‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 29 sur 37 · I^GES, PRISES ET REPRISES DE ROTE. — LE COMTE DE RŒUX · texte numérisé non relu

I^GES, PRISES ET REPRISES DE ROTE. — LE COMTE DE RŒUX

— REUGION RÉFORMÉE. — LA LIGUE. — LETTRES d'HENRI IV.

— GABRIELLE D'ESTRÉES. — PRISE DE LA VILLE PAR HENRI IV. — CAPITULATION. — ÉPISODES.

Ce siècle fut moins fécond en événements, cependant nous verrons encore les ennemis de la France pénétrer dans la ville de Roye et livrer la cité à toutes les horreurs de la guerre.

Sbus le règne de Louis XII, les habitants jouirent d'un peu de tranquillité; les guerres d'Italie obérèrent les

finances, les impôts furent augmentés et l'élection de Péronne, Montdidier et Roye eut à supporter, pour sa part dans les tailles, le paiement de vingt*cinq mille six cent quatre-vingt-dix-neuf livres tournois.

Jean Batrel, lieutenant-général au gouvernement de Montdidier, tient ses assises à Roye.

L'hiver de 1505 fut si doux que les rosiers fleurirent dans le mois de janvier, comme si l'on eût été au mois de mai. En revanche, des froids excessifs sévirent de 1506 à 1507.

La tranquillité dont jouissaient les Royens ne devait pas être de longue durée, et avec François I«', la guerre éclata de nouveau : la victoire de Marignan signala la bravoure chevaleresque du jeune monarque et coûta la vie à Antoine de Roye qui périt le second jour de cette bataille. (1515.)

La mère du roi, Louise de Savoie, écrit d'Àmboise au gouverneur-général de Péronne, Montdidier et Roye, Louis de Halluin, pour lui faire part de cette victoire ce et aussy pour en faire rendre grâces à Dieu et faire processions par ceux des villes du pays. > (22 septembre.)

Le seigneur de Piennes survécut peu à cette victoire, il mourut en son château de Maignelay, le 12 décembre suivant ; ses funérailles eurent lieu en grande pompe. Le capitaine-gouverneur de Roye et le prévôt royal assistèrent à la cérémonie.

fcan de Humières seigneur de Monchy, lui succéda dans son gouvernement ; Tannée suivante, il fit son entrée dans la vUle, douze lots de vin lui furent offerts par TEchevinage.

Pendant les années qui suivent, les environs de Roye sont visités par des bandes d'aventuriers qui se livrent au pillage et dévastent les champs. Une troupe de ces marau-

deurs s'était installée à Roye, sous le commandement de Jacques de Lorges. Un détachement se dirige sur Montdidier pour surprendre cette ville, mais les habitants leur ferment les portes et se mettent sur la défensive; les aventuriers voyant leurs tentatives inutiles, lèvent le siège trois jours après.

Le roi François I^^ ayant besoin d'argent pour soutenir la guerre contre l'empereur Charles-Quint et contre le roi d'Angleterre fait appel au clergé du diocèse d'Amiens, qui accorde un subside de 10,364 livres tournois. Dans la répartition de cet impôt, le chapitre de Roye eut à payer quatre-vingts livres, le prieur de Saint-Mard seize livres, et le curé de Saint-Médard huit livres.

Enfin la paix est signée à Noyon, entre l'archiduc Charles et le roi François l^^; sa fille Louise est promise en mariage.

Mais bientôt la guerre se ralluma ; au mois d'octobre 1523 une armée de trente mille hommes d'infanterie et de six mille cavaliers, composée d'Anglais et d'Allemands, passe la Somme à Bray, sous la conduite du duc de Norfolk et du comte de Bure. Les ennemis se dirigent sur Roye, qui n'avait pas de garnison sufSsante pour résister à des forces aussi nombreuses ; ils s'emparent de la ville et la livrent aux flammes.

Ils marchent ensuite sur Montdidier, pillant et incendiant les villages sur leur passage. Le duc de Vendôme, à la tète de troupes françaises, chasse les Anglais de Roye et la ville rentre sous la domination royale.

La perte de la bataille de Pavie dans laquelle le roi fut

fait prisonnier, jeta le deuil dans la province ; des négo-

^ dations furent ouvertes, au mois d'octobre 1525, pour la

' délivrance du monarque. Parmi les conditions du traité,

était celle de renoncer aux droits que le roi prétendait

avoir sur les châtellenies de Péronne, Montdidier et Roye. François I^'^' repoussa ces propositions, en disant qu'il préférait demeurer prisonnier, plutôt « que de faire chose contre son honneur, t^

Rendu à la liberté par le traité de Madrid, (1526), François l^^ assista Tannée suivante à Gompiègne, à la fête de Saint-Michel célébrée en grande pompe dans la principale église. Le roi fit placer à sa droite Jean de Humières, gouverneur-général de Péronne, Montdidier et Roye, qui était allé féliciter le monarque.

C'est François P'' qui créa la légion d'infanterie de Picardie forte de six mille hommes et de deux cents arquebusiers par mille ; le régiment de Picardie avait le pas sur les autres ; Jean de Barbançon seigneur de Canny et le comte de Saisseval en étaient les capitaines. Le 20 juin 1534, le f oi vint à Amiens et passa la revue de la légion, qui s'assembla en armes dans la plaine entre Saint-Âcheul et Saint-Fuscien.

A la tète des compagnies étaient le seigneur de Mailly et le comte de Roye-Roucy; toutes les dames de la cour se trouvaient à cette revue, il se fit en leur présence, plusieurs joutes à pied et à cheval. (Histoire iJP Amiens par M. H. DuseveL)

Le 5 août 1529, fut conclu à Cambrai, un traité de paix qui fut annoncé dans Roye, à son de trompe ; des feux de joie furent allumés dans les rues et une messe en actions de grâces suivie d'une procession générale, fut chantée dans la collégiale.

Mais la guerre éclate de nouveau ; à peine remis du désastre de 1523, les habitants de Roye voient encore les ennemis devant leurs portes. La ville est mise en état de défense et au mois de mars 1536, des munitions '

de guerre et de bouche sont envoyées aux lansquenets composant la garnison.

Les comtes de Nassau et de Rœux entrent en Picardie à la tète de soixante mille soldats ; le 16 août, ils mettent le siège devant Péronne. Grâce au courage des habitants, leur ville fut sauvée des horreurs du pillage. Roye avait envoyé à ses voisins de l'artillerie et des munitions de toutes sortes ; Joachim de Hangest, seigneur de Moyencourt, capitaine de cinquante hommes d'armes, s'était jeté dans Péronne, où il soutint les assauts de l'armée impériale.

Obligés de lever le siège, les ennemis se dirigent sur la ville de Roye dont ils s'emparent le i2 septembre, la livrent au pillage et à l'incendie.

Messire Antoine Du Bois, évèque de Béziers, abbé commendataire de Saint-Lucien de Beauvais, était possesseur de la seigneurie de Roye en 1534 ; on se souvient que ce prélat était frère de Marguerite Du Bois femme de Jean lY de Roye. On voit par un compte que fait M* Jehan de Facquembergue, licencié ès-lois, substitut et commis par noble et discrète personne M* Jacques Duchemin, seigneur du Quesnel, chanoine de Notre-Dame d'Â.miens, maitre d'hôtel et procureur du révérend père en Dieu Antoine Du Bois, qui était aussi comte de Chaumont en Bassigny et de Chaumont en Yexin. On voit, disons-nous, que Jehan était commis pour recevoir les revenus de la terre et seigneurie de Roye, ses appartenances et dépendances. Le compte du receveur nous apprend que l'évèque de Béziers était possesseur de la seigneurie de Roye, par récompense^ encontres, eschanges faits par le roi avec Antoine Du Bois € des pontenaiges, portz, haulx pas- « saiges, terres, fiefs, villes, ohastiaux de Poissy, de « Chauknont, de Margny en Yexin, du Ghàtel de Morte- « mer en pais de Caux et d'autres propriétés. »

Les deniers payés comptant à Tévèque de Béziers, provenant de la seigneurie de Roye, s'élevaient cette année à la somme de six cent vingt-quatre livres onze sols trois deniers parisis. {Archives de la ville de Roye.)

Aussitôt le départ des Impériaux, les habitants songèrent à réparer les désastres ; ils firent construire de nouvelles maisons y puis on avisa aux moyens d'augmenter les défenses et l'on travailla aux fortifications.

En 1538, on fit une nouvelle muraille depuis la tour Billiart, à l'Est, jusqu'à la tour Lupart.

Les documents inédits concernant la Picardie, publiés par M. V. de Beauvillé, contiennent deux rôles d'ouvriers qui ont travaillé aux fortifications, c RooUe des manouc vriers et pionniers qui ont besongné, manouvré et pionne <t à décombrer théraulx, depuis la tour nommée : Tour « Billart jusques au devant de l'huys (maison) Anthoine (( Baudoin, pour faire les fondacions de la nouvelle muraille € que l'on y veult faire, ensemble mandes et autres choses « nécessaires à porter théraulx et grez en la septmaine a commençant au lundy premier jour d'avril mil cinq cent « trente -huit avant Pasques. i>

La somme payée à dix ouvriers pour cinquante-huit jours un quart de travail, à raison de vingt deniers tournois par jour, s'élevait à qu^itre livres dix-sept sols onze deniers tournois.

