DU PRINCE DE LA JEUNESSE
Soissons avait, comme plusiem*s autres villes, sa compagnie de la Jeunesse , qui se composait de tous les jeunes gens et des célibataires de la ville et des faubourgs. La force de cette compagnie variait de iOO à 600 personnes, ce qui peut donner une idëe de la force de la population. Elle était armée à ses frais, et avait un drapeau vert traversé d'une croix blanche. Le 95 avril de chaque année, la compagnie s'assemblait au chapitre de St-<^répin le Grand, pour choisir sou chef, qui prenait le titre de Prince de la Jeunesse. On lui donnait un lieutenant, un connétable, un amiral, un major et d'autres officiers inférieurs. L'élection terminée, le Prince de la Jeunesse allait, avec ses officiers, saluer le prévôt de la ville, et lui demander la permission de faire battre la caisse pour assembler la jeunesse qui
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devait l'accompagner le premier jour du mois de mai. Ce jour-là, toute la compagnie se réunissait en armes, à huit heures du matin, devant la maison du prince, qu'elle accompagnait hors de la ville pour cueillir le mai. Cette promenade terminée, elle rentrait en ville tambour battant et drapeau déployé, se rendait à Tévéché, où elle faisait un salut d'honneur de quelques décharges d armes à feu, allait ensuite par le grand marché, au château, devant lequel elle Ëdsait aussi le même feu de mousqueterie, et de là reconduisait le prince à son domicile , le saluait de plusieurs nouvelles salves, après lesquelles chacun se retirait chez soi. Pendant tout le mois de mai, le prince devait être accompagné, chaque fois qu'il sortait de son logis, par un détachement de la compagnie. Le premier jour, il traitait ses officiers; le lieutenant en faisait autant le lendemain , les autres officiers tenaient banquet chacun à leur tour les jours suivants, en sorte que tout le mois de mai se passait en galas et en fêtes.
S'il arrivait qu'un membre de la compagnie, désigné pour accompagner le prince, vint à y manquer, sans donner une excuse valable, il était
conduit les maiDS Këes, en tête de la compagnie, devant la maison du prince, où après l'avoir fait mettre à genoux, le bourreau lui versait un seau d'eau sur la tête. On le promenait ensuite, tout mouillé, par les rues et les places publiques.
Cette compagnie, dont les commencements à Soissons ne sont pas comius, fut supprimée sur la fin du XVP siècle, à la suite de quelques^démêlés avec les magistrats du bailliage. Les jeunes gens voulaient que tous les célibataires, même les officiers du bailliage, fussent obligés à faire partie de leur compagnie, et que la punition d'usage fût infligée à tous ceux qui manqueraient d^ccompagner le prince quand ils en auraient été commandés ; les magistrats pq^oussèrent cette prétention ; mais la jeunesse ayant persisté, le lieutenant gé^ néral du bailli de Yermaudois lui fit défense d'élire, dorénavant, un prince, et de marcher en armes pendant le mois de mai. Cette défense fut confirmée par un arrêt du parlement , et la compagnie fiit ainsi supprimée.
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PROCESSIOIV SEMI-SECULAIRE.
Tous les cinquante ans, Tabbaye de St-Médard était dans l'usage de faire une procession générale des reliques qu elle possédait. Cette procèssion devait avoir lieu en 1532; mais on jugea convenable de l'avancer de deux ans, à l'occasion des réjouissances ordonnées dans tout le royaume, pour célébrer la conclusion de la paix générale et le retour des fils du roi François I", qui avaient été donnés en otage au roi d'Espagne.
Cette procession se fit donc le dimanche 30 juillet 1 530, au milieu d'une foule immense accourue de toutes parts, et qui s'élevait, dit-on, à plus de trois cent mille personnes. Un sieur Jacques Petit, procureur du roi du comté de Sois sons, qui remplissait les fonctions de maître des cérémonies, en a donné une description très-détaillée, où se trouvent des renseignements remplis d'intérêt relativement à la population de la ville.
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Ce document précieux fait aussi connaître dana quel état de splendeur se trouvait encore, à cette époque, la célèbre abbaye de St-Médard, quoiqu'elle fût déjà bien déchue.
Tous les vassaux et les possesseurs de fie& de l'abbaye, au nombre de 220, avaient été convoqués par le possesseur du fief Roland, qui leur avait envoyé un héraut d'armes. Dès cinq heures du matin, l'abbé de St-Médard parut à la porte de son église, et les fit assembler au son de la trompette. Tous s'y trouvèrent en personne ou s'y firent représenter; l'abbé les dispensa, à cause de la chaleur, de marcher en armes à la procession, et voulut seulement que leurs gens marchassent armés à leurs côtés.
La procession partit de St-Médard dans l'ordre suivant :
Les écoliers vêtus avec une dépense extraordinaire.
