CHATEAU DE CRISE
Tous les historiens de la ville de Soissons ont p^é d'un ancien château dont l'existence ne repose que sur la tradition ; mais en l'absence de preaves matérielles et de documents historiques ils se sont jetés, pour la plupart, dans des con*jectures plus ou moins hasardées sur l'origuoie, la position et l'objet de ce monument. Quelques-uns n'ont pas craint de remonter jusqu'aux temps hé* roïques du siège de Troie. D'autres n'ont pas cru devoir reculer sa construction au delà des rois des Suessions, auxquels, suivant eux, ce château servait de demeure (9). Tous se sont cependant accordés
(') Telles que Milampart, Orcamp, Coupaville, Chevreux, Vauxbain Uetdny «te
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à dire qu'il subsistait à Tëpoque de la domination romaine.
D'après l'opinion la plus généralement admise^ ce château aurait été situé au delà du bassin de la Crise, dans la plaine comprise entre ce faubourg et celui de Rheims ou de Saint-Crépin ; elle se fonde sur un reste assez informe de fossé qu'on apercevait encore, à ce qu'on prétend, au siècle dernier, vers la plaine d'Orcamp, et sur quelques vieilles chartes, dans lesquelles il était fait mention de plusieurs rues, aujourd'hui oubliées, qiu conduissdent au château de Crise, situé dans ce même faubourg.
Mais le nom de ce faubourg appartenait, dam les temps anciens, comme on a déjà eu l'occasion d'en faire la remarque, à tout ce qui se trouvait placé au sud de la ville, et dont celui qui existe actuellement ne devait former qu'une très-faible partie. En admettant donc l'authenticité, quoique fort douteuse, des vieilles chartes invoquées comme preuves, on peut présumer que les rues qu'elles désignaient étaient situées entre le bassin de la Crise et la ville, où se trouvait la grande masse de ce faubourg duquel sont sortis, dans la suite des
siècles, ceux de Sainte-André, de Saint-Martin et de Panleu; mais ceux de Rheims et de Crise, tels qu ib sont aujourd'hui, n'en formaient tout an plas que les parties extrêmes qui sont toujours les moins peuplées comme les moins importantes. D'un autre côté, si l'on en croit l'antique tradition de l'église de Soissons, le château de Crise aurait été situé dans l'endroit même où s'élevait l'ancienne abbaye de SaintOépin le Grand. C'était dans ce château que les premiers chrétiens ayaient Cdt construire une crypte pour y déposer les restes de saint Crépin et de saint Crépinien. Mais cette traditioa, très-respectable d'ailleurs, ne saurait goère faire autorité pour l'histoire : elle désigne indifféremment cet endroit sous les noms de château et de place de Crise ; or, cette dernière dénomination indique tout autre chose que la première et^ ensuite, n'est plus d'accord avec les historiens qui l'ont placé vers la plaine d'Orcamp; car on ne saurait admettre que ce château, quelque grand qu'il eût été, aurait pu occuper ces deux points ainsi que tout l'espace intermédiaire. Enfin il n'existe point de vestiges de constructions romaines au delà du bassin de la Crise, aucun au-
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teur n'a rapporte qull eût ëtë jamais idëcouvert de médailles dans cet endroit, tandis qu'on ^n trouve encore sur plusieurs autres points autour de la yille.
La réalité de ce château reste donc enveloppée de doutes et d'objections assez graves, et cependant des exploratit>ns locales autorisent à croire qu'il a dû en exister un, mais dans une position plus rapprochée de la ville ; or, pour suppléer au silence des renseignements écrits, c'est le sol qu'il faut interroger.
Le tertre de la place des Écoles, situé sur le bord même du fossé de la ville, et dont la hauteur devait presque égaler celle de la muraille , présentait à la défense un trop grand désavantage pour admettre qoe lœ Romains, qui n'hésitaient jamais à faire des travaux utiles, auraient pu négliger de s'en garantir; mais de ce qu'ils ne l'ont pas renfermé dans la place, en portant le mur d'enceinte sur son sommet^ comme cela se pratique en pareil'cas, ou de ce qu'ils ne l'ont pas fait raser, ce qui n'eût pas été pour eux un travail trop considérable, on peut conclure naturellement qu'ils l'avaient occupé par un ouvrage de forlîfi-
talion. La forme d'à peu près 40 mètres de diamètre que ce tertre a conservëe, parait indiquer assez clairement qu*il a servi de base à quelque g;rand édifice, ce qui donne lieu de présumer que c'était un château destiné à défendre le côté sud de la ville, contre le voisinage redoutable de la colliiie de Saint-Jean, et qu'il se trouvait fié à l'enceinte de la ville. D'un autre côté, ce château se trouvant placé dans le faubourg de Crise, et presque sur le bord du canal de dérivation de la petite rivière de ce nom, pouvait bien avoir été déâgoé sous cette même dénomination.
