‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 12 sur 197 · DESCRIPTION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA VILLE

Quoique la ville de Soissons ait joué , sur le déclin de l'empire , un rôle considérable , en devenant le dernier rempart de la puissance romaine dans le nord des Gaules , il ne parait pas cependant que son enceinte ait eu alors plus d'étendue qu'elle n'en avait au temps des Gaulois. On doit en attribuer la cause à ce que les Romains conservèrent l'ancienne muraille , grâce à sa grande solidité, et à sa position d'où l'on dominait tout le terrain d'alentour. Mais le bois qui entrait pour plus de moitié dans sa masse, ayant été à la

longue miné, consumé par le temps, ib durent la restaurer ; ce fut probablement alors qu'ils lui substituèrent une muraille en pierres ; et comme ce remplacement ne fut peut-être entrepris que partiellement et à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres , à mesure que des portions de la vieille enceinte tombaient en ruines, il s'en suivit que la nouvelle muraille se trouva complétée et substituée à Tautre sans avoir reçu d'extension ; il faut en excepter toutefois la partie du sud'-est, vers le confluent de la petite rincre de Crise.

C'est probablement parce que le terrain, de ce côté, était fort bas, et par conséquent exposé aux inondations, qu'il n'avait pas été renfermé dans la ville gauloise. Mais les Romains construisant leur muraille en pierres et en mortier de chaux et ciment, avaient pu la porter en avant jusque dans le lit même de la rivière, pour gagner du terrain et pour faire baigner le pied de l'enceinte par les eaux.

Cette enceinte était quadrangulaire, de la figure d'un trapèze dont trois côtés, en ligne droite, regardaient le sud, l'ouest et le nord ; le quatrième

côte qui bordait la rivière, sinueux et oblique, faisait face au nord-est.

Le côté sud longeait ia rue dite Saint-Antoine. Sa position est indiquée par une vieille enceinte qui a subsisté jusqu'au milieu du XVI' siècle et dont l'origine remonte à une époque inconnue et fort reculée . Cette enceinte s'appuyait sur la gauche à la tour Lardier ou du Diable, au bord de l'Aisne , passait à la Fausse Porte ( ' ) et au pied du tertre de la place des Ecoles, lequel a été désigné comme devant être le reste de la grande terrasse construite par César sur le bord du fossé ; ce côté de l'enceinte avait 450 mètres de longueur.

Le côté ouest était à peu près dans la direction du portail de la cathédrale. Cette direction se trouve pleinement indiquée par un reste de muraille de construction romaine, qui ne peut provenir, attendu sa grande solidité, que d'une enceinte de la ville ; ce fragment de mur, qui porte la chapelle du palais épiscopal, a plus de 2 mètres d'épaisseur; il se compose de trois assises de

{*) Ancienne porte reconstruUe en 1470, et démolie en 1824.

grosses pierres de taille^ posées à sec sans mortier, sur lesquelles s'élève une maçonnerie en moellons et en ciment, avec des chaînes horizontales en briques. La longueur de ce côté était de 500 mètres.

Le côté nord longeait les rues de Longpont et des Framboisiers, et fermait Textrémité de la colline sur laquelle la ville antique était assise ; il avait 300 mètres de longueur, et se liait à droite à un château dit la Tour des Comtes, situé sur le bord de l'Aisne, à l'angle nord-est de la ville, et sur le même emplacement où se trouve l'hôtel deVancienne Intendance.

La position du côté est , qui bordait l'Aisne, est naturellement indiquée par le cours de cette rinèrc. Le tracé de cette partie de l'enceinte (ftait assez irrégulier. Pour que le pied de la muraille fût baigné et défendu par les eaux, il avait iàllu suivre les sinuosités de la rive, et surtout celles formées par le petit bras. Ce côté avait 550 mètres de longueur.

Sur chacun des quatre côtés de l'enceinte, il devait y avoir une porte qui en occupait à peu près le milieu. Cette position des portes parait assez bien indiquée par la direction des deux rues

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principales qui, maigre leur défaut d'alignement, devaient se couper, anciennement comme aujourd'hui, presque perpendîculairen^ent vers le centre de la ville, et se diriger sur chacune de ses portes. L une, la Grande Rue, allait de la porte du sud à celle du nord, qui était située à la jonction des rues de la Congrégation et des Framboisiers ; l'autre, désignée de nos jours par les noms de Saint-ISicolas, des Rats, du Mouton et de Saint- Quentin, quoiqu'elle n'ait guère que 400 mètres de longueur, allait de la porte de l'ouest, située près du carrefour de la Grosse Tête, à celle de l'est, laquelle se trouvait placée à l'entrée du pont sur la rivière d'Aisne.

En effet, il doit pandtre hors de doute que cette dernière rue qui traversait la ville vers son milieu, et était principalement destinée à faire conunuuîquerles deux rives de l'Aisne, devait aboutir droit au pont, seul point de passage sur la rivière. D'ailleiu^s on ne peut guère supposer que les Romains qui imprimaient à tous leurs ouvrages un caractère de grandeur et de régularité, se fussent assujettis, sans nécessité, aux graves inconvénients d'une communication détournée et difficile, com-

me celle d'aujourd'hui, alors qu'ils pouyaient tracer à leur guise, et sans le moindre obstacle, l'alignement des rues et des édifices destines à remplacer les cabanes des Suessions.