Trois cents pèlerins, ou confi-ères de St-Jacques, avec leur bannière.
La compagnie de la Jeunesse de la ville, au nombre de quatre cents jeimes gens , ou célibataires, vêtus de soie et d'étoffe très-riches, avec un
diapeau de fleurs sar la tête et une torche yerte à la main. Le Prince de la Jeunesse marchait le dernier, prëcëdë du drapeau.
Huit cents bourgeois portant des torches, ou les faisant porter à leurs ralets.
Quatre cents archers de la ville et du faubourg St-Yaast , couverts de hoquetons , mi-partie de blanc et de rouge , Tare à la main et la trousse de flèches suspendue à gauche.
Les communautés des églises abbatiales, collégiales ou conventuelles sur deux files , suivies des chanoines de la cathédrale, à droite, et des reli* ^eux de St-Médard et de St-Crépin le Grand, à gauche. Entre les deux files, venaient les reliques, renfermées dans treize châsses, que portaient des abbés , des chanoines et d'autres prêtres. Chacune des dix premières châsses, avait à ses côtés quatre gentilshommes avec la hache d'armes et la pertuisanc. La onzième, qui renfermait les reliques de St-Médard , était placée sous un dais de drap d'or, porté par les seigneurs de Salency, de Yillers-Hélon, des Quadeleux et de Chevreux ; six gentilshommes armés marchaient â ses côtés, et elle était suivie de trois
dignitaires de l'église avec le livre des épitres couvert de lames d'argent et de pierreries. La douzième châsse , renfermant les reliques de St- Grégoire le Grand, avait aussi son dais de drap d'or, porté par quatre seigneurs, et six gentilshommes armés à ses côtés ; trois dignitaires la suivaient avec le livre des évangiles, couvert également de lames d'argent et de pierreries. Paraissait ensuite le seigneur de Dompmart, vicomte de Soissons, tenant le drapeau de saint Sébastien, peint à ses armes, qui étaient d'argent, à la la bande de sable , semée de trois fleurs de lys d'or; devant lui, son écuyer portant sa hache d'armes , et à ses côtés, des gentilshommes de la province, avec la chaîne d'or au cou, la pertuisane
d'une main, et de l'autre, une canne à bec de faucon. Après cette partie du cortège, venaient deux hommes vêtus aux couleurs de la ville, jetant des fleurs sur le passage de la treizième châsse : celle de saint Sébastien. Devant celte dernière, marchaient le capitaine de la ville et celui du château , précédés de huit trompettes : le dais, aussi de drap d'or, était porté par quatre seigneurs possesseurs des premiers fiefs de l'abbaye;
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derrière se tenaient douze archers du duc de Vendôme, comte de Soissons. L'abbé de St-Mëdard marchait ensuite, couvert d'habits or et soie, enrichis de pierreries ; à ses côtes, plusieurs abbës et autres dignitaires. Le possesseur du fief Roland, tenant la verge noire de service, le précédait ; celui-ci avait devant lui son héraut, vêtu d'une cotte d'armes de tafletas blanc rayé de fils d'or, sur laquelle on voyait les armes de l'abbé; aux f:ôtés de* ce héraut marchaient deux sergents en habits de cérémonie, avec des masses d'argent doré.
La procession était fermée par le lieutenant général du bailli de Yermandoîs, le bailli du comté de Soissons, et par le corps de ville , précédé de ses sergents en robes rouges et blanches. Le prévôt de la ville, Artus de Jovengne, monté sur une mule, et placé sur l'un des côtés de la procession , veillait , avec ses sergents , au maintien du bon ordre. Il avait à la main le bâton d'office. Sur l'autre côté, et dans le même but, marchait le gruyer (intendant des forêts) de l'abbaye. Dès que la première châsse parut] sur le pont , la procession fut saluée par des salves de rartillerie
de la ville ; et , après avoir entenda la messe à la cathédrale, qui fut célébrëe par Tabbé de St- Médard , on retourna à Tabbaye dans le même ordre. La journée se termina par un grand banquet , auquel n'assistèrent pas moins de cin'q cents convives , répartis dans quatre salles du monastère.
Cette procession fut la (}ernière démonstration de grandeur et de richesse faite par Tabbaye de St-Médard. Son abbé ayant été nommé Tannée suivante à Tévéché d'Angers , elle fut donnée en commende à l'archevêque de Lyon. Ce prélat et ceux qui la possédèrent après lui, semblèrent prendre à tâche de hâter la ruine de cette mabon jadis si florissante ; et avant l'expiration des cinquante années , pour faire de nouveau la procession solennelle , elle fiit entièrement dévastée par les Calvinistes : par suite de ce désastre , on dot renoncer à cette ancienne cérémonie.
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