LE TRESOR DE L4 CATHÉDRALE DE SENS
Cliarlemagne donna par lestamenl à l'église de Sens une partie des reliques et des joyaux de sa propre chapelle, et dans un inventaire daté du XIP siècle, l'énumération de ces objets en élail faite. « Il importe de ne pas oublier, disait ce document, que l'Empereur « Cliarlemafjne a donné à Magnm, 45^ archevêque de Sens, « un nombre de reliques qui furent réunies dans une châsse en « argent, l'année même où il fit la dédicace de l'église de Melun. »
Ces richesses s'augmentèrent encore grâce à la libéralité des archevêques, des papes et des souverains.
Au XV^ siècle, on conserva au trésor « la chapelle donnée par « le pape Clément VI, qui fut le 82^ archevêque de Sens sous le (( nom Pierre Roger {i329-iS30), et qarnie de chasube, dalmati- (( que et tunique, d'un drap de samit vermeil semé d'or, ouvré de u losanges et esguilliers d'or, trois aulbes parées du drap mesmes, (( deux estoles, trois fenoulz, trois colets et deux chapes avec tais- « saulx aux armes du dit pape. »
Grégoire XL neveu de Clément VI et archi-diacre de Sens, (1346-1370), avait aussi donné « une chapelle d'ornements de drap « de Damas blanc bâtu d'or. »
On voyait également dans ce trésor, au milieu d'une nombreuse série d'ornements « la chapelle develourt rouge semée d'an- « ges de bordure que donna la règne Blanche ; la chapelle de velourt « vermeil à croissant d'argent et treffes d'or laquelle fut donnée « par la rogne de Bourgogne, ainsi qu'un grand drap d'or à « feuilles de 5 aunes de long et un autre drap d'or semé de petits « arbres, donnés tons les deux par le roi Charles Vfl, quand il fut « à Bourg^-s ; le pogle nommé doucier d'Etienne Bécart de Penoul, (( 79'' archevêque de Sens (4292-4309), tout bâtu d'or, ymaginé de
« la passion de Notre- Seigneur, et le doucier de Guillaume If de (( Broce, 83^ archevêque de Sens (iS30-i3SS), de drap inde brodé à ,« grans ymages à bordure d'or et aux armes de cet archevêque. »
En 1529, on vendit pour conlribuei à la rançon de François F'" le calice d'or de l'archevêque Etienne Béquart.
En 1596, le chapitre, pour réparer les ruines des guerres de religion, décida l'aliénation de divers objets précieux, notamment d'un pupitre d'argent dore « fort magnifique, garny dt deux anges et de deux aiglts et tout autour des apôtres, avec force pierreries. Ce pupitre avait été donné par le même prélat.
Sous Louis XV, au moment de la guerre de 7 ans, il fallut se résigner à porter à la Monnaie, pour la converlii- en pièces courantes, la fameuse table d'or (1760), dont nous donnons ici la reproduction; lorsque l'année terrible de la Révolution de 1789 arriva, pas une des merveilles d orfèvrerie léguées par les générations passées, ne trouva grâce devant les commissions de ce régime.
Aussi ne re>te-t-il de l'ancien trésor que des épaves, mais qui sont encore assez importantes pour avoir fait au trésor de Sens une réputation méritée, et pour lui donner une place d'honneur parmi les trésors des églises de France. Ce trésor est en effet classé en tête, comme étant un des plus riches.
Après la Révolution on s'empressa de réunir dans l'ancienne salle du trésor de Sens, construite par iMonseigneur Languet de Gei'gy en 1747, 109^ archevêque de cette \ille, les divers objets qui échappèrent à la destruction. Plusieurs manuscrits et notamment le célèbre Missel de la circoncision ou de la fête des fous, avec le magnifique dyplique d'ivoire formant sa couverture, qui se trouve actuellement à bibliothèque de la ville ; avec les très belles tapisseries, les coffrets d'ivoire, la sainte coupe sauvée par M. Thomas, on put réunir un fonds digne d'être remarqué, auquel venaient s'adjoindre des restitutions particulières. Ces rehques précieuses avaient été cachées dans l'église Saint- Pierre, pendant la Révolution par MM. Macé et Thomas.
Dès son arrivée à Sens, en 1892, Monseigneur Ardin, 116® archevêque de Sens, continua l'œuvre entreprise en 1879 par le cardinal Bernadou, et donna l'ordre de dresser un catalogue.
Nous allons passer en leviie les tapisseries ainsi que les divers objets que contient encore le trésoi- de l'église de Sens.
Tapisseries
1. — Parement d'autel, don du cardinal Louis de Bourbon, 97' archevê-
que de Sens (1536-1557). Haute liss.^, tissée soie et or, XV^ siècle. Hauteur, 1 m. 38. - Largeur 3 m. 31.
L'adoration des Mages.