Le prix d'une mande était alors de dix deniers, celui d'une chivière^ de deux sols six deniers.

Suit le certificat du receveur « Jehan de Sangters, rece- « veur des deniers, dons et octrois de la ville de Roye « donnez par le roy nostre sire pour les réparations et « fortificacions de la dite ville, baillez et délivrez aux pionce niers et manouvriers et à Jehan Huguecy-dessus nommé ce la somme de... (celle ci-dessus.)

€ Fait par nous Florent Collesson escuier, licencié ès-lois « et lieutenant à Roye de monseigneur le gouverneur de (( Péronne, dudit Roye et de Montdidier ; Florent Boucquel € procureur et Pierre Carton, licencié ès-lois, avocat du roi c et messire François de Bosquiaulx, chevalier seigneur € dudict lieu, duquel a esté pris Tadvis en cette partie et ff maistre François Dupré, licencié ès*lois, prevost de la ville

« de Roye en la présence de Pierre Jourdy, controlleur

€ desdictes ouvrages. »

L'autre rôle des pionniers accuse une dépense de quarante-neuf sols quatre deniers tournois poiu* treize ouvriers travaillant toute la semaine. Le compte du receveur se termine par le certificat suivant : « En présence de nous, Jehan Gontier et Anthoine Michel, eschevins de la ville de Roye, les treize pionniers et manouvriers et Thomas Bandeqidn cj dessus nommez, ont esté paiez comptant par Jdum de Sangters receveur, pour les journées dessus dédarées qu'ils ont vacquié auxdites ouvrages, selon le prix que dessus, le jourdhuy second jour de novembre Tan mil dnq cent trente huit, i

Par des lettres du 7 février 15^, François I^ mande au gomenieur de Péronne. Roye et Montdidier que les villes doses oDotribuaront à la solde des gens de guerre. Les trois TiDes eurent à leurs frais quarante hommes de pied, dont la solde moatà pour quatre mois à neuf cent soixante

Cette même année, la plaine des oivirons de Roye fiit nngkt par mi orage terrible accompagné de grêle.

La gMire cotitînnant, il fut résolu le i4 août 1544, de âîre faoâre tcMiles les dodies des villes et villages des bords de Im Somme, pour en faire des canons ; mais la paix signée le 17 septonbre, empêcha de donner suite a ceprsjeL

François P^ était au château de Folleville, chez le seigneur François de Lannoy, lorsqu'il fit connaître aux habitants de Roye la conclusion de la paix avec l'empereur Charles-Quint.

La ville envoie des députés à Péronne pour assister à l'assemblée des Etats du gouvernement des trois villes pour la notification du traité de paix de Crépy-en-Valois. Par une des 'clauses l'empereur cédait à François I^' les droits qu'il avait, comme héritier des ducs de Bourgogne, sur les châtellenies de Péronne, Montdidier et Roye. Cette cession était l'exécution du traité d'Ârras de 1435: Gharles-le-Téméraire étant mort sans eniant mâle, la possession des trois villes devait revenir à la couronne de France.

Cette même année 1544, la peste exerça de nouveau ses ravages et décima la population de Roye ; elle dura jusqu'à l'année suivante, qui fut marquée par une grande disette.

Le 8 juin 1545, on reçoit des lettres du duc de Vendôme, gouverneur-général de Picardie, qui demande à la ville de fournir des vivres pour deux jours à six mille Allemands et lansquenets. Le prévôt, après en avoir délibéré avec les habitants, décida qu'il serait seulement fourni le tiers de l'étape. En effet, les habitants étaient dans la détresse, à cause de la cherté des subsistances. Le setier de blé valait alors cent sols, on mangeait du pain fait avec de l'avoine ; heureusement, la récolte suivante fut très bonne et le prix du blé ne fut plus que de douze sols le setier.

C'est en cette année (1545) que le comté de Nesle fut érigé en marquisat en faveur de la maison de Saint-Maure ; parmi les fiefs nombreux dépendant de ce marquisat se trouvaient les villages de Dreslincourt, de Cressy, de Septfours, de Marché et de Landevoisin sis en la prévôté

de Roye, puis la seigneurie de Roiglise et du MonteL A cause de ces possessions, les seigneurs de Nesle devaient certaines redevances au chapitre Saint-Florent de Roye« Le marquisat de Nesle était un des plus beaux de France, il comptait quatre baronnies et quatre mairies. Les maires de SeptTours, de Boucboir, étaient tenus d'assister à Tapprédation des blés et des autres denrées dûs au marquis de Nesle, à titre de cens. Ils devaient aussi venir la veille de Noël, dans la salle du château, pour voir allu* mer le feu de la Choque. A la mort du marquis on déployait une grande pompe pour les funérailles ; le clergé des paroisses du marquisat devait y assister. Des hérauts annonçaient la nouvelle, la Collégiale Notre-Dame prenait ses dispositions pour recevoir le corps du défunt ; a sur Tavis qu'il parait dans l'allée de Rethonvillers, en venant de Roye, la milice bourgeoise sous les armes, la compagnie du jeu d'arc, le corps de ville, les officiers du Bailliage en robe, les religieuses de l'Hôtel-Dieu, le clergé des paroisses, celui du marquisat, et le Chapitre de Nesle se mettent en procession un cierge d'une livre à la main. j>

Deux ans après son avènement au trône, par des lettres de Garde-gardiennes données à Saint-6ermain-en-Laye, au mois de juin 1549, adressées aux doyen et chanoines de la collégiale, le roi Henri II met sous sa sauvegarde les biens appartenant au chapitre et renvoie les causes à juger par-devant le gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, ou son lieutenant à Roye. Ces lettres furent enregistrées au Bailliage le 21 juillet par Florent de CoUesson, écuyer, licencié ès-lois, seigneur de Béronne et de Saint- Mard, sur la réquisition de François Cornet, prêtre, et de Jean dé Villers, écuyer, chanoines de Roye, en la présence de Florent Boucquel, procureur du roi. Ces lettres ont depuis été confirmées en 1636, par Louis XIII, et en 1648,

par Louis XIV, mais sans aucun détail ; elles sont relatives à celles d'Henri II et des rois ses prédécesseurs, dont le premier qui les accorda fut Jean le Bon.

Henri II, par lettres du mois de juillet 1550, autorise, à la demande de Charles de Roye, seigneur de Francastel, rétablissement dans ce village de deux foires « ou franches festes D et un marché par semaine.

La ville de Roye avait alors une garnison de deux cent quatre-vingt-huit hommes de guerre à pied, au service du roi, commandée par le capitaine Bricquemault et qui faisait partie de la compagnie du colonel de Ghatillon. Ces soldats appelés : aventuriers furent passés en revue sur la Place d'armes, le 1®*' décembre 1550, par le chevalier Guy Karmel, seigneur de Boran, commissaire des guerres ; on comptait parmi eux c des picquiers, des harquebusiers simples, des gens portant corceletz et des harquebusiers maillez et morrionnez. -» {Documents inédits.)

Les habitants avaient fait de grands sacrifices pour rebâtir leurs maisons, pour relever les édifices et pour faire travailler aux fortifications. Leurs ressources étant épuisées, ils s'adressèrent au roi pour lui exposer l'état de leur détresse. Au mois de décembre 1552, ils reçurent des lettres d'attache de la Cour des Comptes portant afGranchissement, pour cinq années, de tailles, aides et tous autres subsides ou impositions.

Au mois d'octobre 1552, Antoine de Croy, comte de Rœux, obéissant aux ordres de la reine de Hongrie, pénètre de nouveau en Picardie, à la tète de quinze à vingt mille Belges, ravageant tout sur son passage et commett^t d'horribles cruautés. Il se présenta devant Roye dont il s'empara, après une faible résistance ; il mit le feu à la ville, comme il avait fait à Nesle et à Chauny. L'incendie fut terrible et s'étendit jusqu'aux édifices ; la

Collégiale de Saint-Florent fut en partie détruite, le chœur, le clocher ne purent résister aux flammes. « Ces barbares € bouttefeux, portant le flambeau partout, même dans les <L lieux les plus sacrés, repaissaient inhumainement leur vue c et leurs vengeances de ces pitoyables spectacles, et les (L malheureux habitants ayant retiré leurs familles et les < bestiaux dans quelques maisons fortes, ils prenaient plaisir a d'entendre pêle-mêle les mugissements des bêtes, les cris « des enfants et les hurlements de ce peuple innocent qui c périssait dans les flammes. > Parmi les actes de barbarie commis par les soldats du comte de Rœûx, Mezerai raconte celui-ci : c Un soldat des environs de Roye, engagé très c jeune dans les troupes flamandes, se trouvait près du lieu « de sa naissance, il se détache de sa troupe pour aller le « visiter. En arrivant, il voit l'église en feu, remplie de c quatre centsfemmes qui poussaient des hurlements aflreux, « il prend une hache et rompt la porte ; parmi les premières « femmes qui en sortent à demi-brûlées, il reconnaît sa a mère, qui se jette dans se^ bras. Le capitaine de la troupe c incendiaire^ enragé de voir ces malheureuses mises en € liberté contre ses ordres, fait repousser la mère, le fils et c les femmes qu'on put ressaisir, dans l'église, qui iut ( consumée, j^

L'auteur des lettres sur le département de la Somme (Dusevel), fait passer cette scène d'horreur dans la Collégiale de Roye, c'est peu vraisemblable : un soldat natif de ce pays-là, dit Mezerai, ferait supposer que c'est dans le village même où il naquit que le fait s'est passé, c^està-dire à Bouchoir, suivant la tradition.

