LA VILLE DEVIENT LA PLACE DARNES DE LA PROVINCE
Depuis la conquête de ta Bel^que par César jusqu'au milieu du IV* siècle, époque à laquelle les Francs et quelques autres peuplades d'outre-Rhin firent une irruption formidable dans les Gaules, lanile de Soissons (dénomination qu'il convient de lui donner désormais ) ne vit point la guerre menacer ses murailles , ni ravager ses campagnes. Cependant cette longue période de paix, presque sans pareiOe, (îit marquée par quelques soulèvements partiels des Gaulois et par des courses des Germains. Les Romains, pour assurer leur domination sur cette vaste partie de leur empire, y avaient établi un certain nombre de places d'armes, dans lesquelles leurs moyens militaires se trouvaient concentrés. La Belgique était t^une des provinces les plus importantes à conserver ; le caractère turbulent de ces peuples inquiétait ses dominateurs : elle était d'ailleurs voisine des Bataves , toujours disposés à sortir de leurs marais, toujours prêts à se ruer sur les provinces de Tempire , pour y
porter la dëvastation et le pillage. Une place d'armes devenait donc nécessaire, et Soissons fut choisie pour être celle de la Bel^que.
Plusieurs considérations valurent à Soissons l'honneur de ce choix : les Romains n'avaient point de révolte à craindre des Suessions dont la fidélité était à l'épreuve ; la ville était dans le voisinage de Rheims, métropole de toute la province, et résidence du gouverneur romain , les troupes stationnées à Soissons se trouvaient donc sous sa main ; de plus le pays était fertile, enfin la position géographique de la ville n'offrait pas un moindre avantage; la navigation de l'Aisne, se liant à celle de la Seine par l'Oise, facilitait les transports et formait un cours d'eau qui couvrait toute la Gaule Celtique sur une étendue de 80 lieues, depuis l'embouchure de la Seine, dans la mer, jusqu'au centre de la forêt d'Argonne qui faisait partie de l'immense forêt des Ardennes.
Quoique rien ne précise l'époque où les Romains firent exécuter les travaux nécessaires pour rendre Soissons capable de faire une bonne défense, et de recevoir les divers établissements militaires qu'ils y placèrent, il y a cependant
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toQt lieu de croire que ce fut vers l'an 1 6 avant l'ère chrétienne , lorsque l'empereur Auguste Tint dans les Gaules avec son beau-fils Dnisus, auquel il donna alors le commandement gënëral de l'armée romaine, pour défendre cette contrée contre les Germains qui venaient d'j pénétrer, après aroir surpris et défait une partie des troupes commandées par LoUius. Des médailles de Drusus, trouYées dans les ruines d'anciens monuments, sembleraient attester que les travaux furent commence par les ordres de ce général; mais ce qu'on ne peut révoquer en doute , c'est que tontes les grandes constructions exécutées à Soissons durant la période de plus de cinq siècles, qne les Romains ont possédé cette ville, ne durent être entreprises et terminées qu'à de longs intervalles, et selon que les circonstances rendaient ces constructions nécessaires.
La plupart d'entre elles se ressentaient de la grandeur et de la solidité qui caractérisaient tous les ouvrages des Romains. Ils n'épargnèrent rien pour mettre Soissons en état de servir, au besoin, de point d'appui et de refiige à leurs légions. Us ne se bornèrent pas à donner une bonne mu-
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raille à la ville , ils organisèrent encore autour d'elle un grand système de défense au moyen de plusieurs forts ou châteaux qui en défendaient les approches.
Les établissements militaires formés par eux se composaient : 1^ des quartiers pour une légion; c'était, suivant le Gallia christiana, la 95* légion, dite la Cyrénaffque, laquelle fiit remplacée dans la suite par un corps de troupes Sarmates ; ^ de magasins d'approvisionnements ; 3"* d'un arsenal avec trois manufactures d'armes : une pour les boucliers, une pour les armes de la cavalerie, et la troisième, la plus importante , puisqu'il ne s'en trouvait que deux dans toutes les Gaules, pour les grosses machines de guerre qui formaient l'artillerie de l'époque.
Le nombre des manufactures d'armes peut don- ^ ner une idée de l'importance de Soissons. Cette place était, après Strasbourg, capitale de la province dite la Germanique, celle de toutes les Gaules qui possédait le plus de ces établissements, ce qui devait nécessairement la faire regarder comme le grand dépôt de guerre des provinces du Nord.