Il existe encore une circonstance locale qui mérite d'être rapportée : on avait découvert, en construsant, en 1 551 , le bastion de la tour de l'Évangile ( aujourd'hui bastion n'' 8 ), un aqueduc qui paraissait v^iir de l'ouest; en 1745, en 1756 et plus récemment encore, on le retrouva sur plur sieurs points au delà du faubourg Stmihristophe, à une profondeur d'environ 3 mètres. Dans cet aqueduc^ très-solidemmt construit en pierres dures, on vit on ouvrage des Romains, destiné probablement, d'après sa direction, à amener de l'eau du vallon de Pigeonvilie à un château qu'ils avaient
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construit dans la plaine du nord, ou de Saint-Crëpin en Chaye. Il sera bientôt fait mention de ce dernier.
Mais si les Romains avaient juge convenable d'amener de Teau dans ce château, en la prenant au vallon de Pigeonville, ne pourrait-on pas en inférer qu'ils auraient eu les mêmes motifs pour en amener aussi dans celui de Crise , ces motifs se fondant uniquement sur la bonne qualité des eaux de ce vallon ( " ) ?
On sait que la fontaine Myon, dans le fossé de la ville, avait autrefois une eau abondante, dont elle fut privée presque en totalité, par suite des travaux exécutés en 17S2, pour encaisser la route de Paris dans le sommet de la colline de Saint-Jean ; l'aqueduc qui alimentait cette fontaine avait été coupé ou fortement endommagé. On peut donc présumer que cet aqueduc , qui venait de l'ouest, avait la même origine et la même source que celui qui fut découvert dans l'autre direction ; car tous les deux se dirigeaient en ligne droite sur le vallon de Pigeonville. Mais comme il est évident que la fontaine Myon, éloignée de la porte de la ville, et sans aucun but apparent d'utilité.
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D a dû son origine qu'à la coupure de l'aqueduc, laquelle dut avoir lieu lors de la construction de h nouYelle enceinte, au milieu du XVI* siècle, et que cet aqueduc devait naturellement se prolonger plus loin ; il y a toute raison de croire qu'il s'ëtendait jusqu'au château de Crise, et que les eaux se perdaient dans le terrain depuis la des* traction de cet édifice. Si Ton considère que le Talion de Pigconville, la coupure faite pour encaisser la route, la fontaine Myon, et le château de Grise, d'après la position qu'on lui assigne, étûent tous sur une même ligne droite qui passait toutk fait en dehors de la ville, avant son agrandissement en 1 551 , on doit en tirer la conséquence tonte naturelle que cet aqueduc ne pouvait avoir d'autre objet que d'amener de l'eau au château de Crise, comme l'autre aqueduc en amenait au château situe au nord de la ville. Si cet aqueduc, au contraire, eût eu pour destination de fournir d'eau l'intërieur de la ville, il aurait ëtë plus naturel et plus facile de le diriger sur la porte de l'ouest, au centre de ce côté de l'enceinte, au lieu de le conduire par le sommet de la colline, élevé de 1 6 mètres au-dessus de la plaine de Maupas qu'il traver-
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sait, çt de lui faire décrire ensuite un angle presque droit, ce qui présente toujours des inconvénients.
En admettant donc que le château de Crise fût situé sur le tertre de la place des Écoles, voici comment on pourrait expliquer son origine :
On a vu que ce tertre n'était autre chose que la grande terrasse construite par César, et qui avait amené la reddition de la ville. Ce général, voulant se porter avec toutes ses forces contre les autres peuples de la Belgique, mais se trouvant isolé, au milieu d'une population belliqueuse, à plus de cent lieues de ses quartiers et de ses alliés, avait dû prendre ses précautions pour conserver je premier fruit de sa campagne, et pour assurer ses communicatioas et ses subsistances. U est donc présumable que , mettant à profit les travaux du siège, il fit lier ensemble, par un bon retranchement, les tours élevées sur la terrasse, et qu'il forma par ce moyen une petite citadelle, capable de contenir, avec une faible garnison, les habitants de la ville, et dans laquelle il put déposer en sûreté ses blessés et ses malades. Cette citadelle provisoire, probablement conservée durant les guerres des Gaules, aurait été construite en
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pierres, sur des dimensious ptus grandes, lorsque les RomaiBS se déterminèrent à faire de Soissons uoe de leurs principales places d'armes.