A propos de la prise de Roye, le connétable de Montmorency écrivait au duc de Guise, François de Lorraine :... « Je vousadvise an demeurant. Monsieur, que les bouttefeux « qui estoient en Picardie se sont retirez et ont repassé

c la rivière de Somme à Bray, n'ayant &iili à brusler a Nesle et Roye et tout ce quils ont trouvé sur le chemin a de leur retraite dont il faudra avoir quelque jour « revange, que j'espère que vous commencerez à bon < escient fesant recevoir une honte à l'empereur, s'il c s'opiniastre à votre place.... à Reims le 25 octobre 1552.»

Le roi Henri II envoya des troupes en Picardie, sous les ordres du duc de Vendôme, et rentra en possession des villes prises. Il s'ensuivit une trêve (5 février), mais elle fut de courte durée. Néanmoins la population accueillit avec joie cette nouvelle transmise par le gouverneurgénéral Gaspard de Goligny.

Les Impériaux continuaient à faire de fréquentes incursions ; en effet, ils s'emparèrent de Roye, de Nesle, de Chauny et chassèrent de ces villes la garnison française ; ils voulurent poursuivre leurs courses jusqu'à Montdidier, mais la rigueur de la saison les obligea à rebrousser chemin.

C'est vers ces temps désastreux que les habitants de Roye, ne se trouvant plus en sûreté derrière les fortifications, défendues le plus souvent par le seul courage des bourgeois, et pour se soustraire aux invasions continuelles des ennemis, songèrent à utiliser ces longues galeries souterraines qui sillonnent la ville dans tous les sens. Ces galeries creusées dans le calcaire , voûtées en arceaux dans les parties voisines des habitations, étaient situées à environ vingt mètres au-dessous de la surface du sol.

Dans ces sombres demeures se retiraient les vieillards, les femmes et les enfants, emportant avec eux ce qu'ils avaient de plus précieux, alors que les hommes valides défendaient leur ville constamment prise et reprise.

Le sous-sol de la Place d'Armes offre de ces immenses souterrains qui tous semblent rayonner vers un centre

commun, le puits situé autrefois à Tune des extrémités de la Place ; dans' le fonds de ce puits, on voyait des ouvertures qui communiquaient avec ces souterrains-refuges^ c'est par là que Tair se renouvelait.

Les caves des maisons numéros 8 et 18 de la Place sont magnifiques, elles sont voûtées en pierre de taille aux premiers étages ; plus bas, la galerie est creusée dans la roche calcaire et se dirige vers le puits avec lequel elle communique par un couloir de soixante mètres de long. En hiver 1864, près de la maison n® 20 de la Place, le pavé s'est effondré et a mis à nu l'entrée d'un souterrain qui offrait différentes directions. Ces souterrains sont comblés en partie par les démolitions des maisons que l'on relevait sur de nouvelles fondations : on y rencontre toute espèce de débris. En 1771, le sol d'une maison située sur la Place d'Armes s'enfonça ; on fit des fouilles et l'on trouva des charbons, des ossements d'animaux, un bois de cerf, un mortier avec son pilon et beaucoup de vases en terre très légers ; on put lire sur une muraille, la date de 1523.

Dans la matinée du 30 août 1866, une excavation considérable se produisit rue Saint-Pierre, en face des maisons numéros 13 et 15, sur une étendue de dix mètres : la circulation fut interrompue. C'est à la suite de grandes pluies que l'éboulement eut lieu, il n'a amené d'autres découvertes que celles d'anciennes caves et d'un ancien égoùt comblés avec des terres rapportées ; on a trouvé un puits rebouché et des monnaies d'Henri IL On a constaté la présence de l'ancienne chaussée, à un mètre audessous de celle actuelle ; elle était composée de grès posés à plat et recouverts d'une couche de cailloux reliés avec de la craie.

On découvre dans .presque tous ces souterrains des traces d'habitations, des fours, des puits, des ustensiles de ménage; nul doute qu'ils n'aient servi de refuge. Cependant il semblerait que telle n'était pas la destination première de ces cavités*

Ces immenses galeries taillées dans le tuf calcaire, larges, élevées, se dirigeant toutes dans le même sens, du Nord au Sud, suivant l'inclinaison du sol, semblent indiquer de vastes carrières ayant servi à l'exploitatïoii des matériaux nécessaires à la construction des édifices ou des habitations, et dont l'entrée devait se trouver sur le flanc sud de la colline.

Plus on pénètre profondément, plus la roche calcaire présente de la résistance, la pierre est dure et sa friabilité peut devenir moindre encore, au contact de l'air. Comment expliquer autrement ces cavités nombreuses, voûtées en pierres de taille du même échantillon, et présentant la même composition que celle des galeries de calcaire qu'elles sont appelées à soutenir ? De distance en distance, en effet, se trouve une partie voûtée qui maintient le sol manquant parfois d'agrégation, par suite de l'infillration des eaux. Il a fallu trouver ces matériaux sous la main pour se livrer à ce luxe de construction. Ce qui est moins facile à expliquer, c'est la présence d'une quantité énorme de grès qui existe soit comme voûtes, soit encore conmie murailles de soutènement ou de fondations de maisons. Ces grès forment des blocs énormes taillés sur une ou deux faces, mais solidement agrégés par un ciment dur et serré. Ces grès ne se trouvent pas comme les pierres, dans le sous-sol de. la ville, il a fallu les extraire des villages voisins, de Beuvraignes, de Laucourt ou de Tilloloy, mais alors quel travail inouï pour les amener à pied-d'œuvre. C'est là surtout ce qui frappe l'imagination.

ce sont ces travaux de géants qui ont dû coûter pour leur exécution, tant de peines et tant de labeurs«à nos ancêtres, alors surtout que les moyens de communication étaient si difficiles et les transports presqu'impossibles.

Ce n'est pas seulement à Roye que se trouvent des souterrains-refiiges ou muches^ mais à Fransard, à Fresnoy, à Ssdnt-Mard, à Villers, à Parvillers, à Wiencourt et dans tout le Santerre. L'abbé Le Bœuf attribue même « au grand nombre de souterrains, où les habitants du Santerre sauvaient leurs personnes et leurs biens, le nom de territorium sanctœ liberationis (terre de sainte-délivrance) qu'une partie de cette contrée conservait encore au xii^ siècle. }» {Etymologie du mot Santerre par M. Lefèvre-Marchand,)

La bataille de Saint-Laurent dans laquelle fut fait prisonnier François de Roye de La Rochefoucault, fut suivie du siège de la ville de Saint-Quentin. Là perte de cette bataille jeta l'épouvante dans le pays.

Le 20 août 1557, Jean d'Ëstouteville, lieutenant de l'amiral de Coligny, fait publier dans toutes les communes oc que ceux qui ont du blé ou d'autres grains eussent à les faire battre et mettre en lieu sûr, le plus tôt possible, s'ils veulent éviter que le duc de Nevers ne les fasse brûler pour ôter toute ressource à l'ennemi. » Ordre fut aussi donné de mettre le feu à tous les villages situés entre Ham et Montdidier, jusqu'à deux lieues de cette dernière ville, afin d'empêcher les Espagnols, qui étaient à Ham, d'entrer dans le pays. « Cette mesure, dont l'exécution « aurait été plus préjudiciable aux Français qu'aux Espa- € gnols, fut heureusement contremandée, et bien des « communes échappèrent ainsi à une ruine totale. »

Devant l'imminence du danger, l'amiral de Coligny, gouverneur de Picardie, fit appel aux habitants de la ville

de Roye, qui envoyèrent des arbalétriers au secours de Saint-jQuentin.

Malgré la défense héroïque des Français, la capitale du Vermandois, tomba au pouvoir des Espagnols le 27 août. Cette nouvelle porta la désolation dans la province, Paris était dans la plus grande consternation et les habitants des campagnes émigrèrent dans les villes voisines.

Afin d'encourager les bourgeois de Roye à se défendre et à mettre les fortifications de leur ville en état de soutenir un siège, le roi adressa aux prévôt et échevins, le 6 novembre 1557, des lettres portant affranchissement d'impôts pour cinq ans, à la condition que, pendant la guerre seulement, les habitants seraient tenus d*ètre sous les armes pour la garde de leur ville. En 1561, cet affranchissement fut confirmé pour deux ans ; puis les mêmes privilèges furent prorogés pour un an, par lettres-patentes du 2 février 1562, signées du roi Charles IX.

Henri II, par d'autres lettres de 1559, avait ordonné l'aliénation de son domaine en la province de Picardie, jusqu'à concurrence de quatre cent mille livres ; en conséquence de ses ordres, des commissaires furent nommés qui procédèrent à la vente du droit d'afforage dû au roi, tant dans la ville que dans la banlieue, à cause du château de Roye. Ce droit fut adjugé moyennant le prix de cinq cent quarante-deux livres. Le comte de Soyecourt s*étant rendu adjudicataire, le Corps-de-ville obtint que le droit d'afforage fut définitivement abandonné à l'Echevinage. On sait que ce droit consistait en une perception sur les vins débités en gros et en détail.