Ainsi la capitale des Suessions ne tarda pas à
prendre Taspect d'une ville romaine, d'abord par lelégance de ses édi6ces, construits sur le modèle de ceux de l'Italie, et ensuite par le mëlange des Romains avec la race indigène. Ce mëlange Tat la consëqaence toute naturelle du sëjour permanent d'une lëgion et du grand nombre de fonctionnaires, d'agents et d'ouvriers attaches aux dirers établissements militaires ; quelques gënérations suffirent pour le rendre complet. Le peuple se prête toujours facilement à tout changement qui ne froisse pas ses intérêts et, chez les Suessions, il ne possédait rien. Les grandes constructions exécotées par les Romains, et leurs fabriques d'armes ioiprocuraient au contraire lesmoyens de travailler arec avantage. Les nobles avaient promptement adopté les usages et les mœurs d'un vainqueur qui leur conservait, sous les titres d'hommes libres et de citoyens romains, leurs ^domaines et leur indépendance personnelle. Mais ils se fixèrent plus génëralement à la campagne, au milieu de leurs terres, d'où néanmoins ils se rendaient souvent à la ville, pour vaquer à leurs affaires particulières ou à celles de la cité. Les druides Tarent les derniers à se soumettre complètement
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à une innovation qui leur enlevait, tout d'un coup, la grande prëpondërance dont ils jouissaient. Ce ne pouvait être, pour cette caste, l'affaire d'un jour de renoncer tout ensemble à ses croyances et à ses privilèges ; elle s'éloigna de la ville où l'on venait d'introduire les dieux de Rome. Retirée au sein de sa forêt sacrée, elle put y conserver les mœurs et les traditions nationales, longtemps encore après que les édits des empereurs eurent aboli l'antique reli^on des Gaulois. Avec le temps, les ! druides disparurent et se fondirent dans la masse de la nation.
Plusieurs routes ou voies militaires se croisaient sous les murs de Soissons. La plus importante de ces communications était la grande chaussée construite sous le règne d'Auguste, et qui conduisait de Rome en Albion, en passant par Lyon, Autun, Rheims, Amiens et Roulogne.
Cette chaussée ne traversait pas la ville ; elle la longeait au sud et à l'ouest, ainsi qu'on a pu s'en assurer lors de la reconstruction, en 1 834, de la courtine de la porte de Paris. On a reconnu en effet que la vieille muraille flanquée de tours , qui formait cette partie de l'enceinte de la ville.
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avait été asâse sur le massif d'une ancienne chaussée^ composée, sur plus d'un mètre d'ëpaisseur, de grès, de caîUoux, de fragments de briques et de tuiles de fabrication romaine, et de gros gra- Tier. La surface de ce massif se trouvant à deux mètres plus bas que le seiul de la porte, et précisément au niveau de la plaine qui entoure le faubourg Saint-Cbristophe, il y a toute raison de croire que le dessus de cette chaussée était, dans le principe, au niveau de la surface du sol. L'extrême solidité de ce massif, dans lequel il a &llu bîie des tranchées pour loger les contre-forts du flooreau mur d'enceinte, et le caractère de sa con-* siTQction indiquaient assez que c'était l'ouvrage des Romains.
On a découvert, en 1 708, à une demi-Ueue de
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la lille, une borne ou colonne milliairey portant l'inscription suiTante :
Imp* Caes L
Septimio Se
vero Pîo Per
tinace, Aug Ara
bîco, Adiabeni
Parthîco Max
PP. . . m et imp Caes
M Aurelio Antoni
no Ko ce
C Curante LP
Posthumo leg Augg PP. ab Aug Sues leng
vn
Cette inscription , dont les parties ponctuées se trouvaient effacées au moment de la découverte, a été complétée et traduite ainsi qu'il suit :
« Sous l'empire de Lucius Septime Sévère, <c pieux, Pertinax, auguste, vainqueur des Ara-
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« bes, des Adiabëniens et des Parthes ; très-grand « prince , përe de la patrie , consul pour la troi- « âëme fois; et sous l'empire de Marc-Aurële « Antonin, pieux, heureux, auguste, vainqueur « des Parthes, très-grand prince, consul ; par les « soins de L. P. Posthumus , lieutenant des Au- (« gttstes , proprëteur : cette colonne a été placée « pour indiquer la VIP lieue depuis Soissons. »
Vers le même temps , on trouva une autre colonne pareille, à Yic sur Aisne, dont l'inscription portait qu'elle avait étë placée également à sept lieues de Soissons, sous l'empire de Caracalla. Plus tard, deux autres colonnes furent encore découvertes à Juvigny , où passait une chaussée romaine qui allait de Soissons à Yermand , et dont il reste encore des parties assez bien conservées au delà du village de Pasly. Les inscriptions de ces deux dernières se trouvaient en grande partie ef&cées , mais on a pu cependant reconnaître que Time d'elles datait aussi du règne de Caracalla , et que l'autre avait été posée à sept milles de Soissons.
Il résulte naturellement de ces inscriptions , qui remontent au commencement du IIP siècle , qu'à
cette époque la ville de Soissoiis tenait un raiig distingué dans la province-, puisque c'était à partir de cette cité que les distances étaient comptées, au moins pour les portions de routes comprises dans la circonscription territoriale dont elle était le chef-lieu; ce qui n'était établi que pour les villes de quelque importance.