‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 126 sur 197 · II. i · texte numérisé non relu

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dn XIP siècle , par m doyen nomme Goittauie. Les cloches furent mises en pièces , à rexcqition do trois que l'on conserva : une pour Thorloge , une autre pour le guet, la troisième pour le ser* vice divin selon leur rite. Quant au cuite catholique, il se trouva complètement suspendu par la fuite de tous les prêtres et par la dévastation des églises. D'ailleurs, les Calvinistes ne l'eussent point permis , et en cela ils ne se montrèrent pas moins intolérants que leurs adversaires.

lia cathédrale ainsi dépomllée de tous les ornements et emblèmes de la religion catholique, le culte protestant y iiit étabU. Il y avait sermon , ou prêche , tous les jours à neuf heures du matinf et prière à trois heures de l'après-midi. Quoiqne les Catholiques ne fussent point forcés d'y aller , on rapporte que des bourgeois assistèrent ara prédications des ministres [Nrotestants , et furent même touchés de l'éloquence de Helim , ministre de Cœuvres et de Versoris. Les gens du peuple s'y rendaient plus volontiers , parce que les Calvinistes leur abandonnaient une paitie des pro*^ visions qu'ils pillaient dans les abbayes et mo^ nastères de la ville et de la campagne.

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Des recherches , dirigées tout à la fols par te sèk du fanatisme et l'appât d« pillage , firent de* conyrir les richesses que les chanoines araicnt cadiëes. Les reliquaires, les vases sacrés, tout ce qm était or et argent , fut converti en monnaie ou en lingots , et employé à la solde des troupes ; le cuivre, le plomb, les tapisseries, ks habits sacerdotaux , le linge , forent vendus h l'encan et à vil prix aux Calvinistes ; les Catholiques n'étaient pas admis à profiter de cette vente. Les reliques , qui étaient en grand nombre , forent jetées dans un feu de joie , allumé , à cet effet , devant le portail de la cathédrale avec les livres de la bibliothèque du chapitre. Cet acte de destruction était l'outrage le plus cruel qu'on pAt faire aux sentiments religieux des Catholiques; mais l'humanité n'avait pas de victimes à pleurer. Le sang n'avait pas coulé au nom d'un Dieu de imséricorde et de paix.

Les pro&nations et les ravages commis dans la cathédrale , fiirent répétés avec plus de finreur et plus d'acharnement encore dans toutes les églises et dans toutes les maisons religieuses de la ville et des environs. Leurs^ bâtiments furent mè--

int détruits , pour la plupart , ou du moins trèsforteiqeAt eadommagés ; on enleya les fers, les cuivres , les plondbs pour les Tendre ou les emporter. Les bois servirent aux troupes de la garnison, qui en firent grand feu durant tout TfaiTer; en sorte qu'il ne resta presque partout que des murs et des décombres.

Les églises paroissiales de St-Remy et de St- Martin, reconstruites depuis le siège de i414, furent entièrement démolies , ainsi que les chapelles de StChristophe et de St-Antoine. L'église de Notre-Dame des Vignes , à peine achevée « celle de St-Vaast et celle de St-Quentin , et la chapelle des Cordeliers ne conservèrent que leinrs murs.

L'abbaye de St-Léger fiit aussi détruite. Le chœur de T église resta seul debout; la couverture en avait été enlevée. £n reconstjruisant, en 1666, les bâtiments de cette abbaye , on retrouva deux petits chandeliers et deux reliquaires, le tout en vermeil , qui avaient été cachés par les religieux et: qui échappèrent à toutes les recherches des Calvinistes ; . mais ce qu'il y a de plus surprenant ^ c'est que ces objets aient été oubliés dans leur

cachette par ceux-là même qui les y avaient Aiis.

L'abbaye de St-Jean eut moins à soufirir ; mais son église perdit ses cloches , tous ses ornements intérieurs et une partie de sa couverture , et tous les bâtiments furent rendus inhabitables par l'enlèvement de toutes les boiseries et fermetures. Si les religieux n'eussent pas pris la fuite , peut-être se fussent-ils épargne la plus grande partie de ces pertes : le prince de Condé n'eût pas manqué de faire ménager une abbaye qui appartenait à son frère ; mais laissée à l'abandon » elle fot dévastée par les soldats qui pillaient souvent pour leur compte.

Au dehors de la ville, la destruction ne fut pas moindre : les églises et les chapelles de St- Pierre le Vieil, de St-Germain, de Stc-Thècle, de Ste- Geneviève , de St-Laurent et de St-Julieu , furent démolies jusqu'aux fondations.

Les abbayes de St-Crépiu le Grand , de St* Crépin en Chaye et de St-Étienue , ainsi que le monastère des Célestins , ne conser%'èrent que les murs de leurs édifices , et encore fallut-il en reconstruire plusieurs parties qui avaient été détrui* tes,, ou trop endommagées pour être conservées.

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L'abbaye de St-Mëdard eut à regretter son antique église de Ste-SopMe et une grande partie de ses bâtibnaents , et notamment les anciens appartements royaux de Charlemagne. La grande ëglise , construite par Louis le Débonnaire , fut tellement endommagée , qu'on ne put la réparer assez solidement , et qu'elle s'écroula plusieurs années après cet événement. Cette maison , si opulente , perdit aussi tout son mobilier et toutes les richesses de son église ; et parmi le grand nombre de reliques qu'elle possédait , on ne conserva que celles de St-Sébastien , de St-Médard et de St-Grégoire, qui furent retrouvées dans un champ où les Huguenots les avaient jetées pour s'en débarrasser.