Le roi Philippe II n'avait pas été aussi heureux devant Rocroy, que son lieutenant Emmanuel de Savoie à Saint- Quentin ; n'ayant pu s'emparer de la ville de Rocroy il fut obligé de répandre son armée dans les provinces du

Laonnois et du Vermandois. L'échec subi à Gravelines par le maréchal de Termes détermina François de Guise, lieutenant-général du royaume, à quitter le Luxembourg pour couvrir la Picardie, contré l'armée espagnole campée devant Maubeuge. Il vint, à cet effet, établir son camp au village de Pierrepont, dont la seigneurie appartenait à Léonor de Roye. Henri II ne tarda pas à le rejoindre pour passer son armée en revue. Après l'avoir augmentée de dix enseignes d'infanterie et de sept cornettes d'Allemands amenés par Guillaume de Saxe, l'armée levant le camp de Pierrepont et prenant la route de La Fère, entra en Picardie pour se porter au-devant des^ Espagnols. Henri II étant arrivé dans le voisinage d'Amiens, avec son armée forte de quarante mille hommes, un choc avec celle de Philippe II paraissait imminent, lorsque les deux monarques convinrent d'une suspension d'armes, qui fut suivie, au mois d'août 1559, de la paix du Cateau-Gâmbrésis.

ff Ces princes sentaient qu^ild- avaient à combattre un ennemi intérieur redoutable : l'hérésie de Lhuter, bientôt remplacée par celle de- Calvin ; malgré la rigueur avec laquelle on la poursuivait, elle faisait des progrès rapides dans le pays. 9

En effet, la doctrine du Noyonnais Calvin, commençait à se répandre, et le- roi Henri II était résolu à étouffer l'hérésie dans son berceau. A cet effet, il nomma un tribunal d'inquisition pour rechercher les hérétiques ; Antoine de Monchy de Ressons-sur-Matz (bailliage de Roye) fat nommé* membre de ce tribunal. De Monchy s'est nonseulement rendu célèbre par ses écrits signés du nom de Démocharès^ mais encore comme grand Inquisiteur de la foi, par son jugement contre Anne Dubourg qu'il condamna au bûcher. Cette exécution exaspéra les esprits et donna

naissance à la conjuration d'Amboise dans laquelle Louiâ de Bourbon joua un rôle actif, mais occulte.

Les habitants de Roye fidèles à la foi de leurs pères, avaient pu résister aux obsessions des émissaires de la religion réformée ; cependant tous n'avaient pas eu ce courage, et le Calvinisme comptait quelques prosélytes rangés sous la bannière du prince de Condé, seigneur du fief de Roye et chef des Huguenots.

Nous avons vu que Louis de Bourbon, premier prince de Condé, avait épousé Léonor de Roye, a héritière d'une maison plus noble que riche t^ ; le mariage avait été célébré au château du Plessier-de-Roye (juin 1551) par le cardinal de Bourbon, oncle et tuteur du prince. Léonor apporta en dot douze mille livres de rentes, savoir : six mille le jour des noces et les six autres ^près le décès du seigneur et dame de Roye. Ce contrat fut passé à Ânisy-le-Château.

Au mois de juin 1559, le prince et la princesse de Condé donnent à bail à Nicolas Lesquevin, receveur de la terre de Guerbigny, et à Adrien son fils, leur maison, chef-lieu et hôtel de la seigneurie, moyennant cent sols tournois de cens. Ce bail fait à Paris, était signé par la princesse, il portait leurs armes : de France au bâton féri (ïargent et de gueules^ qui est Bourbon : de gueules à la bande d'argent pour Léonor de Roye.

Ces nobles seigneurs n'étaient pas riches, les sacrifices qu'ils faisaient pour soutenir leurs coreligionnaires, les épuisaient. Lorsque Louis de Bourbon se rendit aux Etats d'Orléans, la pénurie était telle, que sa belle-mère Madeleine de Mailly fut obligée de lui prêter mille écus d'or provenant de son château de Guerbigny, qu'elle avait engagé au connétable Anne de Montmorency.

La tenue des Etats d'Orléans n'était qu'un piège tendu aux chefs des Huguenots ; Condé le comprenait, mais il

lui semblait indigne de son rang de Mre paraître la moindre crainte. Léonor faisait tous ses efforts pour Tempâcher de se rendre aux Etats, la mère de la. princesse joignait ses instances aux siennes ; le prince se fiait sur sa position, sur sa haute naissance et répétait m que ce n'était pas chose si &cile que de faire mourir un prince du sang par justice y, et il poursuivit sa route..

Le 31 octobre, le prince arriva à Orléans, son entrevue avec le roi fut froide ; François II déclara au prince de Condé, qu'il l'avait mandé pour savoir la vérité de sa bouche, touchant les entreprises qu'on lui imputait ; « le prince répliqua par de virulentes accusations contre les Guises : le roi fit arrêter Condé, qui réclama inutilement la sûreté promise. On l'enferma dslns une maison voisine qu'on avait fortifiée d'une tour garnie de canons », où il ht retenu prisonnier. Léonor ne put obtenir de voir son époux, elle vint se jeter aux pieds du roi François qui la repoussa durement, a Votre mari, s'écria-Ml ! a voulu t m'ôter la couronne et la vie^ je ne puis moins faire que c de m'en venger. >

Les sieurs de Carouge et de Bailleul furent expédiés ' avec une lettre de cachet, pour aller arrêter à Ânisy la dame de Roye, Madeleine de Mailly et la conduire au château de Saint-Germain. En même temps, on s'empara de ses papiers qui furent apportés à la Cour.

A Tinstigation du duc de Guise, le prince de Condé fut jugé et condamné à la peine capitale ; l'exécution devait avoir lieu le 10 décembre. Léonor aidée du chancelier de L'Hôpital, ne négUgeait rien pour sauver son époux, mais ses efforts eussent été impuissants sans la mort de François II.

L'avènement de Charles IX ouvrit au prince les portes de sa prison ; Madeleine de Mailly recouvra aussi sa

liberté. Cette dame mourut étranglée par un mal de gorge : i< C'est grand'pitié, disait*elle, de mourir ainsi, quand on a a soixante mille livres de rentes. «

L'époux de Léonor gagna la ville de La Fère et de là se rendit à Fontainebleau, accompagné de François III de Roye de La Rochefoucault, son beau-frère, qui avait épousé Charlotte de Roye, sœur puinée de Léonor.

Le 20 mars 1560, il y eut à Amiens une assemblée des Etats de la province, sous la présidence du lieutenantgénéral Jean de Monchy, sieur de Senarpont, gouverneur de la Picardie ; la ville de Roye y envoya des députés.

Le prince de Condé favorisait ses coreligionnaires de tout son pouvoir, e mais avec mesure et sans en faire parade. » Etant à Saint-Germain -en* Laye, il apprit que les protestants éprouvaient à Roye quelques difficultés pour l'exercice de leur culte; il écrivit, à ce sujet, au lieutenantgénéral de Roye, à la date du 11 novembre 1561. II paraîtrait par cette lettre, que les édits royaux concernant le libre exercice du culte réformé, n'avaient pas reçu à Roye leur entière exécution, c par la négligence d'aulcuns des principaux ministres de la justice », le prince rappelle que la volonté du roi est que : « s'il se trouvait qu'il y a eust aulcuns si téméraires ou advantageux de faire presa cher es rues ou lieux publics, ou qui prennent temples a ou abattent images :», que sans considération de personnes ou de religion, il leur soit incontinent appliqué les ordonnances faites sur la correction des séditieux. Le prince termine en invitant le lieutenant à communiquer sa lettre aux autres officiers du roi, aux gouverneurs et échevins de la ville ^ afin qu'ils y puissent de leur part faire leur debvoir. » (Histoire des princes de Condé par M. le duc dAumale.)

Bientôt a lieu une nouvelle levée de boucliers, le prince de Gondé, à la tète de huit mille hommes, quitte Orléans pour s'arrêter à Meaux ; Léonor qui l'accompagnait, abandonna la ville en même temps que le prince, pour se rendre à Muret. En passant près de lisy-siur-Ourcq, elle rencontra une procession. Quelques jeunes gens dé son escorte ayant insulté le cortège, les paysans s'ameutèrent et poursuivirent la petite troupe à coups de pierres, la litière de la princesse en fut criblée, elle n'eut que le temps de gagner Gandelu, où elle accoucha avant terme de deux jumeaux, le 30 mars 1562. De ces deux enfants, Tun Louis mourut l'année suivante, l'autre Charles fut élevé plus tard dans la religion catholique et devint le troisième cardinal de Bourbon. Lorsque Léonor fut remise de ses couches, elle alla au château de Muret.

