GUERRE DE RELIGION A SENS
entre Catholiques et Protestants
12 Avril 1562
Dès l'année 1562, la ville de Sens fut l'objet de la pari des Calvinistes de vexations presque conliniielles. L'hérésie se propageait au sein de l'église catholique et les protestants faisaieni de nombreux adeptes. La même année eut lieu le drame accompli à Vassy par les gens du duc de Guise, qui fut le signal de cette guerre de religion. Les Calvinistes établirent leur siège, ainsi que leur prédication, dit Tavau, dans un lieu voisin de l'ancien couvent des Cordeliers et dans les faubourgs. Un édit de Janvier 1562 leur interdisait cependant d'avancer quoique ce soit qui fut contraire au concile de Nicée. au symbole des apôtres et au livre de l'ancien et du nouveau Testament. Malgré cette défense, les protestants ne tardèrent pas à provoquer néanmoins les catholiques qui supportèrent d'abord leurs insultes patiemment. Toutefois l'inimitié que se portaient ces deux parties ne tarda pas à éclater. Le 12 Avril 1562, l'occasion se présenta et on la saisit de part et d'autre. Depuis déjà longtemps une procession était faite à l'église Saint-Savinien. et le peuple déjà surexcité se rendit en masse vers la grange où se tenaient les Calvinistes. Ceux-ci mécontents se réunirent de là dans les maisons de leurs religionnaires, et le signal de la bataille fut donné. Quelques maisons de calvinistes furent aussitôt envahies et, si les olficiers du roy n'étaient arrivés sur Tentrefait pour calmer les esprits, d'autres malheurs plus grands encore seraient certainement arrivés.
Dans cette lutte entre catholiques et protestants, on doit remarquer que la conduite de ces derniers fut parfois tellement irritante qu'il n'est pas étonnant qu'elle ait déterminé chez les catholiques, des sentiments qui ne pouvaient dégénérer qu'en une haine implacable. Mais à Sens comme dans beaucoup de villes de France, il lut d'une importance moindre que ne veut bien le dire l'histoire ellemême. C'est ainsi que dans cette ville on a représenté sur une estampe de J. Perissin^ établie sans doute par les calvinistes et pour
— elle besoin de leur cause, un nombre considérable de victimes. Le célèbre historien de Thou a lui-même établi leur énumération d'après des données exagérées qui furent plus tard controversées, et tout se résuma, en fin de compte, pour la ville de Sens à quelques risques suivis de mort.
Somme toute, sans passer sous silence ce triste drame, la rivière d'Yonne a beaucoup moins charrié de cadavres qu'on ne l'a prétendu, et les quelques victimes à déplorer, semblent en tout cas, par leurs exactions et leur maladresse, avoir mérité leur sort.
De Serres s'exprime d'ailleuis ainsi qu'il suit au sujet de la révolte entre catholiques et calvinistes, qui eut lieu à Sens le 12 Avril 1562.
« Les maisons de certaines personnes de qualité furent pillées ((. et leurs vignes furent arrachées et brûlées:
« La grange hors la ville où l'on preschait suivant l'édit de (( Janvier, fut démolie et abattue, et les vignes d'alentour arrachées;
« La maison d'un conseiller du siège présidial du roy fut pillée « et saccagée, et après avoir bu le vin en la cave, les tonneaux furent « défoncés et le vin de sespancher.
« Dans une autre maison où se trouvaient quelques-uns de la « rehgion réformée pour leur seureté, on força et on y amena c( un fauconneau (0. Un gentilhomme nommé Baud, avec son serviu teur, les chassa à coups dépée, mais ce dernier fut pris et tué.
(( La femme de maître Jacques Esthier, médecin, en voulant se « sauver par la maison de son voisin, fut prise en présence de ses (( deux filles, fut menée en prison et fut jetée dans l'Yonne.
(( La maison de la veuve Houdard, en son temps ad vocal du (( Roy, pillée, fut saccagée et le blé qu'on ne put emporter, fut je té u hors des greniers par les fenêtres. »
D'après ce récit, on voit que cela fut beaucoup moins grave qu'on ne l'a écrit, et encore on ne lapporte pas tous les faits vexatoires que les catholiques eurent à supporter, les prises de corps, ainsi que les luttes de la main à la main qui furent la conséquence de leur surexcitation.
(1) Petite pièc« d'artillerie de l'époqne.
