jean Regnart, licencié ès-lois, en présence de Carton, procureur du roi, contient de curieux détails sur la prise de Nesle et sur les horreurs qui ont été commises ; on y voit que le duc de Bourgogne, après avoir fait pendre le Petit-Picard, fit noyer douze habitants de Nesle, fit crever les yeux à douze autres, et couper les mains à douze malheureux ; puis ces mutilés défilèrent sous les murs de Roye, afin de jeter dans la ville l'effroi et la terreur.
Le 14, Charles-le-Téméraire vint mettre le siège devant Roye ; le sort des habitants de Nesle épouvanta les Royens, ils avaient vu de leurs murailles les lueurs de l'incendie dévorant la cité voisine. Du reste, les habitants sans cesse victimes de ces guerres continuelles, étaient découragés, ils étaient résolus à ouvrir les portes de la ville à toutes les armées qui feraient mine de vouloir entrer. La ville était défendue par quinze cents francs-archers de la compagnie de Pierre Aubert, bailli de Melun et de Noyon, puis par un corps de deux cents lances de nobles de ranîère-ban, sous les ordres de Balagny, des seigneurs
de Mouy et de Rubenpré. Le duc fait sommer la ville de se rendre, les capitaines sont décidés à résister ; le comte d'Essonne, gouverneur du château, est résolu à s'ensevelir sous les murs de la place. Mais les habitants s'opposent à toute résistance et obligent le gouverneur à porter les clefs de la ville au duc de Bourgogne. En apprenant la capitulation de Roye, le duc s'écria : c Ainsi feront-ih tous maintenant par crainte ! ^ Charles reçut la. garnison à composition, elle put sortir de la ville, les capitaines avec deux chevaux, sans habillement de guerre et sans bagage ; les hommes d'armes avec chacun a un courtant >, et les autres à pied, en pourpoint blanc, tenant un bâton à la main, c Et, dit Jean de Troyes, ils se rendirent le « mardy à l'heure de midy, et laissèrent leur artillerie, <L toutes leurs bagues où le Roy et eux eurent dommage « de cent mille écus d'or et plus. »
Le duc resta plusieurs jours à Roye, c'est de cette ville qu'il publia son manifeste de déclaration de guerre, dans lequel il accablait le rûi d'un torrent d'injures, et l'accusait publiquement d'avoir empoisonné son frère.
Le duc de Calabre, appelé Nicolas d'x^Jljou, vint rejoindre à Roye l'armée des Bourguignons. Charles-le-Téméraire, après un séjour d'environ dix jours, quitta la ville le 2 juin ; il se dirigea vers Montdidier, et se rendit à Beauvais.
Le duc de Bourgogne, afin d'assurer la conservation des places dont il venait de s'emparer, fit ravitailler la ville de Roye et envoya une garnison de cinquante hommes d'armes, qui représentaient quatre cents combattants.
L'hiver amena une suspension d'hostilités, Louis XI conclut avec le duc de Bourgogne une trêve de trois ans, qui devait expirer le 26 avril 1475.
Les villages des environs de Roye avaient été ravagés par les Bourguignons, le château de Biare, Téglise, le couvent de Saint-Antoine furent incendiés, les religieux dispersés et obligés de se réfugier à Noyon.
Le duc de Bourgogne profita de la trêve pour convoquer les trois ordres du gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye, afin d'aviser aux affaires du pays. La réunion eut lieu à Péronne, et Jean Caudel, au nom du duc, demanda qu'on lui fournisse, chaque année, <!c douze mille hommes de guerre » et six mille écus pendant trois ans. Les députés réduisirent à six cents écus la somme demandée, en faisant ressortir que les trois châtellenies désolées par les guerres ne pouvaient donner davantage. (40 février 1473.)
Le roi était vivement irrité de la facilité avec laquelle le duc de Bourgogne avait repris la ville de Roye et de la pusillanimité des habitants ; aussi, se promit-il de les châtier « de leur indifférence. >
A peine la trêve expirée, le l®"" mai, Louis XI part de l'abbaye de Valloires et se met en campagne ; sachant le duc de Bourgogne près de Liège, il va mettre le siège devant le fort du Tronquoy dont il s'empare ; puis, le lendemain, il marche sur la ville de Montdidier qui lui ouvre ses portes. Le jour suivant, Philippe de Commines fut envoyé par le roi devant la ville de Roye, il raconte ainsi le résultat de sa mission : a J'allais parler à ceux qui « estoient dedans Roye, en la compagnie de monseigneur « l'admirai, bâtard de Bourbon et vraisemblablement « (comme) Montdidier me fut rendue la place ; car ils « n'espéraient nul secours. Ils ne l'eussent pas rendue si « le duc avait été au païs, toutefois contre notre promesse « ces dexix villes furent brûlées, x»
La prise de Roye n'est pas rapportée de la même façon par tous les historiens ; bien que Commines fut un témoin
oculaire et digne de foi, nous n'hésitons pas à admettre que les habitants de Roye firent résistance. Les Royens n'ignoraient pas le mécontentement de Louis XI, ils savaient le sort que réservait aux villes soumises, la dure politique du roi ; malgré sa capitulation, Montdidier fut livrée aux flammes, et l'incendie jetait sur la ville voisine une lueur sinistre bien capable d'inspirer le courage de la résistance.