Au milieu des désastres qui frappaient I*Eglis€ de Soissous , l'abbaye de Notre-Dame (ht seule respectée, grâce à l'abbesse Catherine de Bourbon , qui avait obtenu de son frère , le prince de Condé , une sauvegarde pour sa maison. Cette inviolabilité, fidèlement gardée par les Calvinistes, fit le salut des reliques de St-Crépin et de beaucoup d'autres précieux objets que les divers établissements religieux s'étaient

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empresses d'y faire transporter en secret^ le jour même où la ville avait ëté prise ; ce fut à peu près tout ce que ces établissements purent sauver de leur riche mobilier ; la dévastation complète des édifices avait ouvert aux Calvinistes toutes les cachettes pratiquées par les gens d'Église.

Madame de Bourbon avait fait aussi respecter le palais épiscopal en s'y installant dès le moment de l'entrée des Calvinistes-; au bout de quelque temps, madame la princesse de Condé vint s'y établir à sa place , pendant que son mari tenait la campagne avec son armée dans les environs de Paris ; mais après le départ de cette princesse , l'évéché fut saccagé comme tous les autres édifices consacrés à la religion.

Tel fut le résultat des saccagements commis par les Réformés pendant les six mois qu'ils occupèrent la ville de Soissons. Leur acharnement à détruire des édifices, élevés avec les tributs, d*mie dévotion moins éclairée que prodigue , était uu vandalisme aussi déplorable qu'inutile , et qui ne prouvait rien en faveur de leurs doctrines. Ils ne pouvaient même invoquer pour excuse les rigueurs

odieuses dont ils avaient à se plaiadre. Si qael* ques monuments reli^eux ne fiirent{>as eniiëre* ment détruite , c'est que le temps maAqua ; ces moauiaents devaient disparaître deux sièt^les plus tard au milieu de bouleversemeôts nouveaux.

Le 49 mars 1 568, la paix fut signée et Tédit de pacification rétabli. La ville de Soissons devait être remise aux troupes du roi dans un court délai , dont les Calvinistes {Mrofitèrent pour continuer l'œuvre de la destruction des églises, ou pour eh faire racheter les débris par les Catholiques. Daus ce dessein, ils laissèrent ignorer, à ces derniers , la conclusion de la paix jusqu'au jour même ou la ville fut remise aux troupes royales , le 39 du même mois On a rapporté qu'ils avaient formé le projet de faire sauter , par la mine , les quatre gros piliers de la croisée de la ca&édrale, ce qui eût entraîné la destruction de tout l'édifice; mais qu'ils u^avai^nt pas trouvé d'ouvriers assez hardis pour l'exécuter. Ce fiit au moment de quit ter Soissons^ qu'ils renversèrent la flèche en charpente , recouverte en plomb , placée au-dessus de la croisée. I^ chute de cette flèche endommagea la couverture , ainsi que la voûte qu'il a fallu con-

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solidcr avec des armatures en fer qu^on y voit encore aujourd'hui.

Les Caivinistes se mirent en marche le 39 mars au matin , et prirent la route de la Champagne , où ils s'ëtaient fait précéder de tous leurs baga-* ges , fruits de leurs déprédations. Dans le même temps qu'ils sortaient par h porte de Rhenns\ un détachement de troupes royales , envoyé de Paris, sous le commandement du sieur la Chapelle des Ursins , se présentait à la porte de Paris , oA l'attendait le sieur de Yendy , qui fit sur-le-champ la remise des clefs de la ville à l'officier du rot , et alla rejoindre les siens. Ainsi se termina l'occu-pation de Soissons par les Rétormés , occupation qui fit éprouver à l'Eglise des perles immenses et irréparables. Mais au milieu de tant de mines et de profanations, commandées par l'esprit de secte, les ennemis des Huguenots ne purent leur reprocher un seul acte de violence envers les personnes , bien qu'un assez grand nombre de leun persécuteurs fussent tombée dans lc;urs mains et à leur merci.

Parmi les Réformés , habitants de la ville , il y eu eut qui eurent la prudence de se retirer avec les troupes de Vendy : mais la plupai*t aimèrent

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mieux rester dans leurs foyers ^ comptant sur Tobseryation de l'ëdit de pacification. Us lurent obliges de loger à leur tour la noutelle garnbon, dont le sëjour avait pour objet de les prot^er contre le ressentiment des Catholiques. La Chapdle des Ursins ëtait reparti pour Paris avec sa troupe , le 1 6 avril ^ après avoir fait promettre aux habitants des deux religions de vivre en paix; mais le gouvernement ayant reçu Tavis que la tranquillité de la ville ëtait menacée , un autre détachement de troupes royales y arriva dans les premiers jours de mai. Sa présence prévint tout désordre pour le moment. Cette apparence de protection couvrait un piège que la cour tendait aux chefs du parti huguenot. Le prince de Condé et l'amiral de Coligiiy ^ échappèrent au danger qui les menaçait , et se réfugièrent à la Rochelle. La guerre civile recommence avec plus de fureur qu'auparavant. Les ravages , les massacres désolent la France. Les Calvinistes éprouvent deux défaites sanglantes : l'une à Jamac , où le prince de Condé est pris et assassiné ; la seconde à Moncontour, où Coligny , qui commandait , est grièvement blessé.

Les Réformés de Soissons durent se ressentir

des mauvaises dispositions de la cour , qui tou* lait en finir avec la nouvelle religion. Rien n'arrêtant plus le ressentiment des Catholiques , ils furent exposes à toutes leurs violences , dont la moindre était d'être expulses de la ville. Le sieur de Genlis, à la tête d'un fort parti, se jeta sur le Soîssonnais; mais il n'entreprit rien contre la ville , défendue par une garnison de troupes royales, sous les ordres du sieur de Sainte-Preuve , firëre de M. Charles de Roncy, qui en occupait le siège épiscopal.

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