FAMIlXES, I^CEi\DlES ET mONDATlOKS A SEINS
En 868, sons le ponlificat de Sainl-Egile, 49^ Archevêque de Sens, depuis Sainl-Savinien, il y eut à Sens et dans les faubourgs, une terrible famine qui vint affliger la ville. Les hommes et les femmes s'entretuaient pour se nourrir de chair humaine. Au mois de Mai delà même année, le boisseau de blé était vendu '• Solides octo " 800 livres, celui de seigle 700, celui d'avoine 500 et celui desel 1200 livres. La mortalité fut telle que l'on ne trouvait plus personne pour enterrer les morts.
En 937, sous le ponlificat de Guillaume P^ 55^ Archevêque de Sens, l'abbaye de Sainte-Colombe fut la proie des flammes. On attribue ce sinistre à la révolte des habitants de Sens qui se jetèrent sur cet abbaye le 5 Janvier 937. Frodoard nous fait connaître en outre que Raoul, roi de France, mort à Autun, sans enfant, le 15 Janvier 936, fut enterré à Sainte-Colombe et Tavau affirme avoir vu ce tombeau qui fut détruit en 1567 par les troupes qui assiégèrent Sens pendant les guerres de religions et brûlèrent ce monastère.
Pendant le ponlificat d'Archambault, 58® Archevêque de Sens, qui dura de 959 à 968, l'église paroissiale de Saint-Etienne fut entièrement brûlée. Ce malheureux événement fut attribué à la vengeance du ciel, car Archambault fut le plus triste et le plus honteux des prélats.
En 1152, d'après les chroniques de Saint-Pierre-le-Vif, il y eut ta Sens un très grand incendie qui détruisit toute la ville.
En 1313, sous le pontificat de Philippe de Marigny. 80^ Archevêque de Sens, l'église du Monastère de Saint-Jean-les-Sens fut consumée par la foudre.
En 1483, la peste ravagea Sens et ses habitants fuyaient la ville pour gagner la campagne.
En 1547 une inondation terrible vint jeter la consternation dans la ville; l'Yonne déborda avec une telle intensité qu'il y avait plusieurs pieds (l'eau dans les rues de la ville voisines de la rivière.
En ^548, le grenier à sel fut détruit par un immense incendie.
En 1697, il y eut une grande inondation et la rivière déborda. Un arquebusier, nommé Briot grava sur une pierre de l'église Saint- Maurice les mots : •• Ici flottait la rivière les 25 et 26 Juin i6i>7"(i).
Enfin et plus récemment, l'Yonne déborda également le 13 Mai 1799, le \'' Janvier 1802, le 5 Mai 1836, et surtout en Janvier 1910, où les eaux débordèrent pardessus les quais de Paris, jusqu'à la gare Saint-Lazare et jusque dans la rue de Lyon.
La métropole sénonaise possédait dès le V*" siècle un grand nombre de couvents (jui se mainiinienl à l'apogée de leur existence pendant une grande partie du Moyen-Age; ce ne fut qu'au moment des guerres de religion et de la Révolution qu'un grand nombre d'enli'eeux disparurent. Ces couvents étaient les suivants (1) :
1o Couvent des Annonciades, fondé par des religieuses en 1635 et .>itué dans le haut de la grande-rue ;
2^" Couvent de Saint-Benoit, fondé vers la fin du IX« siècle, fut pillé par les calvinistes en 1567. puis brûlé en 1608, et enfin démoli en 1798. Ce fut dans ce couvent que le pape Alexandre III et Thomas Becket séjournèrent en 1164 ;
3'' Couvent des Bénédictines, grande abbaye fondée au XIP siècle, qui appartenait à l'abbaye du Paraclel, du temps d'Héloise :
40 Couvent des Capucins, fondé en 1620 dans le faubourg Saint- Didier :
50 Couvent des Célestins fondé en 1366, dans l'emplacement où se trouve à notre siècle le collège de la ville de Sens ;
6^ Couvent des Carmélites fondé en 1626 :
70 Cloître de Saint-Etienne s'appuyant sur le côté latéral Nord delà cathédrale ; il était entouré de murs sous Philippe-Auguste vers 1120.
8^ Couvent des Cordeliers démoli en 1794;
90 Couvent des jacobins, fondé vers l'an 1229, fut transféré rue Mauconseil; au moment de la guerre des Anglais ;
10° Couvent des prématurés fondé vers 1 1 32, ces pères bâtirent leur éghse qui fut consacrée le 10 mai 1164. par Thomas Beciet.
(i) Guide pittoresque des vojageurs de la ville de Sens par M. Victor Petit, 18t7.