A la première sommation, le gouverneur de la ville songea à se rendre, mais sur l'avis de Jean Carton, lieutenant-général et de Louis de Beaureins prévôt, il se disposa à résister. On arma les habitants qui, joints à la garnison, furent une sortie vigoyreuse et tuèrent cinq cents hommes de l'armée royale ; malgré ce beau fait d'armes, les murailles ne piu*ent résister longtemps à la nombreuse artillerie qui les foudroyait. Louis XI dirigeait lui-même l'attaque et campait dans les environs, le 5 mai il était à Beuvraignes ; de ce village il écrit au maire de Beauvais afin qu'il lui envoie des ouvriers avec les outils nécessaires pour démanteler Montdidier. Enfin le roi, craignant que la résistance de Roye ne lui coûte trop cher, reçoit la ville à composition. Les Bourguignons sortirent de la place vies et hagues sauves. Louis XI fit son entrée dans Roye le samedi 6 mai, le lendemain le roi assista à la messe dans la (Collégiale de Saint-Florent ; la châsse du saint patron placée au-dessus du maitre-autel, frappa ses regards, il s'enquit alors de la possession de ces reliques et se fit présenter le martyrologe de la Collégiale. Il vit qu'un comte de Yermandois s'était emparé, par la force des armes, du corps de Saint-Florent et l'avait fiât transporter à Roye. Le monarque entra dans une grande colère et jura par Notre- Dame-des-Victoires, que les reliques seraient restituées à l'abbaye de Saumur.
Louis XI partit ensuite pour Amiens et pour Corbie, mais avant de quitter la ville, le roi fit démanteler le château-fort des comtes de Roye, et au mépris de la capitulation aux termes de laquelle les habitants et leurs biens devaient être respectés, la ville fut livrée aux flammes ! c En faisant laquelle réduction et obéissance leur avait été < promis par l'amiral de France, alors lieutenant et capic taine-général du roi, de les tenir et faire tenir, défendre c et garder en leurs droits, franchises, privilèges et libertés, ce et aussi en leurs biens et possessions quelconques, mais c nonobstant ce, six jours après lesdites réduction et « obéissance, lesdits habitants avaient été chassés hors de c la ville, dispersés et envoyés en plusieurs lieux et parties « du royaume, avait été dès lors crié à son de trompe en € ladite ville, cry pubUc et sous peine de la hart que t tous les habitants et gens d'église vendissent et se piur- « tissent, ce qu'ils avaient fait par crainte d'encourir ladite « peine et incontinent après, avait été la ville pillée, arse « et démolie^ les maisons, édifices et églises brûlés, pluc sieurs livres, calices, ornements d'église et autres joyaux « en grande estimation, péris, brûlés et perdus et mèmec ment l'église Saint-Florent avait été arse et brûlée. » {Sentence des requêtes du Palais.)
Des historiens rapportent que le roi, suspectant l'authenticité des reliques de Saint-Florent, mit le feu aux quatre coins de la ville, en disant que si réellement les restes de Saint-Florent étaient dans la châsse, ils protégeraient la cité. Il est bon d'ajouter que les moines de l'abbaye de Saumur, prétendaient que les reliques du saint n'avaient jamais quitté leur monastère.