Assiso au milieu, sur un trône, la Vierge vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu, tient l'enfant Jésus sur ses genoux. A gauche, est agenouillé Melchior, vieillard à longue barbe, couvert d'un somptueux manteau doublé d'hermine, l'aumoniére attachée à la ceinture. Iladéposé aux pieds de la Vierge son chapeau à couronne fleurdelisée et remis son offrande à Saint-Joseph, à droite du trône. Ce dernier est vêtu de bure, chaussé de patins et s'appuie sur un bâton.
Derrière Melchior se trouve Gaspard, le plus jeune des trois rois, le diadème sur la tête; il attend le moment où il pourra offrir à l'enfant Jésus le vœu orné de gemmes précieuses que présente un nègre à genoux. Un homme d'armes complète ce groupe au-dessus duquel on voit dans une petite ouverture deux figures grimaçantes d'esclaves.
A droite^ se trouve Baltazar habillé d'une robe de brocard, son badelaire suspendu à une chaîne d'or. Le genou en terre, il se découvre et ofTre à l'enfant Jésus un drageoir étincelant de pierreries. Un personnage à longue houppelande fourrée et deux soldats forment sa suite.
2. — Parement de rétable du même cardinal de Bourbon. Haute lisse,
soie, laine, or et argent. Hauteur, 1 m. Largeur, 2 m. 92. — XV siècle.
Au milieu, le couronnement de la Sainte-Vierge. Sur un trône sont assis Dieu le père, la tiare sur la tête, une chappe d'or sur les épaules et Jésus-Christ vêtu d'un manteau de pourpre, le front ceint de la couronne d'épines, la croix à la main^ la poitrine portant les stigmates de la passion. Tous les deux déposent une couronne sur la tête de la Sainte- Vierge, au-dessus de la tête de laquelle plane le Saint-Esprit. Marie agenouillée, au centre, dans l'attitude du recueillement et de la prière, est vêtue d'une robe de drap d'or et enveloppée d'un ample manteau d'azur à broderies d'or. Autour d'elle, les chœurs des anges^ alternativement pourpre et azur, forment sa cour.
Sous le panneau de gauche on lit : Salomon - Bethsabée. Salomon entouré de sa cour^ fait asseoir Bethsabée sur un trône et lui dépose un diadème sur le front.
Sur le panneau de droite, est écrit : Etester - Assverre. Assuérus accueille Esther prosternée à ses pieds et venant implorer le pardon de son peuple.
30. — Fragment du rétable précédent. Hauteur, 0 m. 83. Largeur, 0 m. 98.
Dans la partie inférieure, un concert céleste formé par des groupes d'anges parés de chapes et de tuniques constellées de perles et de cabochons. A droite, trois chanteurs, à gauche trois instrumentistes, accompagnant sur l'orgue, la harpe et le luth. Au centre, les armoiries du cardinal de Bourbon. Dans le haut, une double couronne d'anges en costumes rouges et bleus, entoure une gloire, travail au petit point qui dénote une époque postérieure.
4". — Parement d'autel. Haute lisse. Hauteur, 1 m. 085. Largeur 2 m. 72. Commencement du XYL- siècle. Donné par Jean de Bray, secrétaire et exécuteur testamentaire de Tristan Salazar, 94° archevêque de Sens. De chaque côté, dans la bordure, se trouvent, séparées par des compartiments fleuronnés, les armoiries de J. de Brayés, de gueules aux J. B. d'or, reliées par un las d'azur, aux extrémités duquel pendent une tête de mort et un miroir la reflétant, avec la devise " Cims es mémento''. Dans la partie supérieure, on lit les paroles des Hébreux exilés à Babylone : " In salicibus in medio ejus, suspendimus organa nostra. "
Le sujet représente '' iXotre-Dame de pitié ". Devant la croix, quatre angelots tendent un rideau à grands ramages qui forment fond. Marie agenouillée contemple le corps inanimé de son fils, étendu sur un linceul dont Sainte-Marie-Madeleine et Saint-Jean tiennent les extrémités. A gauche. Saint- Michel portant de la main gauche une croix à longue hampe, écrase le démon qu'il menace de son épée. A droite^ Saint-Etienne en dalmatique, une pierre sur la tête et la palme du martyr à la main, fléchit le genou en regardant le ciel entr'ouvert d'où sort une main bénissante.
5. — Tenture du Cardinal Wolsey, aumônier du roi d'Angletere Henri Vni, archevêque de York, créé cardinal de Sainte-Cécile en 1515.
Le sujet est partagé en quatre compartiments :
Au premier^ à gauche, deux séries sont superposées. En haut, Judith dans une pièce décorée d'un dressoir chargé d'orfèvrerie, entourée de ses serviteurs, se pare de ses joyaux. Ayant achevé sa prière^ elle se leva, appela sa servante et descendit dans sa maison ; elle quitta son cilice et ses habits de veuve, se couvrit de parfum, disposa sa chevelure et se
coiffa d'une mitre précieuse. Elle reprit les vêtements qu'elle avait portés aux jours heureux, chaussa ses sandales et se para de ses bracelets d'or, de ses pendants d'oreilles, de bagues et de tous les ornements qu'elle possédait. Dans la bordure on lit cette inscription : Judith ornementaris se décor abat ut impleret quod incipiebat ''.
