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CONSTRUCTION DE LA CATHÉDRALE DE SENS

D'après les renseignements fournis par M. Quantin, archiviste à la Préfecture d'Auxerre, et par M. Larcher de Lavernade, et bien avant la construction de la cathédrale actuelle de Sens, l'église métropolitaine de cette ville, l)àtie de temps immémorial, fut réparée de 928 à 933 ei fut presque entièrement brûlée à la fin de l'Episcopat d'Archambnud, de triste mémoire, 58^ archevêque de Sens, c'est-à-dire vers l'an 965. Ses successeurs St-Anastase et Sévin, 59e et 60*^ archevêques de Sens, la reconstruisirent de 968 ti 988. La dédicace en fut faite par ce dernier prélat au moment où le chuHir venait d'être terminé, en 988.

La cathédrale de Sens, commencée en II24, et achevée en grande partie en II43, a remplacé cette église métropolitaine, qui menaçait de tomber en ruine, environ deux cents ans après, vers IIOO, sous Tépiscopat de Daimbert. 65*^ archevêque de Sens. Elle date, par cela même, de l'époque du fameux architecte Guillaume de Sens, qui la construisit, et de celle de Henry Sanglier, puissant seigneur laïque, et 66^' arctievè(iue de Sens depuis Saint-Savinien. nommé par Louis VI, dit Le Gros. '

Avant d'entrer plus avant dans la construction de la cathédrale de Sens, on doit tout d'abord, avec M. Violet-le-Duc, faire Thonneiir à Guillaume de Sens d'en avoir- élaboré les plans. La cathédrale de Contorbéry, élevée primitivement par un français du nom d'Ërnouf, et consacrée en II30, fut détruite par un incendie en 1174. et Guillaume de Sens, dont la réputation avait traversée les mers, fut appelé à Contorbéry. pour la reconstruire, Oi*, ces deux caihédi'ales présentent une similitude parfaite.

De plus un nommé Gervais de Contorbéry, né vers 1150, fut témoin de l'incendie qui détruisit la cattiédrale de celle ville anglaise le 5 septembre II74 et écrivit en latin la relation suivante .:

(( Au moment où (Tiiillaume de Sens, commençait à établir la « relombée des voûtes, les arcs principaux étant construits, un « échafaud se déroba sous lui, et il fut précipitii sur le sol d'une « hauteur de 50 pieds. Le pauvre architecte fut relevé mourant.

« Peu de jours après, il eut encore la force d'ordonner la cons- « Iruction du grand autel qui fut placé au milieu du transept. Les « remèdes ne produisant aucun effet, il retourna en 1180, en « France, terminer sa douloureuse vie. L'édifice fut continué et « achevé d'après ses plans par un nommé William.

« Guillaume de Sens fut non seulement un architecte de grand « mérite, mais encore un sculpteur hahile ; les chapiteaux et les (( arcs de ses piliers et de ses colonnes furent ornés et couverts de (( figures ; autant les sculptures de l'ancien édifice étaient froides et (( grossières, autant les siennes étaient spirituelles et animées. »

Il est certain que Guillaume de Sens ne pouvait exécuter de sa propre main, toutes ces sculptures, mais il en dirigeait l'exécution, et il fut vraiment l'artisan de ces chefs-d'œuvi*es de Sens et de Contorbéry, et fut en même temps le génie d'où jaillirent tant de lumière et tant de prodiges.

La cathédrale de Sens, qui, comme celle de Contorbéry fut incendiée en 1184, avec une grande parlie de la ville, fut reconstruite, et les parties hautes furent surélevées. Toutefois la chapelle que l'on trouve encore de nos jours, immédiatement à gauche, en entrant par la porte d'Abi'aham, semble avoir écbappé à cet incendie, le style de cette chapelle accusant une plus grande antiquité que les autres parties de la cathédrale.

En 1267, c'est-à-dire sous le règne de Saint-Louis, et sous Pierre de Charny, 76« archevêque de Sens, la tour Sud, appelée Tour de Pierres, s'écroula enti-aînant avec elle deux travées de la nef, et écrasant l'officiahté, qui avait été construite en 1231 par Gauthier Cornut, 72^ arclievèque de Sens, et fut appelée plus tard le palais synodal.

Nous empruntons à M. Larcher de Lavernade dans son histoire de la ville de Sens, la relation suivante qui nous paraît véridique :

Jusqu'à, cette époque, les archevêques de Sens avaient seuls contribué aux frais de construction et de réparations de leur cathédrale ; mais à la fin du XIIP siècle, c'est-à-dire vers 1283, ce fut le chapitre qui se chargea des dépenses, et les archevêques ne firent plus dès lors que des dons pour l'embellissement de la cathédrale. Ainsi, en 1294, Etienne Régnard, 79*^ archevêque de Sens, donna 1200 livres pour faire exécuter les verrières (|ui sont à la voûte de la nef.