Les malheureux Royens se réfugièrent à Péronne et à Amiens, ils furent d'abord reçus sans difficulté dans cette dernière ville. Cependant quelques Amiénois craignaient
que la présence de ces étrangers ne fût un danger pour la ville. L'Echevinage dans une séance tenue le 19 mai, s'occupa de cette affaire, a Sur ce qu'il a été parlé audit ce échevinage des gens et habitants de Montdidier, Roye, a Gorbie qui estoient venus à refuge en la ville d'Amiens, c à cause de ce que leurs villes avoient esté démolies, € arses et abatues de par le roy, pour ce qu'elles tenoient « party contraire au roy notre sire et murmuroient aucuns (c que c'estoit grand danger de tenir lesdites gens et « souffrir de demeurer en lad. ville, fust bouster feux ou c autres merchefs, et les autres disoient que c'estoient « bonnes gens qui estoient détruis et chacun hors de leur € astre et ne sauroient où eux bouter, et sils étoient venus « à refuge dans lad. ville ils ny estoient pas venus pour « mal, et y avoient amené leurs femmes et leurs enfans ; « finalement, tout considéré, messieurs, ont ordonné que € ils laisseront encoire la chose en Testât quelle est, sans c en parler, ni en faire esclande et sera sçeu par les « paroisses quels gens ce sont et comment ils se gou- ^ vernent, et le sçeu, il sera pourvu comme il apar- « tiendra. :»
Sans doute l'enquête fut favorable aux Royens, car l'Echevinage prit la décision suivante : a Messeigneors « ont ordonné que toutes les gens de mestier quels qu'ils « soient, des villes de Roye, Montdidier.... et autres villes « détruites qui sont venus à refuge en lad ville d'Amiens, a y seront reuçues à ouvrer de leurs mestiers puisqu'ils € avoient esté maîtres et tenu leurs ouvroirs es dites villes (C dont par fortune de guerre et destruction de leurs villes, d ils se seroient partis et ne feront aucuns chiefz d'œuvre^ a mais ils paieront les bienvenues et droitz des mestiers, c selon la teneur des briefs de la ville d'Amiens, ainsy a l'ont ordonné messieurs tant qu'autrement y sera pourveu
« et sans préjudice es droits, prééminence et prérogatives
< des gens de métiers de ladite ville. >
Les habitants de Roye ne trouvèrent pas à Péronne le même accueil, les Péronnais mirent de dures conditions à rhospitalité qu'ils donnaient à leurs infortunés voisins. Le 22 septembre, la Commune prit l'arrêté suivant : oc Est € ordonné les habitants des villes dé Roye et Montdidier a qui sont venus avec les gens de guerre demeurent en € cette ville, si bon leur semble, avec ceulx qui se sont c partis paravant la désolation desdites villes, si ils ont de (t quoi vivre, et si aucuns desdites villes sont venus depuis
< la désolation d'icelles villes se partiront^ sauf ce qui € chacun qui demeuroient ne leur femme, gens ou € maisons ne pourront conserver ni réparer lesdites villes « de Roye et Montdider. »
Ainsi les Royens pouvaient rester à Péronne, mais ils ne devaient plus retourner dans leur malheureuse cité, ni songer à relever leurs maisons.
La ville de Roye détruite en 1373, par les Anglais, réunie ensuite au domaine de la Couronne, fut, à un siècle de distance, incendiée de nouveau par les ordres d'un roi de France ! triste sort et malheureuse époque.
 la nouvelle des succès de Louis XI, le duc de Bourgogne accourut au secours des villes de Picardie. Au prin« temps suivant, il vint à Péronne et donna les ordres nécessaires pour réparer les désastres des villes de Roye et de Montdidier. On commença à relever les fortifications et à réédifier les maisons.
Les constructions étaient alors de la plus grande simplicité ; quelques pièces de bois remplies de torchis, une charpente couverte de chaume, telle était la demeure de nos ancêtres, qui s'attendaient toujours à être obligés d'abandopner leurs foyers. Les édifices publics avaient
moins soaiïert, la Collégiale, Téglise de Saint-Pierre furent en partie préservées, mais l'Hôtel commun, les archives, furent détruits.
Charles-le-Téméraire ayant été tué devant Nancy, la ville de Roye, aux termes du traité d'Arràs, retournait au domaine royal. Aussitôt la nouvelle de la mort du duc, Louis XI mit son armée en campagne dans le but de réduire à sa puissance les villes qui tenaient encore le parti des Bourguignons, a Nous partîmes, dit Philippe a de Commines, et fîmes grande diligence, nonobstant « qu'il faisait le plus grand froid que j'aie vu faire de mon < temps. ^
La 'Ville de Roye fit sa soumission entre les mains du bailli de Vermandois, commissaire du roi, qui confirma les habitants dans leurs franchises communales.
Les troupes royales se présentèrent devant Arras pour traiter de la reddition de cette ville. Les bourgeois envoyèrent des députés au roi ; parmi les plénipotentiaires était Jean de la Yacquerie (natif de Roye?), pensionnaire de ht Tille d' Arras, et qui porta la parole au nom de la cité. On ne put s'entendre sur les conditions du traité. Alors, les citoyens envoient secrètement des députés dévoués vers Marie de Bourgogne, héritière du duc Charles, mais ils sont arrêtés à Pont-à-Verdin et exécutés à Hesdin.
Louis XI revient devant Arras qu'il prend d'assaut, frappe les habitants d'impôts et de mort ; puis il finit par les exiler et donne à la ville le nom de Franchise^ il la fait repeupler par des colons venant de Roye et d'autres points du royaume. ,
Philippe de Crèveeœur était alors gouverneur des trois villes de Péronne, Montdidier et Roye pour feu le duc de Bourgogne, il fit sa soumission au roi et conserva son gouvernement.