Mais il existe une autre considération de localité en (âyeur de la position qu'on assigne au pont de l'Aisne; c'est que le château de Croicy, situé en tète du faubourg de la rive droite, se trouvait sur le prolongement du pont et de la rue qui venait y aboutir , et que l'ancienne porte Royale ou du Champ Bouillant, qui. conduisait, dans les temps postérieurs, de la ville à ce château et à iabbaye de Saint-Médard qui l'avait remplacé, se troavaît également sur cet alignement. D'un autre côté la nft Saint-Christophe et la grande chaussée d'Amiens, sur une longueur de 1 ,300 mètres, iaisaient aussi prolongement à cette même rue et au pont. La position de ces divers points sur une même ligne droite, doit être une preuve suffisante qu'ils étaient liés, dans le principe, par une communication directe qui n'avait pas moins de 9,600 mètres de longueur ; il est d'ailleurs à remarquer que le pont placé au bout de cette grande rue correspondait au centre de la ville. Quant à

sa forme et à la nature de sa construction ^ on ne possède aucun renseignement y mais on doit présumer, comme il a été déjà dit, qu'il était construit en bois. U est à croire qu'indépendamment des quatre portes dont nous avons donné la description plus haut, il y en avait une cinquième placée à Textrémité de la rue Notre-Dame, et dont l'unique objet était d'ouvrir une communication directe avec les bords de la rivière et les prairies qui s'étendent au sud-est de la nlle. C'est probablement cette même porte qui fiit appelée dans la suite la porte Saint-Yoal, à cause de sa proximité avec la tour qui avait servi de retraite à ce saint personnage. Vers le milieu du IV* siècle, quand la population de Soissons fut considérablement augmentée par la résidence obligée de tous les propriétaires fonciers de la province, et que de vastes faubourgs couvraient toutes les avenues de la ville, il y eut nécessité d'ouvrir, pour rendre les communications plus faciles, deux nouvelles portes ; l'une au bout de la rue de Mineurs, l'autre au bout de celle de Longpont : la première correspondait au faubourg Saint-Remy , la seconde 9 celui de Notre-Dame ( " ).

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Telle a dû être, sous la domination romaine, la forme de la YÎlle , autant qae nous pouvons le conjecturer par l'examen des localités. L'histoire garde, sur ce point intéressant, un silence complet : treize siècles ont eflacë tous les ouvrages de Tbomme; la nature même du pays a presque changé de physionomie. Ce n'est donc qu'après an examen des localités, consciencieux et approfondi, qu'il a été permis d'arriver à quelque résultat, et de rétablir les faits d'après les indications qui présentent quelque probabilité (").

L'enceinte de la ville ne renfermait qu'un espace d'environ 500 mètres de longueur, sur une largeur moyenne de 400 mètres (90 hectares). Cet espace était sans doute beaucoup trop resserré pour suffire à toute la popidation d'alors, surtout depuis que les anciennes habitations avaient fait place à des maisons plus solides et plus commodes. Mais la portion entourée de murailles ne formait que la ville proprement dite, laquelle se trouvait placée an centre de vastes faubourgs dont le plus étendu et le plus important fut toujours celui de Crise, que la ressemblance de nom a fait confondre aveo celm d'aujourd'hui.

L'ancien Ëtubourg, qu'on trouve désigne assez confusément dans quelques vieux titres, sous la dénomination de place de Crise, comprenait tout l'espace renfermé entre la ville au nord, la rivière d'Aisne à l'est, et la colline de Saint- Jean à l'ouest. La superficie de la partie comprise entre la ville et le vallon de la Crise, au delà duquel le faubourg s'étendait encore, était de 24 hectares. Ce faubourg avait donc plus d'étendue que la ville, et il est assez vraisemblable qu'il était habité plus spécialement par le menu peuple des indigènes, tandis que la ville renfermait les Romains et ceux des Gaulois qui leur étaient les plus dévoués. Car, pour le plus grand nombre des anciens nobles, qui avaient pris le titre de citoyens ou d'hommes libres, ils avaient quitté le séjour de la ville, et vivaient à la campagne, au milieu de leurs domaines et de leurs esclaves.

Quant à la partie située sur la rive droite de l'Aisne, elle formait aussi un faubourg qui devint, dans la suite, d'une grande étendue et dont une partie fut fermée de murailles, mais à une époque qu'il nous est permis de croire postérieure à celle des Romains. Il n'a d'ailleurs pas été possible de

découTrir aucune donnée propre à jeter quelque lumière sur cet objet qui est reste jusqu'à présent dans un oubli complet , malgré l'intérêt qu'il pouvait offrir.

U paraîtrait que les Romains, dans le but d'augmenter la force de la yille , avaient détourné la petite rivière de Crise , pour en amener les eaux dans les fossés. Le canal de dérivation devait commencer, attendu la configuration et le ni- Tean du sol , à l'étang , aujourd'hui comblé , du moulin du Pré-Foireux , dont la digue , encore visible , n'est autre chose que le barrage élevé par les Romains , au travers du bassin de la Crise, pour détourner les eaux de leur cours naturel et les déverser dans le canal. Après avoir contourné le pied de la colline de St- Jean, ce canal venait aboutir à l'angle sudoaest de la ville, où il se partageait probablement en deux branches ; l'une , la principale , servait de cunette aux fossés des côtés ouest et nord de Tenceinte et du château de la tour des Comtes, et versait ses eaux dans le petit bras de l'Aisne ; l'autre branche suivait le fond du fossé du côté sud et se déchargeait dans la rivière sous la tour du

Diable. Un barrage étabU à l'extréndtë de chaque branche pouvait produire , au bout de quelques jours , plusieurs pieds d'eau dans les fosses.

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