Le 23 avril 1562, les mayeur et échevins de Roye reçurent des lettres de Charles IX, par lesquelles le roi leur fait pail : « qu'il a diverses fois mandé au sieur c de Sénarpont, son lieutenant-général en Picardie, en € l'absence du prince de Condé, qu'il eût à faire cesser « tous les prêches et exercices de religion qui se font « es places frontières au pays de Picardie, par les mi- € nistres de la nouvelle religion, à quoi il avise qu'il soit « satis&it.... > Toutefois, comme c'est chose importante, le roi ajoute : qu'il a donné charge à l'évêque d'Amiens, messire Antoine sire de Créquy de leur faire entendre son intention, suivant laquelle il leur enjoint « que de leur c part, ils n'ayent plus à permettre, ni souffiir qu'il y ait c aucun ministre et prédicateur en la ville de Roye, qui c fasse aucun prêche, assemblée, ni administration de « sacrements dedans, ni dehors d'icelle et que, aucims « n'y soient reçus pour y prêcher e^ annoncer la parole « de Dieu, que ceux* qui seront envoyés par* l'évêque. »

Les ordres du roi furent exécutés, les protestants qui ne purent suivre le prince de Condé à Orléans, furent poursuivis. Le 2 juillet, l'exercice du culte protestant fut interdit, les Huguenots s'expatrièrent de Roye et se retirèrent en grand nombre à Dieppe, où ils trouvèrent aide et protection.

Après la bataille de Dreux (19 décembre 1562), le prince de Condé fut fait prisonnier ; Coligny laissant Dandelot avec rinfanterie pour défendre Orléans, et confiant à la princesse Léonor la garde du connétable, gagna la Normandie.

Le prince fut mis au secret dans les prisons d'Orléans, puis des négociations s'ouvrirent. Il s'agissait de régler l'entrevue du prince de Condé avec le connétable Anne de Montmorency, mais de nouveaux obstacles surgissaient à chaque instant. « Mon oncle, disait Léonor à Montmon rency, vous connaissez mal nos ennemis, ils veulent fidre c de vous et de mon mari, ce que les Parisiens font des a châsses de Saint-Marcoul et de Sainte-Greneviève, lesa quelles ils ne permettent jamais approcher trop près « l'une de l'autre, de peur que le parentage les fasse s'ema brasser tellement, qu'on ne puisse ensuite les séparer. »

La princesse avait eu, au sujet de la déUvrance du prince, une entrevue, avec la reine Catherine de Médicis, dans laquelle cette dernière avait témoigné à Léonor beaucoup de bienveillante affection. C'est dans ces circonstances que Léonor de Roye adresse à la reine la lettre suivante : c Madame n^ayant pu congnoistre mon oncle Dandelot et « ceste compagnie avec moy, Tintancion et voulonté de « monsieur mon mary, par la lectre quy la escrite à « Vostre Majesté touchant monsieur le prince de Guycnvylle « (Joinvilie). C'est ce quy nous faist suplyer très humble- « ment Vostre Majesté ne trouver mâuvets que ne fasions

c nulle réponce, que premyèrement ne ayons envoyé vers c ledict seigneur sur ce entendre résolument son avys ; et < pour cet effest vous suplions très humblement, Madame^ € quyl vous playse donner congé à ce porteur, quy est à € luy, que pryvement et en particulier il en puisse rencî voyer sa voulonté, car c'est une chose de sy grand c importance que ne povons passer plus avant à répondre « insque à ce qu'ayant la résoUucion, et n^est pour pro-

« longer le moyen d'avoyr une mays seuUement pour

€ rendre les choses plus clères et assurée car c^est ce qu^en « ce monde désyrons plus que de la veo)^: bien faicte et ce par ce moyen avo3n: la liberté de monsieur mon mary, « pour luy et moy, plus que jamays nous employer à « fayre vostre très humble servy ce, supliant Dieu, Madame, que c bien tost se bien tant désyré soit donné à Vos Majestés c et à tous vos subjects avec très heureuse et longue « vye.

c Votre très humble et très obéissante subjeae et serc vante.

« Lëonor de Roye. »

Bien que cette lettre ne soit pas datée, on ne peut la placer qu'entre le 24 février, jour de la mort de François de Guise, et le 8 mars, date de réchange du prisonnier. (Histoire des princes de Condé.)

Grâce aux démarches de Léonor et aux concessions de Catherine de Médicis, le prince de Condé fut rendu à la liberté et la paix d'Amboise fut signée. *

L'édit d'Amboise publié le 19 mars 1563, apporta un adoucissement aux rigueurs exercées contre les protestants ; un synode provincial fut tenu à Montdidier pour les églises réformées et bientôt le culte fiit rétabli. Les protestants d'Herly, de Roye-sur-le-Matz purent se li\Ter

aux exercices de leur culte, ainsi que ceux de la ville de Roye.

Condé sorti de prison, vint à Paris près de Charles IX; un jour qu'il retournait à Vincennes, en compagnie du roi et de la princesse Léonor, des assassins qui en voulaient à sa personne, se ruèrent sur la litière de la princesse, un de ses gentilshommes fut tué à la portière. Quant i Léonor, elle n'échappa à la mort que par la présence d'esprit de son cocher.

Le prince rentré dans les bonnes grâces de la Cour, obtint, après l'édit d'Amboise, le gouvernement de la province de Picardie, qui déjà lui avait été refusé.

Louis de Bourbon se proposait de visiter les villes de son nouveau gouvernement, en commençant par Amiens la capitale ; étant à La Fère, le 12 juin 1565, il fait part de ce projet au sieur de Humières, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, en l'engageant à venir le rejoindre à Corbie. Il devait de là se rendre à Péronne, mais il avise le sieur d'Humières que des ordres du roi l'obligent à renoncer à ces visites ; il doit se contenter de s'arrêter à sa maison du Plessier-de-Roye, pour retourner chez lui et faire ses préparatifs de voyage, ce dont il est fort c marry.» <c Vous savez, dit-il, qu'il se faut accomoder selon la disposition du temps et les occurrences des affaires, i (Gonty 19 juillet). Il s'agissait de repousser par les armes, les prétentions de l'Espagne.

Après la paix conclue à Troyes, le 11 avril 1564, entre le roi et les protestants, les troupes étrangères qu'avaient appelées les Huguenots, furent licenciées ; parmi elles se trouvaient des reitres allemands qui ne voulaient pas se retirer sans recevoir l'arriéré de leur solde. Le prince de Condé n^hésita pas à faire des sacrifices personnels pour trouver de Fargent ; sa fortune fut insuffisante, et la

dame de Roye fut obligée de contracter à Strasbourg un emprunt de six cents florins. (1622).

Le 45 avril 1564, le prince étant à La Fère, écrit au gouverneur Jacques d'Humières pour lui dire qu'il apprend qu'un grand nombre de protestants de Roye, de Plessier, de Guerbigny, de Crapeaumesnil et d'autres lieux circonvoisins, craignent de se livrer aux pratiques de leur religion, à cause de ceux qui sont d'une opinion contraire ; que ces protestants s'étaient adressés à lui, qu'il leur avait permis, sur les terres qui lui appartenaient hors de la ville de Roye et de ses faubourgs, « d'exercer le ministère de leur religion en toute honneste liberté et même d'aller à Canny, à la charge de se contenir en telle modestie, les uns envers les autres qu'il n'advienne aucun tumulte. ï Le prince invite le sieur d'Humières à donner des ordres dans ce sens. « Ce à quoy je m'assure que t seaurez bien et prudemment pourveoir et contenir par c ce moyen les subjects de Sa Majesté en paix et tran- € quillité. 1

c La princesse Léonore était sortie épuisée d'Orléans. Sa santé soutenue jusqu'alors par son courage, mais minée par tant d'émotions et de fatigues, ne put résister au chagrin que lui causait la conduite de son époux avec Isabelle de Limeuil. ^ Retirée dans son château de Condéen-Brie, toujours malade des suites de l'accident qu'elle avait éprouvée à Muret, elle fut encore atteinte de la petite vérole qu'elle avait contractée à Gaillon, et qu'on ne put guérir complètement. Au bout de quelques mois, son état ne laissait plus d'espoir. Sa situation s'aggrava par suite « d'un flux de sang causé par un carcimome que sa pudeur « et chasteté n'a jamais permis d'être pansé comme il estoit € requis. »

(( Le prince, informé du péril qui menaçait son épouse, accourut auprès d'elle ; son cœur n'était pas corrompu, devant ce lit de douleur, il comprit et regretta ses fautes. S'il ne put réparer le mal qu'il avait fait, du moins l'émotion sincère qu'il témoigna, les soins assidus et affectueux qu'il prodigua à la mourante, prouvaient qu'il sut apprécier, un peu tard, il est vrai, tout ce que le cœur de Léonor réclamait d'attachement et de dévouement. 9

Quand la princesse sentit sa fin prochaine, elle fit venir près d'elle ses enfants, elle recommanda sa fille Marguerite à sa gouvernante la dame de Saint-Cyr, elle fit promettre au marquis d'obéir à son père, à ses oncles de Chàtillon et de La Rochefoucault.

Puis elle manda deux notaires auxquels elle dicta ses ses dernières volontés, elle fit un legs au collège de Laferté, qu'elle avait fondé avec son mari ; ses ministres Perrucel et de L'Espine ne la quittèrent plus jusqu'au moment où elle rendit le dernier soupir. Elle mourut après avoir vécu vingt-huit ans, quatre mois et vingt-sept jours.

Le J5 août 1564, Charles IX publia, au château de Roussillon, un édit portant qu'à l'avenir, l'année commencerait au premier janvier.