Les trois chapelles que l'on rencontre à gauche, en entrant dans l'église furent bâties: la première de 1275 à 1292 par Tliéobald Relotle de Sens, sous linvocalion de Saint-Fii'min et de Sainl- Sulpice ; la seconde par Etienne de Thorigny, citoyen de Sens, de 1292 à 1309, et dédiée à Saint-Jacob, apôlre Espagnol ; et la troisième, fut construite à la même époque par les soins de Théobald, écuyer qui la dédia ci Saint-Loup de Sens et à Saint-Germnin d'Auxerre.

De 1319 à 1320, on fil des achats considérables de pierres, en vue de réparer et d'orner la partie centrale de la tour de pierres qui s'était écroulée comme on l'a vu plus haut en 1267 et que Ton devait relever.

En 1246, le pape Clément VI, qui fut le 82® archevêque de Sens, sous le nom de Pierre-lloger, fonda une chapelle dans la cathédrale, qui fut dédiée à Saint-Martial.

A partir de 1360, l'envahissement de la France par les Anglais furent la cause de la stagnation des travaux.

On voit dans les comptes du chapitre qu'en 1446, le choeur contenait pour ornements des colonnes de cuivre placées à l'avant du maître-autel, et un aigle, également en cuivre, sur le pied duquel était supportée l'image de Saint-Pierre.

De 1453 à 1*54 l'on répara la grande fenêtre au-dessus delà porte d'Abraham.

En 1457, le portail d'Abraham fut construit non tel qu'il est aujourd'hui... ce n'était, dit Messire Lefebvre, Proviseur de la Fabrique, qu'un petit Porcher.

On commença le transept du côté sud le lundi 8 octobre 1490.

En 1491 et 1492, on s'occupa de la sculpture des statues destinées à orner ce portail.

En 1497 le portail Sud fut terminé.

En 1501, on commença le portail Nord.

Le 24 mai 1504, la maçonnerie de ce portail fut achevée ; les statues qui l'ornent furent sculptées dans la même année.

En 1515, le portail Nord qui est le chef-d'œuvre de la cathédrale, était complètement terminé, et les vitraux furent exécutés par Jacques Hympes. La splendide verrière du portail Nord fut donnée par Gabriel Goufïïer, doyen du chapitre de Sens, décédé en

La verrière qui forme la rosace du portail Sud fut donnée par Tristan de Tallazar, 94^ archevêque de Sens, et est très belle.

La dépense de ces deux portails s'éleva k 22.070 livres, soit la somme équivalente à 646. 651 francs dont 288.554 pour le portail Sud et 358.097 pour le portail Nord.

En 1490, Martin Cliambiges, maître d'œuvres à Paris, donna les plans relatifs à la construction de la façade méridionale du transept.

Les statues destinées à orner le portail Sud, au nombre de 26, furent taillées par un nommé Pierre Gramain, d'Auxerre.

L'Archevêque Tristan de Tallazar donna plus de 6.800 livres et pour perpétuer le souvenir de ses libéralités, ses armes furent apposées sur le portail Sud. Charles VIII accorda 5 deniers sur la vente du sel.

Les dons particuliers produisirent des sommes considérables. Un chanoine, nommé Messire de Rodes, légua 193 livres; une demoiselle Tribolé donna, en 1495, 200 livres.

La tour de pierres, restée à moitié de sa hauteur fut continuée et achevée en 1535.

En 1560, deux cloches furent fondues, moyennant 450 livres par un sieur Mangin Lyard, d'Auxerre. et en 1565. sept autres cloches furent fondues par Georges de Maugeat, moyennant 7.100 livres tournois.

La tour de plomb, que l'on n'avait pas entretenue depuis longtemps, menaçait ruine; en 1616 le chapitre y lit faire pour 200 livres de réparations.

Cette tour de plomb fut toujours une très loui'de charge pour le chapitre. En 1674, on fut obligé d'acheter, en 1677, 520 livres de plomb.

Ici se termine l'histoire de la construction de la cathédrale de Sens de M. l'Archer de Lavernade ; mais depuis cette époque (1675), on fit à la cathédrale de nombreux travaux, qui se sont poursuivis jusqu'à nos jours.

On plaça, quelque temps après la mort du Dauphin Louis de France mort en 1765 et de la Dauphine Joséphine de Saxe, décédée en 1767, le monument élevé en leur souvenir, au milieu du chœur, et qui fut exécuté par Félix Courton, 1777.

En 1864 les architectes firent démolir les grandes chapelles latérales et les remplacèrent par des constructions en foime de caveaux funéraires.

Enfin les grandes grilles aux armes du duc d'Alhert deLuynes, 1 10® archevêque de Sens, qui entouraient le choMir, furent enlevées et furent placées dans la cour de l'Archevêché en 1868.

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