Au mois de novembre 1482, la ville de Roye envoya deux députés pour assister à l'assemblée des états du bail-> liage de Vermandois, qui se tenait à Laon ; dans cette assemblée il devait être question du mariage du Dauphin avec Marguerite d'Autriche.
Louis XI mourut au mois d'août 1483 ; le 4 septembre, un service funèbre fut chanté dans la collégiale de Saint- Florent.
L'année suivante, le nouveau roi Charles YIII convoqua les Etats-Généraux à Tours. La ville de Roye nomma des députés qui se réunirent à Montdidier, aux délégués de Péronne et qui choisirent : Guillaume de Baudreuil, abbé de Saint-Martin-aux-Bois, pour le clergé ; messire Jean^ seigneur de Sailly, chevalier, pour la noblesse ; M* Jean de Bellencourt pour le tiers état. Les Etats-Généraux s'ouvrirent le 5 janvier 1484, les débats furent très animés ; les députés picards protestèrent vivement contre le chiffre de cinquante-cinq mille livres auquel on imposait la province de Picardie.
Les députés s'efforcèrent de faire comprendre à l'assemblée que la Picardie, réduite au comté de Ponthieu et aux prévôtés de Péronne, Roye et Montdidier, comptait à peine cent soixante-dix villages, et ne pouvait supporter un pareil impôt. « Où est l'équité? disaient les députés ; où « est la bonne foi ? quoi ! tandis que l'on ôte aux autres « provinces les deux tiers des impôts, on nous laisse gémir « sous un fardeau accablant! Comment avons-nous mérité • la colère de notre souverain? quel crime a-t-on à nous t reprocher ? — Aucun, répondirent les gens du conseil ; « vous êtes de fidèles sujets, d'utiles citoyens ; le roi vous « aime et vous considère : mais écoutez les raisons d'une 9 conduite qui vous paraitsi extraordinaire. Comme sous le « dernier règne, votre province était le théâtre de la guerre
« et le quartier général des troupes, on apporta la plus (( grande attention à y maintenir Tabondance, et elle ne fat (( point imposée dans la même proportion que les autres ; (( car au lieu de cinquante mille livres, elle en aurait payé « deux cent mille. Les garnisons répandues dans la Picardie, « loin de l'appauvrir, y ont attiré l'argent de tout le royaume, u Ainsi, il ne serait pas juste que vous fussiez traités comme H les provinces qui ont souffert sous ce dernier règne et (( auxquelles le roi vient de donner un soulagement. Faites « attention à la fertilité, à l'étendue de votre territoire. — A a la fertilité de notre territoire 1 répartirent les députés ; il H parait que vous ne connaissez guère la province dont vous tt parlez : C'est aujourd'hui la plus petite et la plus misé* u rable du royaume. » Les bonnes raisons des députés finirent par triompher, et après une longue discussion, l'impôt fut réduit à trente-cinq mille livres.
Le chapitre de Saint-Florent n'avait pas oublié la perte qu'il avait faite des reliques de son patron, il s'adressa à Charles VIII pour en obtenir la restitution. Le roi ordonna le 14 août 1494, aux chanoines de Saumur, de rendre les reliques, mais ce ne fut qu'après un arrêt du Parlement, et en 1498 seulement, que les restes du saint furent apportés à Roye.
L'hiver de 1493 lut excessivement rigoureux et augmenta encore la misère des habitants.
La paix avait été signée entre le roi d'Angleterre et Charles VIII, le gouvernement des villes de Péronne, Montdidier et Roye fut appelé, comme d'usage, à ratifier le traité de paix. Ce furent des députés de Montdidier qui furent chargés de cette mission. Ils se rendirent à Laon, le 1^^ juin 1496, devant le lieutenant-général du bailli de Vermandois pour donner leur ratification, au nom des trois villes, sous la réserve par eux faite, que leur compa-
rution devant le bailli de Yermandois n ne Teur puisse préjudicier, ni à leurs privilèges, franchises, ni à la juridiction de la gouvernance de Péronne,* Montdidier et Roye >, mais que ce qu'ils en avaient fait, était pour obtempérer au bon vouloir et plaisir du roi. {Histoire de Umtdidier,)
La ville commençait à sortir de ses ruines, les fortifications se relevsûent ; la Porte-Saint-Pierre avait pu résister, elle était alors contiguë à Téglise et située au coin de la Rue- Haate-Saint-Pierre. Mais en 1496, une maladie contagieuse vint exercer ses affreux ravages, et pendant trois années, la population fut décimée par la peste.
Ainsi se termine ce siècle si désastreux pour la ville de Roye et qui présente le tableau des plus grandes misères auxquelles une population puisse être exposée.