Au mois de décembre 1565, le roi par de nouvelles lettres abandonne aux prévôt, échevins, manants et habitants de la ville de Roye, la perception du quatrième et du vingtième sur les vins vendus en gros et en détail, pour le produit être employé aux fortifications, réparations et emparements des murailles, tours, portes et ponts, et ce, pendant trois années.

La faveur accordée aux habitants de Roye était grande. Cet octroi devait être et était, en effet, d'un certain rapport; car à cette époque, il se faisait un commerce important de vins. La Flandre amenait des blés à Roye et

en échange, emportait des vins provenant d*Âuxerre, qui étaient en dépôt dans les belles caves situées sous la place du Marché.

Charles IX, par ime ordonnance donnée à Moulins le 10 février 1566, renouvela les commissions de Christophe de Thou, de Jacques Viole et de Barthélémy Faye, qui déjà leur avaient été conférées par François P^, à l'ellet de procéder à la rédaction des coutumes du gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye. « Ayant été averty, dit le roi, qu'entre autres coutumes non rédigées par écrit, sont celles de ces trois villes, au grand intérêt et dommage de nos sujets, y^ En effet, rien de plus arbitraire que la justice d'alors. Chaque ville, chaque village, avaient ses usages particuliers, ses coutumes, suivant lesquels les différends étaient jugés.

Par son édit, le roi laisse ses commissaires libres de choisir entre Péronne et Montdidier, la ville « qu'ils trouveraient la plus propre et la plus commode j> pour y tenir les Etats ; la ville de Roye fut délaissée, bien qu'étant plus au centre du gouvernement.

Dans un mandat du 11 janvier 1567, le président de Thou désigna Péronne • comme lieu de réunion. La convocation se fit dans cette ville, le 15 septembre ; cinq cents déptués représentant les trois ordres, y assistèrent.

L'assemblée était présidée par de Thou, président au Parlement de Paris, assisté de Barthélémy Faye et de Jacques de Viole, conseillers en la même cour.

Parmi l'état ecclésiastique figuraient pour la prévôté de Roye: le révérendissime cardinal de Bourbon, seigneur temporel de Bus, Popincourt, Marquivillers et de Gruny, comme abbé commendataire de l'abbaye d'Ourscamp, comparant par maître Louis Chatelam, Ueutenant de Noyon, son procureur et conseil. Messire Jean de Hangest, pair

de France, évêque et comte de Noyon, seigneur de Wailly, comparant par Jean Laignier, avocat à Péronne.

Les doyen, chanoines et chapitre de l'église Saint-Florent de Roye pour leurs terres et seigneuries assises dans le gouvernement, comparant par Louis de Béronne, leur avocat.

Maître Antoine de Firmeuil, prêtre, curé de l'église Saint-Pierre et de la cure de Balâtre.

Antoine Rigault, écolâtre de Roye, curé d'Omancourt.

Mathurin Gregier, curé de l'église de Saint-Gilles.

Lefèvre Artus, curé de l'église Saint-Médard de Thoule.

Parmi la noblesse figuraient : le prince de Condé, tant en son nom que comme père et légitime administrateur de ses enfants, pour le fief de Roye, pour les terres et seigneuries de Crapeaumesnil, Chessoy, comparant par Pierre Dupré, prévôt forain de Roye, son bailli.

Messire François de Soyecourt, chevalier, seigneur de Tilloloy, Laucourt, Beuvraignes, Carrépuits, comparant par Mathieu Decressonnières, son procureur.

De ViUiers Claude, écuyer, seigneur de Roiglise et de Verpillières.

GoUe^son Florent, seigneur de Samt-Mard-les-Cressonnière à cause de sa terre de Saint-Mard, prévôté de Roye, comparant par Michel Louis de Béronne son fils.

De Gourlay Antoine, écuyer, seigneur de Jumelles, et demoiselle Adrienne de Maupas sa femme, ayant le bail noble des enfants mineurs de feu Antoine Damerval, en son vivant seigneur de Liancourt et de Lessart, comparant par Decressonnière.

De Hacqueville Claude, capitaine de la ville et château de Roye, seigneur de Dancourt, comparant par de Fricques, avocat.

Parmi le Tiers-Etat assistaient : Cornet Gabriel, seigneur de Fransart, lieutenant civil et criminel exerçant par réunion, pour le roi, la juridiction de la prévôté de la ville et banlieue de Roye.

M® Mathieu de Cressonnières, avocat, de Fricques, échevin de Roye, comparant pour les gouverneur, éche\ins, communauté, manants et habitants de la ville, à cause du temporel, bien patrimonial et administrateurs avec les doyen, chanoines de l'église Saint-Florent, du bien et revenu des Maladrerie et Hôpital-Dieu de Roye.

Carton François, Élu, commis par le roi, à Roye, homme de fief du roi et seigneur en son fief de Popincourt, comparant par Blanpain.

Chatelier François, bourgeois de Roye, commis à Fadmi-

nistration du revenu de la Maison et Maladrerie de Roye.

Parmi les absents étaient : Tiolon Pierre, curé de Féglise

de Saint-Georges, puis la communauté des chapelains de

Saint-Florent.

Après l'appel des noms, le président prit le serment des membres de rassemblée, qui promirent de dire, en leur loyauté et conscience, ce qu'ils avaient vu, observé des coutumes anciennes « cessant toute affection privée et particulière, ayant seulement égard au bien public. »

Puis lecture fut donnée du cahier concernant la coutume de Roye, présenté par le lieutenant et les officiers de la prévôté.

L'examen des articles et leur rédaction demandèrent plusieurs jours ; enfin, les Coutumes furent arrêtées, elles renferment deux cent soixante-treize articles, qui devaient servir de code, pour l'application de la loi dans l'étendue de la Prévôté et du Bailliage de Roye.

Le procès-verbal de la rédaction des Coûtâmes est fort intéressant ao point de vue historique, à cause des noms

de famille et de lieux. Plusieurs communes de rancienne prévôté ont complètement disparu. Ainsi : les villages de Wailly près de Gressy, du Chessoy près de Laucourt, le Montel, près de Roiglise, n'existent plus.

Le 22 juillet 1567, le prince de Condé était à son château du Piessier-de-Roye, lorsqu'il fit appeler devant lui Antoine de Bertin, lieutenant-général au Bailliage de Montdidier, qui avait été dénoncé au prince comme s'opposant au libre exercice de la nouvelle religion. De Bertin présenta ses observations au duc de Bourbon « qui fut si d charmé de l'entendre, qu'au lieu de le traiter en cou- € pàUe, il le reçut comme son hôte. }»

Les réformés soupçonnaient le roi et son conseil de projeter des mesures de rigueur ; l'amiral de Goligny et le prince de Condé, dans une conférence tenue à Valsery chez ce dernier, résolurent de devancer les hostilités, en s'emparant des principales villes du royaume. C'était au mois de septembre 1567, Charles IX, avec la Cour, était alors à Monceaux-en-Brie, et € muait journellement de place » ; il était attendu à Soissons, où l'envoyé du Pape avait déjà fait retenir son logis dans la maison d'un chanoine de Saint-Gervais. Le connétable Anne de Montmorency traversa la ville pour se rendre au château de Roye, que la Cour avait promis de visiter. Mais le départ précipité du roi pour Paris, empêcha ce projet d'être mis à exécution, et priva ainsi les habitants de Roye de la présence du monarque.

Le 21 août précédent, Charles IX était à Péronne, le prévôt de Roye avait été député vers lui pour rappeler la , ville à son souvenir, c'est alors que le roi promit sa visite.

L'armée catholique du connétable fut obligée de couvrir la capitale. La nouvelle princesse de Condé, Françoise-

Marie d'Orléans-Longueville se retira à Soissons où elle attendit l'issue des événements, elle logea à révèché auprès de sa belle-sœur Catherine de Bourbon, abbesse de Notre- Dame.

À la nouvelle de la bataille de Saint-Denis, où le prince de Condé fut blessé, la princesse quitta la ville de Soissons avec une escorte de reitres c à l'armure noire », pour se rendre à Laferté-sous-Jouarre.

Au mois de mars (1568), la paix fut signée à Longjumeau, entre le prince et le roi ou Catherine de Médicis. Charles IX par lettres-patentes du 4 février 1568, confirme les villes de Péronne, lifontdidier et Roye, en un gouvernement particulier, indépendant de celui de la Picardie.

Jacques d'Humières fut maintenu dans le commandement des trois villes, qu'il exerçait déjà depuis 1560, sous l'autorité du gouverneur de la province. Par ses lettres datées de Paris, le roi ordonne que le gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, suivant sa première institution et établissement soit et demeure à part, sans que c notre amé et féal le seigneur d'Humières, chevalier de € notre ordre, qui est proposé audit gouvernement, ni € ses successeurs audit état, reconnaissent et soient tenus € recomudfre antre personne que Nous ou notre lieute- € nant-général, représentant notre personne par tout notre € royaume. »

Une copie de ces lettres sur parchemin existe à l'Hôtelde-Ville de Roye, elle avait été extraite des archives de la maison d*Estonnnel de Suzanne, en 1767, par le comte d'Orillac, alors maire.

Dès cette époque, les trois villes ne formèrent plus qu'on gouvernement tout à fiût distinct* et cet état indépendant subsista jusqu'en 1636.