Au-dessus et au premier plan, Vagao camérier d'Holophernes accompagné de trois serviteurs, transmet à Judith l'invitation de son maître : " Per camerariiim qnam desidernvit Holopherne Judith invitavit ".
Judith à la table d'Holopherne. — La table est dressée sous une tente, dont le lambrequin et les courtines portent l'initiale et le nom du général Olifernus. Judith etHolopherne sont assis au fond, sur un même banc à dossier richement ciselé. Vagao, le genou en terre, dirige le service. Assise près de iui^ une servante de Judith tient sur ses genoux, une sorte d'encensoir; de chaque côté de la table, un échanson et une autre servante. Judith écoute la conversation d'Holopherne, mais refuse de porter à ses lèvres la coupe qu'elle tient à la main : " Judith Holophemi correpulando sedit ad mensam nil gustando '' .
Mort d'Holopherne. — Judith, l'épée à la main, présente à ses suivantes la tête de l'Assyrien dont le corps ensanglanté s'agite convulsivement sur le lit. Deux sentinelles sont endormies dans le camp. Dans le lointain une ronde de nuit circule à travers le camp. " Judith sicut deo ptacuit,caput Holofernis amputavit ".
6. —Verdure. Haute lisse. Hauteur, 2 m. 40; largeur, 3 m. 40. XVI1<^
siècle.
Sur la pelouse d'un parc, une trentaine de personnages, hommes et femmes, en costume de l'époque d'Henri IV, s'exercent a\i jeu de paume.
7. —Tableau de tapisserie de Haute lisse. Hauteur, Om.58; lar-
geur, 0 m. 49. XVIIIe siècle.
Sur un fond de ton gris jaunâtre, Notre-Seigneur Jésus-Christ, en buste, robe rouge et manteau bleu, la tête entourée d'une auréole, présente le pain eucharistique qu'il vient de rompre. Don du cardinal Bernadou, 115* archevêque de Sens.
8. — Parements de stalles. — Tapisserie au petit point, laine et soie,
deux morceaux recousus. Hauteur, 0 m. 39 ; largeur, 3 m. 15. XVIe siècle.
9. — Pente de garniture de lit. — Tapisserie exécutée à l'aide d'aiguilles
au point carré. Hauteur, 0 m. 55; largeur, 4 m. 55. Fin XVJe siècle.
Suaires
- Suaire de Saint-Victor.
- Suaire de St-Siviard, étoffe byzantine.
- Suaire des Saints-Innocents,
époque carlovingienne.
- Suaires de Ste-Colombe et de St-Loup. IX' siècle.
Suaire de Saint-Potentien, 2e évêque de Sens. IX" siè-
cle,
- Suaire de Saint-Léon, 3' évê-
que de Sens. Xlet XII^ siécl^.
25, 26, 27, 28, 29, 30 31 et 32. - Di-
verses étoffes.
- Suaire de Saint-Potentien, Xlle siècle
- Suaire de Saint-Plavit.
- Suaire de Saint -Savinien,
1'" apôtre de Sens. Fragment
XlIIe siècle.
- Tissu sarrasinois.
-Suaire de Sainte- Thèodechilde, fondatrice de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, XlIIe
siècle.
- Deuxième suaire de Sainte-
Colombe, XlIIe siècle.
et 48. - Divers tissus.
- Suaire de Sainte -Liciére, vierge sénonaise.
- Crêpe oriental de soie blan-
che trouvé dans les reliques
de Sainte-Paule en 1896.
- Crêpe de chine blanc à quadrillagedamassé, bordé d'un triple listel noir.
- Suaire de Saint-Romain.
- Deuxième suaire des Saints- Innocents, Xllle siècle.
55, 56, 57, 58, 59, 60. - Tissus divers.
- L'Assomption, toile brochée, Ville siècle.
- Doublierou parement de lutrin, Xe ou Xle siècle.
64. - Fragment de parement ayant servi de sjaire, Xle siècle.
- Suai re de Sainte- Paule, Xllle siècle.
- Suaire de Saint-Héracle et de Saint-Paul, 16e et 17e évêque de Sens, XlIIe siècle.
et 68. - Nappe de toile damassée, quadrillée et fragmentée de tissus, XVIe siècle.
70,71,72, 73,74,75,76,77, 79, 80. - Tissus et draps d'or divers.
- Parement d'autel de la comtesse d'Etampes. Hauteur, 0 m. 54 ; largeur, 1 m. 22.
XlVe siècle.
- Parement de la chapelle du roi, XVIe siècle.
Médaillons, Soupses, Aumonières