Au mois de septembre de Tannée 1568 parut un édit du roi^ ordonnant la confiscation des biens des réformés et la révocation de leurs emplois. En exécution de cette ordonnance, le lieutenant-général Cornet fit saisir les biens de la seigneurie de Laucourt sur Nicolas Bellejambe; les terres de Plessier de Roye, d'Ailly-sur-Noye et de Guerbigny sur le prince de Condé ; le fief de Maubuisson sur Claude de Cambray; et la seigneurie de Boulogne-la- Grasse sur Charles de Lancry, tous partisans de la nouvelle religion. Les temples protestants de Roye-sur-le-Matz, et d'Herly furent fermés au culte.

Le 23 mars 1569, eut lieu la bataille de Jarnac dans laquelle le prince de Condé trouva la mort ; il n'avait pas encore quarante ans. Sa triste fin fut célébrée comme une délivrance et le roi ordonna de chanter un Te Deum dans toutes les églises* Sous les ordres du prince, combattait son cousin Bernard de Roye, qui bien que catholique, s'était rangé parmi les mécontents.

Au mois d'avril de la même année, Jacques d'Humières, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, passe la revue des troupes placées sous son commandement, à son camp de Binge (Côte-d'Or) ; après la revue, chaque soldat reçoit cent livres de paie. Parmi les hommes d'armes composant la compagnie, on remarque plusieurs soldats de la prévôté de Roye : Robert de Vasset de Beuvraignes, Mathias de Cadenat de Valfleury, Jehan de Haplincourt, demeurant à Lamotte, près de Mareuil. Et parmi les archers : Claude Damerval, Charpentier Frédéric de Balâtre, Gabriel Sualle de Biare, Pierre Cleuet de Solentes, Valeran de Perrin, sieur de Bus, Simon Dufresne d'Avricourt, et Bertrand Du Chesne de Roye. (Documents inédits publiés par M. V. de Beauvillé.)

Le 6 mars 4571, M® Gabriel de Béronne, bachelier en médecine et recteur de l'Université de Paris, complimenta Charles IX lors de son entrée dans la capitale. Gabriel fut en 1572, chanoine de la collégiale de Roye.

Charles IX par de nouvelles lettres-patentes - du 10 décembre 1572, accorde pour quatre années, aux habitants de la ville, la continuation du droit de percevoir le quatrième et le vingtième sur les vins, bien que le prévôt et les échevins n'aient pu représenter les précédentes lettres, dont les originaux avaient été perdus pendant les derniers troubles. Cette charte conservée aux archives de la ville, est signée de la main même du roi ; c'est le plus ancien titre que possède la mairie de Roye. {Pièce justificative rv* 15.)

Les querelles religieuses divisaient toujours le pays ; le massacre de la Saint-Barthélémy n'eut pas de contrecoup à Roye, grâce à la modération du duc de Longueville, beau-frère du prince de Condé et gouverneur de la province.

Henri de Condé, fils de Léonor de Roye, échappa au massacre de la Saint - Barthélémy ; des assassins pénétrèrent dans la chambre de Catherine de Bourbon, et un vieillard de quatre-vingts ans, nommé Brion, qui tenait dans ses bras le frère d'Henri, le prince de Conty, fut poignardé, a ayant à son cou l'enfant qui mettait ses « petites mains en avant des coups. »

Henri I de Bourbon, malgré la colère et les menaces de Charles IX, refusa d'abjurer : c( Messe, mort ou Bastille, s'écria le monarque, choisissez ? — Soit ! à votre discrétion ! dit le prince. Le roi furieux demandait ses armes pour le tuer, mais la reine implora son pardon et obtint sa liberté. Henri de Condé finit par céder, il abjura le 4 décembre; le cardinal de Bourbon donna la bénédic-

tion à Gondé et à Marie de Clèyes, sa femmey dans l'église de. Saint-Germain-des-Prés.

Henri III, qui avait succédé à Charles IX, convoqua les Etats-généraux à Blois, afin d'aviser aux moyens de soutenir la religion catholique.

C'est à Montdidier, le 13 septembre 1566, que se tint l'assemblée des trois ordres du gouvernement, pour l'élection des députés ; mais l'assemblée générale pour la lecture des articles à porter à J^lois eut lieu le 9 octobre, à l'Hôtelde-Ville de Péronne, sous la présidence du duc d'Humières.

Le choix des électeurs tomba sur des catholiques ; ce fut : Florent Gayant, laboureur, élu pour Roye et Robert Choquel, mayeur, pour Péronne. Les députés eurent la * mission d'appuyer la religion catholique devant les Etats-généraux.

Par lettres-patentes du 31 octobre 1576, Henri III concéda en garantie de la dot de Marie Stuart d'Ecosse, veuve de François II, les villes du bailliage de Vermandois, Roye, Péronne et Montdidier. Une somme de soixante mille livres tournois avait été promise à Marie Stuart, et la cession du Vermandois était la garantie du paiement. L'infortunée princesse retourna en Ecosse et jouit jusqu'à sa mort arrivée le 18 février 1587, du revenu de ces villes, avec le droit de présentation et de nomination à tous les offices. On voit par un compte des revenus du domaine que le roi payait à la communauté des Clercs de Roye cinq livres par an, pour le service de Saint-Nicolas, et à la confrérie des Procurexu*s six livres parisis pour le service •de Saint-Yves. (1574).

Un édit du mois de novembre 1576, créa une messagerie dans tous les bailliages royaux ; en exécution de cette ordonnance , un carrosse allant de Paris à Lille traversait la ville de Roye ; les Echevins furent l'acquisi-

lion de quatre places dans le carrosse, qui passait deux fois la semaine à jour fixe, moyennant le prix de quatre livres pour chaque place, et de cent sols pendant l'hiver. Les voyageurs étaient affranchis du port de leurs bagages jusqu'à concurrence du poids de cinquante livres. C'est à Yhôtellerie de la poste que l'on déposait les paquets à expédier et que les voyageurs se faisaient inscrire. Les privilèges d'avoir des places réservées dans les carrosses publics, furent contestés aux habitants par un entrepreneur de messagerie en 1691 ; les maire et échevins adressèrent une requête aux commissaires-généraux, députés par le roi pour le fait des postes et messageries de France, et finirent par être confirmés dans leur droit, dont ils étaient en possession c depuis un temps immémorial. "»

Les seigneurs picards et les bourgeois effrayés des progrès que faisait la religion réformée, songeaient à l'arrêter dans sa marche. Leurs alarmes devinrent plus vives encore lorsqu'ils surent que Péronne avait été donnée au prince Henri de Condé, comme ville de sûreté, et que le traité de paix dit : « de Monsieur » conclu avec les confédérés le 9 mai 1576, lui conférait le gouvernement de Picardie dont il avait déjà le titre de gouverneur. En effet, après la mort de Charles IX le prince de Condé avait obtenu d'Henri III, par l'appui du duc d'Anjou élevé au trône de Pologne, le gouvernement de la Picardie, avec la permission de s'y rendre ; il partit pour Amiens, vers la fin de l'année 1573, mais il fut obligé de quitter cette ville et de se réfugier à Strasbourg pour se soustraire aux émissaires du roi, qui venaient l'arrêter accusé de complot contre la sûreté de l'Etat. C'est alors qu'Henri de Bourbon, libre d'engagement, revint à i^es principes religieux et fut nommé par ses coreligionnaires, en

juillet 1574, chef et gouverneur général des églises de France ; enfin il se mit en campagne et après une marche dans la Lorraine et la Bourgogne, il obtint, comme nous l'avons vu, un nouvel édit de pacification (1574) et la restitution du gouvernement de Picardie, avec une gratification, de cinquante mille livres.

Le prince de Condé voulut prendre possession de la ville de Péronne, siège de son nouveau gouvernement ; à cet effet, il envoya deux cent cinquante soldats pour y tenir garnison. Mais Jacques d^Humières, gouverneur de Péronne, soutenu par le duc de Guise et par la noblesse du pays, refusa d'ouvrir les portes aux troupes de la garde du prince. Cet incident mécontenta le roi, qui donna l'ordre de recevoir la garnison. Jacques d'Humières offrit sa démission à Henri III ; les habitants, à l'instigation de la noblesse et du clergé, s^emparent du château et résistent aux ordres royaux, ne voulant pas que leur ville soit au pouvoir des hérétiques. Le prince de Condé se retira alors en Guyenne, auprès du roi de Navarre.

Les seigneurs du pays, craignant les suites de leur refus et sur les excitations de Jacques d'Humières tout dévoué aux Guise, et qui cherchait à susciter des embarras à Henri de Bourbon, songèrent alors à lier les nobles et le clergé, par un engagement solennel, aux termes duquel ils devaient par tous les moyens possibles, assurer le triomphe de la religion catholique et s'opposer à l'entrée du prince dans le gouvernement de Picardie.

Les seigneurs picards furent convoqués par Nicolas Damerval dans son château d'Âpplaincourt ; on discuta les articles du pacte et l'on signa un acte d'association, qui reçut le nom d'acte de la Ligue. Ce traité de la Sainte- Union fut définitivement arrêté et signé à l'Hôtel-de- Ville de Péronne le 13 février 1577, après la déclaration du

roi Henri III, auquel les signataires s'étaient adressés : « supplient Sa Majesté de se ramentevoir avec quelle fidé- « lité, la noblesse de Picardie et les citoyens de Péronne € lui ont conservé et à ses prédécesseurs icelle ville, tant « contre les ennemis étrangers que conspirations domes- « tiques.... s'assurent de la protection du roi leur souve- « rain seigneur et d'être assistés par tous les princes, « prélats et seigneurs de ce royaume. »

Cet acte se terminait par la formule du serment : « Je « jure Dieu le créateur, touchant cet Evangile et sur peine « d'anathématisation et damnation éternelle, que j'ai entré c en cette sainte association catholique selon la forme du 4 traité.... et promets sur ma vie et mon honneur, de « m'y conserver jusques à la dernière goutte de mon sang, a sans y contrevenir ou me retirer, pour quelque mande- « ment, prétexte, excuse, ni occasion que ce soit.... -» •

Parmi les signataires de la Ligue figurent : Hannique François, de Belloy, seigneur d'Amy, de Belleforière de Tilloloy, Jean de Cambray, écuyer, seigneur de Beuvraignes en partie, Thibaut de Mailly et de Hacqueville, gouverneur de Roye.

Telle fut l'origine de la Ligue qui devint pour les habitants de Roye une source nouvelle d'alarmes et d'embarras. La ville entra de bonne heure dans la Ligue, malgré la prudence des habitants, qui évitaient avec soin tout ce qui pouvait porter atteinte à la tranquillité dont ils jouissaient ; mais leur ferveur catholique, l'exemple du roi et la volonté de leur gouverneur les firent- prendre part à cette association. En effet, ils reçurent de Jacques d'Humières Tordre suivant : « Est ordonné aux Prévôt, Echevins de « Roye, de sommer tous les habitants et manants de « signer et eux enroUer en l'association et sainte Ligue, « suivant la volonté de Sa Majesté, et du refus qu'ils

ce feront de le faire, en faire acte et une liste à part qu'ils € leur feront signer et nous envoyèrent promptement. Fait 4c par nous J. d'Humières, chevalier de Tordre du roi, « conseiller en son privé conseil, gouverneur et lieutenant- « général pour Sa Majesté, de Péronne, Montdidier et « Roye. » (1577.)

Le centre de la Ligue était à Amiens. Une ordonnance du 20 décembre, désigna des compagnies de soldats pour tenir garnison en Picardie ; la ville de Roye reçut une compagnie sous les ordres du capitaine Taschy.

La présence de ces soldats était plus propre à exciter des troubles qu'à maintenir Tordre ; ainsi, à Montdidier, un paysan des environs de Roye, fut la cause d'une collision entre les soldats du régiment de Fervaques et les bourgeois. Cet homme habitant de Solentes, reconnaissant entre les mains d'un soldat, son cheval qui lui avait été enlevé, le reprit ; une lutte s'engagea entre eux : les soldats soutinrent leur camarade et les bourgeois accoururent au secours du paysan. La mêlée devint générale, de part et d'autre on tira des coups de fiisils, plusieurs combattants restèrent sur le carreau ; les soldats eurent le dessous et se sauvèrent abandonnant leur bagage, qui fut pillé. {Histoire de Montdidier.)

Les intrigues de la Cour jetaient le pays dans Tanarchie; les opinions reUgieuses, en divisant les populations, excitaient les passions et créaient des rivalités fâcheuses. La présence à Péronne du cardinal de Bourbon, amené dans cette ville par les nobles picards, rassiura faiblement les esprits. Enfm un nouveau traité de pacification fut signé à Bergerac le 17 septembre 1577.

Jacques d'Humières étant mort à Péronne en 1579, Michel d'Estourmel, seigneur de Templeux et chevalier de Tordre du Saint-Esprit, fut nommé gouverneur-général des

trois villes. Aussitôt sa nomination, d'Estourmel voulut visiter les villes de son nouveau gouvernement et vint à Roye. UEchevinage alla à sa rencontre et lui offrit le vin de présent ; la garnison, la milice bourgeoise formaient la haie sur son passage.

Le 30 septembre 1579, Henri III confirme en ces termes la faveur accordée déjà aux habitants de Roye : a Henri, c par la grâce de Dieu roi de France et de Pologne, à a nos amès et féaux les gens de nos comptes à Paris, les c trésoriers généraux de notre province de Picardie estably s « à Amiens et du gouvernement de Péronne, Montdidier a et. Roye à chacun d'eulx, salut : scavoir faisons que nous, (c voulant conserver, maintenir et entretenir nos chers et € bien amés les prévôt, échevins, manans et habitants, <i de notre ville de Roye, des grâces, faveurs et libertez, (n dons et octroys à eulx concédez par nos prédécesseurs (K roys, même par notre très honoré seigneur et frère le <( roy Charles, que Dieu absolve, avons auxdits eschevins, c manants et habitants, promis, octroyé, promettons et e octroyons par ces présentes, durant le tems de six ans « prochainement venant, ensuivants et consécutifs, comc mençant le premier jour de janvier prochain, ils puissent « prendre, cœuillir et lever le quatrième du vin vendu en fL détail et le vingtième du vin vendu en gros en ladite ville « et banlieue de Roye pour les deniers qui en provienc dront être convertiz et emploiez es fortifications, répa- < rations et emparements des murailles, tours, portaux, a fossez de ladite ville et ce par ordonnance du gouverneur € et lieutenant-général audit païs, ou de son lieutenant « audit gouvernement... cartel est notre plaisir.

« Donné à Paris le trentième jour de septembre l'an de « grâce 4579 et de notre règne le sixième.

« Signé : Henry.

€ Enregistrées OUÏ le procureur général du roi en la Cour € des comptes pour jouir par les impétrans de l'effet « contenu en icelles, le dix-huitième jour de février 1586.» et signées : Lafontaine.

Ces lettres sont suivies d'une sentence du bureau des finances d'Amiens du 28 mars 1580, portant leur enregistrement. Enfin, le 14 juin suivant, des lettres-patentes datées de Paris, ordonnent aux trésoriers de France l'entérinement pur et simple de la charte de 1579.

Tandis que la Ligue grevait les finances par suite des dépenses excessives qu'elle nécessitait, la peste exerçait ses ravages, a C'était une maladie populaire, non toutefois contagieuse, appelée : Coqueluche^ à cause que, comme un capuchon, elle attaquait la tète, les épaules et les reins avec des douleurs insupportables, une fièvre frénétique, un dégoût de toute viande et même de vin. Peu de gens en furent exempts, grande multitude en mourut, et les médecins, ne sachant trouver les remèdes, en attribuèrent la cause à l'influence des astres. » {Mézerai). La ville de Roye ne fut pas épargnée et le fléau fit de nombreuses victimes.

Le 8 avril 1580, les habitants ressentirent les secousses d'un tremblement de terre, qui durèrent quelques instants, sans causer de dommages.

Toutes ces calamités jetaient l'épouvante parmi les populations ; la ferveur renouvela alors avec plus d'ardeur que jamais les dévotions publiques, a On voyait les chemins couverts de troupes d'hommes et de femmes, qui allaient en station d'église en église, revêtus d'aubes traînantes, d'où est venu le nom de processions blanches. » Ainsi, en 1583, les habitants de Roye allèrent à Montdidier honorer les reliques des saints Lugle et Luglien. La ville leur présenta treize quennes de vin. Les Montdidé-

riens c ne voulurent pas rester en arrière de leurs voisins^ et au mois de novembre de cette même année, ils se rendirent processionnellement à Saint-Florent, portant le chef de saint Lugle auquel on avait fait mettre une palme. Ces pieux pèlerins étaient précédés d'une bannière de damas blanc. jf> {Histoire de Mojitdidier.)

Le 24 février 1584, Henri III continue pour six ans les privilèges accordés aux habitants de Roye, concernant leà droits d'octroi sur les vins. « Considérant, dit le roi, que c la ville est frontière et limitrophe du pais d'Artois et « voulant donner moïen aux habitants de la peupler et « rendre forte tant pour la conserver en notre obéissance, « que pour être un refuge et retraite à nos pauvres subjets « du plat païs. » Le produit de l'impôt devait être affecté à l'entretien des fortifications.

Par lettres-patentes du mois de janvier 1585, le roi institue au bourg de Ressens du bailliage de Roye, quatre foires au lieu de deux, qui se tenaient les 10 mars, 10 juin, 10 septembre et 10 décembre de chaque année.

Les habitants des campagnes dans la crainte de nouvelles dévastations, négligeaient leurs champs. L'année 1586 se fit remarquer par une cherté excessive du blé, sa rareté occasionna la famine. Le setier de blé (52 litres 52 centilitres), valait huit livres.

Le maréchal d'Estrées revenant d'Amiens, passa à Roye le 30 mai, il adressa de cette ville aux mayeur et échevins de Saint-Quentin, une lettre concernant les affaires de l'Etat. (1588.)

La capitale avait suivi l'exemple de la Picardie et les Ligueurs parisiens cherchaient des alliances ; d'après un arrêté pris en la chambre du Conseil siégeant à Amiens (4 juin), Antoine de Berny, échevin, fut envoyé à Roye pour engager les habitants à faire un traité avec Paris ;

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